CHAPITRE PREMIER
LES BiBTLONŒflS (I).
La Bid)ylome, où se voient encore les restes de la fameuse Tour te la confusion des langues, avait été peuplée par des Garnîtes i»as de Cusch et de Nemrod, et par des Chaldéens dont l'aïeul ttiit le sémite Arpbacsad. Ces deux races qui s'étaient mëlées.halitaiect et cultivaient un bas-pays d'une merveilleuse fécondité, que tnrersaient et inondaient l'Euphrate et le Tigre. Aussi leurs libres sacrés, l'Ht^ptateuque d'Oannës, traitaient-ils de l'agriculture, ài liavail des digues et de la géométrie. Ils adoraient Bel, le Seipour, ou le vrai Dieu, Mylitta ou la nature féconde, et les astres ^ président k ta succession des saisons. De tous les peuples psleos, aucun n'avaitconservéaussi fidèlement qu'eux les traditions delà primitive humanité : la vision cosmogonique, les dix patriardws antédiluviens, le déluge avec l'arche, la Tour de Babel, l'iaeendie linal.
!• La Mythe». — Les Chaldéens distinguaient le Weo ancieti, Belitan ou l'Etemel ; le Dieu qui avait formé le monde; le Dieu
fondateur de Babylone. Ces trois Dieux s'étant succédé l'un à l'antre, on aurait pu les prendre pour trois êtres distincts ; mais ils portaient le même nom de Bel et étaient donc un seul et même Dieu. Le polythéisme n'est ici qu'en voie de formation.
Bel, voyant la terre déserte malgré sa fertilité, avait ordonné à l'un des aulres dieux, (ou des anges), de lui couper la télé, de pétrir l'argile avec son sang et d'en former l'homme. Mythe fantastique et sublime, émanatlste et prophétique, qui attribue à l'homme mortel la nature, non du gorille, mais de Dieu lui-même, à Dieu la nature mortelle de l'homme, et à l'amour de Dieu pour l'homme le premier exemple du dévouement et du sacrifice.
Du haut des cicux les divinités de Babylone, tout en bénissaot leurs adorateurs, repoussaient loin d'eux les génies malfaisants. C'est ainsi que le soleil levant, le soleil couchant et la lune étaient Bgurés armés d'une épée, d'une massue ou de flèches avec lesquelles ils perçaient et terrassaient leurs adversaires. Sur la terre même combattait, invisible, un héros qui n'a jamais les ailes d'un dieu, un sauveur protévangélique, le Sandan desÂssyriens, que les cylindres représentent étoutfant l'oryx, l'autruche, le lion, animaux du désert servant de symboles au mal physique et spé<»alement aux ardeurs dévorantes de l'été.
Ce héros combat sans rel&chp et ne se repose jamais, et, en eflet, chaque année la canicule menace de nouveau de faire périr toutes les plantes nourricières. Point de progrès dans la nature, point de progrès dans le ciel parmi les dieux, point de progrès sur la ten« dans la dté. Tous les êtres sont soumis à des lois immuables ; tous sont les esclaves d'un destin qui révélait aux hommes ses décrets ^•par les révolutions périodiques des astres et leurs conjonctions.
2° La Pkilosopkèmes. — L'astrologie, qui de la Chaldée a infecté la terre entière, était née dans les écoles de Borsippa, d'Hipparëne, d'Orchoé. Ces mêmes écoles ont été certaioemeot aussi l'un des plus anciens berceaux de la philosophie orientale. C'est de là que sera sortie une certaine cosmogonie où la spéculation revétencore de formes mythologiques ses idées nouvelles, et que nous croyons être la première ébauche de Vatomisme {!). C'est là qu'on aura traduit la religion théogamique de Bélus et de Mylitta en un système de physique basé sur l'opposition et la réunion de forces contraires (2). C'est Ut que sera née la philosophie cyclique d& l'histoire.
>() /•arl4 primait, t. U, p. *i» «n. - I9t KU-, t, I. lU: II. p. «M.
Les Chaldéens savaient par le tradition que, si la première terre mit pà4 par le déluge ou l'eau, le feu consumerait le inonde tcttwi. L'astronomie étant leur étude de prédilection et leur religion leur faisant cherctier dans les cieux les causes ou du moins I« Bignes de tout ce qui se passe sur la terre, ils tentèrent de fixer par les révolutions des planètes la date de l'incendie final. lis imaginèrent que cette combustion aurait lieu lorsque tous ces astres renient leur conjonction dans le signe du Cancer, qui est celiù du loistice d'été et des plus intenses chaleurs. Ils ajoutèrent même, comme pour retarder indéfiniment l'événement, que les planètes devraient se placer de telle sorte tes unes sous les autres qu'une Ugne droite traverserait tous leurs centres.
liais pour les astronomes, il n'est pas de chiffres approximatif, et ceux de la Chaldée voulurent fixer la date exacte de la catastrolAequi menace notre monde. En calculant la précession deséquinoies, ils avaient découvert une immense année solaire qui embrassait plus de trente mille années terrestres. Ils admirent que la dorée de ce cycle devait être en un rapport quelconque avec celle de nos années qui comptent en nombre rond trois cent soixante joQTs ou douze mois de trente jours, et ils ëtahlirenten fait que le cjcle solaire était de trente-six mille ans. Mais ce cycle n'était pointasse! long pour amener la réunion de toutes les planètes en ligne droite dans le Cancer, et l'onsupposa que ces trente-six mille ■as ne formaient qu'un des douze mois de l'année cosmique, qui ftrt ainsi de lïX36,000=i32,000 années terrestres.
Cependant au terme de ces 433,000 ans le monde actuel ne wnit point anéanti par sa combustion. Il renaîtrait de ses cendres comme il avait lui-même repris vie après la catastrophe dilu- TOane; car l'univers ne peut périr, et le feu, comme l'eau, ne Ulque le transformer. Mais le monde futur sera soumis aux némes loi3 que le monde actuel : il aura, lui aussi, une durée de 433,000 ans terrestres, et il sera détruit par l'eau lorsque les planètes se rencontreront toutes de front dans le signe du Capricorne,qui est celui du solstice d'hiver et des pluies les plus abondantes.
Ce déluge à venir ne sera à son tour qu'une crise passagère, et let mondes se succéderont ainsi jusqu'au douzième. Le cycle de 433,000 ans n'est donc que te mois de la vraie année cosmique, qni comprend I2X'*33,000, soit K,I81,000 années terrestres (1).
Une fcns entrés dans la voie des calculs astronomiques, les philosophes chaldéens durent la parcourir jusqu'à son terme. Us se virent contraints d'appliquer leur cycle de 433,000 ans au monde passé qui avait été détruit par le déluge de Xisuthrus oo Noé. Hais il faut leur savoir gré du respect qu'ils témoignèrent à la tradition. Hs laissèrent subsister les dix patriarcbes sétbites et se bornèrent à leur attribuer des règnes de 10,800, de 36,000, de 61,800 ans.
Ajoutons que pour rétablir une certaine proportion entre l'excessive longueur de leur monde antédiluvien et la brièveté des temps historiques, ils prétendirent que de Xisuthrus à Alexandre le Macédonien il s'était écoulé un mois de l'année cosmique, soit 36,000 ans. C'était 34,000 de trop, qu'on attribua en bloc à une dynastie dont on ne connaissait pas un roi et qu'on plaça immédutement après Qionuisbélus ou Nemrod.
Nous verrons les cycles chaldéens introduits en Grèce par Heraclite.