DEUXIÈME PÉRIODE
LES POETES ÏFIQIIE3.
lo Séiiode. — Les mythes d'origine japhétique ou sémitiqva qui viennent de passer rapidement gous nos yeux, se lisent la fdvpart dans les poëmea d'Hésiode. Né dans la ville éolienne de Cyme, en Asie Mineure, Hésiode avait passé ses jours dans li Béotie. Cette contrée, qu'avait colonisée le Phénicien Cadmoi, était peut-être celle de la Grèce entière où les traditions et lei croyances des Sémites s'étaient le plus intimement unies à celles des indigènes issus de Japhet.
Prêtre des Muses sur ï'Hélicon, selon les uns, devin chez les Acamaniens, selon les autres, le chantre d'Ascra vivait en pensée avec les dieux des temps anciens. L'histoire n'avait pour lui nul attrait; ce qu'il en savait, se réduisait aux désordres, aux crimes, aux souffrances de l'âge de fer. 11 n'était point d'ailleurs de la race des héros ni de celle des martyrs; on le surprend avouant qaH était peu disposé à souffrir pour la justice (!]. L'enthou^asme manque en effet, et à sa piété qui se traîne dans des superstitions puériles, et à sa poéûe dont la simplicité et la douce hann<Hiie font le principal mérite. Néanmoins, il souffrait en son cœur des maux dont il était le témoin, et au milieu d'un «ècle corrompu, il fut un sévère censeur de la violence, un prédicateur éloquent de Ujustice, qu'il ne sépare pas de la crainte de Dieu. Don deZeus, cette meilleure des vertus distingue l'homme de l'animal, attire les bénéiUcUons divines, assure seule le bonheur des dtés, et finit toujours par triompher (2).
En outre, Hésiode prêche à ses compatriotes l'amour du travafl. C'est par haine de l'oisiveté qu'il leur donne d'utiles conseils sur l'agriculture et le commerce maritime. Les Hellènes ne l'ont sans doute point [écouté. Un roi de Sparte, Cléomène, l'a même traité de poète des Hilotes. Mais, en faisant l'éloge des travaux manuels, Hésiode était fidèle aux traditions primordiales, et parce qu'il était l'homme des origines, il l'a été aussi des derniers temps. Notre siècle lui donne droit contre Cléomène.
Enfin, Hésiode paraît avoir connu, ains qu'Orphée, la tradition humanitaire de l'incendie final du monde, et le philosophème
HinapMtr. <r. m m. - w nu.. T. sw, su. m Mni.
«mental des cycles cosmiques arec leurs atteniatnes de déluges et de conibastions. II nous dit, dans une éni^e de nombres Âythmiqoes, que les naïades vivaient dix fois plus loi^mps que le phénix, et qu'elles périâsûent, dévorées par le feu (1).
i» Bomère clAt le quatrième Age, celui des héros, auquel succède l'Age de fer. Grec d'Asie et de deux générations au moins (^ vieux qu'Hésiode, il est cependant tout à la fois plus jeune et moins oriental que lui de croyances, de mœurs et d'esprit.
Ia tradition n'a pas fait de lui un prêtre, un devin; il était un aëde. Longtemps avant lui, les aëdes qiû vjviûent à la cour des rois achéens issus de Zeus, alternaient dans leurs chants entre les aventures des dieux et les exploits des héros. Aux mythes sacrés s'étaient ainsi ajoutées les légendes (X^i) de l'histoire indigène, et déjà l'homme prévalait sur la Divinité. Déjà les traditions nationales excitaient un pins grand enthousiasme chez les pofites, on intérêt plus vif chez les auditeurs qne les &bles olocures des fieux Ages (2).
Homère a fait oublier tous les autres aèdes. Ce qui ins|Mre le chantre d'Achille et d'Ulysse, ce sont les destinées des héros, leurs guerres lointaines et leurs querelles intestines ; ce sont leurs passions légitimes ou coupables, leurs vertus magnanimes, leurs fautes, leurs cbAtiments, leurs souffrances, en particulier leur mépris de la mort dans les combats, leur force d'ftme dans l'adversité, leur confiance en Dieu dans toutes les situations de la vie. Homère est le photographe des Achéens, et, à la lumière de l'Evan^le, nous découvrons dans ses portraits toutes ces contradictions de la nature humaine sur lesquelles in»stera Platon.
Hiûs le chantre des pieux héros achéens est aussi celui de leurs dieux. Leur foi vivante suppose une divinité vivante et personnelle. Aussi dans V Iliade et dans VOdyuée la scène est-elle doubledes premiers livres aux derniers. Sur la terre les hommes invoquent les dieux et les appellent à leur secours, on ils les oublient, les méprisent, les insultent. Dans le ciel, les dieux exaucent et délivrent les héros, ou ils les châtient. Parfois aussi ils intervien-
(11 taqstM cUma VttHiit» [fr. |<B, Mm. ndoll Mnl trta^mMilaïKnlM», >x*,tM= lUN:azlJH=3W<>«i.ell»xMm = l.on.Mn.NauiTOi:i(TnqiuIc«bJIItclaiid*mcaul«lM a*UétiM«UliN,m.Um<ilU«de eecU<rnéUll«lBldcLlDD>rCnuar«ii,lll,oAilC*nt Itn •UN nUcu le <MW|. CeUl dlliTUe «HI mtiMUm : nojm. (IMA, la laie patU k Un
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nent spontanément, et l'Achden, le Troyan Iw imcontrect àVimproviste tui leur chemin.
