LÀ RÉVÉLATION ET LES TRADITIONS PRIMORDIALES
L'étude comparée des traditions, des croyances et des mythes de la terre entière rend à l'historiosophie l'inappréciable service de démontrer par l'accord d'ionombr^les témoignages (1) que le point de départ de l'humanité a été non la sauvagerie, mais l'flge d'or, mais le paradis tel que nous le trouvons décrit aux premières pages de la Genèse. Ce texte explique de la manière la plus simple les légendes palennes;il les redresse, il les complète, il les coord(Hine, il en fait un corps d'histoire, duquel le caractère le plus extraordinaire est l'absence presque totale du miracle (3). D'où il lésulte que la tradition juive telle que nous l'a conser\'ée Mo!ae, est celle de l'humanité tout entière sous sa forme la plus pure (3), et Dons avons nos raisons d'ajouter qu'elle est non-seulement plus crédible que toutes les fables du monde pden, mais que ses récits sont la fidèle photographie de la réalité.
D'après son autobiographie, dont il serait difficile de contester sérieusement L'autbenlidté, l^umanîté est bien réellement issue
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d'nn seul homme qui avait pour père Dieu et non un sia(^, et qui, enfant de Dieu, avait passé ses premiers jours dans le jardin des Délices et non dans une forétsauvage hanlée par des bétesféroces. Ce jardin était un coin du ciel qui serait tombé sur ta terre; Adam y rayonnait d'innocence et de bonheur au sein d'une nature qui satisfaisait tous ses sens, auprès d'Eve qui répondait à tous les désirs de son cœur, sous te regard de Dieu qui ouvrait à son esprit des perspectives infinies. Ce bontieur eut la durée de l'éclair; mais la postérité d'Adam en a maintenant encore les yeux éblouis, le cœur ravi, et nul ne lui en arractiera le souvenir, qui est gros d'espérances. Elle sait que ces joies qu'elle a perdues par la séduction de Satan, et dont elle est restée affamée, lui seront un jour rendues BU centuple par le Vainqueur du serpent.
Le premier homme, qui sortait des mains de Dieu, n'a pas vécu un seul instant sans savoir que Dieu est, et qui est Dieu. 11 l'a même connu avant de se conntdtre lui-même, et Dieu lui a parlé avant qu'aucune parole fût sortie de ses lèvres. C'est en Dieu et non dans la chair que son esprit a jeté ses premières racines. Or, le Dieu qui a été sa première pensée, sera sa dernière ; car l'idée de Dieu est le centre d'oti partent et où tendent toutes ses autres idées. Le péché B pu la rendre importune k sa conscience et l'impiété la nier; mais l'athée lui-même ne peut (aire qu'elle ne vive en lui et ne L'obsède.
Veut-on savoirquelle notion avait de Dieu l'humanité primitive^ Voyons celle qu'elle a léguée de lui aux nations po^tdiluviennes. Demandons leur quels noms chacune d'elles donnait i son Dieu unique ou suprême. Dieu est Celui qui seul est, l'Etemel, ou dans notre langage métaphysique, l'Etre nécessaire, absolu et infini (Jao, Jahvé, Jéhovah]; le Vivant, leSpirituel, l'/ncorpore/ (Ahura); \' Esprit-Sage (Ahura Mazda, Ormuzà); le Trh-Baul (Hélion), qui est aux deux (Uewa, Deus); le Dieu caché, irrévélé (Amoun); l'Adorable (Bhaga, Bog) ; le Dieu fort (El, Ëlohim) ; le Maiire, le Boi, le Souverain Seigneur de toutes choses (fiaal et Bel, Holoc, Adonaï, Chang-ti)(1).
Mais la connaissance qu'avaient de Dieu les premiers hommes, ne se bornait point à celle de ses attributs. Dieu leur avait révélé qu'il avait créé les cieux et la terre en six jours ou périodes, et cette vision apocalyptique était le fondement de leur religioD comme le déluge avec ses solennels enseignements sera plus tard
celui de la rel^oa des Noacbides, la promulgation du Décalogue au Sinat celui de la religion d'Israël , la mort et la résurrection de Jésos-CAiist, celui de la religion chrétienne.
La première page de la Genèse, qui est en un complet accord arec les résultats de la géologie (1), porte tous les caractëres d'une révélation divine. Elle est si simple qu'un enfont en comprend tous les mots , si sublime qu'elle faisait l'admiration du rhéteur païen Longin, si vraie que les Cuvier et les Ampère s'en étonnent, si riche en vérités de tout ordre, qu'après tant de siècles d'études DOQs y découvrons aujourd'hui encore des trésors inépuisables.
