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- SSÎatomes une chose profane qui ne concernait que les sciences physiques, quelle obligation logique y avait-il à donner à ces atomes la même éternité qu'à l'Intelligence 1 Le seul mot <le créaUon aurait opéré dans la philosophie grecque une immense révolution. Ce mot, vingt fois dans ses écrits Platon semble au moment de le prononcer (i) ; il entrevoit la vérité, il va la saisir, et toujotirs elle lui échappe. Au reste, il n'a jamais abordé de front la question de l'éternité de lamatière; on dirait bien plutftt qu'il l'évite à dessein. Dieu a trouvé là la substance de ses œuvres. Mais existtut-elle de touttempsoun'avait-elle apparu que la veille? Platon ne le dit pas.
S'il n'a pas eu la force de créer la matière, le Zeus de Platon a du moins eu celle de la façonner selon sa volonté. «Dans sa bonté il a rendu le monde autant que possible semblable à lui-même. Après avoir achevé la structure générale de la terre et des cieux, il fut, comme l'Elohim de la Genèse, ravi d'admiraUon et de joie (2). Mais le dieu des dieux (3) laissa aux dieux inférieurs le soin de former l'homme. » (l'était un moyen détourné de rejeter en partie sur eux la responsabilité des imperfections de la nature humaine, de la maladie et de la mort. Il est d'ailleurs digne de remarque que l'histoire de l'humanité avait, comme le monde physique, son modèle dans les cieux ; car la république soi-disant parfiiite de Platon n'était que la copie d'un type étemel (4),
Le monde, qui pour Pythagore était déjà ordre et beauté, devient pour Platon a une image de celui qui l'a fait; il est un dieu sensible, très-grand et très-bon, très-beau et très-parfait, ciel unique parce qu'il est le fils unique de Dieu (5).» C'est ainsi que les Egyptiens polythéistes faisaient du jeune dieu du monde, Horus ou Harka, le fîls du dieu suprême, Amoun ou Phtah. C'est ainsi encore que de nos jours des théistes chrétiens ont imaginé de donner au monde éternellement issu de Dieu le nom de Fils unique de Dieu et de second dieu.
Cependant, tout dieu qu'il est, le monde de Platon ne peut renier sa basse origine. 11 est soumis à deux lois contraires dont une seule est divine, celle de l'intelligence ; l'autre est celle de la matière et se nomme la nécessité. Il est vrai que la nécessité, < cédant aux sages conseils de l'intelligence, s'est laissé persuader de produire en vue du bien la plupart des choses. (6)»Maiselle nes'im-
10 cndwortti « pTdiendn reimTcr dus FUlon ledo^ï de li créilloi. — KAermaan.p.^ m Ttaté;u. - IglCrUiai.InlIM. Comp. £»<1>, IVUI.II. - {» lUpuli..li,iB Bm. |9) Ttmie. lonne. - Ml Tiaie. II.U. -Camp. PolU.,ttai £pii>.. WB-AckeraïUB, p. U,p(^ UDd, uDi le prunrer, que nilon, 4nu U loaUaH da deMlD cornu duu d'iBina, l'cU tint
pose pas moins à Dieu avec une puissance irréaisûhle comme lindique assez son nom, et je ne sais trop en quoi elle diffère du Destin de la religion nationale, qui était la Fortune de Thucydide, et qui avec l'aide des stoïciens bannira plus tard du cœur des meilleurs d'entre les Grecs la foi au Dieu vivant. Limiter IHeu, c'est le dénaturer, c'est ie nier, c'est le perdre.
3° Anthropologie. — La préexistence de la matière décide des origines de l'homme. Mais ici encore Platon hésite entre deux opinions contraires, entre l'homme de la tradition qni de la matière et des sens monte vers Dien, et celui de la spéculation qui du séjour céleste des dieux et des idées tombe ici-bas dans la matière et le corps.
