‹ Les deux citésChapitre 23 sur 92 · V. — LES FB0BLJU1E3 PB l'bISTOBIOSOFBIX · texte numérisé non relu

V. — LES FB0BLJU1E3 PB l'bISTOBIOSOFBIX

Telles sont les idées du mal, de l'homme et de Dieu que les historiosopbes apportent à leurs études spéciales et qui en déterminent à l'avance la tendance et l'esprit.

Ces études embrassent certains problèmes qui ne pourraient se résoudre qu'à l'aide des sciences naturelles ou de la Révélation.

La première énigme, c'est la fonction de l'humanité dans l'univers. Avant Copernic, d'après te témoignage de la vue, la terre et l'homme étaient le centre du monde. Après Herschell, des panthéistes, pour écarter d'importuns rivaux, ont osé prétendre que l'homme était le seul être pensant de la ci'éation et que les astres

n'étaient « qa'ane éruption cutanée de la voûte céleste. > D'autres philosophes , se basant sur l'exiguïté de notre planète et l'immensité des cieux, ont ravili à plaisir notie race par haiae du christianisme, la comparant a ces insectes qui pullulent sur la tète de certaines gens , si peu soucieux de l'élégance qu'ils ne visent pas même à la propreté. Mais l'exemple de la Judée, de l'Attîque et du Latium prouve que les plus petits pays peuvent produire les plus grands hommes. Par analogie nous serions au< torisé à dire, ainsi que nous l'enseigne la Révélation, que notre globe imperceptible doit élre le (hé&tre des plus grands événe-

Les origines de l'humanité nous posent de bien autres énigmes. Nous savons, sans doute, depuis six mille ans, par la révélatioD des six jours cosmogoniques, et, depuis moins d'un siècle, par la géologie, que l'homme est le but ou le terme de la longue et complexe histoire de notre planète. Mais l'homme a-t-il apparu pendant la période quaternaire, ou bien à l'époque miocène, comme je l'annonçais déjà il y a trente ans?

L'époque miocène avec le soulèvement des Alpes et le diluvium peut-elle rentrer dans la chronologie biblique, ou faut-il admettre une espèce d'anthropoïdes qui aurait précédé l'homme, qui relèverait de la zoologie, et dont l'histoiiosophie n'aurait pas à tenir compte t

L'homme a-t-il sinon pour père, au moins pour cousin germain le singe, selon la théorie transformiste de Lamarck et de Darwin, ou, comme le démontre Agassiz et comme l'afBrme la Genèse, est-il la création immédiate de llntelligence étemelle?

L'humanité est-elle un genre ou une espèce? La langue française semble hésiter entre ces deux hypothèses. Le genre humain est-il formé de plusieurs espèces, noire, jaune, rouge, blanche, qui seraient nées à des époques très-distantes les unes des autres, ou l'espèce humaine a-t-elle produit des variétés, des races qui par l'extrême diversité et la permanence de leurs types correspondent dans l'humanité à ce que sont les espèces dans le genre animal? Le point de départ décidant celui d'arrivée, l'hypothèse de l'unité, le monogénitme, conduit logiquement l'historiosophe à placer dans l'avenir une ère où les nations, toutes issues d'un même sang, se constitueront en un puissant et harmonieux organisme, et on peut dire que cette attente est celle de notre siècle. Le palygénisme au contraire, s'il osait être conséquent, nierait cette unité finale, el

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?onenit k l'anéantissement, comme au reste le fait M. Baudïchon, les espèces inférieures, que leur nature même condamnerait à la vie des bétes féroces. Mais difScilement l'historien impartial admettra rexisteno« de plusieurs humanités ayant chacune, leur constitution physique, leur morale, leur logique, leur religion et leur langue.

K l'humanité est une espèce unique, elle doit provenir d'un seul couple, d'après la tradition et d'après la définition même que donnent de l'espèce tous tes naturalistes(l).Maisla paire primitive peut être ou de!> Blancs ou des Hottentots. Ou le type le plus pur uira par une rapide dégénérescence produit les races inférieures; 00 les Hottentots, si chers à M. Vogt, seront les aïeux des nègres qui par un lent et long progrès se seront transformés en des Mongols, d'où seront sortis les Blancs.