Homère connaît ainsi l'Olympe aussi bien qu'IUon et que le camp d'Agamemaon. Les dieu dont il raconte lea actions, sont tout aussi réels que ses héros. M^s comme les habitants de l'Olympe sont des hommes immortels, ils ont tous les vices possibles : ils sont débauchés, pei^des, menteurs, vains, peureux, haineux; il leur échappe même de vrais propos d'anthropophages. Personne n'a jamais écrit une satire plus im{»toyable du polythéisme que ne l'a fait à son insu Homère ; personne n'a mieux démontré que lui les insondables ténèbres où tombe l'esprit humain quand il a perdu le vrai Dieu et qu'il tenta de le recréer. Toutefois le vrai Dieu subsiste encore soua cet amas de vices et d'inconscients blaaphèmes. Les contradictions de la natnre bumùne *e reflètent dans la nature de ces dieux d'Homère. 11 y a dans son Zeua des velltités de justice dont Eschyle fera un jour l'essence de son Dieu soprime. La sollicitude d'Athéné pour son &vori Ulysse n'est pas sans analogie avec celle de Jéhovah qui a le cœur d'une mère pour Israël. A ces débris du vrai Dieu épars dans le ooaur des Olympiens répond dans le cœur de leurs adorateurs ime piété de boa «Uh. La foi d'Ulysse en Zeus et Athéné ne difière point dans ma intinoo essence de celle de David en Jébovab ; elle nous étonne mâme par sa simplicité et sa plénitude. Aussi le merveilleux dlIoiBèie est-il le plus souvent d'une singulière vérité psychologique. Achille que sa colère emporte, est apaisé par la sagesse étemelle (i) comme tout Israélite aurait pu l'être par l'action surnaturelle de U grftce divine. Dans la lutte terrible que, seul avec Télràiaque, il va engager dans son palais contre une légion d'ennemûi, Ulysse croit, d'une foi vraiment héroïque, a que le secours d'Athéné et de Zeus lui suffit;» mais à l'aurore de lagrande journée, angoissé, il demande à Zeus un signe, et Zeus le lui accorde à l'instant (3). Tbéoctymène saisi d'une extase subite et voyant le prochain carnage de ses joyeux convives est un Daniel dans le palais de BbIthasar (3). Zeus pèse dans sa balance les destinées des Troyeoa et des Achéens comme Jéhovah celle desCbaldéens (1). 1^ merveilleux d'Homère, c'est le miracle de la fiction poétique; le miracle de la Bible, c'est le merveilleux de la réalité historique. L'un et l'autre démontrent les vrais besoins reli^eux de l'homme et la
tfitUaàé,i,f. <«•«. -n(M,IT|.T. Mjn.*.H ««. - W AU, XI, T. W )«. -
nùm DBlnre de la Mvinità. Homère, da qui lei poAmee (ont deve- DBB en quelque sorte les livres ucréi des Hellènes, a dose sauvé %ao peuple de la religion glaciale du Destin, et de nos jours encore il proteste contre le prosaïque et grosder bon sens du
L'action exercée par Homère sur les Hellènes ne se peut mesurer. Celui qui de son vivant n'avait été qu'un pauvre aâde, s'est trouvé partager avec Hésiode la gloire d'avoir Axé leurs croyances et résumé leum principes de conduite. Peut-être a-t-il été celui des poêtee épiques qui a inventé ce merveilleux auquel ses chants doivent leur principal charme. Au moins a-t-il assuré au Zeusdes AdiéeDi la victoire sur Apollon, le dieu des Doriens, ainsi que sur le Neptune des lonienâ. Il avait composé ses épopées au milieu des mines de son peuple asservi ou expulsé par les HéraelidH. IÛb le tableau qu'il traça de cette noble race achéenne, charma tellement tous les peuples de langue grecque, que les vaincus en exjHrant triomphèrent pour ainsi dire de leurs vainqueurs. Leur religion poétique, indulgente, joyeuse prévalut sur celle, plus austère, des nouveaux maîtres de la Grèce continentale. Homère fiit la source où vinrent s'abreuver tous les Hellènes, enfants et vieillards, poètes tragiques, sculpteurs, orateurs, hommes d'Etat, guerriers et philosophes,
3° Let Cycliqwi. — Homère représente à lui seul les beaux temps de l'épopée grecque. Ce genre de poésie fut cultivé peudant quatre Giëcles après lui par les Cycliques qu'on a nommés avec raison les poètes historiques. Le dernier d'entre eux fut Panyaâs, l'oncle d'Hérodote, et ils ont eu pour successeurs les Lo-
Bomère avait dominé la légende : elle dominait au contraire les Cycliques. H avait été le chantre de l'homme bien plus que celui des Achéens, et dans le riche parterre des traditions nationales, il n'avait cueilli que les plus poétiques et les plus belles. Mais ses successeurs, plus historiens que poètes et moins hommes qu'Hellènes, ont succombé à la tentation de sauver de l'oubli dans leurs chants toutes les légendes de leur nation. Empruntant à leur maître son style, ils ont raconté dans un langage placide, noble sans emphase, animé mais sons élan, les grandes guerres de Thèbes et d'Ilion depuis leurs premiers commencements jusqu'à leurs derniers résultats, ou se sont faits les biographes consdencieux d'Hercule, de Thésée, d'(Edipe. Plusieurs même, disciples d'Hé-
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raode plutAt qaa d'Homère, remontaient par leurs Gigm
aux temps primitifs, par lem^ Théogonies aux origmes des choses. C'était délasser la légende pour le mythe. D'autres, cédant h une impulsion contraire, descendaient par leurs Généalogia, leurs Corintkiaguet, leurs Ioniques jusqu'à une époque peu distante de la leur. Panyasis avait composé une Héracléide et raconté dans un autre poème l'histoire des cités ioniennes. Peu de temps après lui, Ghérile, contemporain d'Hérodote, avait pris pour sujet de ses chants les victoires des Athéniens sur Xerxès. Mais son style n'avait plus la dignité de celui de l'épopée et annonçait le procham triomphe de la prose historique sur l'histoire poétique.
