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CHAPITRE TROISIÈME

LES LTDIXNS DE BTBLOS (1).

Nous bisons de Byblos, qu'on dirait égarée parmi les villes phéniciennes, une cité lydienne comme Ascalon, et non araméenne.

Si les Chaldéens ont gardé fidèlement les traditions des Séthites, les Lydiens de Byblos ont revêtu d'une forme mythique l'histoire des Caînites et des premiers temps postdiluvieos.

Leur mythe des règnes divins est beaucoup plus riche que celui des l^byloniens. Le plus ancien de leurs dieux est Elioun, l'époux de Bérouth ou de la Création. Il a péri comme Bal, mais déchiré par des bëtes féroces comme Adonis. — Elioun a pour successeur son fîls, le Cie), qui sous Mehujaël détruit les Caînites par le fléau du feu. — Le Ciel est détrAtié par son fîls, El ou Elohim, qui est Elioun II; c'est le Cronos des Grecs, le Saturne des Latins. 11 prend contre son père la défense des Tubalcatnites, qui deviennent ainsi une race sainte^ce qui ne l'empêche pas de les &ire périr par le déluge. — Après ce cataclysme, il cède volontairement le sceptre de Byblos à Baaltis ou Dioné, qui est la Hylitta des Chaldéens et la Vénus des Grecs, et qui a pour époux Adonis, qui est Adonaï ou Baal, le dieu suprême. — Telles étaient les quatre périodes de l'histoire de l'univers d'après les croyances nationales de Byblos.

Adonis est un dieu qui meurt et qui ressuscite. Il est perdu, et OD le cherche et retrouve. Il disparaît de la terre et des cieux^ descend chez les mânes et remonte sur son tr6ne. Ce n'est point HO demi-dieu, un héros protévangélique qui, en combattant pour Ks frères contre le génie du mal, succombe et revient à la vie. n n'est pas davantage un Vichnou, qui par compassion pour les souffrances des mortels s'incarne, et, son œuvre terminée, retourne au ciel. Nous ne découvrons en effet dans son caractère et son mythe nulle trace de miséricorde et de dévouement. Au milieu de ses plaisirs, il est surpris par le génie du mal,symbohsé ici par le sanglier diluvien de Mars ou Typhon; il lutte contre lu, le tue, mais meurt lui-même de ses blessures. Ce dieu s'ex-

Hl fum-f^Utlt. >■ ai, p. t*THM. la. lu.

— explique, à notre avis, par l'esprit pantbéiste den religions païennes, n présidait aux destinées de l'humanité et il s'est identifié avec elle. Elle avait été détruite par le délu^, et il est mort avec elle; elle a pour ainsi dire repris vie après le cataclysme,et il a ressuscité avec elle. Plus tard, lorsque Byblos eut perdu de vue les temps primiUfs pour ne se préoccuper que du présent, Adonti se confondit avec la nature, qui meurt cbaque été et renaît aux fouies de l'automne, et le dieu de la primitive humanité devînt ponr sa cité favorite celui des saisons, celui de la terre et des cieux.

Cependant, tout panthéiste qu'il est, le culte lydien d'Adoniï contient deux grandes pensées qui sont étrangères à celui du Sandan assyrien et babylonien. Le mal, ce n'est plus seulement la sécheresse avec tous les autres fiéaux de la nature, c'est ta mort, c'est le sépulcre, ce sont les enfers, et la mort est si puissante que rien ne se soustrait à son empire. Le mal n'est donc plus ce lioD que Sandan étoufi'e d'un air distrait, ni ce monstre assyrien que Dieu foudroie sans combat; c'est un être doué d'une force indéfinie, et il étend son action de la nature, de l'humanité sur l'invisible el éternelle Divinité, qu'il surprend et fait mourir. Toulefois le génie de la mort [le sanglier), en blessant à mort Dieu, l trouvé sa propre mort : c'est-à-dire Dieu a bien été précipité daos les enfers, comme un simple homme, mais il n'y est pas resté captif. 11 a ouvert, il a créé une voie qui du Tartare ramène à li douce lumière du soleil. Il est ressuscité, mais il n'est pas montéau ciel. Sa résurrection ne pouwt donc être pour ses adorateurs sérieux une promesse de la leur propre et d'une vie meilleure, après comme avant sa mort, il vit sur la terre des vivants; il continue d'année en année la même existence, goûtant les mêmes joies, subissant le même malheur. La religion d'Adonis exclut donc le progrès, comme le font toutes celles de la nature, et, malgré sa ressemblance avec celle de Jésus-Christ, elle prtche, à tout bien considérer, bien moins la résurrection que 1* volupté.

Adonis est l'Attis des Lydiens et des Phrygiens , et Attis passait pour avoir fondé le culte tout diluvien d'Hiérapolis. Ce jeune dieu est, comme Adonis, blessé à mort par un sanglier, mais selon d'autres mythes, c'est le Dieu de la souveraine juslice qui l'a fait périr en punition de ses fautes. Attis est d'ailleurs le dieu mutilé qui avait pour prêtres les Galles (1). Nous ue tenterons pas de

r ici le sens d'un mytlie qui est une variante de celui d'Adonis, et qui nous est parvenu sous des formes multiples et contradictoires.

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