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CHAPITRE QUATRIÈME

LES iaTPTIEKS(l).

Camites mêlés à des Sémites et tout particulièrement k des Ly> ii/tas (2), les Misréens, ou les Fila du Soleil, ont élé le plus sage de tous les peuples païens. Leur berceau fut On ou Héliopolis, et de l'Egypte leur sagesse, ternie sans doute par de très-graves ertears, a projeté une vive lumière sur la Grèce.

l" Les dieux. — La religion indigène et camitique des Misréens, qu'au dix-huitième siècle on ravalait au niveau du fétichisme des nègres, est au contraire la plus philosophique/la plus spirituelle, la plus vraie de toutes les religions païennes. Aux origines de la civilisation égyptienne, la Divinité, dont l'unité n'avait point encore été brisée, ne portait aucun autre nom que celui de Dieu, comme aussi elle n'était figurée par aucune image. Dans les siècles postérieurs, on disait de tel ou tel théothée, comme nous le disons aujourd'hui encore du seul vrai Dieu, qu'il existe far lui-même, qu'il est la seule substance étemelle, qu'il est le géaérateur non engendré, le créateur. Ces théothées portent la plupart sur le front le sceau de l'idée étemelle dont ils sont chacun un fragment. Amoun est l'Eternel invisible, irrévélé, caché dans les dernières profondeurs de l'espace et du temps. Kneph ou Sum est l'Esprit. Phtah est le Dieu qui se révèle de toute éternité pu- la lumière, et qui, au commencement, a étendu le monde dans le vide ou l'a façonné comme un habile sculpteur. Thoth est la sagesse divine présidant à la formation du monde et enseignant aux hommes les arts, les sciences, le culte, les lois. Ké, c'est Dieu qui du soleil surveille et gouverne la terre, l'illumine et la bénit. Dieu est partout, mais il n'est point tout, et les symboles H cbera aux Egyptiens supposent une intelligence lucide, sagace qui se plaisait à saisir toutes les analogies posâbles entre les

choses visibles et les invisibles, et Don point une imaginatioD confuse qui, sous le charme du panthéisme, meie sans cesse la nutière et l'esprit. Les déesses elles-mâmes ne font point honte k U sagesse du peuple du Nil : plusieurs d'entre elles sont, non pas des personnifications de la nature divinisée et adorée , mais les compagnes, les épouses des dieux qui. de concert avec elles, ont bit naître du chaos le monde, ou, le monde achevé, le conservent et le régissent. Ainsi l'épouse d'Amour est Tamoun, l'lrrévélée,a. celle de Knephest Neith dont le nom signifie, dit-on ;yf;)roc«^<b moi-même. L'une de ces déesses est même, comme Tboth, une des perfections de Dieu, la vérité et \& justice, Ma ou Tmé, la Thémts des Grecs. Elle préside àla foisàla nature oii toutes choses ontété disposées avec poids et mesure, et à l'humanité dont l'existence repose sur les lois delà justice et de la vérité divines. Cette justice n'avait d'ailleurs rien d'austère, rien de terrible; elle réprouvait hautement les sacrifices humains par lesquels les Sémites apûsaient leurs dieux, et elle s'associait chez les dieux du Nil à tant de bonté que leurs adorateurs se distinguaient de tous les peuples de la terre par la multitude de leurs noms propres signifiant aimé ifAmotM ou de Pktak ou du Soleil ou à'Hathor. Peut-être avaientils puisé une telle confiance en l'amour divin dans le retour régulier et mystérieux des crues du Nil.

Les dieux égyptiens de l'éternité, de la création et du monde physique étentMent pour ainsi dire au travers de la nature et per son moyen leur bienfaisante action jusque sur l'humanité. U n'en était pas ainsi des dieux issus de Sev, le dieu du Temps : ils présidaient à l'humanité seule, et, comme Adonis, ils étaient sujets àla mort. Ce sont Osiris, Isis, Horus, Set ou Typhon, et Nephthys. Set paraît être une divinité sémitique,et il est probable que les mythes des Osirides sont en partie d'origine lydienne. Au moins relient-ils étroitement Byblos à l'Egypte. Maisils supposent toute une théorie du mal bien supérieure à celle des Sémites et vraiment digne de U «agesse proverbiale des Egyptiens.