Le premier est, dans le Timée, l'ouvrage des dieux inférieurs: ■ avec les éléments physiques que la matière étemelle leur imposait, ils font te corps de l'homme aussi parfait que possible. Mais ce corps est sujet à la mort et aux maladies, et les maladies du corps produisent fatalement les maladies de l'Ame, qui sont les passions désordonnées des sens (1). d Ce qui est pour les Hé' breux le châtiment du péché, constitue ici l'état primordial de Hiomme. Aussi ne peut-on s'étomier que Flaton (au moins à une certaine période de sa vie], ait pris cet amour inf&me qui rongeait comme la gangrène le peuple grec, pour une forme inférieure du saîntamour des âmes, ou pour une aberration du sendment, qui après la mort est punie simplement par un délai mis k la félicité du coupable (S).
Pois, les éléments dont les corps sont formés, peuvent fort bien ne pas se trouver dans tous en des proportions égales. Symbolisons, avec Platon dans la République, ces éléments de valeurs trèsdiverses par l'or, l'aident, l'airain, le fer : nous aurons, au lieu d'nn genre humain unique, toute une hiérarchie d'espèces de plus en plus grossières. Voilà, si je ne me trompe, pourquoi Platon malgré tout son génie a le cœur beaucoup plus étroit que Socnite, Xénophon, Euripide, qui n'avaient pas remué comme lui les questions cosmogoniques. La notion et le sentiment de l'humanité n'existent pas pour lui. Il exclut les Barbares de sa philosophie de l'histoire et de ses rêves d'avenir. S'il veut avec Xénophon adoucir les horreurs de la guerre, il réserve aux Grecs d'être impitoyables envers lesautres nations (3). 11 n'a même, à fout prendre, de sympathie que pour ceux de ses compatriotesqui méritent le nom de sages.
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Fn effet, la distinction des espèces humaines ne s'airéttït point à celle des Grecs et des Barbares. Elle s'appliquait aux babilantt d'une même cité. Les classes étaient chacune formées d'un wHai plus ou moins vil ou précieux. Il n'y avait d'hommes vrûmeit dignes de ce nom que les sages. Le grand principe de l'individualité si courageusement défendu par Socrate n'avait donc de valeur que pour l'élito des citoyens. Les autres n'étaient point appelés h se faire par eux-mêmes leurs convictions, à tenir tête k la mollitude et à mourir en témoins de la vérité. Faut-il s'étonner a[ffii cela du monstrueux idéal que Platon a tracé de l'Etat T
Cette même doctrine de l'éternité de la matière qui, par l'inégalité des races humaines, poussait Platon à son insu dans les plu déplorables erreurs, l'ohligeait à mettre l'intelligence à l'abri de k violence des sens en donnant à l'homme deux ftmes : l'une dinne et immortelle, l'autre mortelle et soumise à la nécessité. Pour mieux protéger encore la première contre la seconde, il divitt celle-ci en deux moitiés, auxquelles il assigna des demenres distinctes. « L'&me mortelle inférieure, c'est la vie physique et sen- Buelle ; elle communique avec l'ftme divine par le foie qui est l'wganede la divination, ou des songes et de l'extase. L'Ame mortelle supérieure habite le coeur et la poitrine : elle est le siège du coorage et de la colère ou de l'énergie de la volonté. Eftuis là tête comme dans une citadelle demeure l'ftme divine ou la raisiHi, qm contient par l'&me intermédiaire les passions sensuelles de l'ftme iaférieure(l).B Ces deux ftmes auxquelles il faut ajouter le corps, fcmt de l'homme un être triple. Platon a donc, le premier des philosophes, retrouvé au milieu de graves erreurs la doctrine tnàie tîonnelle de la triple nature de l'homme (p. ^1].
