II. — Sa pertonne
Jésus-Christ était le Sauveur que Dieu avait promis à l'hiunanilé le lendemain de la chute d'Adam et qu'avaient annoncé tous les prophètes. Né d'une vierge, il était bien de la race de Sem, de la nation d'Abraham, de la tribu de Juda, de la famille humiliée de David. Bethléhem avait été son berceau soixante et dix semaines après la reconstruction de Jérusalem. A le voir, on l'aurait pris pour un simple homme; mais sous son humble apparence se cachait ime nature divine: «ses origines étaient étemelles,» iLétait < le Fils de Dieu, ■ ■ le Seigneur, > a l'Ange de Jéhovah, • ■ Jébovah, » que les Juifs blessendent et a perceraient, n Dieu fut homme, son corps était le vrai temple «ù habita li gloire de Dieu {%. En union continuelle avec son Père (vi), il accompUsnit la loi morale dans son idéale sainteté. Obéiisant jusqu'à monrir sur une croix, il serait le juste de David immolé par les méchants, l'agneau de Moïse et d'Eeale, qui porterait les péchés du monde entier'. Son sang serait la puriAcation de toutes nos souillures, Bon abandon de Dieu l'expiation de toutes dos coulpes. Il mourrait, mais pour ressnsdter, et de retour auprès de tan Père, il enverrait l'Esprit-Saint à ses disciples. C'est ainsi, que blessé mortellement au talon par la postérité du serpent, il triomphemit de Satan dans sa mort mdme, et conclurait en son sang entre Dieu et l'homme une nouvelle et dernière alliance de pardon et de vie ^irituelle (V. p. të sqq., 109sqq., 153).
Le MMsie des Jnifs était en mime temp* « le désiri des natio[it(l).*Let Egyptiens retrouvaient en lui leur Honu, vainqueur de Typhon; les Maxdéieiu, leur Péridoun qui enchaîne Zohak, leur Sain, le médecin, leurSoiiosch, l'aide suprême; les Hindous, leur Vicboou qui s'incarne pour rétablir l'ordre et û justice sur la terre; les Chinois, leur saint qui restaure la nature et l'humanité; les Germains, leur Tbor en guerre avec toutes les piussances du mal. Chez les Hellènes il était le vrai Dionysos qui aux derniers tempe devait les délivrer de toutes leurs souflranceB, et par un saint hymen s'unir k l'humanité arrachée à la mort du péché. 11 était leur Hercule qui venait, après de longs siècles de soucis nmgeurs et d'un divin châtiment, rendre à la liberté le génie repentant et dompté d'une civiliution ciiminelle et le réintroduire dans la société des anges et de Dieu. Il étaitce même Herculequi, avec l'aide des hommes de foi, coupe les têtes, toujours renaissantes, de l'hydre du péché, et qui ne fera périr le monstre que lors de llneendie de la terre. Hésiode aurait reconnu dans U [nimitive Eglise le retour de l'Age d'or; Homère, dans l'Esprit de sainteté et de sagesse la vraie Athéné qui accompagne, dirige, inspire un Ulysse; Eschyle et Sophocle, dans le Père duUeasie, le Ûeu de rmfinie justice et de la miséricorde infinie qui intervient dans les affaires humaines par ses oracles, par ses cbStiments et par ses délivrances; Socrate, dans les apdtres ces docteurs de la Tertu et de la sagesse qu'il cherchait en vain autour de lui; Platon, dans la personne du Christ le sage qui périt crucifié de la main des méchants et qui aurait dû, sans les armes du bourreau, faire régner la justice sur la terre; Zenon, le pasteur de toutes les nations réunies en on seul troupeau.
Les païens, qui n'avaient reçu de Dieu aucune promesse , crurent de tout leur cœur en Jésus-Christ, parce que son Evangile dépassait toutes leurs espérances. Les Juifs au contraire qui, par une fausse iuterprétalion de la prophétie, attendaient du Messie le sceptre du monde, rejetèrent Jésus-Christ, en appelant son sang sur eux et leurs enfants.