Dieu s'y montre dans son unité et son éternité, créant toutes dioses par sa Parole et par son Espnt. il y a comme une apparition confuse encore et voilée de ce Dieu tripersonnel dont les païens ont entrevu la mystérieuse existence (2) et que nous a fkil connaître Jésus-Christ.
Dieu tire du néant la matière et par huit paroles il crée la lumière, les astres, la terre, les plantes, les animaux et l'bomme. Il dit, et la chose est. On ne saurait mieux exprimer l'infinie puissance.
Dieu crée avec sagesse. Il exécute jour après jour un plan pré- «»icu. Du chaos, qui est le point de départ, il arrive par les trois règnes de la nature à l'homme, le couronnement de son œuvre. Hais si, dans la création du monde physique, Dieu s'est avancé d'un pas régulier et selon un certain rhythme, vers le but qu'il s'était proposé, il déploiera certainement la même sagesse dans te gou- Temementde l'humanité. 11 la conduira, elle aussi, par une marche rhythmée, vers un but digne de lui 11 y aura donc, de par Dieu, prc^^s continu et dans l'histoire de l'homme et dans celle de la terre, sans d'ailleurs que Dieu perde quoi que ce soit de son immutabilité. Or, comme l'idée du progrès est l'flme de l'historïosophie, cette science existait donc à l'état latent dans la vision des six jours, qui est vieille de six mille ans. Cependant, ce n'est que dans notre siècle que les géologues ont découvert, par la voie scientifique de l'observation, l'histoire progressive de la nature terrestre, et ce n'est qu'au siècle dernier que les philosophes ont bit du progrès l'objet de leurs méditations. Les uns et les autres viennent ainsi un peu tard revendiquer la gloire d'avoir trouvé ce que Dieu availenseigné avec une admirable précision aux premiers hommes.
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Dieu crée non-seulement avec sagesse et patssance, mais arec bonté et miséricorde. Il n'est point jaloux de ses trésors de vie et de félicilé; il se plaît au contraire à les communiquer à ses créatures. Rien ne lui est plus précieux que son propre Esprit, et, dans la compassion que lui inspire le chaos ténébreux, il fait descendre sur lui son Esprit de lumière et de vie. Plus tard, par un même sentiment d'amour, il anime Adam de son Esprit d'intelligence. Mais comment Dieu n'enverrait-il pas ce même Esprit sur ce lamentable chaos spirituel o(i le péché a réduit l'humanité, et quand la terre informe et vide a eu sa Pentecôte, comment les Hénocs du premier monde, les prophètes hébreux du deuxième et les croyants du troisième, n'auraient-ils pas aussi la leur?
Par le don de son Esprit et par sa parole créatrice, le Dieu de la vision est intervenu d'un jour à l'autre dans l'histoire de la terre. Chacune de ces interventions a fait apparaître un ordre de choses ou d'êtres nouveaux. Le progrès était à cette condition ; mais ces actes de libre volonté sont à nos yeux autant de perturbations apportées dans le jeu toujours le même des forces de la ma^re. C'est bien là ce que nous appelons le miracle, et la vision des six jours nous en révèle donc l'intime nature et l'absolue nécessité. Elle ajoute qu'au septième jour, qui dure encore, Dieu s'est reposé de son œuvre de création. Cela signifie que, la création cessant, tes lois de la nature suivront désormais leur cours régulier que n'interrompra plus le miracle physique. Toutefob, si le Créateur se repose, L'Etemel qui est la vie infinie, a^l sans cesse. Il devient le Dieu de l'humanité; il la gouverne, il la dirige vers le but qu'il lui a assigné, et, comme tout progrès qui procède de ÏAea, est une intervention miraculeuse dans le monde des choses finies, le miracle historique doit nécessairement succéder aux miracles physiques qui font le sujet de la vision génésiaque. En efiet nos saints livres nous montrent l'Eternel intervenant dansla vie de l'bumanité, non-seulement par la communication de son Esprit à ses serviteurs, mais par des paroles de révélation et par des actes de puissance (1).
C'est ainsi que la vision des six jours, dont l'humanité s'est nourrie pendant toute son enfance, lui montrait dans le Dieu de la nature celui de l'homme, dans le Dieu créateur celui du progrès, dans le Dieu des miracles phyûques celui des miracles historiques. Les interventions surnaturelles de Dieu qui remplis-
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saient les joars cosmogoniques, et qui devaient se prolonger sans mtemiption à travere les jours de l'humanité, forment toutes ensemble, une série que Bûchez (nous l'avons dît, p. 29), a fort bien comparée aux progressions mathématiques.
