IV. — LES OPINIONS ET Ll FUI SES HISTOKIOSOPHES
L'idée qu'ils se fout delHeu contient en germe tout leur système. Pour en désigner les principes fondamentaux , l'intime nature et la tendance, il suffit de le dire chrétien, matérialiste, puithéisie ou déiste. Ces quatre mots ont la rigueur et la concision des classidcations de l'histoire naturelle.
Si je crois au Dieu de la Bible, je vois succéder aux miracit* physique» de la création la série pareillement progressive des tnirocks historiques de la Rédemption, qui aboutissent à l'organisation finale de l'humanité en une sainte et joyeuse Cité de Dieu.
Si tu nies Dieu et fais la matière étemelle, tu as devant toi une série de faits sans plan et sans but : l'humanité, qu'égare s chaque pas la folie religieuse, s'avance, les yeux fermés, vers un bonheur aataré d'athéisme.
Es-tu panthéiste, nies-tu le Dieu vivant et fais-tu de la Divinité une substance qui est le monde et qui en a le devenir ? Tu auras, sinon un plan, au moins une idée, mais une idée radicalement &asse, et tu tenteras en vain de retrouver dan^ l'histoire l'évolution spontanée, nécessaire et logique de ton Intelligence inconsciente qui n'a appris que dans l'homme à se connalti-e.
Es-tu déiste T Ton Dieu vivant est si bien l'immuable que toutes ses autres perfections en sont paralysées. Par une heureuse inconséquence il a créé le monde et en a lAché le ressort ; le monde, comme une botte k musique, joue des airs que tu renonces i comprendre, et le grand Fainéant des deux les écoute impassible.
Notre tiiéoiog!« fttt notre anthropologie.
Le matérialiste abrutit l'homme. Il a nié l'esprit (Uvin ; il nie l'esprit burosin. L'homme , être simple , n'est que matière, que chair, et son dernier mot ne peut être que la volupté. Point de liberté et de responsabilité. Point de justice. Point surtout de religion ; c'est d'elle que vient tout le mal. Mais comme la foi en Dieu, l'aspiration à l'inHni est le caractère distinclif de l'humanité, la terre est le Bediam de l'univers et l'histoire un sujet d'études pathologiques. Or, si l'on peut décrire les symptômes et les progrès des maladies mentales, on ne saurait prendre au sérieux les actes des malheureux habitants d'une maison de santé et y chercher les matériaux d'une philosophie de l'histoire.
Le panthéiste dissout l'homme dans la substance universelle. L'homme est bien pour lui esprit et corps, et par son esprit, il est bit pour goùler toutes les joies de l'intelligence. Il a même celle de se savoir son propre Dieu. Mais sa joie est de courte durée ; car il n'est qu'une vague du grand fleuve du monde ; le fleuve le pousse, l'emporte, et, à la mort, l'engloutit.
Le déiste nous accorde la liberté et l'immortalité, que nous redisent Hegel et Vogt, et reconnaît l'absolue obligation du devoir. Hais il décapite l'homme en condamnant la prière qui est l'acte d'un f courtisan,» d'un «mendiant, a et en rompant ainsi tout rapport hnmédiat entre Dieu et l'homme.
D'un Dieu apathique à la négation de Dieu il n'y a qu'un pas. Le déisme est le précurseur du stoïcisme ou de la morale indépendante : l'homme sans Dieu, la vertu sans la foi, le corps et l'&me sans la vie spirituelle.
Simple pour le matérialiste, double pour le panthéiste et le déiste, l'homme est triple pour le chrétien. La vie de l'homme est triple : a) {riiyaique ou matérielle ; b) psychique, ou morale et intellectuelle, et c) spirituelle ou religieuse. Triples sont ses devoirs : la tempérance ou l'empire de l'esprit sur la chair , la justice dont la charité est l'accomplissement, et la piété ou la foi. Son bonheur est triple : les jouissances des sens, les joies de l'&me, la félicité de l'esprit. Triple est le milieu où il vit : la société civile, l'Etat et l'Eglise. Triples sont ses fonctions: il est ouvrier, citoyen, croyant. Triples ses sphères d'activité : au-dessous de lui la nature, qu'il s'assujettit par l'agriculture, l'industrie et le commerce; à son niveau, l'Etat où son ftme fait valoir ses plus nobles facultés par la culture des beaux-arts et des sciences ; au-dessus de lui l'Eglise où il se voue par amour pour ÎAea aux œuvres de la bien-
faisance etdel'évangélisation. L'esprit peut tfailLeur» entrer en communion substantielle avec Dieu, et, par les forces que Lui communique le Saint-Esprit, il devient le principe régulateur de l'âme et du corps {1).
