CINQUIÈME PÉRIODE
LIS BISTCiUEItS BT LU FHItOSOFBIB BOUS U DOIEDUTIOH
HAO^DORIBNira.
I 1. — Les historiens.
L'élève d'Aristote, Alexandre, avait renversé l'empire perse et fondé la troisième des monarohies universelles prédites par Daniel. Les Japhétites de l'Iran, les Sémites de la Syrie, les Caniites du Nil, non-seulemenl obéissaient à un même souverain de ta race japhétite de Javan, mais apprenaient la langue de leurs vainqueurs et s'appropriaient la civilisation des Hi?llènes. Les nations historiques avaient ainsi fait un pas immense vers l'unité. Le mondegrec s'étendait de l'Adriatique et de ta Sicile h llndus et à llaxarte.
(t) De la PtrtK ffjlamtn, I, ■-
Gomment la troigiëme monsrchie ne nous «rt-elle pas laissé no seal historien de renom T Comment les conquêtes d'Alexandre n'oDt-elles pas trouvé un Hérodote T Comment la fondation de l'empire macédonien n'a-t-elle pas en un Polybe, étudiant avec soin les institutions, les mœurs, la patrie des vainqueurs et des nincus, et recherchant les causes de celte étonnante fusion de la Grèce et de l'Orient? C'est ce que nous ne saurions expliquer que par l'esprit d'irréligion, d'égoïsme, de licence, qui régnait ï la cour de ce jeune monarque.
La foi en la providence et en la justice divines n'aumt pu subsister auprès de ce conquérant qui se disait fils de Zens et dieu même. Ne voit-on pas Callisthène, le neveu d'Aristote, celui-là même qui périt misérablement pour avoir refusé de se prosterner devant son maître à la manière des Orientaux, ne le voit-on pai, dans les fragments de son histoirCj flatter par des fables les prélenlions ins^isées d'Alexandre! Les autres historiens de ce prince, éblouis par ses succès merveilleux, n'ont-ils pas inventé, pour l'exalter plus encore, de romanesques avemuresî N'ont-ils pas, dans ta description des contrées inconnues où il les entraînait, accueilli les contes les plus extravagants? Ils forment l'anneau entre Ctésias et le faux Callisthène. Les seuls compagnons d'Alexandre qui se soient respectés eux-mêmes en respectant la vérité, ce sont des soldats, des généraux, Ptolémée Lagus et Eum^e.
Les querelles des successeurs immédiats d'Alexandre et les destinées des Lagîdes, des Héleucides, des rois de Macédoine, D'ûfTrent qu'un monotone spectacle de guerres intestines et étrangères, d'intrigues de cour, de meurtres et de crimes de tout genre. De tels siècles ne méritent pas des historiens, et trouvant b peine des annalistes.
Les Ptolémées seuls excitent quelque intérêt par la protection qu'ils accordèrent aux lettres et aux sciences. Alexandrie devint l'Athènes d'un Age de décadence. Elle fut moins illustrée par ses poètes de cour et ses grammairiens, que par les savants qui, les premiers, étudièrent la nature sans idées préconçues, l'esprit dégagé de toutes les croyances de l'idoUtrie aussi bien que des hypothèses métaphysiques d'Aristote. Eratosthëne {"î^^iTi) poursuivit tes études géologiques inaugurées par Xénophane, et fonda la géographie systématique, que Strabon devût amener plus tard à un haut degré de perfection.
L'histoire fut peu coilivée à Alexandrie; mats l'éroditioa y fut
d'autant plos eu honneur. Nous ne pouvons passer sous mleoce Hanëthon. Il eut pour coat«mporaia Bérose & Babylone.
§ 2, — Les philosophes.
Pendant les cent cinquante années de la période macédonienne, le inonde grec est d'abord jeté dans le doute ab<:olu par Pyrrhon; puis ramené à la certitude, mais plongé dans l'égoîsme parles deux systèmes contradictoires de Zenon et d'Epicure, et, en même temps, dépouillé du peu qu'il lui restait de son anciemie foi, par le Voltaire ou le Strauss de l'antiquité, Evhémère {!).
i" Pyrrhon et les scepligves. — Pyrrhon, qui florissait du virant d'Aiistote, a réédité Protagoras et les sophistes. En reproduisant leur scepticisme, il en a fait un corps de doctrines et l'a poussé jusqu'il ses dernières conséquences. La raison arrivait par luik l'absurde. Elle ne s'en douta pas. Sottement Gère d'elle-même, elle se moqua de ^es précédents adorateurs par Timon, le disciple de Pyrrbon, le contemporain des disciples athées d'Aristote. Il flagella dans ses vers tous les philosophes; mais il le fit en aveugle, sans le moindre discernement.