La notion que les Egyptiens se faisaient du mal, reposait, il va sans dire, sur le dualisme du bien et du mal physique que nous avons rencontré déjà à Bahylone, à Ninive, à Byblos, et qui &il partie de toutes les religions antiques. C'est ainsi que Ré ou le Soleil est tous les jours en guerre avec une foule de génies malfaisants qui viennent à chaque heure tenter de le repousser. Sur la terre il y a pareillement lutte entre les sables mouvants du désert que personnifie Set-Ombté (Antée) et la féconde vallée du Nil ou

l'Hercule égyptien. Vers les origines de notre race, Set, soiu aa fonne symbolique d'hippopotame, a tué son père, le Dieu du paradis, et fiiit violence à sa mère, la terre, qu'il a contrainte à prodmre tous les genres possibles de fléaux et d'êtres malfaisants (1). Lors de la grande sécheresse antédiluvienne, Apophis, le Serpent des ardeurs caniculaires, a été tué par Osiris(i]. Que les Egyptiens, »ec leur génie symbolique, aient en outre retrouvé Vanalogue de ces luttes physiques dans les guerres que leur faisaient leurs ennemis, leurs voisins, les nomades des déserts, il n'y a là rien qui lurprenne. Hais ils avaient reconnu la présence de Set dans le sein même de leur société si pieuse et si sagement organisée : Set était l'époux de NephthySjla déesse des cités du Nil. Bien plus, les divisions qui troublaient la paix des citésetdes familles, n'étaient point an élément étranger introduit par la violence d'un Abriman ou par b nue d'un Satan dans l'existence humaine : Set était le frère d'Osiris, issuduméme père et delà même mère. Le meurtre était donc UD fratridde ; Set foisant périr Osiris est le Caïn du monde invià- Ue. Enfin, le péché attirait sur le coupable des ch&timents d'une durée indéfinie, qui nous indiquent la haute idée que les Egyptiens K faisaient de la dignité morale et de la vocation de l'homme.

8" L Homme. — Ici encore, les Cainites du Nil nous apparaissent de beaucoup supérieurs aux Sémites de l'Asie. Les uns et les autres sans doute d^nissaient l'homme par le cœur et le savaient immortel. Mais pour les Hébreux eux-mêmes, la terre était la demeure a des vivants, » et le Schéol un séjour souterrain et ténébreux ob les ftmes des bons et des méchants allaient pèlemêle se réunir à leurs ancêtres. Les Misréens, au contraire, nommaient leurs maisons des hôtelleries, leurs tombeaux des demeures itervellet, et croyaient qu'à la mort les fîmes étaient conduites par les deux divinités identiques de la justice divine et de la justice terrestre devant Osiris, qui fusait peser leur cœur à la balance de Tboth, l'étemelle Sagesse. Elles étaient jugées d'après les lois morales, politiques et religieuses de l'Egypte, et déclarées justes ou condamnées selon que leurs œuvres avaient été bonnes ou mauvaises. Tout péché appelait nécessairement une expiation par la douleur; dans cette vie, nul sacrifice sanglant ne pouvait effacer la coulpe , dans l'autre nul dieu ne pardonnait et faisait grflce; la justice seule décidait de tout. Mais elle infligeait aux coupables

'>) fflvM rr^imr. 1. 1, ». w. - m (tu., t. m, p. iM.

des cb&timeiits et doq des punitions; elle ne voulait que corriger. Les âmes devaient donc toutes une fois ou l'autre s'ammder et arriver au même but, qui était ta vision béatifiante de b IHvinité. Elle était symbolisée par le soleil qui les inondait de ses rayons de sainteté et de joie. Toutefois le cliemin qui s'ouvniitaux justes étut aussi direct et facile que celui des inécbants était long et pénible. Les premiers achevaient de station en station leur purification par des travaux et des épreuves proportionnés ii leurs foutes. Les seconds, au contraire, étaient condamnés à la dure Icn de la transoiigralion : leurs Ames devaient passer trois mille ani dans des corps d'animaux avant de revêtir de nouveau celui d'un homme, et ces cycles se succédaient pendant un temps indéfini jusqu'à leur amendement complet.