Cependant Platon ne pouvait se dissimitler qu'un Dieu naiinait bon n'aurait pas formé l'homme à ce point sensuel et miséraUe. Sa théorie des idées lui suggéra sur l'origine de l'homme et ia péché une tout autre et plus plausible solution du problème de b vie humaine. « L'&me proprement dite ou l'intelligence ne rectal pas du dehors les idées du bien et de l'absolu ; l'honune les a de naissance en lui, et quand elles s'offrent pour la première fois i lui, il se souvient de les avoir déjà vues précédemment. L'ftme en effet est étemelle ; car elle est une idée, comme Dieu est l'idée du bien. Pendant son existence primordiale elle vivait dans la soctâé des dieux. Mais alors déjà elle avait (on ne sait pourquoi], de mao-
rais instincts qui luttaimt contre la raison. Tel un char attelé de deux chevaux, l'un généreux, l'autre vicieux, que le cocher ne conduirait qu'à grand'peinâ. Les âmes qui se laissent emporter par le coursier vicieux, et qui perdent leurs ailes, tombent du ciel sur la teire dans les corps, leurs prisons, et deviennent des hommes. (1) > D'après cette fiction, qu'a reproduite de nos temps un des premiers théologiens évangéliques de l'Allemagne, Julius Muller, l'état moral de l'homme s'explique bien par une chute; mais la chute est celle que toutes les ftmes ont faite dans une autre existence, et non la fiiut« unique commise sur la terre par l'unique rienl de l'humanité. La tradition de cette faute n'était point arrirée jusqu'à Platon, et pourtant il connaissait fort bien les noms d'AdametdeSeth(2).
Sa, laissant derrière nous la question des origines de l'homme nous demandions à Platon son opinion sur la nature humaine îi nous répondrait en premier lieu que a l'homme, c'est l'ôme; l'ftme rt non le corps, ni un composé du corps et de l'ftme ; l'ftme commandant au corps comme le maître à son serviteur (3), ou l'&me demeurant dans le corps comme le captif dans sa prison. > Platon scindait donc l'ftme et le corps. Aristote protesta par ses entéléchies, et nos livres saints lui donnaient plus ou moins raison. Mais l'ascétisme catholique fit prévaloir au moyen ftge la doctrine de Platon, qui par Descartes est devenue un des grands principes de la philosophie moderne, et qui n'a été énei^uement combattue qu'au dix-neuvième «ècle par le mystique Baader.
« La partie supérieure de l'ftme, ■ nous dit ensuite Platon, ■ celle qui est le siège du savoir et de la sagesse (ou de la conicience de soi-même (4)), Dieu l'a donnée il chacun de noua comme un génie (ou demi-dieu], et à cause de notre origine divine, elle nous élève de la terre ; car nous sommes une plante non de la terre mais du ciel (5). >
■ Le souverain bien, » ajoute Platon, qui marcherait ici sur les traces de Pythagore (p. Ifli), c c'est de devenir semblable à Dieu dans les limites du possible (6). » a Soyez saints comme je suis saint, » avait dit l'Etemel aux Hébreux (p. lOB).
D'après nos livres sacrés, l'ftme, étant apparentée de nature à Dieu, serait devenue semblable à lui par la pratique de la vertu qui l'aurait préparée à la communion avec lui, à la ^e de l'esprit
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et de la foi. Platon ne le dit pas en toutes lettres : mais il distingue certainement, lui aussi, la morale et la religion, les œuvres de la loi et la vie de la foi. Dans le fond de sa pensée, la vertu est le degré inférieur par lequel l'âme s'élève à la perfection. La piété, qui était pour Xénophon le fondement et le résumé de li morale, serait donc pour Platon le couronnement de la vie humaine(1]. Cette hiérarchie des devoirs et des biens spirituels serut en une cerlaine harmonie avec son hypothèse des deui Aines subordonnées l'une à l'autre.
