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conscient du poète a deviné confusément le secret divin de la rédemption. Ajoutons en passant qu'Eschyle fonde ici la philosophie des mythes à laquelle ont travaillé les stoïciens, ta Renaissance et la science moderne, et dont Schelling a tenté de faire une discipline spéciale.
L'OresCie glorifie la justice de Zeus qui punit Paris, ravisseur d'Hélène, par Agamemnon; Agamemnon, meurtrier de sa lille, par Clytemnestri>; Clylemnestre, adultère et meurtrière de son époux, par Oreste, que poursuivent les déesses de la famille et qu'absout l'éternelle Sagesse.
Les Sept chefs devant Thèbes sont un tableau déchirant des terreurs d'une ville assiégée, ainsi que de l'aveuglement des coupables dont Dieu prépare la ruine. Si cet te pièce o livrait à ta patrie, > au dire d'A ristophane, a des citoyens remplis de l'esprit d'Ares, • ce n'était point le but que s'y proposait Eschyle, Car malgré son admiration pour Homère, la guerre est pour lui un meurtre. Elle soulève contre les rois qui l'ordonnent, l'indignation du peuple et les vengeances divines (Ij.
Les Suppliantes, où Zeus a tous les attributs du vrai Dieu, nous transportent dans une cité grecque qui, par un élan magnanime, pour protéger d'innocentes et malheureuses étrangères, s'expose aux dangers d'une redoutable invasion. C'est le triomphe de l'hospitalité sur l'intérêt, de la charité sur l'égoïsme, du devoir sur un Iftche amour de la vie, et cette victoire est remportée par la foi.
L'antique Argos où ont abordé les Danaîdes suppliantes, c'est dans la pensée d'Eschyle, Athènes au temps de sa lutte contre Darius et Xerxès. Eschyle, qui dans son Prom^rtee avait remonté aux origines de l'humanité, nous donne dans les /"erses la philosophie de l'histoire contemporaine. Si la nation qui a réduit sous ses lois l'Asie entière, a été vaincue par les Hellènes, sa défaite est due à sa superbe et non à leur bravoure. Un dieu a frappé de démence Xerxès. et la ruine de son empire est le juste châtiment de son aveugle orgueil. Ici le théâtre d'Athènes se change en un temple du vrai Dieu, le poète devient à son insu un prophète, et son drame est une sublime leçon de modestie et de crainte de Dieu à l'adresse d'une cité qui est au comble de sa gloire.
3» Sophocle, digne émule d'Eschyle et son successeur, a la même foi et la même morale que lui : Dieu chfitie et pardonne ; l'homme se perd sans rémission par la superbe, tandis que la modération
II) Chanm 4t* 5tji' Cluf<t i'-iiaotniminoa (nrloiil r. ItHHI. ici Sappliattit.
ou la tempérance est le premier des devoirs. Mais Sophocle est le chantre de l'Ame humaine piutdt que de la justice divine. Ses drames sont moins historiques que psychologiques. Ce qui le préoccupe, ce ne sont plus les destinées de l'humanibé, des cités grecques et des empires orientaux; c'est la grande et universelle énigme de la soulTraoce. Ce problème, qui remplit nos coeurs d'un double sentiment de crainte et de compassion, comprend deux éléments dislincts : notre coulpe qui appelle le juste châtiment de Dieu, et une certaine part, un lot, un sort mystérieux (lut^) qui nous menace, et dont nous nous efforçons en vain de détourner les coups. Ce sort n'est point le Destin; c'est bien au contraire Dieu qui le déleraiine; il le fait même connaître à l'avance par les oracles, et l'accomplissement de l'oracle démontre la sagesse et la bonté de Dieu. L'homme se trouve ainsi aux prises avec ta volonté divine, contre laquelle il veut faire prévaloir la sienne propre. Sa plus cruelle souffrance provient de son obstination, qui est entachée de superbe, et qui se complique en outre des défauts de son caractère. Hais ta victoire reste à Dieu, et l'homme vaincu reconnaît que Dieu avait raison. Le dénoùment, comme te veut Aristote dans sa Poétique, o purifie la crainte et la compassion • de leurs poignantes angoisses par la sainte paix que donne la soumission à Dieu.
