LIVRE DEUXIÈME
OONSID^EATIONS aÉNÉBALBS
Les familles issues de Noé avaient le cœur rempli d'une indicible tristesse. Comme perdues au milieu des ruines immenses du déluge, elles se comparaient à un enfant nouveau-né qu'aurait ibandonné sa mère sur le rivage désert de l'Océan (1). Mais le lentiment qui dominait dans leur cœur, c'était la crainte de l'Eternel. L'humanité renaissante avait compris, par la ruine épouvantable du premier monde, que ce n'est pas impunément qu'on oublie l'Etemel et qu'on se rit de ses lois. Elle savait maintenant à ae pas l'oublier que Dieu, quand il s'irrite, devient un feu consumant. Aussi la voyons-nous instituer le sacriBce sanglant de l'holocauste et célébrer, par de nombreuses fêtes, le souvenir du déluge qui prit dans ses pensées la place de la vision cosmogooique. En outre, aux ravages de la mort qui réduisait de mille ans â UD siècle la durée de la vie, elle opposa le rite douloureux et expiatoire de la circoncision. Elle ne recula même pas, dans son désespoir, devant la mutilation qui est l'absolue condamnation du mariaye (2).
Cependant l'humanité allait passer de son enfance à sa jeunesse et de l'économie patriarcale à l'économie politique. L'unité enveloppée devait s'épanouir et se différencier : la famille se diviser en nations, la langue unique en idiomes distincts, la société en classes spéciales; l'autorité du père de famille se répartir entre
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le roi, le prêlrt, le général, le juge; l'esprit humain décomposer ses croyances et ses impressions religieuses. Hais toute création d'un monde nouveau suppose un puissant enthousiasme. Il fout donc admettre que les Noachides avaient peu tardé à reprendre confiance en Dieu et en eux-mêmes, et que toutes les facultés de leur finie s'éveillèrent en même temps pour produire au temps voulu (1) ces nations, si diverses et si richement douées, qui se sont dispersées sur toute la face de la terre.
Chaque tribu des Noachides, même avant leur grande et définitive dispersion, aspirait déjà à former un peuple distinct et à mai^ quer de son sceau particulier la langue commune et primitive, en même temps qu'un besoin confus d'aventures agitait toute ia masse. Les familles les plus impatientes essaimèrent avant le temps. Elles allèrent se perdre dans des contrées lointaines, où elles parvinrent à peine k faire face aux premières nécessités de la vie. Ces malheureux pionniers, oubliant la civilisation de leurs pères, devinrent les ^eux. de ces peuplades sauvages, soi-disant autochthones, que plus tard les grandes nations historiques reocontrèrent partout déjà sur leur route (2).
Ces Noachides s'étùent séparés trop tdt : les autres prétendaient rester unis par delà le temps fixé. Dieu dut intervenir par l'effrayante tempête qui renversa la tour de Babel, et les tribus, qui ne s'entendaient plus, furent poussées par luie puissance invisible vers les contrées qui leur avaient été assignées pour demeures.
Aux temps où remontent les histoires nationales, l'Asie uilé> rieure était presque uniquement occupée par ia race mongole, et n'offrait qu'une seule nation civilisée, celle des Chinois. Dans l'Asie antérieure et dans la vallée du Nil, qui ont été le principal foyer de l'histoire pendant la haute antiquité, habitaient des peuples blancs, les uns camîtes, les Babyloniens, les Egyptiens^ les Phémciens; les autres sémites, les Chaldéens, les Elamites, les Assyriens, les Araméens, les Lydiens d'Asie Mineure et de Terre- Sfùote, les Arabes, les Hébreux; les troiiuèmes japhétites, les Aryas de l'Iran et de l'Inde, les Arméniens, les Phrygiens.
Ces nations, qui avaient toutes emporté avec eÛes dans leurs demeures les traditions des vérités (irimordiales, se placàrent chacune sous la protection immédiate de Dieu. Toutes eurent sio-
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céreioent le désir de le servir fidèlement et d'4tre sa cité. Il serait leur Seigneur et elles seraient son peuple. Sans le péché, ces cités auraient formé tontes ensemble l'universelle monarchie du Dieu Tinnt.