Qu'entend Platon par la vertu? Elle comprend « justice, sagesse, tempérance et valeur (2). « — Ce sont les quatre vmuscar dinales des scolastiques. — «Le seul mal réel, » poursuit Platoo, • c'est l'injustice, et le sage doit, comme 8ocrate, plutAt mourir que désobéir à Dieu (3). *
L'homme est entraîné au mal par ses passions sensuelles. ■ Son Ame inférieure est un monstre à plusieurs têtes d'animaux tour i tour féroces et paisibles. Par son Ame moyenne il est un lion plein de courage et d'ardeur. Il est homme par sa raison. Mais l'homme en lui est le plus faible et il est à la merci du monstre (4). D On <Urait ces symboles empruntés aux visions de Daniel des quatre bétes et du Fils de l'homme.
€ Celui de qui la raison est asservie aux passions, n'est pas nn homme libre; c'est un esclave, d Cette pensée, qui se retroun sans doute souis les images prophétiques d'Ësaïe (S), n'a été exprimée avec la même précision que par Jésus-Christ (6).
Non-seulement il y a de la béte féroce dans l'homme, mais le monde où il vit, est un monde d'illusions et d'erreurs. ■ Telle une sombre caverne où, tournant le dos à la lumière, il n'aurait devant les yeux que les images trompeuses projetées par les choses réelles sur les parois de sa prison (7). s
L'homme qui vit dans sa caverne et qui porte en lui un mmfrtre, aime le mal et hait d'une haine mortelle le bien. Platon voit, comme David (p. 1IO),le sage, le juste vivant au milieu d'une mnltitudede bétesféroces (8) dont il ne veut pas partager les injustices et qui, dans leur rage, s'apprêtent à le déchirer. Il le voit pressant ses frères de sortir de leur caverne pour vivre à la lumière de Dieu, et mis à mort par ces misérables prisonniers qui! venait délivrer. Il le voit, médecin intelligent, courageux et sévère, accusé
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d'atroce cruauté devantdes enfants par un cuisinier qui le8flatte(l). n le voit, pilote sur le navire de l'Etat, arnictié du gouvernail, conspué, enivré, jpté à la mer par les gens de l'équipage (3). Enfin, il le voit traité comme un homme de rien (3), fouetté, mis en croix (ou plutAt empalé] tel qu'un vil esclave (4). C'est wnsî qu'au sein du paganisme une âme intègre et recueillie était arrivée par l'étude de l'homme A prévoir que le vrai sage soulèverait plus de haines encore que Socrate et subirait le plus ignominieux et le plus cruel des supplices.
Platon trace de l'état moral de la Grèce un tableau qui méritenit une étude attentive après celui que nous ont laissé les prophètes hébreuxdu peuple d'Israël au temp&de sa décadence (p. 136). Nous ne relèverons du premier que ce trait : a Le peuple est maintenu dans son état d'injustice par les sophistes qui le flattent et inculquent leurs maximes pernicieuses à la jeunesse ; * — ce sont Ics&ux prophètes dlsraêl — • et par les devins qui prétendent que les coupables sans s'amender peuvent apuser les dieux par des sacrifices : ■ — c'est le formalisme hypocrite que foudroie Es^e.
■ Née pour h réalité éternelle (5), l'ftme ne peut être heureuse dus sa sombre caverne et dans son esclavage du péché. Elle déare la délivrance (6), et pour être sauvée, elle doit se tourner des ombres vers la lumière, monter de l'antre vers le soleil. Ascension et conversion (7] qui ne sont possibles que si l'on renonce à mener i sa suite le cortège des vices. Heureux est celui qui ne renferme pas le vice dans son Ame ; mais heureux est après lui celui qu'on en a délivré (8). »
Voilà donc le changement de conduite mis à sa vraie place dans la vie humaine entre l'esclavage du péché et la joie de la Terlu. Voilà le représentant de la sagessepiJennequi déclare l'Ame perdue si elle ne se convertit pas du mal au bien, des ténèbres à Il lumière, des passions sensuelles à Dieu. Voilà Platon qui de* vient à nos yeux, selon l'expression de Clément d'Alexandrie (9}, ■ uu prophète de l'économie du salut, > ou du moins un Jean- Baptiste préparant les Ames par la prédication de la repentance à Il venue du Sauveur.
