‹ Les deux CanalettoChapitre 4 sur 5 · B. 15ELL0TT0. — VUE DE DRESDE · texte numérisé non relu

B. 15ELL0TT0. — VUE DE DRESDE

(Musée Royal de Dresde.)

LES DEUX CANALETÏO.

composa à propos d’un ballet-pantomime monlé.à Vienne, en 1758.

Huoi qu’il en soit, la gravure de Bernardo Bellotto, dans son ensemble, doit céder le pas à celle d’Antonio Canal qui « reste dans l’art, selon l’expression de M. G. Duplessis (1), comme une manifestation isolée », quels qu’aient été les efforts des autres graveurs vénitiens de la tin du xviiC siècle qui, tels que Giacomo Leonardis, Pietro Monaco, Francesco Bartolozzi, cherchaient à dépasser le maître en évitant sa manière.

Nous retrouvons Bernardo Bellotto continuant à Dresde sa brillante existence de peintre favori, aussi indifférent aux événements du temps que put se montrer lui-même le monarque dont il s’honorait de posséder l’amitié.

Cependant tous les petits Etats d’Allemagne sont aux prises. Le prince a décidé que l’on s’en irait à Pirna. On fait des caisses de tous les tableaux et, dans la hâte du départ, on oublie d’emporter les archives du gouvernement.

A Pirna, Bellotto trouve de nouveaux motifs : il peint la ville sous six aspects différents et suit encore son maître à la forteresse de Sonnenstein dont il fait un grand tableau.

Mais il faut fuir encore, les armes étant contraires, avec une cruelle obstination, aux vœux pacifistes d’Auguste 111. Le roi, son ministre Bruhl, son peintre

(1) Gcoi'ges Duplessis, yy/s/o/re c/e /rt Hachette, 1880; Canale (Antonio). — Pages 70, 71, 72,

LES DEUX GANALETTO.

Bellotto échouent à Varsovie et, en peu de temps, l’artiste reste seul, ses deux généreux protecteurs étant morts coup sur coup, en 1703. Alors, il songe, un peu tard, à se faire payer les toiles qu’il put confectionner pendant huit ans pour Bruhl toujours à court d’argent. La famille l’évince. Il parvient à reprendre ses toiles et, pressé par le besoin, cède le tout pour 4 200 écus.

Gomme il n’était pas homme à se laisser désarçonner par l’adversité, l’ex-peintre du Roi rentre à Dresde, se montre partout en public et, six mois après son retour, en 1764, il parvient à se faire élire membre de l’Aeadémie de peinture.

Pendant quatre années, il complète sa série des toiles dresdoises qui, aujourd’hui, au nombre de trente-sept, sont réunies dans la galerie de cette ville. Sa carrière a été rapide. 11 a quarante-quatre ans le 30 janvier 1768. Moins de deux mois après, la nouvelle arrive d’Italie que l’oncle Antonio est mort.

Il n’existe donc plus désormais qu’un seul Ganaletto dans le monde : il convient que cela soit reconnu par un honneur éclatant. Aussi bien le désir de Bernardo Bellotto se voit-il réalisé en quelques semaines. Le roi Stanislas Poniatowsky appelle à Varsovie l’artiste en lui offrant le titre de peintre de cour.

Ge fut là qu’il vécut dans la paix et les honneurs jusqu’en 1780, année où il mourut le 17 octobre sans que rien dans sa vie, sauf son œuvre, n’ait paru digne d’être retenu par l’histoire. Gette vie du second Ganaletto, toute-

fois, prête davantage an roman d’aventure, on en conviendra, que celle du probe et sévère Antonio Canal, le premier des Canaletto.

L’anîVRE PEINT ET GRAVÉ DES DEUX CANALETTO.

L’obscurité qui règne sur la vie des deux Canaletto s’étend également sur l’ortbographe exacte de lenr nom et même sur les dates précises on furent exécutées leurs œuvres. Ni l’im ni l’antre ne signaient leurs toiles. 11 faut tenir pour de véritables exceptions les cas on ces artistes apostillaient leurs vues italiennes ou allemandes du monogramme A. C. ou B. B. qui, plus fréquemment tracé, eût pourtant permis d’éviter bien des erreurs d’attribution. Une seule fois, à notre connaissance, Bernard O Bellotto eut la fantaisie de peindre, dans nn cartouche qui figure sur une vue de Dresde, son nom en tontes lettres, orthographié : Beniardo Belloto et suivi de la mention detto ' Canalelo. On n’en pourrait formellement déduire, d’ailleurs, que ce soit là une indication définitive en ce ([ui concerne la façon exacte d’écrire le nom de l’artiste. Ses contemporains hésitaient et, dans le doute, adoptaient des orthographes dont jamais, an sniqilns, aucun acle officiel ne vient garantir la vraisemblance.

Pour le nom d’Aiitonio Canal, il en est de même.

