V. — l'homhe
FVlèles gardiens de la tradition, les Hébreux savaient que l'homme avait été créé à l'image du Dieu vivant. VEcclésiasie exprime cette pensée sous une forme vraiment philosophique : ■ Dieua mis dans le cœur deshommes réIemité(o}, «c'est-à-dire le principe, le sens et la capacité de l'infini, de l'absolu, du divin, ou le Kî; de Platon, l'esprit de saint Paul, l'intelligence des Pères de l'Eglise et des mystiques, les idées innées de Descaries, la vernamft des Allemands, Amoindrissez le sens à'étemilè et vous tombez dans le pyrrhontsme. Supprimez le Dieu qui donne l'éternité i l'homme, et vous divinisez l'homme avec Fichte et tous les athées idéalistes.
D'ailleius, dans le langage ordinaire, les Hébreux faisaient, comme tous les Sémites, du cœur ou de l'amour la faculté fondamentale de l'âme humaine. Lp mot de leb résumait en quelque sorte toute leur psychologie.
L'éternité au cœur de l'homme détermine sa vocation. La tra- (btioQ avait dit que l'homme devait devenir semblable à Dieu. La loi du Sinaï précisait celte pensée en ces mots : u Soyez sainte comme Dieu est saint (6J, > et elle faisait consister la sainteté U aimer son prochain comme soi-même et Dieu de toutes les puissances de son âme (7; .
Mais, d'après la tradition, Adam a été créé en ilme vivante. Un pami-e être psychique peut-il aimer plus que tout ce qu'il voit, un Dieu qu'il ne voit point? Peut-il devenir par lui-même sâint d'une uînteié absolue? iNon ; c'est à peine si les anges accompliraient
un te) commandement. AubsÏ It loi du Siiuil est^elle une i»ophétie. Joël (I), Eaaîe ()), Jérémie (3), Ezéchiel (i) prMisemnn temps où, par une alliance nouvelle, l'Esprit de Dieu écrirait la ïd dans le cœur même des IsraéliteB et leur donnerait ftinsi la force de l'observer fidèlement. Prophétie que la PentecAte chrétJeone n'a réalisée qu'à demi, et qui ne recevra que dans la Jérusalem céleste son entier accomplissement.
Cette communication de l'Esprit de Dieu h t'espiit de l'homme est une initiation de l'homme psychique à la vie spirituelle par son union substantielle avec la Divinité. Aussi Osée (B) et Esaïe (tt) annonçaient-ils un futur hymen de Jéhovah et de son peuple, hymen que préfigurait confusément l'alliance du Sinaï (7).
L'hymen de l'Ame |de l'homme avec son Dieu : voilà le but que la prophétie biblique assigne à l'humanité. Le point de départ est une vie psychique qu'on pourrait croire à peine supérieure à celle de l'animal. De l'un de ces pointa à l'autre la distance est immense, et le Dieu de qui l'homme procède, qiu lui trace son chemin et vers qui il tend, est bien évidemment un Dieu du progrès. Le plan antélapsaire de l'histoire de l'humanité d'après la Kbie se dessine ainsi à' nos regards.
Nous poursuivons. Créé à limage de Jéhovah, l'homme est libre et par Ift même responsable de toutes ses actions. Mais si! est libre, il n'est pas indépendant comme l'ange, qui n'a ni parents, ni frères, ni enfants. Tous les hommes sont issus d'un même couple; le même sang coule dans leurs veines, et l'humanité forme ainsi une famille unique, une personne morale, un corps, un oi^nisme dont tous les membres sont solidaires les ims des autres. Cette solidarité tout k la fois physique et psychique nous dispense d'en chercher, avec M. Secrétan, une autre dans les HcUons de la philosophie schellingienne.
La solidarité détruït^lle la responsabilité personnelle? Nullement. Etudiez les historiens inspirés dlsraël. De la Genèse aux Chroniques vous avez tout à la fois une évolution continue de la nation qui, à chaque génération, est au bénéfice ou au maléfice de son passé, et une série ininterrompue d'individus de marque qui se détachent de la multitude sans en être isolés. La corrélation des deux éléments est partout maintenue avec une singulière précision, et le peuple comme les princes est rémunéré de Dieu selon ses vertus ou ses vices.
Le lentiaMUt de ta soUdaritâ a dominé chflz les IsraéltteB jntqa'aax temps d'Ezécbiel. Ce prophète (1) est le premier qui ait formulé nettement le grand principe de la foi chrétienne et du monde moderne, celui de l'individualité. Deux BÎècles après Ezédiiel, Socrate a proclamé ce même principe Ji Athènes; nos réformateurs l'ont rendu à l'Eglise qui l'avait perdu, et l'historiosophie contemporaine reconnaît que l'œuvre qui s'opère au sein de l'humanité, a pour résultat d'affranchir l'individu des puissances aveugles du passé.
Issus d'un même couple, les hommes sont tous frères et tous égaux. Les talents innés peuvent être trè»-divers et la mission personnelle varier beaucoup ; ntab tous, nous avons la même nature et les mêmes droits. La hiérarchie des classes peut rentrer dans le plan divin; la rsste y contredit. Cependant de l'égalité et de ta Cratemité résultent l'instinct de sociabilité, qui est le fondement de l'Etat, et le devoirde la charité, qui est le dernier mot de l'histoire. Ce devoir , à moins que l'humanité , abandonnée de Dieu, ne manque absolument sa vocation, fera de tous les hommes et de tous les peuples une société d'amis qui vivront entre eux dans la paix selon la justice. L'unité enveloppée et primordiale de l'humanité, tout entière latente en Adam, suppose donc nécessaii«ment l'union définitive de tous les descendants d'Adam en un immense organisme. 1^ dixième chapitre de la Genèse devient ùnsi la plus éloquente prophétie : les nombreuses nations qui sont nées des trois fils de Noé, et qui se sont dispersées sous tous les cteux, formeront un jour de nouveau une seule et même famille, et c'est bien aussi ce que Esaïe et Michée nous révèlent des derniers temps du monde. Mais c'est à ce but que conduit la foi en lia seul Dieu. L'unité de Dieu et l'unité de race s'accordent donc à clore le développement de l'humanité par une unité organique qui est le trait distincttf de l'historiosophie biblique antélapsaire.
Ajoutons un mot sur la place que les prophètes hébreux assignent à l'humanité dans l'univers. Les apparences ne les trompent point; ils ne font point l'homme, par droit de naissance, te roi de la création. Seuls, jusqu'à Copernic, ils ont pressenti l'immensité des cieux qui, mieux que la terre, * racontent la gloire du Dieu fort. » Les deux sont le trône de IMeu, la terre n'en est que le marchepied. Ecoutez David, en présence de la voûte étoilée, l'étonner de ce que Dieu visite un être aussi infirme que l'homme.
Les Herschell ne tiendraient pas eux-^némes un autre lai^agt. Que ai Dieu veut mettre un jour toutes choses sous les pedt de rbomme, c'est que le vrai homme est le Messie et que \f Mes^e est la Parole éternelle (1).