m <Hni—. n. - m lUrM., suim.-^ cortuu, m. - («i iwiMti., u. m. mvnM.,-n,m.
m EwDpat. irtnV. a^u>. PMédn, l«T; Ttm^. Ui Corpliu. UX - VoTO IcknsMjm, tl| Utnnftfi. iitiattu. AfpaM.. TU. ». UDnu* mfuffiït, iTmmyuji,
Cominânt s'opère cette conversioDt ■ Par la souffrance; caril n'est pas possible d'être délivré autrement de l'injustice. I2 douleur en est le juste et salutaire ch&tinient; l'impunité entreUendrait le mal. Tout juge est un médecin, et celui qui a commis un crime, doit de lui-même se présenter devant le tribunal pour être guéri par la peine. La peine corrige le coupable ; elle sert en outre d'exemple aux autres : mais il est des crimes inexpiables qui (Wpendant doivent être punis (\). » Ici Platon ne Tait que dévelopfMr des pensées qu'Eschyle avait exprimées déjà.
1^ souffrance toutefois ne suffit pas pour délivrer l'injuste de ses vices. Il faut la grftce divine. Le changement de vie est un s don de Dieu, a a On peut bien enseigner aux honunes la vertu ou la sagesse comme toute autre science, mais non leur inspirer la volonté de la pratiquer (2). n C'est là la pensée qui est mise eascède dana le dialogue biogra{^ique du Premier Alcibiade. Socrate s'y montre plein d'un saint et fervent amour des ftmes, certain de te mission que Dieu lui a donnée auprès de son jeune ami, et tout pénétré de l'idée que l'homme ne peut changer de vie que si Uen veut lui en donner la force. Alcibiade de son cûté est graduelteroent amené à confesser son ignorance et ses erreurs, puis ses péchés et SB servitude morale, et il est enfin convaincu de l'absolue nécessité d'attendre de Dieu sa délivrance. Cet écrit est certainement, avec tinvariable Milieu de Confucius, celui de l'an- Uquité prenne le plus évangélique.
Quand l'&me se recueille, poursuit Platon, a Ueu dissipe les ténèbres qui la couvrent pour la mettre en état de discerner le tMen et le mal (3). » 11 la remplit en même temps d'un divin délire qui est la source de toute vertu comme de toute poésie (4).
Ici Platon pénètre dans les plus profondsmystèresdelaviesiNrituelle et s'élève k une hauteur où nous hésitons k le suivre. Il monte par l'échelle des amours terrestres et par l'amour des ftmes ou du prochain, à l'amour de Dieu. aAu terme de ses initiations, l'&me aperçoit tout à coup la beauté étemelle (5). £lle touche l'essence et la vérité (6). Elle s'unit à la réalité. Cet hymen fait naître en elle l'intelligence de l'être, et elle est en proie aux douleurs de l'enfantement jusqu'à ce qu'enfin elle vive dans l'être d'une vie
- Loii. I[ el dfjt II, - Protatorm.
lï.'lD ine. Il M l'aglt pu id d'un» rtitliUaii fniore <|Be Dln vttùwt Uen te qn'LI 'oJt. dast Mi piUfw. demander à D<f«: a É *lcUMi ; Mes Mol le Isn.