Il parait d'ailleurs que les Egyptiens n'étaient pas unanimes dans leur croyance à la métempsycose : ils avaient aueù imaginé tm enfer oii des démons faisaient subir aux &mes, sans doute pour les crimes inexpiables, toute espèce de tourments. C'est de la terre du Nil que se sont propagés en Grèce et diuis toute l'Europe les mythes du jugement des morts, des Champs Elysées et dn Tartare. Ces fables ont même déteint sur tes croyances populûres de la chrétienté.

Ija vraie vie étant pour les Misréens celle qui commence avec la mort, toutes leurs aspirations après un meilleur avenir sont conéentrées sur leur salut personnel. Le seul progrès qu'ils comprenaient, était celui de l'individu s'élevant lentement par la vertu et la foi jusqu'à la vision de Dieu. La cité dont l'individu faisait partie, restait immobile, et ainsi se perdit en Egypte toute espérance d'un Messie restaurant ici-bas l'humanité déchue. Les institutions religieuses et politiques n'avaient-elles d'ailleurs pas été fondées par la sagesse divine? Gomment l'œuvre de Thoth seraitelle susceptible d'amélioration? Le progrès ne serait-il pas une impiété? Aussi la tradition des siècles les plus reculés devint la loi sacrée des derniers figes, comme le prouve entre autres l'his* toire des beaux-arts. Des bas-reliefs de la onzième dynastie à ceux des Césars, les procédés techniques de la sculpture soûl restés invariablement les mêmes, et les figures des dieux ou des rois ont toujours les mêmes attitudes quelque peu gauches et la même expression de placide noblesse sans animation et sans idéal.

3° Les mythii historiques. — La philosophie égyptienne de l'his-

toire, d'après les croyances antiques et nationales, est comprise dans le mythe de la dynastie des dieux et dans ceux des Osiiides.

Les dieux qui se sont succédé sur le trône de l'univers sont plus nombreux en E^pte que partout ailleurs, et l'on voit dans leur série les spéculations d'une haute métaphysique s'unir d'une manière très-ingénieuse aux traditions primitives.

Le plus ancien, le chef et le père de tous les dieux, c'est, à Thëbes, Amoun, l'Etemel qui ne se montre jamaisj à Memphis, Phlah, la lumière incréée, dont le règne n'a point de commeocemeat, et qui a formé le monde.

Le monde, jusqu'à l'apparition de l'homme, a été régi, d'après les prêtres de Memphis, par les dieux du soleil, Ré, et de la splendeur, Maou; d'après les prêtres de Thèbes, parle soleil diurne, Hentou, par le soleil nocturne, Atmou, et par Maou et son épouse Taphné, c'est-à-dire par le couple divin qui personnifie tout ce qu'il y a d'éclat et de beauté dans les cieux et sur la terre.

Avec Sev, le père d'Osiris, commence une ère nouvelle, celle du Temps. L'humanité n'est pas encore là, maïs elle ne peut tarder à paraître, et déjà le Temps compte les jours, les mois, les années, les siècles et les cycles oii se dérouleront nos destinées.

Parfois on intercalait entre Sev et Osiris le règne de Thottt, se préparant à enseigner ta sagesse aux hommes.

Lb règne d'Osiris et d'Isis, c'est l'ftge d'or, pendant lequel les deux grandes divinités humanitaires ont jeté tous les fondements de la civilisation.