Comment les races sont-elles sorties d'un couple unique ? Est-ce parla seule influence delà nature, les continents et leurs régions étant les moules très-variés dans lesquels la masse homoi;ène de l'humanité primitive s'est épanchée à l'aventure? Est-ce par l'action d'âne force de différentiation qui est inhérente àla nature humaine, et qui produit dans l'espèce les races, dans les races les peuples, dans tes peuples les tribus et les familles, et dans celles-ci les indiridus, dont quelques-uns sont des géniesî

A tous ces problèmes des origines de l'humanité s'ajoute celui (la langage. Dieu a-t-it lui-même enseigné au premier homme à exprimer ses sentiments et ses idées par des motsT Le couple primitif a-t-il d'instinct parlé comme il a vu, pensé, aimé, et ses paroles révélaient-elles déjà toute la noblesse de sa nature, créée à l'image de Dieu? Ou le langage est-il né, par un très-long développement, du mutisme, et ne s'est-il élevé que par le geste et le cri de la brute et par l'onomatopée à son état présent de perfeclionf De ces trois hypothèses quelle est la vraie ? C'est ce que la lin- Euislique enseignera à l'hi^<to^iosophie.

La t&che qui incombe tout entière à l'historiosophie, c'est la ■olution de l'énigme du progrès.

La question est complexe et trè»K>bscuie. La marche ascensionnelle de l'humanité est si lente, si inégale, si capricieuse que de

lûntRinpiwdKaniillH. ■ tlul, Unnii, Jnuleu. BuDun, CoTier, CiailMle, H. Ti^ bU-mfine,

célèbres historiosophes ne l'ont point remarquée. Ainsi l'idée du progrès est, à tout prendre, étrangère à Leibnitz, à Voltaire, il Herder, à Kiint, à l'école catholique. Boileau soutenait en littérature la supériorité des anciens sur les modernes; l'autre jour Buckie niait tout perfectionnement moral, et il ne tuerait peut-être pas aisé de prouver que nos systèmes actuelsde philosophie t'aient beaucoup mieux que ceux de Platon et d'Aristote. Le progrès semble plus manifeste en industrie et dans les sciences positives : mais que signiHe cette slagnation de mille ans au moyeu ftge ? Le croyant seul oe peut avoir le moindre doute sur le fait universel du progrès ; car seul il suit du regard la miraculeuse interveotion de l'Etemel du chaos à l'homme et du premier Adam port«nten lui l'image de Dieu, au dernier Adam qui est l'Image même de IMeu, son Image faite chair.

Pour éclaircir la question, il faut embrasser dans son ensemble la marche de l'humanité et ne pas étudier isolément les diverses phases de son activité. Il faut surtout distinguer les peuples et le genre humain, la loi des âges et celle du progrès continu, la loi antélapsaire du bien montant par le mieux vers l'idéal, et la loi infralapsaire du mal descendant tous les degrés du péché et de la misère.

Fait étrange que ne peut comprendre notre siècle de progrès : la plus ancienne philosophie de l'histoire est celle de la déchéance. L'antiquité tout entière avait le sentiment que depuis l'âge d'or elle déclinait sans relâche et qu'elle devait tomber jusqu'au fond de l'ahlme avant de se relever. Cette vue d'ensemble, qui blesse profondément notre orgueil, contient cependant une vérité d'une immense importance : la priorité du bien sur le mal. La liberté est partout plus ancienne que la servitude domestique et politique, la monogamie que toutes les altérations du mariage, le culte d'un seul Dieu que le polythéisme, la piété que l'athéisme, la civilisation que la vie sauvage.