Les quatre ou cinq siècles que comprend la période des Cydiqnes, sont les siècles de la poéûe lyrique, des premières écoles ^ilosopbiques et des Logographes.
TROISIÈHE Ï^UODE
l'êved. de la. uison.
§. 1. — Les poètes lyriques, Let sept Sages. Les Gnomiques.
Vers la fin du huitième siècle apparaît Callinus, le plus anâai des lyriques de llonie. Nous retrouvons dans Callinus (716), Tyrtée (680), Alcée (600), Solon (600), le patriotisme d'Hector et le courage d'Achille avec une vue de plus en plus distincte de la justice divine qui gouverne le monde.
Solon fut avec Thaïes un des sept Sages. Ces Sages qui, vers l'an 600, ont ouvert l'ftge mùr de la nation grecque, font de l'Ame de l'homme l'objet de leurs études toutes pi^tiques. Leur morale est celle de la mesure et de la tempérance.
Théognis (né S80), qui les suit de près, met en vers des sentences et des réflexions qui correspondent aux proverbes et aux psaumes moraux des sages hébreux. H se scandalise, comme Asaph, de l'adversité des justes et de la prospérité des méchants; mais l'énigme est insoluble pour lui et la conduite de Zeus inexplicable (1).
§2. — Let premierg philotophtt (l).
i' L'icùle ionimne. — Thaïes de Milet a ouvert la lice à la philosophie. Le premier il a tenté de ramener toutes choses à l'unité. En &ce de la grande dualité du monde et de Dieu, il a sacrifié l'infini qni ne se peut palper et, comme un enfant qui «bégaye,» il B fait de la matière la source unique de tous les corps et de tous les esprits. Cette matière fut pour lui comme pour Homère, l'eau, l'eau primordiale du cbaos traditionnel . Pour Anaximandre, ce fut une substance indéterminée, indifférente; pour Anaxîmène, ce fut l'air. Sous l'impulsion d'Hésiode et dans sa naïve confiance en soimême, l'esprit humain descendit ainsi vers les abîmes du matérialisme, cil devait bientdt tomber Démocrite. Mais l'école ionienne eut peur et recula. Anaxagore, le contemporain de Périclès, proclama l'absolue nécessité d'une e Intelligence divine, cause de l'anangement et de l'ordre universels, a Par cette découverte, <■ il parut, dit Aristote, seul jouir de sa raison (3), s au prix des dîvagaCions de ses devanciers. La Grèce lui donna même le surnom de tlnlelligmce, comme si elle ne pouvait assez lui témoigner sa joie d'avoir retrouvé par lui le Dieu de la tradition qui semblait perdu depuis Thaïes.
9f> Le» Eiéates. — Xénophane et Parménide, méprisant le témoignage des sens, se sont élevés sur tes ailes de la spécul&Uon et delà poésie vers l'infini. «Dieu seul est; il est l'unité; il n'a ni commencement ni fin ; il est toujours identique à lui-même. Par son essence il n'est semblable à rien, pas même a l'esprit de l'homme. Il est tout yeux, tout oreille, tout intelligence; il meut sans peine toutes choses. Les dieux de forme humaine, ceux d'Homère et d'Hésiode, sont de vaines fictions, la divination est impossible, s Après Parménide, Zenon, le père de la dialectique, s'est évertué à démontrer par une foute d'arguments subtils qu'il ne pouvait y avoir ni diversité, ni mouvement, ni changement. C'était tomber dans l'absurde.
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Les Eléates ont, an nom de l'unité de Dieu, prononcé la condamnation du polythéisme grec bu temps de sa plus grande splendeur. Seuls de leur nation, ils ont entrevu l'infînitude du Dieu que connaissaient si bien les saints hommes d'Israël.