Puis viennent Set et Nepbtbys : le mal, U division, tes haines, les guerres (Set) ont envahi les cités et y régnent de moitié avec la poix et l'amitié (Nephthys).

Mais Set est vaincu et le sceptre passe à Horus, le Bis d'Odris et l'époux d'Hathor, le dernier des rois divins et le prédécesseur de Hénès. Menés, qui passe pour le premier roi mortel de l'Egypte, est en réalité un Adam.

Les mythes des Osirides, dont il existe différentes versions et dont l'authenticité, la date et l'interprétation sont fort incertaines, sont, à notre sens, tous historiques et s'expliquent par les traditions du monde primitif. Les seuls qui appellent ici notre attention sont la mort d'Osiris, celle d'Horus, les victoires d'Haras sur Set ou Typhon et la libération de Typhon par Isîs.

Typhon enferme par ruse son frère Ouris dans un coffre quHl j«Ue à la mer. Horus périt plu» miséraUement encore dans une

embuscade que lui avaient dressée les Titans, et \m retrouve son corps sous l'eau. Ces deux mythes sont diluviens, comme celui d'Adonis. Mais Adonis meurt et ressuscite sans aucun bénéfice pour personne : ce qui s'est fait une année, se répétera sans progrès toutes les années suivantes. Typhon, au contraire, a fait une œuvre qui l'a trompé : Osiris, dont il croit avoir anéanti la puissance, est entré, par son trépas, dans un monde meilleur que la terre, et il y est devenu le seigneur des morts sans cesser pour cela d'être le bienfaiteur (Onupbris) des vivants. Les peuples du Nil n'ont donc rien perdu au meurtre d'Osiris, et l'Amenthës y a gagné tm roi plein de bonté et de justice. Horus, de son côté, est rappelé à la vie; mais s'il ressuscite conmie Adonis, c'est pour trïompher de Typhon et monter au ciel, non pour périr et renaître de nouveau et toujours.

Horus, après avoir défait Typhon dans plusieurs batailles, finit par s'emparer de sa personne et le charger de fers. C'està-dire, le péché, qui avait régné sur la terre au temps des Cainites, a été comme détrôné après le déluge par la nouvelle humanité qui vivait dans la concorde. La paix semblait alors à bien étabhe qu'on aurait pu croire Satan enchaîné. Ce sentiment de sécurité se traduisit par le mythe d'Hathor, qu'on donna pour épouse à Horus : Hathor est la déesse de la joie et de l'amour, la Vénus du Nil.

Mais Isis relâche Typhon, et, en effet, le mal n'avait pas tardé à réapparaître dans la vaste cité d'Amoun et de Phtah, de Thoth et d'Osiris. Ces dieux, par leurs prêtres et par les rois, le contentent sans doute; toutefois, il pouvait se mouvoir librement au sein de la société.

Horus, avons-nous dit, eut pour successeur Menés. De Menés à Alexandre les Egyptiens paraissent avoir compté 3,555 ans (1). Ils fusaient d'ailleurs dans leur chronologie un grand usage de la période sotbiaque, qui est de i,^6l ans.

Avec toute l'antiquité, ils croyaient que le monde actuel périrait par le feu et qu'il renaîtrait de ses cendres comme le phénix. Le mythe du phénix, dont les apparitions avaient lieu en des temps périodiques, prouve que l'Egyptien avait une foi naïve en un ordre divin qui réglait les destinées des nations et soumettait leurs vicisûtudes à un certain rhythme.

lilJbnwoKMaliv'fH, irtlclHdaM. Mutta, IM. ~ >nahitft yUloovW* ckrUfWM. u-

4° Ln philotophmet. — Cet esprit cyclique de la religion nationale, nous devons le retrouver dans les écoles des prêtres.