La loi des âges est celle du développement organique qui fait naître, grandir, décroître et mourir tous les êtres maats. Les peuples qui ont fait leur temps, sont remplacés par d'autres qui traversent les mêmes phases ou parcourent la même orbite, le même cycle, et d'une des grandes périodes de l'bisloire à l'autre, il y aurait ainsi de simples ritomi. Seulement, comme le foyer de la civilisation se déplace sur la terre dans le cours des siècles, le symbole de la marche de l'esprit humain serait cette ligne courbe du nom de cycloïde, décrite sur un plan horizontal par la àrcoaTé-

reoce d'an même cercle qui s'avance en tournant. Mus on a beau voyager; si l'on ne change nulle part son genre de vie, on n'avance et ne s'améliore pas. La loi des âges est évidemment la négation àaçmgrés.

Le symbole du vrai progrès, c'est la spirale. L'homme progresse pu la puissance de sa volonté lorsque, marchant avec lenteur par le chemin touniant qui conduit aux sommités de la perfection, il ijoute, malgré le déclin de ses forces physiques et jusqu'à sa dernière vieillesse, vertus à vertus, connaissances à connaissances, prières k prières. La mort n'est pour lui qu'un accident qui préci- [Hte sa marche ascendante.

Hais il est une autre espèce de progrès qui a pour analogtie, G«mme l'a fort bien dit Bucbez , la série arithmétique et géométrique : un être intelligent ajoute k un premier chiffre plusieurs autres , selon une certaine loi dont il a dans sa sagesse cboisi le rhythme. Telle la série des miracles de la création; telle la série dea miracles de la rédemption; telle la série des peuples tpie Irieu fait se succéder les uns aux autres sur le théâtre de llùsloire.

Le progrès de l'humanité supposé , lliistoriosophe doit en déterminer les trois termes : le point de départ (tauie) , le chemin (qw) et le but [quo).

l/nde? L'humanité, d'où part-elleT

Les uns disent : Du paradis ou de l'&ge d'or, de la vie patriarcale, de l'innocence, de la charité et de la justice, de la liberté et île la foi au seul vrai Dieu.

Les autres disent : De la vie animale, du mutisme, de la promiscuité, de l'égoisme, de l'anarchie, de l'anthropophagie et du fétichisme.

Le seul trait commun aux deux hypothèses, c'est un premier Ige de la pierre.

Ces suppositions sont les seules possibles, et déjà, à la fin du DKHide ancien, Lactance n'en connaissait pas d'autres.

Celle de la sauvagerie est l'erreur fondamentale de l'historiosopfaie matérialiste et déiste. Elle repose sur les mythes de l'autochltaonie et sur les mœurs actuelles des sauvages. Ces mythes, peu Domlveux, contredisent l'universelle tradition de l'âge d'or, et ne prouvent que la promptitude avec laquelle certaines peuplades, se détachant du tronc commun de l'humanité, ont oublié les origines ainsi que les arts naissants de la civilisation. Quant aux mœurs des sauvages, nous protestons ici, une fois pour tontes.

contre le roman généralement admis par l'école incrédule, qui, du reste, vit de fictions pareilles. Que l'on veuille bien étudier li question avec quelque peu d'attention et d'impartialité ; on vem queleslanguesdesnègies, des Peaux-Rouges , des tribus errantes de la Sibérie, loin d'être informes, pauvres et grossières, ont une richesse surprenante de formes grammaticales; on verra que ces mêmes peuples sont tous monothéistes, et que leurs féUcbes, s'ils en ont, ne sont que la demeure de génies subalternes j on vem qu'ils ont tous gardé quelques débris de la tradition humanitaire (1). Si parmi tes peuplades sauvages il en est d'entièrement abruties, elles marquent aussi peu le point de départ de l'humanité, que nos ivrognes et nos repris de Justice celui de notre civilisation.

Quo 7 Le terme vers lequel tend l'humanité, est infiniment distant, ou plus ou moins rapproché.