Cette même vision abonde en enseignements précieux sur le monde physique.
Les cieux et la terre sont l'œuvre de Dieu. Us portent le sceau de ses perfections, et il les a fait participer à son esprit de vie. Aussi glori&ent-ils leur auteur. L'homme k qui s'est révélé le Dieu créateur, les admirera, mais ne leur rendra aucun culte; car il sait qu'ils ne sont rien par eux-mêmes. Sa première religion ne peut donc avoir été l'adoration de la nature, ni sous la forme gros^ère du fétichisme, ni sous ta forme très-subtile du sabéisme de Scbelling.
Dieu dit à la t«rre de produire tes végétaux, et elle les produit ; aux eaux et à la terre de produire les animaux, et il les crée; mais pour créer l'homme, il se parle à lui-même (1). Ce qui signifie dans le langage de la science moderne que l'homme forme un règne à part qui est plus élevé au-dessus de celui des animaux que les animaux ne le sont au-dessus des végétaux.
Dieu crée les plantes et les animaux selon leurs espèces (2). H est un Dieu d'ordre, il hait la confusion, l'hybridisme; chacune de ses créations est frappée d'un type indélébile et séparée de ses voisines par un mur infranchissable. C'est à cette condition que les différentes classes d'êtres peuvent remplir convenablement leurs fonctions spéciales dans le -grand ensemble de la nature. Point donc de ce transformisme qui fait naître les espèces des espèces, les règnes des règnes, et l'homme du singe.
Cependant l'Esprit divin, qui a réchauffé et illuminé le chaos, a communiqué à la terre quelque peu de la puissance créatrice de Dieu. La terre est coouvriëre avec lui dans la production des êtres organiques, et sa part est immense dans celle des végétaux, n n'est donc point nécessaire, d'après la révélation cosmogonique, de rapporter à une intervention immédiate de Dieu l'apparition de toutes les espèces nouvelles de plantes et d'animaux, n y a bien au contraire, au sein même du monde ténébreux de la nécessité, une aurore de liberté. Mais cette grave question nlntéresse pas l'historiosophie.
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L'œuvre des six jours aboutit à l'homme. L'histoire de la tem précède celle de iTiumanité; elle en est les magnifiques propylées. C'est là ce que savait par la tradition toute l'antiquité, ce qu'ont oublié les philosophes et ce qu'ils n'auraient jamais découvert par la spéculation seule. Il ne leur venait pas même à l'esprit que notre planète aurait eu, comme ses habitants, ses annales et ses Ages. Pour reconstruire les siècles inconnus, il fallait procéder par l'observation directe des roches et des fossiles. Mais l'esprit humain ne s'en est avisé qu'au siècle dernier. La géologie retrouve ainsi péniblement par la science ce que l'humanité savait par la révélation depuis son berceau. Les grandes périodes de nos géologues ne sont pas autre chose, en effet, que les sis jours de la vision. M. Quinet, dans son livre la Création, n'est, malgré lui, que le commentateur plus ou moins heureux de la plus ancienne des apocalypses.
Comme le Créateur de la nature est le même que le Seigneur de l'humanité, et que l'une et l'autre font partie d'un même plan, il doit nécessairement y avoir de nombreuses ressemblances entre les lois qui les régissent. Aussi, d'instinct, tous les peuples ont-iU emprunté par la métaphore au monde matériel et visible les mots dont ils avaient besoin pour désigner leurs idées abstraites, et la métaphore a donné naissance au symbolisme, qui est un des traits distinctifs de toutes les religions anciennes, tant païennes que juive(l). Le fait de ces correspondances entre le monde physique et le monde moral n'a d'ailleurs attiré que très-récemment l'attention des philosophes, de Scbelling d'abord, puis d'Auguste Comte. Aux analof^es entre phénomènes simultanés correspondent les types dans la sphère du temps, du prot^rès et de l'histoire. M. Quinet les a introduits, à son insu, de la théologie dans la science.