Ainsi Ajax est châtié de sa superbe par la Sagesse divine qui le ^ppe de démence. Humilié des actes de sa folie furieuse, i) se punit lui-même en se perçant de son épée. Sa faute expiée, la Di' viaité s'apaise, et le sage Ulysse que, vivant, Ajax avait eu toujours pour ennemi, prend avec succès la défense de ce grand et malheureux héros contre Agamemnon et Ménélas.
Dans les Coéphores d'Eschyle, les antiques déesses de la vie domestique et patriarcale vengeaient les droits de la maternité sur le fils qui avait reçu d'un dieu l'ordre de venger son père en faisant périr une épouse adultère et meurtrière. Ce sont ici les saintes affections' de la famille qui, foulées aux pieds par Oreste, réclament son châtiment avec la fureur divine des aveugles instincts. Sophocle dans son Electre s'est inspiré d'un tout autre sentiment. Ses regards se sont élevés jusqu'aux hauteurs sublimes où habite la solennelle justice de Dieu qui poursuit en silence et à pas lents son œuvre de rémunération. Clytemnestre n'est plus qu'une grande criminelle ; Electre et Oreste, que les instruments providentiels de la vengeance divine. Témoin et victime du triomphe des méchants, Electre s'indigne, s'irrite ; la violence de la douleur fait de
U douce jenne fille un être dur, violent, impitoyBble. ( «Ue est à la fois contenue et soutenue par sa foi eo l'éternelle ju>- Uce. L'impunité de la reine est cause que «les crimes se multipUeDt(l}s et que atoute pudeur, toute piété disparaissent de It terre (3). D Dieu doit agir. Oreste surprend les deux coupable». Le cbàtiment s'opère pour ainai dire en silence, de soi-même, et, comme la justice ne marche pas sans le pardon et la paix, « la mort de Clytemnestre et d'Egu.the rend la liberté à la race d'Atrée(3). »
L'Antigone mythique personnifiait les uitiques affections de la famille en lutte avec les lois nouvelles de l'Etat. L'Antigone de Sophocle nous semble bien plutAt animée de l'esprit nouveau de Socrate opposant aux vieilles lois de l'Etat le principe moderne de la conviction individuelle [i). Elle est sans doute • faite pour aimer et non pour haïr (6), s et c'est par amour pour son frère Polynice qu'elle viole l'ordre arbitraire d'un tyran sans cœur et sans pitié. Mais elle puise sa force morale dans les ■ lois sublimes nim écrites, ceuvre immuable des dieux, qui, toujours vivants, ne eont ni d'aujourd'hui ni d'hier, et dont nul ne sait l'origme (6). ■ Elle meurt pour avoir obéi à IHeu plutôt qu'aux hommes, Celte mort, qui est une suprême injustice, remplit l'fime d'une profonde dou* leur. Toutefois elle est douce et paisible au prix du triomphe de Créon qui, devant les cadavres de son Sis et de son épouse, doit confesser, par «un tardif repentir,* sa cruauté, son orgueil, et l'égarement dont un Dieu l'a frappé.
La justice divine a voué Troie à la ruine; mais la cité cxioàoelle ne peut être détraite qu'avec l'arc d'Hercule. Cet arc eat aux mains de Philoctéte, que les Grecs ont, il y a dix ans, «bandonné sans pitié, blessé, souffrant, dans une Ue déserte. Contraints de recourir à lui, ils lui députent le vieux et rusé Ulysse, le jeune et magnanime Néoptolème. Philoctéte « aigri (7) • par de cruellM souffrances, ne peut pardonner aux Achéens leur ancienne lauta et se refuse a quitter son lie. Ulysse lui dérobe son arc avec itiM insigne perGdie. Mais la fin ne sanctifie pas les moyens, et Néoptolème, qui a se repent (8), ■ rend l'arme à Ptuloctèt«. Cette loyauté touche profondément l'ami d'Hercule et apaise les a orages d de son cœur {'i). Son jeune amt va le reconduire dans
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