En entrant dans sa jeunesse, ce que l'humanité demandait k Dieu, c'étaient « les joies du cœur » et les jouissances de la terre. La divine Providence les lut accordait « en lui envoyant les pluies du ciel etles saisons fertiles (1).» Dieu agissait; les nations passives et recueillies le regardaient agir pour leur Sion et l'adoraient. Elles s'associaient à son œuvre par leurs prières et leur culte. Dans les pays du Sud, où chaque été les menaçait par la sécheresse de la bmine et de la mort, elles imploraient avec une certaine angoisse lespltiîesda printemps etde l'automne. Vœux modestes, foi naïve, mais piété sincère et sérieuse, qui vaut certes mieux que notre athéisme scientilique. La Divinité sembUit à ses adorateurs , qui étaient déjà polythéistes, engagée dans une lutte violente et continuelle avec les puissances mal&isantes qui voulûent réduire les campagnes fertiles en un aride désert. Ce combat, qui se répétait toujours le même d'année en année» nous le retrouverons sous des formes diverses chez tous les peuples païens de la haute antiquité. Il est le trait saillant de leur historiosoj^ie.
Cependant, comme l'erreur est la compagne inséparable du péché, et que le péchéétait devenu la seconde nature de l'homme déchu, il ne se pouvait que les peuples n'altérassent la vraie religion que leur avaient transmise Noé et ses fils. Dans le travail d'analyse qui s'opérait spontanément en leur esprit, l'unité de Ken se brisa. Ils le divisèrent en une foule de ïAà>tAee>(%) austères et redoutables, et tùeutdt ils divinisèrent la nature en la personnifiant en ime fouie non moins grande de déesses gracieuses qui leur faisaient un devoir de la volupté.
Le vrai Dieu se décomposa en ses perfections, et sa sagesse devînt un dieu secondwre qui porte dans l'ancien et le nouveau inondes vingt noms divers, tels que Thoth, Oannès, Hermès, Mercnre. Bouddha, Hanabosko (3). C'est à ces dieux que les nations sacerdotales attribuèrent leurs livres sacrés.
n se décomposa selon le te-ups en autant de dieux que l'on comptait de périodes dans l'histoire de la nature et de l'humanité. Il y eut un dieu irrévélé , comme Amoun ou Belitan ou
Brahm; un dieu puissant et splendide qui se révèle par la lumière et la création, comme Fhtab ou Bel II; un dieu humain de l'humanité comme Osiris; un dieu du déluge, dévorant ses enfants, tel que le Saturne phénicien ; un dieu, enfin, piésidant aux destinées de chaque nation postdiluvienne, comme le Zeus des Hellènes ou le Melkarth de Tyr. L'ardente imagination des peuples qui étaient à leur époque de formation, s'empara de ces dieux successifs et leur créa une fantastique histoire. Les pins anciens devinrent les pères des plus jeunes ; on leur prêta à tous nos passions, et les révolutions qui s'étaient en réalité passées sur la terre, soit dans la nature, soit dans notre l'ace, devinrent des révoltes des fîls contre les pères, des mutilations, des emprisonnements. Ainsi naquirent chez les différents peuples ces mythes des dynasties divines, qui sont en historiosopbie autant de vues d'ensemble sur les âges du monde.
Enfin, Dieu se décomposa, selon l'espace, en autant de dieux qu'il y avait dans la nature d'éléments, de corps et de régions qui, par leur étendue, leurs mystères, leur beauté, leur puissance répondaient à son auguste et«évère majesté. On sentait sa présence dans le feu, dans l'air, dans l'océan, et on le personnifiait sous les noms de Neptune, de Roudra, de Vulcain ou Twachtri. Dans les enfers il se nommait, à Rome, Pluton.
Chez ces dieux se retrouve l'esprit de crainte et de vénératim qai caractérise le culte des théothée». Les déesses au contraire sont, la plupart, riantes et aimable^. L'homme a cru découvrir dans les plaines fertiles, dans les monts boisés, dans les vallées ombragées, dans le murmure des ruisseaux, dans les douces teintes de l'aurore, dans b paisible lumière de la lune, une divimté jeune, fraîche, joyeuse, féminine, qui nous convie tous au bonheur. Ces voix enchanteresses de la nature, qui auraient ravi d'aise l'homme saint et pur, sont devenues pour l'homme déchu celles d'une perfide sirène; elles ont assoupi sa conscieDce, enflammé ses sens et noyé son (knie dans les eaux infectes des plus inf&mes débauches.