Cependant l'homme ne peut vivre sur le sol mouvant du dont*. Aussi l'école sceptique ne compta-t-elle que peu d'adhérents, el la génération qui suivit celle de Pyrrhon et d'Aristote, produiàt deux hardis dogmatistes, par lesquels se clAt, sinon l'histoire, lu moins l'évolution de la philosophie grecque. Ils s'accordaient 1 placer la certitude dans la sensation, à nier le Dieu vivant et 1 faire k l'homme un devoir d'une égoiste indifférence pour les misères d'autrui et pour les destinées de la patrie. Leurs doctrines étaient d'ailleurs diamétralement opposées. Zenon reproduisait le vertueux Aniisthène et le sombre Heraclite; Epicure, Déoiocriie, l'inventeur toujours i iant des atomes, et le voluptueux Aristippe.
2*> Zenon et ks stoïciens. — Aristote avait laissé la raison en prc> sence d'un monde éternel et d'un dieu inutile, étrangers l'un à l'autre. Elle r^ pouvait subir longtemps un tel dualisme, et Zenon, après Straton, tenta de le ramener à l'unité. Il supprima la personnalité de Dieu, conserva sa substance spirituelle, et la confondil avec la matière. C'était renouveler le panthéisme d'Heraclite, avec son dieu-feu et son destin, ainsi qu'avec ses cycles et ses altent-
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ttves destractions du monde par incendie et le cataclysme. Au bout de deux siècles, l'esprit humain qui de Thaïes et d'Heraclite arait gravi U cime d'où Platon lui montrait les cieux, se trouvait donc sur le versant opposé au bas niveau de son point de départ.
Zenon n'est point d'ailleurs un métaphysicien qui se perd dans de vaines théories. C'est un moraliste comme Socrate^ un moraliste sévère, mais sans foi ni charité.
Il veut résoudre le problème du souverain bien ou du bonheur. Comment le sage peut-il être heureux quand le destin, mettre ahsoin de toutes choses, foule aux pieds ses joies? En ne se laissant point ébranler par les coups du sort, en s'y rendant insensible par la fermeté de son esprit.
La souffrance et l'injustice régnent dans le monde. Que fera le sage au milieu de si grands maux? Il sait que « le mal est nécessaire, qu'il B son utilité (1), d et pour ne pas perdre sa paix intérieure, îl fermera son cœur & la commisération (2). II n'engagera donc point, comme le faisùt Bocrate, la lutte avec l'erreur et l'immonilité.
€ Le sage est l'égal de Zeus, car Zeus est, comme lui, soumis à la fotaUté(3). * Cette apothéose du sage, qui est en quelque sorte l'essence du stoïcisme, se compose ; d'un blasphème, l'avilissement delHeu et son identification avec le monde; d'un oubli, celui de notre état de chute et de notre radicale infirmité; d'une vérité, notre grandeur native et notre définitive vocation, et du plus coupable des vices, un fol orgueil, Zenon n'a comme Aristote, aucun ■enUment du péché, de sa coulpe, de sa souillure. Si son prédécesseur fusait de la magnanimité une des premières vertus, il l'exalte au point de la transformer en une insolente présomption. Mais on doit reconnaître que dans un siècle de mollesse et de relftdiement, il a tendu toutes les cordes de l'âme et opposé Veffort (révo;) à l'atonie d'Epicure. Toute sa morale est une protestation de l'esprit contre la chair, de la raison contre les sens, de la volonté contrelespassions. Le stoïcien se dit aie seul être dont la vie soit ufw parlImpuIsioD uniquequ'il imprime à toutes ses facultés; le seul ri~ cAe, parce qu'il possède la sagesse qui est la seule vraie richesse; le aetû liàre, parce qu'il n'est point l'esclave des biens extérieurs et des
ai UiMi«rUM4eéUllliiM iMMhmI poor Zéoea ou malWle iIc lima. I>liif.I>tra,TTU, t, HI.<lt.Eplct*M, qol M mtrlu *H tuai M* flofEi M ?iKtl, «1 lucUlemant rtnrtWM rHiiraii CMMMb éVKtéUtm, ilM.4éMBl>n.