Les quelques Juifs qui crurent ea lui, avaient découvert au travers de .(ion humanité une gloire spirituelle qui ne pouvait être que celle du Fils unique de Dieu. «Tu as les paroles de la vie éternelle, et nous avons cru et nous avons connu que tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant (2), » En e£Fet les paroles du Christ étaient à la
ois divines et humaines, simples et cependant d'une infinie pn^ondeur, claires et pourtant pleines d'insondables mystères. Il ne toucliiût pas une vérité qu'elle ne prit à l'instant des proportions incommensurables, et en même temps il se plaisait à l'enfermer, à l'incorporer dans la forme la plus étroite et la plus concrète. (1). Prophète sans théophanie, sans vision, sans extase , il étùt luimême l'objet de ses propres prédictions. Ses disciples dénient croire en lui de la même foi qu'en Dieu, l'honorer comme son Père (2). Il opérait d'un mot des miracles par milliers, et les rapportait à sa propre gloire [3) . Il se disait non point un serviteur du temple, mais le temple même et même a plus grand que le temple s (i) ; non point un des voyageurs en chemin vers le ciel , mais « le chemin e qui les y porte; non point un pécheur qui du son de la mprt et de l'erreur cherche la vérité et la vie, mais a la vie» personnifiée et a la vérité » incarnée ; non point un saint qui marche à la lumière de Dieu, mais v la sainteté » même, et c la lumière du monde (S) ; » non point un justiciable de l'Etemel, mais celui qui sera à la fois le juge de tous les hommes et la règle du jugement (6) ; non point un ■ Abraham qni devient, > mais € Celui qui est» (7). Ausâ son disciple bien-aimé, saint Jean, l'a-t-il déclaré le Verhe fiiit chur (8).
m. ^ Son œuvre.
L'œuvre du Christ est double: négative et positive. H sauve de la mort, il donne une vie étemelle. D détruit, ii édifie. Il réduit à néant, il crée à nouveau.
Que détruit-il ? le mal seul ou, comme sùnt Jean noua le dit : les a œuvres de Satan (9), b c'est-à-dire le péché, ici-bas la maladie et la mort, là-haut la condamnation du pécheur et la colèce de Dieu. Le bien, il le respecte, car tout bien procède de Dieu. Supposer, comme l'a fait malheureusement son Eglise, qu'il ignore et par son silence condamne les légitimes passions de l'homme et ses différents modes d'activité, c'est accuser le Fils de Dieu d'une vraie révolte contre son Père; c'est ne rien comprendre à la doctrine biblique du progrès; c'est livrer l'Evangile en pftture aux libres penseurs qui lui reprochent de mutiler l'homme. Quoi^
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Jésos-Christ serait a venu non détruire, mais accomplir » jusqu'à on a iota ■ la loi transitoire de Moïse, qu'Ezéchiel avait osé déclarer c n'être pas bonne parce qu'elle lie donnait pas la vie (1), > et il aurait non accompli, mais détruit le moindre trait de cette image de Dieu qui fait nobre immortelle essence ! Mais n'a-t-il donc pas an contraire sanctionné le mariage en le ramenant k la monogamie, en condamnant le divorce, en faisant du célibat l'exception (2) et en changeant l'eau en vin par son premier miracle aux Doces de Gana ? N'a-t-il pas consacré l'amitié par ses relations avec Uare et ses deux sœurs T le patriotisme par ses pleurs sur Jérus^em ? l'Etat en le séparant de l'Bglisel la société actuelle en faisaalle riche respomable envers Dieu seul de l'usage de ses biensT (3) Qoand il invitait les pauvres à se déchaîner sur Dieu de leurs nines et rongeantes inquiétudes, les dispensait-il du travail dont Keu a fait à Adam un double devoir t (4) Puis, ce Jésus qui admirait les lis des champs et compren^t si bien les joies de l'épouse et de la mère (5), aurut4l condamné les chantres de la nature et des joies domestiques 1 L'auteur de la touchante parabole de l'enbnt prodigue n'était-il pas lui-même un poëte ï Enfin, celui qui promettait à ses disciples l'Esprit qui leur enseignerait toute la vérité (6}, ne savait-il pas qu'ils tenteraient de résumer en un système ses révélations et de fonder une science universelle de l'anité ? IMson»-le donc et répétons-le à ces libres penseurs qui rejettent le seul Christ qu'ils connaissent, celui de Rome, et qui peutrétre auraient cru à celui de l'Evangile : Détruire le péché seul, c'est rétablir dans son intégrité l'homme psychique.