Ajoutons que Xénophane a été le premier des géologues. D expliquait les débris d'animaux marins qu'il avait observés dans 1^teneur des terres et sur les montagnes, par des dissolutions de la terre dans l'eau et par les destructions et les renaissances dei mondes^ (1).
3° Pytkagore est le seul des philosophes antérieurs à SocnUe qui ait fondé une école nombreuse et puissante (S), la seule àcoA l'influence se soit propagée de siècle en siècle jusqu'à la chute dn paganisme. Cette puissance d'action s'explique bien moins par b supériorité de sa doctrine que par le caractère de son œuvre. Ufdt non point un sage curieux de la vérité, mais un réformateur religieux. Noua le compareronsen quelque manière àSamuel. 11 marque, comme lui, l'époque où la foi traditionnelle, exerçant sur les Ames d'élite une influence morale toute nouvelle, les invite è mener une vie pure, sainte, recueillie, qui soit conforme à leurs croyances. C'est à une vie semblable que Pythagore formait à Grotone ses disciples. Il les avait réunis autour de lui (vers 529) en une société qui nous rappelle les écoles de proi^iètes datant de ce même Samuel, et qui prélude aux premières sociétés chrétiennes.
L'esprit qui animut ce sage, était celui de l'hellénisme dorien. Aussi passait-il pour une incarnation d'Apollon. Nous dirions de lui qu'il fut l'Orphée des temps historiques. \a but qu'il fffoposait àses élèves, était, dit-on, la ressemblance avec Dieu. Au moim est-il certain que le chemin qu'il leur traçait, était celui du silence, de la contemplation et de la pureté intérieure. La sentiment de la repentance et le besoin de l'expiation lui étaient étrangers : il condamnait les sacrifices sanglants des religions sémitiques, auxquelles il ne fit aucun emprunt, et cependant il était fils d'un Phénicien établi à Bamos. Il prit en revanche aux Egyptiens la migration des âmes qui complétait son système. En effet, l'expiation écartée, si les Ames que la mort trouve purifiées, peuvent s'élever directement vers Dieu, les Ames souillées sont condamnées par la justice divine à d'étemels toarments, et pour les j BOUBtraîre il &ut leur ouvrir après la mort une voie qui lenr per-
m UlppclTU, PUUt^ 1, 14. - 01 acéna. TncKl, i, Ift.
mattfl de revenir lur la terre se dépouiller de leur* impuretés «a uimaat de nouveaux corps.
L'sMociation pythagoricienne, si remarquable par sa vie spirituelle, ne l'était pas moins par l'amitié proverbiale de ses membres. Nous ne pouvons croire avec Jamblique (1) que Pythagore» denncant Platon et Aristote, e6t reçu au nombre de ses disciples des BÛ-bares, • l'éducation seule faisant la supériorité du Grec sur le Barbare comme de l'homme libre sur l'esclave.n Mais tout nous latorise ii admettre que la femme, reléguée par les Ioniens dans le f^écée, ne fut point exclue des leçons du maître. En vrai Dorien, il la reconnaissait comnie l'égale de l'homme. Son école était BDti comme une ébauche de la vraie cité de Dieu où les deux itxn (ainsi que toutes les races) sont appelés k la même saÏDlelé. Mais les méchants ne virent pas sans effroi ce sage rassembler ala sainte semence s éparse dans la Grande-Grèce : Pytbagore périt k Crotone aveo ses disciples de la mort des martyrs, ou du moins fut chassé de cette cité et alla mourir h Métaponte.
Son système métaphysique nous est inconnu (2). Bon dcole a fiùt des nombres l'essence des choses physiques et morales, de la ju^ tice comme de l'air ou de l'eau. Le nombre était une abstraction mathématique étendue et active. Cette bizarre conception marque l'effort que faisait l'esprit humain pour s'élever des éléments parement matériels de l'école ionienne aux idées toutes spirituelles de Platon. Mais il y a là comme un pressentiment des découvertes de la chimie moderne, du poids des atomes et des rigoureuses conditions de leurs combinaisons.
Les pythagoriciens n'étaient rien moina que panth^tes et éma- Bstistes. Leur système était un vrai dualisme comme ceux de PlalOD et d'Arîstote. Ils plaçaient h la tête de toutes les essences le pair et l'impair , et c'était de la combinaison de ces deux cooiraires que naissait l'unité ou l'harmonie.
L'unité était pour eux, nous semble-t-il, non ]a Divinité, mais l'univers. Quoi qu'il en soit de leur métaphysique, le maître avait domié au monde le nom de Comwê, ou d'ordre, d'harmonie. In- InhioD d'une însMidable profondeur et d'une richesse inépuisable 1 Bile embrasse non-seulement la nature où a Dieu a tout fait avec pCHds, nombre, mesure, v selon ]» parole d'un sage hébreu, mais la monde moral oit par le Messie tout doit être un jour justice, paix et
joie. La foi y puise des espérances toujours nouvelles, et lessciences physiques en constatent chaque jour la vérité.
Mais que devient le mal dans un dualisme tel que celui des pythagoriciens? Un élément nécessaire des harmonies universelles. Le pair qui est l'illimité, le multiple, le femelle, le ténébreux, le mal, s'oppose au bien, à la lumière, au mftie, à l'un, au déSni, i l'impair.