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dispensatioBs de la destinée j le seul roi, dominaot ai eouTenûali TÎeetle monde; le seul;u;e, puisque seul il possède les vrai principes de tout jugement; le seul prêtre, car seul il connut le culto, les sacrifices, les purifications agréables aux dieux. >
Uq tel langage peut faire illusion; on se croit, je ne dis pas oi plein mos^me, mais même en plein christianisme, et l'on d«t convenir que, par une prophétique aspiration, Zenon a entrevu li perfection morale à laquelle le Christ élèvera les hommes par l'efi'usion de l'Esprit de sainteté. Car dans l'Eglise tous les vrais croyants sont a/franchis de la servitude de la chair, possèdent tous les trésors de la vie spirituelle, sont ^pelés à régner m le monde, jugent les esprits et les choses, et vivent en relation directe avec Dieu sans l'intermédiaire des prêtres. Mais le stoïcien ne se doute pas qu'il manque à toutes ses vertus la charité et llmmiliti sans lesquelles elles ne sont que souillures devant Dieu. Tout notu vient de Dieu, et Dieu ne nous donne rien qui ne doive servir au Iùb de nos frères. Quel riche que celui qui garde pour lui seul sa fortune ! Quel rot que celui qui n'use pas de sa puissance pour le bonheur d'autrui ! Quel prêtre que celui qui ignore la prière d'intercession !
C'est ainsi que le stoïcisme, en préchant une vertu aussi égolsla que sublime, enseignait aux àraes d'élite k vivre en quelque sorte enfermées dans une cage de verre, planuit dans les airs, saoi prendre intérêt ni part à rien. Cependant, Zenon, qui est avec Epicure le dernier des grands philosophes grecs, est le premier qui ait introduit chez les païens dans la science de l'histoire la notiOD vraiment élémentaire de la fraternité universelle et de l'humanité. Ainsi donc l'historiosophie des Hellènes, asservis alors d^à k l'étranger, finit par où celle des Hébreux avait commencé.
Nous avons vu le sentiment de l'égalité des Grecs et des Barbares inspirer Euripide, se formuler par Démocrite et Socrate, w maintenir latent chez les cyniques, être ignoré ou repoussé pu Platon et par Aristote. A-t-il pris vie et force chez Zenon par le fait même de son égoïste indifférence pour tous les hommes sans distinction de race, ou par le spectacle de ce grand mélange dee nations qu'opéraient les conquêtes d'Alexandre , ou par l'actwo insen^ble de cet esprit de sociabilité et de charité qui commençait à souffler sur le monde grec? (1) C'est ce que nous nedécide-
(11 Ob troDTi diu la lrar««"t> 4t MéuDdn M M FMMmo plndean IdALmi te li puWn«W ■TM liTDBUa H prspigMll ilDit ckn ■■> ana 1* •hiUbcdi 4« L'*tillt* d* mm !■ K
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raoi pas. n nooa snfBt de savoir que Zenon avait écrit une Répu- Uifw, comme avant lui Platon, et que le plan qu'il en avait tracé, était «fort admirés encore au temps de Plutarque(l). «Les bommes ne devraient plus demeurer dans des villes ni dans des boui^ades, séparés les uns des autres chacun par ses lois particulières; mais s'envisager tous comme compatriotes et concitoyens. Il n'y aurait plus qu'un seul mode de vivre et un seul ordre, comme un seul troupeau vivant sur les mêmes pflturages et ious une loi commune, o Le monde entier deviendrait ainsi en réalité ce qu'il est dftjà dans son Intime nature : • la cité commune des hommes et des dieux (2). d La loi qui régirait cet Etat ooiversel serait * un mélaURe de démocratie, de royauté et d'aristocratie. • D'ailleurs nous devons ajouter, non sans rougir quelque peu pour la raison humaine, que d'après Zenon, ci d'après son disciple Chrysippe qui, lui aussi, avait écrit sa République, t les femmes devaient être communes entre les gens sérieux ou âges aSn de prévenir l'adultère, la jalousie et les querelles (3). s
Le monde grec, sur son déclin, appelait donc de ses vœux une ère d'universelle fraternité et de promiscuité. Le plus austère de tes philosophes ne savait pas faire le départ des légitimes aspirations de notre nature primordiale et des honteux appétits de notre nature déchue. Aujourd'hui encore, malgré la théorie du progrès, la raison est aussi aveugle; car notre siècle de déclin refait les rfives de Zenon,
Près de quatre siècles plus tard, le pieux Plularque qui n'avait TU dans la république des stoïciens que l'unité des nations, croyait qu'Alexandre avait réalisé cet idéal c,a mariant l'Europe et l'Asie.
Nous quittons b regret l'école de Zenon. Le maître avait accommodé à son panthéisma les vieilles divinités dont il avait fait des personnifications de la vie universelle. Il avait ainsi opéré un semblant de réconciliation entre sa philosophie athée et la religion oatiouale qu'il matérialisait à son gré. Mais le besoin de Dieu est H puissant dans le cœur humain que le di.sciple immédiat de Zenon, Cléanthe, nous a laissé un hymne au Dieu vivant qui est un des plus beaux monument de l'antiquité païenne. On serait tenté de l'attribuer à quelque disciple d'Origène. L'école stolque a jusqu'à la fin hésité entre Cléanthe et Zenon, entre la fol et l'incrédulité.