Cette doctrine de notre triple nature, pour le dire en passant, est avec celle du Dieu vivant le fondement de l'histâriosophie. Seule, elle nous enseigne ou nous contraint à prendre im intérfit sérieux à toutes les formes de l'activité humaine. L'homme est pour nous à la fois ouvrier comme pour les matérialistes, citoyen comme pour les déistes, et nous sommes en même temps gantés de cet ascétisme maladif qui rend indifférent à l'Etat et aux travaux manuels. Les merveilleux progrès de l'industrie sont à nos yeux aussi conformes à La volonté de Dieu que les succès de l'Evangile. Sans mettre à tout le même prix, nous faisons ainsi droit à tous les vrais instincts de l'humanité et à toutes ses gloires.
Le chrétien pareillement a seul la clef de la grande énigme du mal. Il condamne plus sévèrement que personne le péché; car il y voit une révolte de la créature contre son Dieu. Il déplore plus amèrement que personne les souffrances qu'a produites le pécbé ; car il sait quel Lxinheur Dieu avait préparé pour l'homme sur la terre. Il peut, sans que la tète lui tourne, plonger ses regards dans l'ahlme insondable des souillures et des misères humaines ; car il croit au Fils de Dieu qui détruit les œuvres du diable. La sainte horreurdu mal s'unit ainsi dans son cœurà la joyeuse espérance de la victoire finale, non moins qu'à la plus tendre charité pour ses frères qui se perdent.
La raison sans la foi n'a su au contraire qu'atténuer le mal, le nier ou le diviniser.
Les anciens peuples de l'Orient et, chez les Perses, Zoroastre et Man^s, comme saisis d'une secrète terreur devant ta mystérieuse puissance du mal, l'ont personnifié en une divinité qui était, sinon l'égale, au moins la rivale du Dieu suprême. Mais le dualisme est antipathique à l'esprit humain dont l'unité est le plus vif besoin, et n'a plus aujourd'hui de partisans.
Les matérialistes voient dans toutes les passions sans distinction de légitimeset vertueux instincts, dans la lutte de l'esprit contre la chair le résultat d'une erreur rwlicale, dans la religion le tourment de l'homme, dans l'incrédulité son affranchissement. Comme
OD te feisait déjh au temps d'Esale, ils renversât le sens des mots: cLe bien prend le nom de mal elle mal de bien, la lumière celui de ténèbres et les ténèbres celui de lumière (1). d Hs dépas< sent même de beaucoup l'impiété des vieux temps ; le Dieu de la Bible, disent-ils, est le vrai Satan, et le père du mensonge serait leur dieu, s'ils pouvaient en adorer un.
Les pantbéistes font du mal l'antithèse logique et nécessaire du bien. Le péché sous toutes ses formes est ainsi une partie intégrante de leur raison divine ou humaine. L'homme ne peut donc uriver à la vertu qu'en passant par le vice. C'est prétendre que pour jouir d'une bonne santé il faut avoir eu la fièvre typhoïde, et qu'on n'est une cbaste jeune fille qu'après avoir &illi. C'est odieux et absurde.
Pour les déistes ou les pélagiens le mal est une condition du fini et un moindre bien , le pécbé une imperfection, une infirmité de notre nature. Ils reconnaissent d'ailleurs que l'homme libre a le devoir de surmonter le mal , et ils se soumettent, selon la doctrine chrétienne, dans ce monde et dans l'autre, à la justice distributive de Dieu. Hais ils s'attribuent la force de faire le Uen sans le secours de la grâce divine et sans l'intervention d'un Sauveur.
l^ morale indépendante, par son athéisme, nie la justice de Keu et sa providence; par son spiritualisme, s'écarte peu des o|Mni(His des déistes sur la nature du mat et la vocation de lluMnme. Cette école est sans importance en historiosopbie.