Les prêtres conservaient dans les livres sacrés les annales historiques des rois (1), et, comme les sages de la Chaldée, ils cultivaient avec succès l'astronomie. Leurs écoles, qui remontent on ne sait à quelle date, ont eu leur période de gloire avant Alexandre et Cambyse. Les plus célèbres étaient celle d'Héliopolis, le berceau de la nation égyptienne; celles de Memphis et de Thèbes, ses deux grandes capitales. C'est là, sans aucun doute, qu'est née et s'est développée la philosophie égyptienne ; c'est là que l'histoire et l'astronomie se sont prêté un mutuel secours pour déterminer la durée du monde et ses grandes périodes.

Les philosophes du Nil ont suivi deux voies contraires : les uns, celle de la tradition religieuse et du spiritualisme; les autres, celle du raisonnement et du matérialisme.

Les premiers ont respecté, d'une part, le mythe du règne des dieux, et ont emprunté, d'autre part, à l'astronomie l'année cosmique, qui était en Chaldée de 36,000 ans, et dont ils ont fixé la dui^ au chiffre de 36,525 ans : c'est la somme de vingt-cinq périodes sothiaques. Mais tous n'ont pas (ait le même usage de ce cycle. Quelquesruns attribuèrent 30,000 ans à Phtah, 3,984 ans aux aatre» dieux, et 3,541 ans seulement aux demi-dieux et aux hommes, jusqu'à Cambyse, la conquête de l'Egypte par les Perses étant ainsi la fin du monde. D'autres, tels que Manéthon, par des calculs dont nous n'avons pas la clef, assignËrent aux Pharaons, de Menés à Alexandre, trois périodes sothiaques et U93 ans, soit 5,37.'i ans, aux demi-dieux (2) et aux dieux, dix-sept périodes sothiaques, soit ^,837 ans. D'après ce dernier calcul, il aurait dû s'écouler 6,313 ans d'Alexandre au terme de la grande année cosmique et à la grande restauration de toutes choses. Ajoutons à la gloire de la sagesse égyptienne que les prêtres du Nil n'ont point, à la manière de ceux de l'Euphrate, allongé de quelques cent mille ans l'histoire de l'humanité, ni poursuivi cette de l'univers jusque dans les profondeurs d'un avenir incommensurable.

Les philosophes matérialistes de l'Egypte ont préludé à toutes les hypothèses et les rêveries de Démocrite, d'Epicure et d'Evhé-

1» U* demMIlnii «t ta attitt laat an dniklB et tripla noplol d«i iMclfi ntMlliTlcM. ~ PnrU pHmUir, t. Ul, f. XM

mère (1). c Le monde a pour principes les ténèbres, l'eau et le sable, B le sable signifiant sans contredit les atomes des corps solides. — «Les premiers hommes sont nés de la terre. Ils sont sortis du sol comme le font encore tes rats dans la Thébaïde après riaoDdation. ~- Ces autochthones étaient des anthropophages, et ils ont été civilisés par Osiris et Isis. — Les Osirides sont des rois et des reines de l'Egypte, divinisés pour leurs bienfaits. — Les autres dieux (2) sont le soleil, la lune, les planètes et les génies du zodiaque. Les calendriers où sont inscrits les phases des astres, leurs levers et leurs couchers avec les signes des choses futures, sont le fidèle résumé de la religion nationale, d

Cette philosophie athée date certainement des derniers siècles de la civilisation égyptienne dont elle indique la mort imminente, et elle marche de pair avec le culte populaire de ces animaux sacrés qui, dans l'origine, avaient été d'ingénieux symboles des dieux, et qui étaient devenus les dieux mêmes. Cependant, quelque universelles que puissent être chez un peuple la démoralisation et l'impiété, les hommes de foi ne font jamais entièrement défout, et le fil d'or de ta vie religieuse ne se brise pas. C'est ce que nous sommes en droit de conclure pour l'Egypte des livres d'Hermès Trismégiste (3).