Ia terre et l'humanité étant intimement reliées l'une à l'autre dans la pensée de Dieu, l'histoire de l'une doit marcher du même pas que l'autre. Cette harmonie préétablie se montre très-distinctement après la chute d'Adam par l'apparition des ronces et des épines, après le meurtre de Caïn par une stérilité qui se nomme le fléau du feu (2), et après la corruption totale des antédiluviens parle déluge universel. A ces enseignements du passé s'ajoutait pour l'humanité primitive, dès avant la dispersion des Noachides, la prophétie d'un incendie qui à la fin des temps détruirait la terre et les cieux (3). Du déluge a cet incendie l'historiosophe retrou-
II) Pimrlt rrtmUff. 1. 1. p. t> •«. - n /Md., t. D, p. 1» «M. ~ [M iUd, p. Ml.
vers sans peine une singulière simultanéité entre les siècles de corruption, et les temps où la nature frappe l'hunianité de ses plus terribles fléaux (1).
Si, dans notre étude des primordiales révélations, nous passons de la nature à l'homme, nous trouvons aux premières pages de la Genèse, la solution de nombreux problèmes à laquelle la spéculation s'exerce sans jamais se lasser et sans tomber jamais d'accord avec elle-même.
L'homme forme un règne supérieur à l'animal, parce que Dieu l'a créé à son image ;(2). Cette image, ce sont les facultés de ce qm est en Dieu des perfections, c'est la capacite ride qui appelle h plénitude dîvme, c'est l'instinct de l'infini, l'intelligence de l'absolu, l'aspiration au souverain bien, c'est en un mot la radson, qui trouve en nous une volonté prête à obéir. La première humanite avût la conscience si distincte de sa nature spirituelle qu'elle a légué aux nations issues d'elle, pour désigner l'homme, un nom qnî ûgnifie esprit, intelligence, pensée (Manou, Manës, Menew et Uann; Mensch et Mescbia), et ce même mot avait en égyptien (Menés), comme au reste en latin et en grec, le sens de permanent, dlndestructible, d'immortel. Les Chaldéens disaient le premier homme formé du sang même de Dieu et l'appelaient le Limà- Mux (Al Horus) (3).
Hais la révélation ne craint pas de placer l'une à cAlé de l'autre des vérités si opposées qu'elles semblent se détruire. Ce même étie qui porte en lui l'image de Dieu, ce premier Adam qui est le type de l'Image éternelle de Dieu s'incarnant dans le dernier Adam, a été formé d'une argile rouge ou jaune, et il se nomme ^BRmtge ea\ii\ireix,\e Seigneur jawK en chinois (Hoang-ti), le rerrettre en latin {homo, de humus), la Terre animée au Pérou (Alpa Camasca) (4). La Genèse dit même qu'Adam fut fait h en ftme vinote (5), » et ce terme est dans la langue originale le nom de l'animal. Que les matérialistes démontrent donc tant qu'il leur plaira l'identite du corps de l'homme avec celui des animaux. Ils croient renverser la Bible tandis qu'ils ne font qu'établir la rigoureuse exactitude de son langage. Oui, l'homme a le corps et l'&me de l'animal, mais il a de plus que lui la raison, que Dieu luimême a par son souffle et son esprit fait passer en lui.
L'homme est triple, esprit, Ame et corps. L'humanité primitive le savait déjà, car la Genèse le dit pour qui sait la comprendre; saint Paul le répétera plus clairement encore ; Platon et Plotin, Basilide et Valentin, £bn Tophaïl, Cardan et Mazzoni, Pascal, Maine de Biran, de Schubert, le père Gratry l'ont entrevu ou démontré, et l'historiosophie fait de cette vérité l'un de ses principes fondamentauic (p. 23).
Si Adam a été créé psychique, toutes les rêveries des théologiens et des théosophes sur sa haute spiritualité et sa science surnaturelle s'évanouissent. Au reste rien de moins mystique que le premier commandement que Dieu lui a donné : «Croissez et multipliez, et assujettissez -vous la terre (1). » Cet assujettissement commence par l'élève des troupeaux et l'agriculture, se poursuit par les arts et métiers et tout spécialement par la métallurgie, embrasse par le commerce la terre et les océans, et aboutit aux diemins de fer et au télégraphe électrique. Toute l'histoire da travail n'est donc que l'exécution de cet ordre divin, et que le déploiement des forces intellectuelles que l'homme a reçues de Dieu dans ce but.