Supportés par leur foi en l'ordre universel, les pythagoricien! supposèrent que, de la terre aux étoiles fixes, les intervalles des planètes correspondaient à l'échelle musicale, et que la terre est uo astre sphérique qui est suspendu dans le vide (1) et qui a des antipodes. Philolaùs fitunpas de plus vers la vérité: il déplaç&lalerre du centre du monde, y mit unfeuquel'œil n'a jamais vu, et imprinu k notre globe un double mouvement de révolution dans l'espace et de rotation sur lui-même. Il ne restait plus qu'à substituer au feu central le soleil, comme le fit plus tard un astronome, Aristarque de Samos.
4" Le» Orphiques. ^ Du vivant de Pythagore, il s'opérwt à Athëoes dans les esprits un tiavaii analogue à celui qu'avait provoqué et dirigé ce philosophe à Crotone. M^s aux besoins de pureté morale s'unissaient dans la cité de Solon un profond sentiment du péché, la crainte de la justice divine, un besoin confus d'expiatjon. Athènes nous parait être le lieu où les croyances sémitiques de l'antique Grèce se sont confondues sous Pisistrate avec les croyances indigènes. Cette fusion aurait été préparée par Epiménide, que les Athéniens avaient appelé après les troublesde Cylon, et la peste qui avait suivi. Originaire de l'Ile à demi sémitique de Crète, il avait eu recours pour purifier la cité à des pratiques étranges, même, diton, à des sacrifices humains. Puis, à l'instigation de Pisistrate, Onomacrite rédigea un livre d'oracles, qui fut déposé dans l'Acropoie. Ce poëte devin exallait pardessus tous les dieux, Dionysos, le dernier et le plus excellent des fils de Zeus. Dionysos était pour lui le dieu oriental, du nom de Zagreus, qui était mort et qui était revenu à la vie. Les Titans qiù avaient fait périr Zagreus, l'avaient dévoré. Foudroyés par Zeus, ils étaient devenus la souche de la race humaine. 11 y avait ainsi dans.touthommeduTitan et duZagreus. Les passions désordorioées de ces déicides habitaient dans tout cœur d'homme avec une parcelle de la Divinité qui de la sombre prison du corps aspirait à la
>b JIVI.T. - Minti.,f
lumière et à la liberté. Cependant Onomaciite avùt achevé de transformer Orphée, le chantre japhétile d'Apollon, en un fondateur iei mj'stères sémitiques dû Dionysos, en même temps qu'il réunissait dans son livTe les antiques chants hf^lléniqucs des Eumol- [Rdes d'Eleusis et de Musée, aux oracles des sibylles extatiques de nda phrygien, qu'on venait de recueillir à Cymes et àËrythrées. Au milieu de cette fermentation morale et intellectuelle, se forma la secte des Orphiques, à laquelle s'associfcrent plus tard les pythagoriciens, et qui semble n'avoir pas été sans influence sur les mystères d'Eleusis. Elle rassembla ou plutôt composa les chants orphiques qui furent connus sous le tilre de Théogonie, et qui exposent un monothéisme panthéiste plein de grandeur et de poésie. Les Orphiques se distinguèrent par leur morale austère et ascétique, par leurs pratiques de purification et d'expiation, par les actes étrangles d'un culte où l'on déchirait et mangeait un taureau, symbole de Zagreus , par leur foi vivante en l'immortalité de l'ftme et leur ferme espérance de la vie bienheureuse. H est fortprobable que les Orphiques et les initiés d'Eleusis ont compté dam leurs rangs les plus pieux et les plus vertueux des Grecs. Ibis la secte privée des Orphiques dégénéra promptement; toutes les âmes timorées vinrent y chercher dans des sacrifices sanglants sans cesse renouvelés, une ptùx qui fuyait sans cesse devant elles; udI philosophe ne comprit ce qu'il y avait de vérité dans leurs intimes besoins de pardon et de réconciliation; l'imposture exploita leurs terreurs, la libre pensée s'en scandalisa, et l'on en vint à trouver l'athéisme plus rationnel et moins lugubre que leurs superstitions. <^ Heraclite. — Les Grecs de la molle lonie n'avaient point pris part à l'éveil de la conscience et de la vie religieuse qui s'était produit chez leurs frères d'Europe. Ephèse avait bien donné naissance à Hérachte, que Justin Martyr associe à Socrate, et compte in nombre de a ces prétendus athées qui étaient chrétiens avant le Christ, parce qu'ils vivaient avec le Logos (1). » Mais le philosophe d'Ephèse qu'on surnommait le Ténébreux, était comme un étranger au milieu de ses compatriotes. Us étaient républicains, et la monarchie était à ses yeux le meilleur des gouvernements. Us adoraient des idoles, et ce culte lui semblait absurde. Prophète de la lumière, il menaçait du feu des enfers tous ceux qui s'enveloppaient des ombres de la nuit pour célébrer leurs mystères, tels que les adorateurs de Bacchus et les mages. Les cités ioniennes
loi apptndHtlent si enracinées dans le mal qu'il 16 refkuût à tenter de let tèfoTttieT. Tout ce qui s'offrait à ses regardi l'attristait,^ et, d'après la tradition, il pleurait sana ceue, D pleurait à la me d'un mondft qui était plongé dans tes ténèbres; il pleurait d'étn Hul à contempler dans les hauteurs des deux ce qui luia^iini» sait comme l'étemelle lumière.