5" Les écrits hermétiques. — Ces livres ne sont pas tous de la même époque : s'il en est un au moins qui date de Constantin, le plus célèbre de tous, le Poimandrès, semble antérieur aux gnostiques et contemporain de l'ère chrétienne. Ecrits en grec, ils reproduisent les doctrines platoniciennes de la matière étemelle que Dieu a façonnée, et de la chute des fimes. Mais ils n'en ont pas moins pour auteurs des Egyptiens; car leur idéal est la monarchie et non la république, et la terre du Nil est pour eux l'image du ciel, te temple ou le cœur du monde (1). Ces écrivains indigènes vivaient trèsrprobablement dans la ville grecque d'Alexandrie, et, comme les Juifs y étaient fort nombreux, il n'est point surprenant qu'Hermès hésite entre la cosmogonie de Platon et celle de la Genèse, parle du Verbe dans des termes qui rappellent ceux de Philon, et emprunte au livre d'Hénoc la scène pathétique des éléments qui implorent le secours de Dieu ccmtre les hommes toujours en guerre.

Les écrits hermétiques nous font assister en Egypte à un6 révolation religieuse qui s'est opérée spontanément dans tout le monde romain peu après l'ère chrétienne. Minée depuis quatre siècles par le monothéisme de Platon, attaquée par le prosélytisme des Juifs, battue en brèche par la foi chrétienne et l'Evangile, l'idolfttrie, avant d'expirer, ouvre à demi les yeux sur ses erreurs et revient & la croyance primitive du genre humain. Par la bouche de ses flmes d'élite, elle confesse l'unité de Irieu et déclare que les innombrables divinités qu'adorent les nations, ne sont que des génies d'un rang inférieur. Nous voyons en Egypte ces âmes pieuses se passionner avec une ardeur tout orientale pour le vrai Keu qu'elles ont retrouvé, en exalter Tinfinitude, la puissance, la sagesse, la bonté, l'universelle immanence, et s'enivrer de leurs adorations. Elles connaissent l'étemelle vérité, elles veulent s'élever jusqu'à elle, et prétendent l'atteindre par la voie de la purification intérieure, sans expiation, sans médiation. Elles se sentent séparées par un abime de tous ces hommes sensuels, qui ont la grossière raison, mais non l'intelligence. Seules elles connaissent, seules elles possèdent la gtwse, seules aussi elles verront Dieu. Toutes les autres ftmes, à la mort, émigreront d'un corps dans l'autre ou seront éternellement tourmentées {!)■

Comparés aux gnostiques chrétiens et aux néoplatoniciens, tes écrivains hermétiques sont excessivement sobres en fait de personnifications divines et de triades. Les uns distinguent de Dieu le Verbe et l'Esprit du feu et du fluide (S); les autres font du monde et de l'homme un deuxième et un troisième dieu (3). Ils croient d'ailleursà la périodicité des mondes qui périssent pour renattre(4).

Nous ne trouvons dans ces écrits que deux vues d'ensemble sur l'histoire de l'humanité.

L'une est le mythe d'Osiris venant, & la demande de la nature, rétablir la paix sur la terre comme aurait pu le faire en Perse un Sam ou un Rusl£ni,en Grèce un Hercule, en Inde un Vich- DOU (5).

L'autre, ce sont les plaintes désolées qu'arrache Ji l'Egyptien idolâtre la vue de l'apostasie de sa nation et de l'imminent triomphe du christianisme, o qui n'a que du dédain pour la nature ; qui ne sait pas admirer ce vaste univers; qui n'apprend point à regarder le ciel, et qui trouve la mort meilleure que la vie. Mais quand

IMl:>l;M;M^S(H|q.:Mi IB «n. ~ 11) F. ^ tB, »> ~ (liL. M: n. i.

la neilleose du monde sera arrivée à son terme, le Seigneur et Père le fera périr par un déluge, ou par le feu, ou par les guerres et les épidémies, et lui rendra sa beauté première (!}■ " (^ pages sont d'une tristesse saisissante et d'une grande beauté : ù Grèce ni Rome n'en ont pas produit de plus belles.

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