rëritable(l). Cette vie est la conciliation de la Tolnpté (qui devient fSlicité],etde la connaissance(2);elleestbaiinonie, paix et joie. ■ Quelles étranges paroles dans la bondie d'un Athàiienl Quelle réfélatioD sor les expériences spirituelles d'un Haton, d'un Socnte, d'un Xénopbon I Quel témoignage en fmeur de la nature toute religieuse de l'àme humaine i Et que ces aspirations d'Ames païennes, abandomiées à leurs instincts, démontrent Uen l'objec* tire réalité des joies que les nais chrétiens goûtent dans leur intime conuDunion avec EHeu 1
Ecoutons, en terminant ce résnœéde l'anthropologie de Platon, ce qu'il nous dit de la vie à venir de l'homme : s Malheur Ji ceux qui n'inront pas ici~bas poursuivi la sagesse, et qui arriveraient dans l'iutre monde diargés de crimes t Car les ftmes, après la mort, subissent toutes un jugement. 11 en est d'incurables, de qui les éternels et effroyables tourments, inutiles pour elles, sont au moins en exemple aux autres. Il en est dont les foules sont expiables, et qni sont soumises à des châtiments convenables soit aux enfers, KHt sur la terre où elles retournent en de nouveaux corps. Les âmes saintes ne sont point soumises à ce briste retour; elles jouissent auprès des dieux d'un bcmheur ineffable. Aussi le prix du combat étant à beau et l'espérance n grande, le sage fet*-t-il Ions tes efforts pour vivre et mourir vertueux (3). »
Ces croyances si précises sur le sort contraire des morts; cette foi à l'immortalité et au jugement devenant l'un des grands mo- Uas de la vie pratique; cette vue si claire de la ressunblanoe de niomme avec Dieu ; cette définition du péché par l'asservissement de l'esprit à la chair; cette haine mortelle des méchants pour les ttges; ce sèle des sages pour le salut des autres hommes; surtout, cette nécesûté de la conversion, ce besoin de la grftce divine, cette illammatioa des Ames {ueuses, leur nouvelle naissance, leur union nec Dieu : tout ne prouve-t-il point que Platon égalait au moins en connaissances et en expériences spirituelles les justes de l'andenne Alliance T L'espérance de l'homme n'a-t-elle pas deviné, intiapé, suppléé la révélation de Dieu? Ne pourrions-nous même pas reconstruire avec la philosophie de Platon l'histoire biblique de la rédemption : du paradis et de la chute, par la mort violente du sage crucifié, à la Pântec6te et à la béatitude céleste?
Hiisàcette antiiropologie qoi sentie toute dirétienne, s'associe
m a^mu^ n, mê. ~»mun.- -M otntm, tu iPkdtm, il*; a«BW.,i,ai.
une théolo^e dont dous n'avîcHis point indiqué plus baut tontes les lacunes et les erreurs. Le dieu de Platon, quand il est a heureux sans pasùon (1 ), • annonce le dieu glaùal d'Aristote. S'il chfttie, c'est par l'action aveugle de U loi qui enchaîne au péché U souffrance. S'il sauve, c'est à la manière du soleil qui éclaire de k hauteur les bas lieux de la terre : les ftmes pures montent à lui, U ne descend pas vers elles. On est même tenté à la lecture de certains passages de dire que la conversion est pour Platon une simple illumination spontanée des idées divines inhérentes au ccenr de l'homme, et la communion avec Dieu un repliement de l'Ame sur elle-même.
Ce dieu-là, mi-assoupi, mi-éveillé, ne peut faire naître dans les cœurs ni la crainte, qui pourtant est ■ le commencement de la sagesse, B ni la foi qui en est le principe moteur, ni l'amour qui en est la fin. Il n'est point assez saint pour remplir de terreur l'ftme souillée, ni assez juste pour faire trembler devant lui le criminel. Il n'euge nul sacrifice d'expiation; il n'a aucun motif de travailler sur la terre à la rédemption d'une humanité à laquelle sa grto céleste suffit pleinement. Aussi Platon toume-t-il en ridicule les pratiques par lesquelles, dans la secte orphique, les Ames tourmentées par le sentiment de leurs péchés, cherchaient à obtenir de Dieu leur pardon. Cette religion de la réconciliation n'est pour lui qu'une inintelli^ble superstition.