A force de multiplier ses faux dieux, l'homme finit par perdre le seul vrai Dieu et avec lui le sens de l'infmi. Tous ces dieux, grandis et petits, se limitaient les uns les autres, et le Dieu suprême de toute cette foule de dieux finis, ne pouvait lui-même conserver sa nature absolue. Aussi l'idée de création est-elle devenue complètement étrangère au paganisme. Aucun de ses dieux (sauf peut-dtre Ormuzd] ne possède plus cette puissance infinie qui
wule permet d'appeler du néant h l'existence la matière. La ma' titre est ainsi devenue étemelle et, personnifiée en une Grande Mfcre, elle se trouve être l'épouse du Dieu suprême, parfois sa mère, et, chez les Phrygiens et les Lydiens, la divinité nationale (1).
Trop infirmes pour créer la matière, les dieux suprêmes des païens ne le sont pas moins pour arracher l'humanité à son présent état de stagnation et la faire marcher vers la perfection. On a Men, pour un avenir inconnu, de vagues espérances d'un temps meilleur ; ce sont des souvenirs confus du protévangile. On se rappelle bien aussi que dans le temps passé, l'auteur malfaisant du déluge et du fléau du feu a été vaincu, enchaîné, délié ; c'est le sens des luttes d'Indra contre Ahi, de Féridoun contre Zohak, de Hithra contre les voleurs de nuages, de Bélus contre les géants, dtlorus contre Typhon, de Sandan contre les animaux symboliques du désert, de Niu-wa contre Kong-Kong. Uais dans le présent, il n'y a pas de progrès. Nul dieu ne travaille à délivrer l'homme du péché et de la mort, nul ne le prépare h recevoir la vie spirituelle de l'esprît.Le monde tourne sur liu-mémedansle cycle étroit des saisons.
L'antiquité païenne croit si peu au progrès qu'un de ses mjlhes fovoris est celui de la détérioration de l'humanité dans le cours de quatre ou cinq Ages, et qu'elle ne conçoit le mouvement que sous la forme des retours. Le cycle de l'année a été pour elle l'image de l'histoire de l'univers, et l'esprit cyclique est l'un des traits les mieux accentués, si ce n'est de ses croyances religieuses, au moins de ses philotophèmes.
Nous empruntons à l'allemand ce tenne pour désigner les premières et grossières ébauches de la spéculation chez les peuples de l'Orient. Ce ne sont plus des mythes, et ce ne sont pas encore des systèmes philosophiques; c'est quelque chose d'informe qui n'avait de nom dans aucune langue.
Ces philosophëmes, qu'il faut se garder soigneusement de confondre avec les mythes de l'enfance de la nation, apparaissent vers la fin de son ftge mbr, après sa période de plus grande gloire, au temps où s'éveille la raison.
Nous allons passer en revue les mythes et les philosophèmes des principaux peuples de l'Orient.
Ces peuples, nous les rangerons dans un ordre quelque peu
arbitraire. Nous commencerons par les Camites et les Sémites, que nous diviserons en trois groupes : a) les Babyloniens et tes Awyriens dont les mythes historiques sont fort simples, b) les Lydiens et les Egyptiens qui croient en un Dieu mort et ressuscité, c] les Phéniciens, dont le génie aventureux semble moins asiatique qu'européci), plus japhétile que sémite. Nous rejetterons dans une autre section les Hébreux, monothéistes et prophètes, dont les principes religieux et moraux ne se comprennent que par les contrastes qu'ils font avec ceux de leurs voisins. Nous passerons ensuite à la race japhétique des Aryas de l'Iran et des Aryas de l'Inde. Enfin, pénétrant dans l'Asie ultérieure et mongole, nous visiterons la Chine, et c'est de li que nous reviendrons enfin sur DOS pas en Judée.