Heraclite introduisît en Grèce les dootrinei des Ghaldée&s. Bl philosophie, icmienne par son matérialisme inconscient, qui surùt été de nos jours un panthéisme spiritualiste, est en effet ebalr déenne par son dualisme des éléments contraires, par ses réro» lationa cosmiques et par le rbytbme de ses cycles.
■ Tout dans l'univers est sutistance ignée, ou transformatioo du feu. Le feu, par la voie qui descend, devient air et eau, qui deviennent à leur tour terre. Par la vole ascensionnelle, la terre H dtange en eau et en air, qui te métamorphosent en feu. L'univeis Mt dans un écoulement perpétuel ; rien n'est, tout devient, et U vie ou le feu circule sans relAche dans ce monda qui, tel qu'un fleuve toujours le même et toujours autre, se dérobe à la scienM de l'absolu. A. la circonférence de l'univers est le feu le plus subtil ou l'éther, qui l'enveloppe et le pénètre de foutes parts et qui eit doué de raison. Cette raison universelle (Ai^oq),ce feu, aet éther, se nomme tantAt la destinée ou la loi divine dont se nourriueit toutes les lois humaines et qui étend son empire aussi loin qu'elle le veut, tentât le vn\ Zeus, ii qui rien n'est caché et qui gouverne tout, s Ce Zeus, esprit et matière, qui ne vaut pas le Bel dea Oialdéens, et que dépasse infiniment l'Intelligence d'Anaxagore, redeviendra deux siècles plus tard le dieu du stoïcien Zenon.
■ Dans ce monde où tout s'écoule et se transforme, les dieia immortels deviennent par la naissance des hommes mortels; let hommes mortels deviennent par la mort des dieux immortels. Las premiers meurent à leur vie céleste pour naître à la vie terrestre; les mconds meurent k leur vie terrestre, qui est uoa mort, pour naître à U vie divine. Naître, c'est mourir; mourir, c'est naUn. Hais les âmes ne vivent que la durée d'un monde.
a Le monde est étemel; maitau terme de dix-huit mille aanéM terrestres, 11 est détruit par un cataclysme ou par un incendia. L'incendie a lieu pendant l'été et le cataclysme pendant l'hiver de la grande année cosmique, s à laquelle lu ChaÛéana (p. 59), ■!• tribuiientune durée de SxtB,000 ans.
a A cette alternance des hivers et des étés cosmiques, où le feu s'éteint en quelque mesure et oii il se rallume, correspond sur b
terra la TtdBritode dm bùboqs. C«I)e-c) est à son tour un des pbé- Domèneg de la grande guerre de la nature entière entre le sec et l'humide, entre le chaud et le Froid, entre le jour et la nuit, la gnerre est le père, le roi et le dominateur de l'univers. La vie, c'est la discorde ; la destruction seule produit la paix, » la paix du tombeau.
Ce dualisme, qui ^sait toute la religion et toute la philosopfaie des Sémites de ^bylone, et qu'il ne faut pas confondre avec celui des Japhétites de la Perse (I], n'a pas trouvé fiiveur auprès d«B philotopbes grecs. Empédocle seul l'a emprunté à Heraclite. Quant à l'hypothèse des grandes périodes cosmiques, elle s'appujrùt sur d'antiques traditions indigènes, et l'on en suit la trace chez Platon, Aristote et Zenon.
§ 3. — Les Logographe».
Contemporain du philosophe-poëte Pannénide, Heraclite avait, à l'exemple de son prédécesseur Anaumandre, mis par écrit en prose sa philosophie, la poésie, qui est le langage de l'histoire, avait en effet pris naissance dans la patrie des premiers philosophes et des poètes épiques. La poésie ailée parlait du haut des airs aux mortels : la prose alla modestement à pied [i). a On descendit du haut vers elle, d dît Strabon. Ce furent les Logographes qui les premiers en propagèrent l'usage. Successeurs des Cycliques et d'Homère, Ut furent les précurseurs d'Hérodote. Les plus anciens d'entre eux, Cadmus, Denys, Hécatée, tous les trois de Milet, vécurent au temps d'Heraclite, près d'un siècle après Thaïes.