Nous le reconnaissons : autant le Uiéisme de Platon nous charme par sa simplicité, autant la doctrine révélée nous étonne an premier aspect et nous fait hésiter. La seule pensée d'un Etre réellement infini b-ouble notre intelligence; elle se voit enveloppée de toutes parts de mystères et de ténèbres; telle que^ boiû- Bole affolée par un orage magnétique, elle ne sait plus où diriger ses pas. Mais bientât l'obscurité devient lumière, et l'étonnement de l'ftme se change en admiration, son épouvante en joie. Elle comprend que l'infinie sainteté repousse loin de soi une race créée pure, séduite, déchue, criminelle et souillée. Elle comprend que la miséricorde infinie ait eu recours pour purifier et racheter ces malheureux au plus étonnant sacrifice. Cest Ueu qui fait tout, Dieu qui chfttie, Dieu qui pardonne, IMeu qui éveilledansnoscŒursia repentance, la foi, l'esp^ance et l'amour; Ueuqui réconcilie. Dieu qui régénère, Dieu qui ressuscite. Dieu qui comble de joie l'Ame dans l'éternité. En toutes choses I^eu est le premier, et à lui seul
rerient toute gloire. Chez Platon au contraire, c'est l'homme qui &it tout; Dieu se borne à le regarder.
Nous dirons de Platon que sa science ne comprend que « ces choses terrestres « et humaines dont Jésus-Christ parlait à Nicodème. la révélation seule nous fait counatlrc a les choses célestes,» c'est-k-dire l'infinitude de la Divinité, l'incarnation du Verbe, la rédemption de l'humanité par les souffrances et le sang dn Christ. Cette seconde science s'adapte admirablement à la première, qu'elle confirme, explique et corrige en la complétant.
^HUtorioiophie. — Platon vivait dans un de ces siècles de décadence où l'on se console des malheurs présents par l'attente ou l'espéruice de temps meilleurs. £n Israël les prophètes inspirés de Dieu dépeignaient & leurs compatriotes attristés le Messie qui les sauverait de leurs péchés et les délivrerait de leurs oppresseurs. En Grèce les disciples de Socrate cherchaient dans leur nisonle remède aux mauxactuels.Xénophon, dans saCyropédie, reliant l'avenir au passé, proposait de sages et faciles réformes. Lescyniques, révolutionnaires comme Protagoras, devançaient leur liëcle par leur cosmopolitisme. Leur fondateur, Antisthène, abusant du principe de l'individualité et du salut personnel, s'était af- Rwichi de tous les liens sociaux, et vivait, hors de la famille et de l'Etat, selon la vertu et dans la pauvreté. Ses disciples furentles moines mendiants de la Grèce. Ils (entèrent de la réformer, de la guérir par leurs prédications. Leurs vœux d'ailleurs ne s'arrêtaient plus aux frontières de leur patrie : c'était l'époque où Alexandre disait des Hellènes et des Barbares un seul peuple par la conquête. Ainsi Diogène, qui est ici le précurseur de Zenon, rêvait d'une union de tous les peuples par la vertu. Après lui Cratès écrivit ■ en jouanti l'utopie ■ d'une ville du nom de Besace, belle et heureuse dans sa pauvreté, où n'entrent ni parasites, ni insensés, ni voluptueux, et dont la paix n'est jamais troublée par la cupidité, la vaine gloire et le bruit des armes (4). n Les disciples d'Aristippe, qui faisaient la plus complète disparate avec ceux d'Aotisthène, auraient imaginé un pays de Cocagne où chacun aurait vécu dans les délices. Mais ils y auraient admis, comme les ejnniques, tous les hommes sans distinction de races et de langues, et, comme eux, ils en auraient banni les préoccupations de la vie politique (3). PlatoD, s'il n'a pas, comme Aristippe et Antisthène, déserté la