3" Epicun et son école. — Zenon appelât tous les hommes i la
vertu ; son contemporain E[ûcure les convia à la Toinpté grocsiëre (I). Les ftmes nobles se groupèrent en petit nombre aatour du premier ; l'Immense • troupeau des pourceaux b adora comme un dieu (2) celui qui leur faisait de la jouissance un devoir et la délivrait des (erreurs de l'enfer. Mais <t tous les savants regardaient en pilié cet homme sans étude ni mérite qui insultait chacun (3). i Son premier disciple disait effrontément que le souverain bien Je l'homme, c'est son ventre ; un autre traitait Socrate de bouffon d'Athènes. Les succès de cette école attestaient la dissoluticm da corps social; son hideux matérialisme en fut la gangrène (4j.
L'épicurisme n'intéresse l'historîosophie que par son roman de la sauvagerie, qui nous est connu par le poème latin de Lucrèce, et par sa théorie, plus pernicieuse encore, du droit qui est un contrat basé sur l'utilité des deux parties.
^ Evhémère.—Aa^kcle d'Epicure et de Zenon il fallait un Erhémère(5). C'était un disciple d'Aristippe. Plularque le traite d'athée, Eralostiiëne, de ment«ur. H a porté un coup mortel à la religion nationale, en déclarant que les dieux étaient, les uns des personnifications de la nature comme l'avait dit avant lui Prodicus et comme le soutenaient les stoîdens; les autres, des hommes ^lothéosés, selon l'interprétation d'Hécatée,' d'Epbore et de Théopompe. Il n'offrait à son siècle aucune idée nouvelle; mus il développa avec habileté une vieille erreur, et l'appuya sur des documents dont il disait avoir iait la découverte dans son tle fobuleuse de Pancbée. Son explication historique des mythes dlJranus, de Cronos.. de Zeus, d'Hercule, eut un succès immense. Liacrédulité de ses Gontemporùns fit sa réputation. Ce fut dès lors no fait incontestable que les dieux avaient été des rois et des héros qu'on avait divinisa à cause de leurs bienfaits, de leur science ou de leur puissance. Zeus lui-même avait été un de ces mortels, Aodessus d'eux tous il n'y avait absolument rien qui répondit à ce qui se nomme dans toutes les langues de la terre l'Etre suprême, l'Infini, le Dieu vivant. Plus donc de justice divine à redouter rà dans ce monde, ni dans l'autre; l'homme devenait son prc^ maître et les dieux ses égaux. S'il continuait à leur rendre m culte, c'était par respect pour d'antiques usages qu'il eût &i dangereux d'attaquer.
D'ailleurs l'évhéménsme rendait un compte quelque peu plan-
W Cltéroa.lfattirtia Dteax.J.». -IX "-. Tiuail„I.U ilaattt, rimim.
(I) H.. ZVtMJ.,I.M; D.1». -W Epicu* lalmvlm pv delà looi la etsu M* 41ca M li Wils,oltffiMIi»tUi(, ponr icIwiipcT u hcI d* Muala. CMno, Jratar* Ai A«a, I. » «t «. ~ 0) MvIliA, au., t II, p. Ul un.
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aMe de la fiibuleuse histoire des dieux, en même temps quil justifiait les doutes que ces mythes immoraux et absurdes avaient ]vovoqués depuis longtemps. Il les dénaturait radicalement, mais U ne les rejetait pas. On restait orthodoxe tout en l'enversant de fond en comble l'antique religion nationale. Tons les siècles de décadence auront leurs Evhémères.
Timée seul d'entre les historiens résista à l'entraînement du nècle : il raconta naïvement les mythes sans les expliquer. Aussi Mybe lui reproche-t-U une superstition de femme, un jugement d'enfant. L'évhémérisme ne tarda pas à être transplanté par fkiniui lilomequi l'accueillit avec une extrême faveur. Plus tan) les Pères de l'Eglise, sans en examiner la vérité, s'en firent une arme contre le polythéisme. Ils ne prirent pas garde que, si Zeus lui-même n'anit été qu'un roi de Crète, l'incrédulité en conclurait que toute religion quelconque n'est qu'une aherration de l'esprit humain. L'erreur des Lactances se perpétua dans le monde chrétien jusp'à nos jours (1). On peut même dire qu'aujourd'hui encore, ■près deux mille ans, l'athée EThémère règne dans nos collèges cbrétiens. Ce n'est qu'en rejetant absolument son système d'interprétatîoD mythologique que l'historiosophie parviendra enfin à saisir le vrai sens des religions païennes et k juger avec équité les civilisatiolia antiques.