Les Logographes recueillaient avec patience et piétéles traditions de leurs cités natales. Ces traditions élaient peu nombreuses et les monuments des siècles passés plus rares encore. Point de Tbèhes et de Memphis, de Ninive et de Babylone, aux immenses édifices tout chargés d'inscriptions; point de Sidon et de Tyr couvrant les mers de leurs flottes; point de grands conquérants tels que Nïnus BtSésostris; point de Moïse et deJosuc, de David et de Salomon. Pour établie la chronologie, Hécatée, Phérécyde, Acusilaos, n'eurent d'autres ressources que les généalogies plus ou moins fabuleuses des béroa, et que le catalogue, conservé à Sicyone, des pré-
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tresses d'Ai^s. Tels furent les humbles commencements de la science historique : comme le grain de sénevé dans l'Evangile, ellea d'âge en Age étendu sesrameaux de l'Euphrate à t'Atlantiqoe. Toutefois, ces écrivains ne hornèrent point leurs études à leurs cités. En vrais Japhétites, ils éprouvèrent d'emblée le besoin d'embrasser tous les siècles et de connaître tous les peuples. Ils transcrivaient en prose la poésie cyclique qui partait du chaos. Déjà même Denys composa une histoire universelle où se succédaient selon l'ordre des temps, Bacchus, Hercule, Jason, Thésée, Etéocle et Polynicc, Achille et Agamemnon, et qui de la guerre de Troie descendait jusqu'au siècle de Cyrus ou de l'auteur. Hécatée, le grand voyageur (noXuTtXov:^;), décrivit toutes lescontrées d'Europe, d'Asie, d'Afrique, qu'il avait visitées, et raconta ce qui! avait appris de leur histoire. Le premier, il transformait en faits ordinaires et dépouillait de leur merveilleux les mythes de la religion naUonale, qu'il déclarait, après Xénophane, contradictoires et ridicules. Hellanicus, qui florissait au temps de la jeunesse d'Hérodote, est le dernier des Logographes, s'il n'est pas le premier des historiens. On le nommait le grand savant (nsXutEncdp) , et c'est lui qui a tenté de donner à l'histoire une base solide par la chronologie. Ces écrivains étaient des historiosophes en germe par leur soif de fout savoir. Mais ils ne maîtrisaient point leur sujet, et leur style, encore informe et brisé, n'avait d'autre mérite que celui de hi clarté.
§ 4. — Let poêlei pkiloiophes et croyants.
DTonie nous revenons dans la Grèce continentale où nous appellent Pindare à Thèbes et Eschyle à Athènes. Ces deux grands poètes nous prouvent que, si les pythagoriciens et les Orphiques, sectaires pleins de vie et d'élan, tentaient des voies nouvelles en dehors de la religion nationale, celle-ci ne restait point stationnaire dans sa vieille foi. En face des philosophes, elle rougissait de ses fables absurdes et immorales. La tradition était ébranlée et la raison éveillée. Au besoin de vérité s'associait celui d'une piété plus intime et d'une plus haute vertu. FI se fit ainsi dans les cœurs un travail d'élaboration religieuse, dont le résultat fut de développer tous les germes d'étemelle vérité cachés dans )a religion populaire, et de la rendre aussi rationnelle, aussi morale, aussi sainte qu'il était possible de le faire sans en réformer ouvertement
tes dogmea et le culte. Cette épuration fut l'œuvre des poètes, gardiens des antiques traditions (1). Il est d'ailleurs probable qu'ils avaient reçu leur première impulsion de Crotone et d'Eleusis,
1" Pmdare (2), dont les anciens critiques vantaient déjà la piété et l'élévation (3), est préoccupé de la gloire des dieux. Ils sont bien pour lui comme pour Homère les joyeux habitants de l'Olympe ; mais il proteste contre les mauvaises passions que leur prête la tradition (4), et exalte leurs perfections infinies, entre autres leur tonte-science. Ne croyant pas à la création du monde, il ne peutnier l'existence d'un Destin inflexible ; mais on sent dans la plupart de ses odes l'intime besoin de tout ramener et soumettre k la lolonté libre de la Divinité. Il voitdans le monde physique et dans le monde moral une loi divine, qu'il personnifie par les Heures, filles de Zeus et de Tbéinis (5), et par leurs sœurs, les Parques, dont la plus puissante est Tyché (6). a Cette loi est le maître des dieux et des hommes (7). Les dieux l'observent en travaillant chacun dans son lot à l'ordre universel. Les hommes, qui la portent dans leur cœur, y sont soumis pendant la vie et après la mort, Ds ne l'enfreignent pas impunément. Zeus, qui est le Dieu de la Mipréms justice, cb&tie sur la terre, soit les coupables eux-mêmes, uit leur postérité. Les âmes après la mort sont heureuses ou malheureuses, selon leurs œuvres [8], » et Pindare, qui d'ailleurs hésite entre la métempsycose de Pythagore et les enfers de la Indilion, trace des destinées contraires des ombres, des tableaux fi rappellent les visions des initiés aux mystères d'Eleusis, et qui ne se retrouvent, aussi vivants et aussi précis, chez aucun autre poète grec.
2° Eschyle était Athénien. Il avait combattu à Marathon, à Saiamine, à Platée. Les triomphes de la Grèce sur Darius et Xerxès •valent rempli son cœur d'une foi intime et profonde en la Divioilé. Son saint enthousiasme était soutenu, nourri, exalté par celui de ses concitoyens. Athènes était alors en quelque sorte la Sion du monde païen. Nulle part ailleurs la nature déchue de l'homme n'a brillé d'une gloire plus pure ; nulle part le patriotisme n'a été plus héroïque et l'esprit de sacrifice plus général; nulle part la
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poé^ ne s'est montrée pins rellgîease, plus morale, plmsuMime; nulle part la philosophie ne s'est autant spprocbée de la finie; nulle part les sages n'ont poussé aussi loin la tempérance et n'ont cru en Dieu d'une foi aussi réelle.