JésufrGlirist a a accompli a la loi mosaïque en donnant à ses préceptes un sens spirituel d'une infinie sainteté. Il accomplit pareillement l'homme en l'initiant ici-bas à la vie spirituelle et divine, en lui rendant par la résurrection son corps qu'il spiritualise. Il accomplit l'humanité en la transformant en une sociéte spirituelle de croyants de toute race et de toute hmgue. Il «régénère,» il opère même une o création nouvelle (T), b et son moyen d'action, c'est le Saint-Esprit.
AGolgotba, Jésus-Christ a vaincu Satan et sauvé l'homme de la mort étemelle. Après sa résurrection et son retour dans le ciel, il a épanché l'Esprit-Saint sur son Eglise naissante à Jérusalem le jour de la Pentecôte, mil. «..-(KHttui. m, g, 1, n.~ m ie$u ». i, n; l» tii. »■, muii. nu. m-.
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l* PentecAtfi et Go^;otha sont les deux ecHoanM, l'âne négitïTe, l'autre positive, qui portent tout l'édiflce de l'Elise, et l'une et l'autre ont pour fondement la divinité de Jésas-Christ.
Cette double œuvre du Christ a comblé et dépassé les dénrs des Sémites et des Japhétîtes.
Par Gotgotha Jésus-Christ a apaisé ce besoin ardent d'expiitioo, qui poussait la race sémitique à arroser, pour e&cer sa coulpe, les autels de sang humain. Par la Pentecàte il a initié cette mitât race à une vie spirituelle dont elle semble, hors de la Judée, n'avoir eu que de très-vagues pressentiments.
Jésus-Christ a par la Pentecôte répondu à cette rediercfae d'une idéale vertu qui caractérise la race japhétique et qui chez lesHellènes avait conduit Platon jusqu'au seuil du sanctuaire. En même temps il supprimait par Golgolha chez les Japhétitea ainsi que cbei les Camites ces rites de purification inventés par le sentiment de la souillure, et mettait fin aux terreurs de la métempsycose, qui impose à l'ftme de longues souffrances pour la purifier et ladétivrer de péchés qu'aucun Dieu n'expie ni ne pardonne.
Voyons maintenant par quelle méthode Jésufr^rist nous rend partidpants des doubles bienfiiits de sa rédemption.
rV. — Sa méthode.
Nous la connaissons déjà en quelque manière par celle de l'Ancienne Alliance.
Elle est, en premier lieu, autoritaire kdouble titre.
V Croyez-moi, ■ dit Jésus à qui vient à lui (I). D'un homme, une telle parole serait le comble de Ilnsolénce et de la folie. D'un Dieu, elle est plein? de vérité et de grftce. «Vous êtes morts dam vos fautes, je suis la vie, venez à moi et vous vîvrei. Vous êtes dans les ténèbres, je suis la lumière, venez à moi et vous sereï éclairés, s H y aurait démence de la part de la créature à ne pu écouler la voix divine, et l'on n'est pas esclave dusoleil pours'exposer en plein à ses rayons.
En outre, Jésus-Christ plaçait peu au-dessous de sa propre aulo* rite (2) celle des saintes écritures de l'Ancienne Alliance (3) . Il les déclarait vraies jusqu'au moindre trait de lettre et ne taisait pas même exception pour la préservation miraculeuse de Jonas ou
(DJan Iiv.lt.