Vers la fin du premier ftge, après le déluge, au commandement de dompter la nature en a été ajouté un deuxième, celui de mettre fin aux vengeances privées par l'institution d'une autorité régulière qui punirait d'office le meurtre par la mort. Cet ordre comprenait celui de créer l'Etat, et la vie politique est le caractère propre du second &ge, comme le travail l'avait été du premier et comme la vie spirituelle et l'Eglise le seront du troisième (p. S),
En poursuivant l'étude des souvenirs que l'humanité a conservés de ses origines, nous voyons que l'homme a parlé dès les premiers jours de son existence. Donc l'hypothèse du mutisme est directement contraire à la tradition.
La femme a été prise de l'homme. Ils forment comme une seule personne morale, et la vie de famille est l'élément hons duquel ils ne peuvent vivre sans souffrir. Donc il ne se peut que leur premier état ait été l'isolement et la promiscuité.
Adam, c'est l'humanité en puissance. Aux yeux de son Créateur, elle existait déjà tout entière en lui (2). Tous les hommes ont le sang de leur unique ancêtre, son essence, l'image divine (3], sa vie, son Ame. 11 les a faits ce qu'il était lui-même. Saint, il leur auTfùt transmis sa nature sanctifiée. Déchu, ils ont hérilé de lui
nne natnre corrompue. Les membres de l'humanité sont ainsi tous solidaires les uns des antres, parce qu'ils sont sortis d'une mime souche. Mais cette solidarité ne porte point atteinte à la liberté personnelle qui feit partie de l'image de Dieu en nous.C'est à la science morale à concilier ces deux vérités contraires.
Né psychique, l'homme libre était labile. Sa nature étant semblable à celle de Dieu, tous ses instincts étaient purs et lé^times; il n'y avait en lui aucun penchant au péché. Hais s'il eût passé sa TÎe sous la seule impulsion de ses instincts, il aurait élé un auto- Dule de vertu, un saint animal. Il n'était homme qu'à la conditioD de se posséder, de commander à sa nature, d'apprendre tour 1 tour k satisfaire ses appétits et à les réprimer à l'onlre formel de DienetauiL injonctions de sa raison ou de sa conscience. Pour éreiller dans le cœur d'Adam le sentiment de sa dignité morale, Keu posa une limite à ses instincts par la défense la plus aisée possible à observer. Adam et Eve l'auraient certainement respectée, s'ils n'eussent pas été séduits par le serpent. Os enfreigni- Knl la loi, et le salaire de leur péché fiit la mort.
La mort, c'est celle de l'&me que tuent les passions désordonnées de la chair (1), ce sont les tourments du repentir, ce sont les maladies et la souffrance, c'est la rupture affreuse des liens de l'âme et du corps, et pour les survivants le deuil et les larmes.
Le récit de la chute suffit pour réfuter tous les sophismes de Pelage et de Rousseau. [Je ne parle pas dft la négation matérialiste de tonte morale, et du fol orgueil du panthéisme qui nous dit avec Satan : a Vous serez comme Dieu. >) En recueillant ses souvenirs, lliiunanité aurait pu être certaine par sa propre expérience, par XM histoire même, sans le secours de spéculations abstruses et toajours contestables, que le péché n'est point une infirmité inhémte à sa nature et un moindre bien, que sa première faute avait été, non un progrès dans la connaissance du bien et du mal, mais DD insondable malheur, et que les effrayantes conséquences de la diate en marquent assez l'insondable culp.nbtlité.
Le serpent est, dans la tradition universelle, le symbole du mal et du dieu du mal. Ce génie malfaisant qu'entourent de nombreux ■niJliaires, a singnlièrement préoccupé l'humanité dès les temps de son enfance. Nous le concluons des mythes d'Ahriman, de Typhon, de Zohac, d'Ahi, de Tchi-yeou, de Loki [2]. 1^ vérité qui ai fiût le fond commun, c'eiit l'existence de Satan, le prince des
«M nna a. K. - n Avd prMMtr. I. >. »• «M-
anges rebelles. Le premier monde savait par révélation que àa anges, des saints, des génies servaient et adoraient Dieu dans le ciel, n eût suffi de l'apparition du séducteur dans le paraïUs pour faire supposer que la chute de l'homnie avait été précédée de celle d'une partie des intelligences célestes. Au moins élait^l certain qu'une cité quelconque des ténèbres existait dans le moule invisible avant qu'elle se fût annexé notre planète. C'est ainsi que dès les temps les plus anciens l'esprit humain, soulevant le voile qui nous dérobe la vue des choses célestes, reliait les destinées de hi terre à celles de l'univers.