Le progrès indéfini, qui sourit à l'historiosophie incrédule, n'a ni fin ni commencement. A le prendre au sérieux, chaque station du chemin serait à la même distance du point de dépait puisqu'on ne serait jamais parti, et du terme, puisqu'il recule à mesure qu'on avance. Mais on ne l'entend pas ainsi. On suppose un certain état de perfection relative qu'on atteindra bientdt , et qui mettra fin aux misères du passé; puis on imagine soit que l'homme immortel jouira sur cette terre d'un bonheur toujours croissant, soit que les flmes voyageront d'étoiles en étoiles, soit même que les hommes, les animaux, les plantes, la nature inanimée se transformeront en des êtres toujours nouveaux et toujours plus parfoits. Il se trouvera même tel savant qui se réjouira à la pensée de devenir un jour un rayon lumineux. Les historiosopbes qui ont débuté par le roman de la sauvagerie fmissent par des contes des Mille et une Nuils [i),

L'élat défini de perfection auquel la [wesque totalité des historiosopbes fait aboutir l'humanité, est pour les matérialistes la volupté, pour les panthéistes l'apothéose de la raison, pour les déistes la liberté politique.

Pour les premiers, disons-nous, la volupté; si possible une longévité cruJssaote qui finirait par équivaloir à l'immortalité; le renversement de la morale et de ses devoirs durs à la chair;

'aitlt prlnllif, L I, p. <U ufq. — L«kai. Oit TrailUmu» du MmdimçacÂltciitii, «, tji BtUçlM notnrait, 4* M., p. fil.

l'abolition de l'Eglise; le règne de l'industrie, et une organisation du tnrail qui ferait de l'Etat une superfluité.

Les panthéistes se préoccupent fort peu de la foule immense des travailleurs, et n'ont en vue que l'aristocratie des penseurs, aiuqucls ils préparent la joie de vivre dans la conviction qu'il n'y t pas d'autre Dieu que la raison humaine.

Plus humbles que les panthéistes, plus nobles que les matérialistes, plus sensés que les uns et les auties, les déistes accèdent à Dieu, À la vertu et à la mort. Ils bomeut leur idéal au règne de la civilisation. La liberté ser^t garantie par toutes les institutions démocratiques compatibles avec l'ordre social, telles que des monarchies tempérées et bien équilibrées ou des fédérations d'Etats républicains, et elle assurerait aux citoyens, par le plein développement de toutes les facultés morales, la satisfaction de tous leurs légitime» instincts de bonheur. Mais les déistes oublient que la liberté politique , sans la foi personnelle qui affranchit l'bneda péché, aboutit à l'anarchie et par l'anarchie au césarisme.

Les chrétiens attendent le règne de mille ans qui donnera une pleine satisfaction à tous les légitimes instincts de l'&me humaine. Les nations soumises à an seul monarque, le Christ, seront constituées en un corps unique duquel tous les membres seront pleins de force et de vie. La sainteté produira la charité dans les cœurs, la paix et le bien-être dans les familles, la justice et ia liberté dans la société, l'union et la ferveur dans l'Eglise.

Qua? Le but de l'humanité étant caché dans les ténèbres de l'avenir, et son point de départ étant retombé dans celles du passé, il est loisible à chacun d'imaginer l'un et l'autre terme au pé de ses désirs. Mais le chemin ne s'invente ni ne se devine ; car b spéculation est ici à chaque pas contrôlée par les faits. Aussi le plus grand nombre des déistes se contentent-ils de présenter des réOcxions philosophiques sur les peuples et les événements, et c'est à peine si les matérialistes et les panthéistes nous ont donné trois ou quatre formules du plan de l'humanité.

La plus ancienne est celle de Condorcet : les progrès soi-ditant continus et indéfinis de l'esprit humain.

La plus célèbre en France est celle des socialistes : religion, philosophie, positivisme.

\a plus célèbre en Allemagne est celle de Hegel : l'Orient ou l'infini, le monde classique ou le fini, leur synthèse dans le monde chrétien. Hais l'école elle-même a reconnu que le maître Ritit fait fiuuse route.

D,a,i,z.dbïG00gIc

La plus Mmple de toutes, c'est la marche ascendante de l'humanité, de Ir matière vers l'esprit, de l'instinct vers la raisoa, de l'immédiat vers le médiat. Cette formule est si générale qu'elle peut être acceptée de tous. 11 faudrait la préùser pour en tirer quelque profit.

La formule des historiosophes chrétiens peut se résumer en un mot et en deux personnes : te premier et le dernier Adam.

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