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Piazzetta, clans le portrait gravé qu’il fit de l’architectiiriste, inscrit au pourtour du cadre le nom d’ « Antonio Canal », d’accord en ceci avec Brustolone qui souligne ses eaux-fortes de la mention « Antonius Canal fecit ». Heineke, dans son Dictionnaire des Artistes, paru à Leipzig en 1778, s’en réfère aux indications des deux artistes et donne sur Canal, « peintre vénitien, appelé quelquefois Canaletto », d’importantes explications.

Le portrait par Vizentini, œuvre exécutée vers la fin de la carrière du maître, s’en tient à la forme A. Canal », alors que V Abecedario Piltorico de P. Arlandi, qui fut plus tard corrigé par Mariette, et réédité par les soins de MM. de Ghenneviëres et de Montaiglon, suggère que le perspectiviste de la Salute pouvait bien s’appeler da Canal. Gela est fort plausible et nous y souscririons volontiers. Zanetti, dans son ouvrage Délia pittnra Veneziana, commente l’œuvre du Canaletto avec la variante à' Antonio Canae.

A l’étranger, et pendant l'existence même de l’artiste, l’Anglais Horace Walpole parle du peintre vénitien Canal, une première fois pour signaler sa venue à Londres en 1748, et, bien plus tard, dans ses Anecdotes of painting , pour dire à propos d’une vente publique : (^... Des tableaux venus de Flandre (Londres 1771 ) comprenaient deux belles vues de Venise par A. Ganalde 53 pouces de haut sur 90 pouces de large. Elles furent vendues 525 livres » (13 025 francs).

Au xix"^ siècle, le Dictionary of Pointers and Engravers publie les œuvres principales de Canal, alors que la Cyclo-

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pedia of painter^> ami paintings adopte, exclusivement, le qualificatif Canalelto qu’elle accompagne d’une notice biographique importante.

En Allemagne, Burkhardt, dans le Cicei^one^ adopte le nom de Canal^ alors que R. Meyer, à Dresde, se fixe, avec le goût germanique pour la désinence, au nom Canale dans sa brochure : Die heiden Canaletto.

Siret en France, comme Charles Blanc, et comme aussi M. Adrien Moureau, préfèrent Canal^ tandis qu’en 1861, le baron de Gorcy, au Dictionnaire de la conversation^ adopte Canale. Pourtant Charles Blanc n’est pas absolu, car il écrit : « On peut se faire une idée de la splendeur des cérémonies auxquelles assistait le Doge, non seulement par les tableaux de Canaletti et de Guardi, mais par les descriptions écrites de témoins oculaires, entre autres de Saint-Didier, qui fut attaché à l’ambassade du comte d’ Avaux, en 1672. »

Plus loin, il varie encore, en citant : « ... les vues et les cérémonies éblouissantes de Canaletto... ».

Ainsi, les désignations vont-elles variant d\m volume à l’autre, du Dictionnaire des Graveurs de Basan qui fut édité au lendemain de la mort d’ Antonio, jusqu’au volume publié en 1880 par M. Georges Duplessis, sur X Histoire de la Gravure.

Pour Garlevaris, mômes hésitations ; il est tour à tour Carlevari ou Carlevariis; Brustolone devient, de-cide-là, Brustoloni, et nous verrons Bellotto s’appeler, selon le caprice des auteurs : Belotto, Belotti, Belloti ou Belloto.

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Vraisemblablement, on ne peut être fixé que sur le diminutif sous lequel il est assez généralement désigné : le Ganaletlo (le petit Canal), après avoir été dans sa jeunesse « Il tottino » (le petit Antoine). Pas davantage, nous ne pourrions dire si ces surnoms lui furent attribués pour le différencier, dans les premiers temps, de son père Bernard da Canal, qui était évidemment né Canale ou Canal et s’en était tenu à son prénom, ou bien encore par allusion à la petite taille de l’artiste, sans que nous puissions affirmer qu’il fût malingre ou gringalet. Toujours est-il que Canaletto avec le double t est plus grammatical et plus logique que Canaleto avec un t unique.

Au résumé, il semble assuré que les deux Canaletto ne savaient point exactement eux-mêmes comment s’écrivaient leurs noms de famille.

S’il fut un temps où les noms propres n’eurent pas d’orthographe, ce fut bien au xviiC siècle, où les efforts mêmes du monde lettré et des grands esprits, des académies et des écrivains s’appliquaient à apporter quelque méthode dans la façon de traduire graphiquement la pensée. Si, de fait, on songeait à fixer des orthographes pour chaque mot, les avis étaient encore partagés et, en attendant la règle, chacun n’écoutait guère que la fantaisie.

C’est ainsi que, pour en venir à Bellotto, il se baptisa lui-même «il conte Bellotto »(1) alors que, fort peu d’années après, changeant d’avis, il moulait en lettres capitales^

(1) Adrien Mourcau, Antonio Canal, tV apres Zanetii et Uemeke.

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