A dater de la chute d'Adam et d'Eve, le Dieu qui a tout créé A qui comblait l'homme de joie tout en le façonnant à la sainteté, se transforme en quelque sorte en un Dieu qui juge, délivre lei bons, punit les méchants, et en un Dieu qui, éveillant par son pa^ don gratuit la repentance dans les cœurs, sauve quiconque ne rejette pas son salut.
Dieu annonce à nos premiers parents son intervention de rédemption et de salut par d'énigmatiques paroles qui établissent l'existence de deux races ennemies au sein de l'humanilé, et qui prédisent la venue d'un destructeur de l'œuvre de Satan.
L'humanité, qui naîtra d'Adam et Eve, aura tout entière leur nature conompue, et, sans l'intervention miséricordieuse de Diea, elle serait tout entière animée du même esprit de désobéissance et de péché. Mais par son pardon et sa promesse d'un Sauveur, l'Etemel a éveillé dans le cœur de la mère des vivants uoe vive reconnaissance, une sainte haine pour son séducteur et un poignant sentiment de repentance. Sa foi se transmettra h une partie de ses enfants qui seront la seule postérité véritable de la femme, les seuls représentants légitimes de l'humanité. Les autres hommes seront dans le fond de leur ëlre, par une génération spirituelle, U postérité du serpent ou, selon le langage de Jésus-Christ, les m- &nts du diable(i). Entre ces deux postérités, qui formeront bientôt deux races et plus tard deux cités, il y a inimitié profonde. Celle de gauche se sentant condamnée par la foi et la sainteté de l'autre, hait celle-ci d'une haine mortelle. L'autre qui n'a d'autres armes que celles de l'esprit, souffre en silence; pauvre et débonnaire, elle prend patience, prie pour ses ennemis, et fait par amour pour eui une sainte guerre à leur impénitence.
HlMto TUl, M. Coap. MmlL IlU.Wi pUt IcL UU. <•; I Jt*a Ul. I-CL
Ces deux races se nommeront : d'Adam k Noé, Abel et Caîn, les CûDÎtes et les Séttiites; puis Israël et les Gentils, dans IsnèX les justes et les impies, chez les Gentils les bons et les méchants ; (tepiiisJésus-Christ,l*Egliseelie monde païen, dans l'Eglise le froment etl'ivniie, les brebis et les boucs, Babylone, ta grande prostitDée, et l'épouse de l'Agneau ; enfin, dans l'éternité la Jérusalem céleste et l'enfer. Ce n'est qu'alors que ce dualisme spirituel se manifestera dans Loute sa réalité, et si le protévangile le substitue déjà à l'évidente unité physique de notre race, il faut y reconnaître la preuve que ces paroles sont bien celles d'un Ûeu qui embrasse d'un regard tous les temps.
Cependant, malgré son apparente faiblesse la postérité de Ut femtne écrasera la tète du serpent ou, en d'autres termes, réduira la puissance à néant. Mais qui sera cette postérité victorieuse de Satan? Ce sera le Fils de la femme seule, d'une vierge mère, un être miraculeux, l'enfant de Dieu, un demi-Dieu, un homme-Dieu, on Dieu-homme. C'est ainsi que l'humanité en^ère a compris la ifivîne promesse. Les saints en Chine, Sosiosch chez les Mazdéiens naissent d'une viei^; Hercule et Bacchus ont pour père le Dieu mpréme ; Vichnou s'incarne dans Crichna, et Achille qui n'est Tulnérable qu'au talon, est le fils d'une déesse (1). Chez le peuple élu, les prophètes font du Messie qui sera le véritable vainqueur dn serpent, un homme qui est Dieu, Z^ieu ttvec nom, l'ange de l'Eternel {i}. Saint Jean reconnaît dans le Verbe Jéhovah qui apparaissait à Israël, et le Verbe fait chair dans Jésus-Christ [3) . Pour saint Paul le Messie est le vrai homme, le dernier Adam, l'Image adéquate de Dieu (4).
Comme il a pour mère une faible femme et que son ennemi a iéduit Eve par la parole, le Sauveur promis ne peut avoir recours ni à l'omnipotence divine, ni aux puissances de la ctiaiv. Humble rtdoux, il triomphera à force d'amour et de sainteté, Mais, étimt Fils de Dieu, il sera esprit comme son père, Dieu Voindra de son Esprit, il recevra l'Esprit de son Père dans sa plénitude (3), il sera ll^prit vivifiant, comme le nomme saint Paul (ti), et il enverra sur ses disciples l'Esprit-Saint qui est l'universelle synthèse.