Si, par la raison, Hérsclite avait inventé an dieu-feu, les pythicoriciens un dieu-nombre, les Eleates un pur être, par la roi et la tradition Eschyle retrouva le Dieu vivant et personnel, le Jëhovah des prophètes hébreux, l'Etemel, llnflni. H parle de son Zem en des termes qui rivalisent de sublimité avec ceux des psalmistesi • La pensée de Zeus est un abîme dont l'œil n'aperçoit pas le fond(ll. Sa volonté est impénétrable, et pourtantelle se montreresplendisaante, jusque dans les ténèbres mêmes, lorsque la noire infortune vient fondre sur la race des mortels (2). Zeusparleet l'effel >uit; ce que décide sa volonté, s'accomplit aussitôt (;i). Que se pasae-t-il parmi les mortels sans Zeus, et qu'est-ce que Ueu n'i pas faiti [A] »
Eschyle est le poSte de la justice. Elle est pour lui l'essence de la Divinité. Hésiode, les Gnomiques, les Lyriques rappelaient am hommes cette perfection suprême en de belles sentences. Eschyle la montre en action dans l'histoire. Les Hellènes supposaient leurs dieux jaloux du bonheur des mortels, et cette croyance populaire, dont les premières traces se trouvent dans Homère, avait été acceptée sans réflexion par Pindare (8) : Eschyle est fier d'être «seul entre tous s à la rejeter (6). Le poëte de Thèbes n'avait réosà qu'A demi à soumettre le Destin fa Zeus : aux yeux d'Eschyle, la lois sinon de la nature, au moins du monde moral sont la voient^ toujours la même, mais toujours libre de Zeus. Plus on étudie sei drames, plus on admire l'art avec lequel il concilie le décret immuable de Dieu avec la liberté de l'homme, ainsi que la malélU^ tion d'une race criminelle avec ta responsabilité de l'individu.
Cette malédiction, c'est la punition de l'impiété des pères, que Jéhovah poursuit jusqu'en la quatrième génération (p. 134). Eschyle, comme les prophètes hébreux, distingue des crimes inexpiables les péchés dont on peut par la prière obtenir de Dieu le pardon (7). Comme eux aussi, il oppose aux jugements divins (pii font périr, les cb&timents qui corrigent, et il a formulé sa pensée dans cette parole si profonde et si simple : « souffrir, c'eat nf'
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prendre(l).B Comme eux encore, 11 raitde laenperbe le péehi gni est le pluG odieux à la Divinité et qu'elle punit par un aveuélément eumaturel. Enfin, ses tragédies «ont pleines d'invocations ferventes adressées au Dieu qui délivre, qui cbàtie, qui punit. Les psalmistes sont h peine plus convaincus que lui de la puissante efficace de la prière (2) et de le présence d'un Dieu qui, toujours prêt è agir (3), volt tout, même les crimes cachés dans la nuit (4).
Pour Eschyle comme pour nous tes deux grands facteurs de l'histoire, ce sont Dieu et l'homme, la justice divine et la liherté hamaine, Dieu qui est le législateur, et l'homme qui doit obéir sous peine d'indicibles souifranceB. Aussi le proclamerons-nous, nonleuloment (avec MH. Bemhard; et Laurent) le premier en date des bistoriosophes du monde païen, mais le seul d'entre eux qui ait compris la vraie cause des destînéesde l'humanité, des empires et des individus.
Dans son Prométhée Eschyle s'empare d'un des principaux my> thés do la religion populaire, le transforme, l'émonde, le complète et en fait toute une histoire de l'humanité insurgée, chfttiée, délivrée et réconciliée. Zeus a vaincu les puissances désordonnées de la nature figurées par les Titans. Un nouvel ennemi lui réliste en fsce : Prométhée ou l'auteur insolent et rebelle d'une eivilisation impie. Zeus le dompte par la violence et le soumet aux rongeantes douleurs d'une vie toute terrestre et matérielle. Toutefois le Dieu de l'Infinie justice, loin d'âtre un impitoyable tynn, est plein de compassion pour l'homme. Il lui prépare detrâs-loin un sauveur en s'unissent dans sa miséricorde et par un chaste hymen k lo, qui sera l'aïeule d'Hercule. Ce demi-dieu met tin aux iouflïanoea de Prométhée repentant. Mus la loi de la justice ne peut être satishite par la seule repentance du criminel. Il faut qu'im dieu, un être exempt de toute faute, Chiron, le maître d'Ësculape «t le grand médecin des hommes, «succède aux soufiVancesi de Prométhée et, se substituant it lui, aveuille bien descendre dans les ténébreux abîmes du Tarlare. * Ce n'est qu'à cette condition que Zeus reçoit le grand pécheur dans le ciel, où l'attendent les ntans, tous déjà réconciliés avec lui. L'antiquité païenne n'a rien prodmt de comparable à cette trilogie oh l'entbou^asme h peine