(llComp. Maitli. T, il,el
pour l'authenliciU du livre de Daniel (1). Nous devons donc en convenir devant la libre pensée : de par le Christ, l'Eglise, l'humanité est indissolublement enchaînée au texte hébreu des livres sacrée. Hais le Fils de Dieu ne les aurait pas sanctionnés sans la enoindre réserve s'il n'en avait trouvé chaque pensée adéquate k ses propres pensées qui sont celles de l'étemelle vérité. Que devons-nous donc faire T Nous efforcer de retrouver le sens divin de cespages. Peut-être, nous autresde race japhétique, sommes-nous hors d'état de bien comprendre l'infinitude de ta Kvinité et en particulier de sa justice. Mais ce qui nous est impossible, sera un jeu pour les Sémites de Judée qui doivent bientôt entrer dans l'Eglise. Alors se lèveront tous les voiles, se dissiperont tous les doutes et seront écartés tous les scandales.
Les Juils, comme l'auraient foit h leur place tous les autres Sémites, aimaient à entendre le prophète de Nazareth leur parler avec une autorité sans pareille (2). Mais il n'abusait point de cette puissance morale, car Û était doux et humble de cœur (3). Même le jour où sar la montagne il opposa à la loi du Bina! sa loi toute spirituelle et parfaite, au lieu de s'envelopper de nuées chargées de toudre, ilEs'aaBit(4},Ble front serein, au milieu de sesdisclples et les enseigna comme à leur niveau. Plein d'une confiance infinie en la vérité, il la laissait agir seule sur les cœurs et.ténioignait à hi liberté humaine une confiance tout aussi illimitée. Si donc il satisfaisait par l'autoiilé de sa parole au respect instinctif des Sémites pour les envoyés de Dieu, il faisait droit en même temps à l'esprit de libre examen des Japhétites. Son appel à la foi spontanée, Jésus l'a foimulé dans ces parolesà jamais mémorables, dont on n'a que récemment compris l'immense portée, et qui de^iendront l'adage de la philosophie de l'avenir: «Que quelqu'un veuille faire la volonté de Uieu : il reconnaîtra si ma doctrine vient de Dieu ou si je parle de mon chef (5). > Pour discerner si la doctrine du Christ est vraie ou fausse, il faut donc la vivre. La vivre, et non se bonier à l'accepter sur l'autorité d'autrui, pas même sur celle de Jésus. La vivre, et non la discuter, critiquer, disséquer. L'éprouver à la fùerre de touche du sens moral et de la vie active plutât qu'à celle de la vacillante raison.
Cette méthode, toutà la fois souverainement libre etautoriture, est la coudaitanation de toute la philosophie andenne et moderne,
m HUUi. T. 11^ III, U; lUV, li.
Les sages de la Grèce vÎTaient sans doute la vérité qu'ils professaient : maû elle était le jHroduit de leur propre cœur, et la pratique de leur système ne pouvait que charmer le cœur qui l'avùt façonné à sa propre image. Pour les aages des ùècles modernes, leurs systèmes ne sont que des jeux d'esprit; nul d'eux ne se croit astreint à vivre conformément à ses propres principes. Quant aux libres penseurs qui rejettent le Christ sans avoir expérimenté sa méthode, ils n'ont pas le droit de le juger.
Que le logicien examine d'ailleurs attentivement la méthode de Jésus-Christ, et il reconnaîtra qu'il n'en est pas de plus parfule : Le moi, déployant toutes ses facultés, part dans stm libre examen du vrai, de ces instincts moraux et de ces principes qui sont les éléments de la déduction. Le Christ et sa doctrine qu'il s'agît d'examiner, sont un fait historique d'observation ou d'induction. La foi est l'appropriation du non-moi par le moi, la synthèse de l'induction et de la déduction, la nutnducation spirituelle du Christ par l'àme. Ce travail d'assimilation produit chez le âdële, par l'expérience spirituelle et par l'intervention du Saint-Esprit, une certitude des réalités divines qui ne le cède en ri«i à celle que l'expérience sensible peut lui donner du monde viable.