Le Fils de la femme payera chèrement sa victoire sur Satan. Au moment où du pied il écrasera la tête du serpent, le serpent lut
9\ Petit pHmUI/.LlU. p. Miqq. - n Fl. II CICI, lUck. 1, t; E*. TU, 14; n. I.ZKk. 1, iM- - m Jon I. (Il •*< - 1*1 ■ C«r. IT, 4*; BOr. t. S. »|ES.IJ,tlUJI, liUI,lliUI, I. < lui. lU <«. M. tt.U,i. Uu. U. U. 3«. LwcUI. B.
icra$era le tabm. Satan ne peut atteindre son eDaemi à ta l£le, ù au «Eur, ni m^me aux muns; mais il lui fera au pied une si profonde blessure que le sang du vainqueur coulera à Sots sur la terre. Le Fils de la femme mourra dans son triomphe. Il mourra, nuit non pour lui-même, car il est tout sainteté, et la mort, fruit dn péché, ne pouvait avoir aucune prise sur lui; il mourra pour une race souillée, juste pour les injustes, innocent pour les coupables. Son sacrifice est un profond mystère que l'Eternel expliquera en son temps aux croyants.
Mais le Fils de Dieu, pour avoir le talon écrasé, n'en remporten pas moins sur Satan une complète victoire. Ce que le protévangtle ne disait pas, l'histoire nous l'a enseigné : l'Oint de Dieu est ressuscité , il est monté au ciel et il règne à la droite de l'Etemel.
C'est ainsi que l'histoire du Messie et celle des deux cités gisent latentes dans le protévangile où l'Etemel les a déposées selon si manière de receler le chêne dans le gland et l'aigle dans l'œuf. Cette première promesse est le divin rayon que Dieu a dardé daoi l'âme d'Adam, et l'fime humaine, si elle n'eût pas péché, aurait été le prisme qui pendant quatre mille ans l'aurait décomposée en ses diversescouleurs jusqu'au jour où l'Etemel lesaurait réunies et confondues de nouveau en la personne du Rédempteur. Israël du moins a compris que la race méchante, rebelle, venimeuse, féroce , serait détruite malgré ses forces matérielles, et que malgré son apparente faiblesse la race spirituelle et pieuse de 1& femme finirait par posséder la terre. Il a compris que, tils de U femme, le Sauveur serait méprisé des hommes, accablé de douleurs, immolé comme un agneau à la boucherie, mais que, Fils de Dieu, il délivrerait les Ames prisonnières du péché, jugerait les nations impies et ferait régner parmi les hommes la paix et la vie.
On peut même dire que le protévangile a été depuis la cbut« la condition de tout progrès. En effet, il a sauvé l'homme du désespoir moral où plonge le sentiment d'un péché volontaire, et de cette peur de Dieu qui pousse le coupable à le fuir et à l'oublier. Avec l'assurance du pardon est née de nouveau la foi en l'avenir. L'homme qui était tombé, s'est relevé, et a repris sa marche vers le but. Le plan antélapsaire de notre initiation à la vie spirituelle, qui semblait détruit par la chute, est redevenu possible. La miséricorde divine oppose à la progressive dégénération de l'humanité déchue une puissance de restauration progressive. Précipitée par sa &ute dans des abîmes de ténèbres, de corruption et de souf-
Innces, notre race en sera retirée par le Sauveur, qui la ramènera sur le chemin du ciel. En détruisant l'œuvre de destruction de Satan, il rétablira l'œuvre primitive du Créateur, et il l'amënem à sa perfection par le don de la vie éternelle ou de l'Esprit- Saint, symbolisé par l'arbre de vie(l).
Adam, à qui Dieu parle de mort, mats qui a compris la promesse d'un Sauveur, nomme, dans l'extase de sa joie, Eve la mère des vivants. C'est l'instant oii la foi prend naissance dans l'homme, c'est son premier et éclatant triomphe sur les terreurs de la pontcience et de la mort, et cette parole de vie et d'immortalité qui jaillit du premier mortel, retentit aujourd'hui encore dans le cœur de tous ses enfants. Les nations civilisées doutaient si peu de la vie indestructible de l'ftme que la plupart rendaient un culte aux ancêtres, aux mânes. Même les peuplades les plus Muvages attestent , par L'attitude qu'elles donnent à leurs morts, leur croyance en la résurrection (2).
1a foi des Séthites s'exprimait par des sacrificeset des cantique» où se confondaient tous les sentiments de la vie religieuse (3). Le culte a changé de nature après le déluge, qui avait révélé dans leur infinitude la justice et la miséricorde divines par la miraculeuse délivrance de Noé et par la destruction de toute la première humanité. Noé offre le premier holocauste (4), oit le désir de se dévouer corps et ftme à Dieu se mêlait à l'intime conviction de la ainteté divine et de la souillure humaine.
La pensée de Dieu et le sentiment de son action immédiate étaient si vivants chez l'humanité primitive que, Loin de s'enoiguelllir de ses découvertes, elle en rapportait toute la gloire A Dieu. Agriculture, métiers, poids et mesures, arithmétique, géométrie, écriture, tout était à ses yeux un don de la sagesse divine, qui fut plus tard personnifiée et adorée sous les noms de Tholh, d'Oannès, d'Hermès, de Mercure (S). Elle inspirait jusqu'à l'enthousiasme avec lequel on luttait contre les fléaux de La nature (6). Ainsi s'explique sans doute le nom de dieux qu'on donnait alors et aux hommes qui sur la terre étaient pleins de l'Esprit de Dieu (7) et aux ombres des pères dans les cieux (8).
L'unité de Dieu, la création progressive du monde en six jours, l'homme semblable à Dieu et son état d'innocence, sa séduction
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par le génie du mal, la promesse d'ua Sauveur, Immortalité de i'flme, la justice et la miséricorde divines toujours actives dans le gouvernement des choses terrestres : telles sont les inébranlables assises de la religion de l'humanité et par là même celles de soa historiosophie.
Mais ces révélations et ces faits, ainsi que les autres événements du monde primitif, avaient été déjà l'objet des méditations des sages, comme nous l'indiquent certaines vues d'ensemble qui se retrouvent toutes pareilles chez plusieurs des grandes nations païennes de l'antiquité.
Ces sages remontaient sans peine le fleuve du temps, depuis le déluge par les Caïnites et les Séthites à Adam , et d'Adam par l'œuvre cosmogonique des six jours jusqu'à la source de toutes choses et au trône de Dieu. En embrassant ainsi d'un regard ce qu'ils savaient de l'histoire du monde, ils distinguaient la période de l'humanité, et celle de la nature et de la création, avant laquelle ils plaçaient les temps étemels. Puis ils subdivisaient les siècles humains en deux ftges, dont le premier se tenninait au fléau du feu et le deuxième au déluge ou à la fondation des premières cités. Ces âges, ces périodes ont reçu plus tard chacun des dieux particuliers, et ainsi s'est formé le mythe général des dynasties divines (1).
Les mêmes sages voyaient l'histoire de l'homme commencer au paradis dans l'innocence et le bonheur ; se poursuivre chez les Caïnites dans l'impiété (ils adoraient le soleil) [ 2) et dans les maladies (ils mouraient enfants à cent ans (3) et le fléau du feu les décimait); traverser l'âge de Tubal-Caïn etdesNéphilim, ou des armes d'airain, de guerres atroces, d'odieuses oppressions et d'une corruption indicible {i), et enfin, par delà le déluge, aboutir à des siècles oii la vie s'abrégeait avec une effrayante rapidité {5). Le déclin de la vie, de la foi, de la vertu était manifeste, et ainsi sont nés les mythes des âges de plus en plus mauvais (6).
Ënfm, l'existence de Satan n'étant que trop bien constatée par la chute d'Adam, on a étendu son action de l'homme sur la nature, et on la fait l'auteur de tous les maux physiques. Il s'est trouvé ûnsi toujours et partout en lutte avec le Dieu bon, et
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lenrs guerres sont devenues le dogme principal de la plupart des ancieimes religions païennes.
Nous rappellerons Iransitoirement que l'bumamté primitive croyait, comme on l'a fait jusqu'à Copernic, que l'homme était le centre du monde et l'unique objet de la sollicitude divine, Sous ses pieds est la terre immobile uniquement occupée à le nourrir. Sur sa tète est le ciel des nuées qui lui amène aux saisons voulues les pluies fécondes. Plus haut sont le soleil et la lune, les planètes, les étoiles fixes qui se meuvent sans rel&che autour de la terre et qui n'existent que pour l'éclairer, la réchauffer, la vivifier. Dans un troisième ciel inaccessible à la vue demeurent les intelligences , les anges , prompts et dociles messagers de XHea pour le service de l'homme. Philosophie de la nature qui prend les apparences pour des réalités, mais qui ramène à l'imité par l'homme la diversité des êtres, et qui fait du monde un organisme où toutest ordre et harmonie (I).