‹ Les deux citésChapitre 70 sur 92 · V. — Za vie cArerienne · texte numérisé non relu

V. — Za vie cArerienne

L'âme qui suit fidèlement la méthode du Christ, meurt «t renaît comme lui. Il est mort pour nous sauver : nous devons, en nous appropriant son pardon, mourir nous-mêmes à nos péchés, cause de sa mort. Il est ressuscité et nous offre du ciel son Esprit- Saint : nous devons ouvrir nos cœurs àcet Esprit et renaître à une vie nouvelle de sainteté (1). Nous perdons ainsi un instant notre vie pour la recouvrer (2) purifiée, centuplée, spiritualisée, iterwtie. Qu'était Saul? un pharisien &natique dont l'Ûstoire n'aurait gardé aucun souvenir : il meurt à lui-même sur le chemin de Dunas, et renaît l'illustre et immortel ApAtre des Gentils.

Rien de plus simple et de plus conséquent que cette doctrine. Et, cependant qu'a fait l'Eglise catholique 1 Elle a supprimé la renaissance qui était le but, et conservé la mort qui était le moyen. Elle a condamné l'homme à vivre dans le tombeau, la mortilkation, la macération, h s'enfermer dans le couvent. Jésus avait

d' Bom. VI. I «44.- » mut. IVl, »; I,N. *

— 3ÏB — eommandé une retraite, elle a compriB une priie de voile. Prenant la doctrine de l'Eglise pour celle du Chrifit, les libres penseurs disent que le salut personnel, c'est de l'égofsme I Hais qu'ils accusent donc d'égoisme le naufragé qui saisit ta planche de salut pour gagner le rivage ! Sil'onpérit^ o la seule chose nécessaîre(l)B n'est-elle pas d'être sauvé T Avant de faire du bien aux autres, ne &ut-il pas vivre soi-même 7

Cependant, pour se laisser sauver par Jésus-Cbrist, il faut s'arradier h soi-même, à ses habitudes de péché, à ses mauvaises passions, à ses idoles. La volonté, esclave du mal, doit briser ses fers et les portes de sa prison. Elle ne le peut que par un acte de suprême énergie . Cet acte-là, Jésus-Christ le nomme , dans son langage toujours étrange, un acte de violence : t Sous l'ancienne économie on naissait membre du peuple élu ', mais le temps de la An et des prophite» est passé; maintenant commence le royaume spirituel (2) de Dieu; on le farce, et le» violents le ravinent (3). d On ne pouvait mettre mieux en relief la liberté absolue de la foi personnelle.

Aux luttes intérieures s'en ajoutent d'ordinaire d'autres, non moins douloureuses. Père, mère, femme, enfants, frères, sœurs, tous se liguent contre vous pour vous empêcher d'aller au Sauveur. Ils yeulent, les aveugles, vous contraindre & périr avec eux ! Que faireî Jésus nous le dit : Les haïr comme nous devons haïr notre propre vie; les b^r, mais d'une haine qui abonde en prières d'intercession ! [i] On prétend que par cette parole Jésus-€l)rist détruit la famille. Hais celui qui la hait incrédule, l'aimera fidèle, d'un amour mille fois plus ardent et intime.

L'Ame sort de toutes ces luttes retrempée pour la vie entière, Certune d'une inébranlable certitude que Jésus-Christ sauve et régénère, elle devient son témoin, c'est-à-dire son martyr. Tout vrai fidèle est prêt à dire avec l'Antigone de Sophocle, avec Socrate, avec les apdtres : a II vaut mieux obéir à Dieu qu'aux hommes (S). dII sera d'ailleurs tidèle à son Seigneur dans sa vie privée et dans sa vie politique comme dans sa vie reli^euse. Injurié, il pardonnera (6) , mais avec un sérieux qui éveille le remords chez son ennemi ; il ne jettera d'ailleurs passes perles aux pourceaux (7). ■> Ouvrier, il sera probe, chaste et tempérant, et de combien de maux les trois vices contraires ne sont-ils pas la source pour le quart état T Citoyen, il ne pliera la tête sous aucune tyrannie, il ne

<t1 IK I, «. - B] /Md., XTJI, Il : Inn m ; Htttk. IVIU. - m Uaub. XI. Il iqq.

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0 Itatlh. lYIII, M H4-: V, N. - \1i IbU., TD, 1.

— 3Î6 — sera Itiomme d'aucune foction, toutes les libérien municiptlea et naUonales trouveront en lui un cœur dévoué, un caractère iodépendant. Le selfgovemment, qui est l'idéal de la sdeoce politique, n'a pas de fondement plus solide que la foi personnelle des chrétiens. Aussi ne peut-il prendre racine chez les peuples catholiques, qiù, en rejetant la Réforme, ee sont volontairement condamnés à ne posséder plus d'autre foi que celle d'autorité. La vraie foi est la seule garantie efficace de la liberté, comme elle Test aussi de la justice qui fait la prospérité des nations.

Cet esprit de liberté qui chez le Sdèle est inséparable de la sonmission à toute loi juste et sainte, marque le plein épanoui&sem^ de l'individualité humaine . Noua sommes donc en droit de dire que Jésus-Christ a par sa méthode terminé, sans nous en avertir, l'ceuvre de la création. En effet, la nature progresse des éléments, par les espèces des minéraux, des plantes et des animaux, vers l'espèce humaine qui est formée d'êtres ayant, chacun, leur valeur propre. Or Jésus donne à chacun d'eux, en lui communiquant de l'Esprit même de Dieu, une valeurdivine.il les prépare à devenir un jour, dans l'éternité, semblables au Fils même de Dieu (i). Ainsi se trouve élevée à sa plus haute puissance l'individualité humaine, but du Créateur et terme de la nature terrestre-

Le Christ, en exaltant l'individualité de tous les fidèles, a créé entre tous une égalité que oui n'aurait crue possible. Us étùeot déjà les créaturesdu même Dieu, les descendants du même ancêtre et les objets d'une même condamnation : ils deviennent les rachetés du mt^me Sauveur et ils reçoivent le même Esprit. Aussi Jésus leur a-t-ildit; «Vous êtes tous frères (2). u Autre parole, non moins mémorable, qui a créé au sein d'une humanité où tout n'était qu'inégalités, divisions, esclavage et oppression, une société d'hommes nouveaux. Ils ont lais.sé dans le creuset de la nouvelle naissance race et langue, richesse ou pauvreté, servitude ou liberté sociale, sexe ou âge. Devant Dieu et son Christ, chacun ne vaut que ce que vaut sa foi, et il n'y a ainsi parmi eux, dans la sphère de la vie spirituelle, a ni Juif, ni Grec, ni Scythe, ni esclave, ni libre, ni honune, ni femme (3) . n Cette fraternité que rêvaient Zenon et Cicéron, mais dont ils ne soupçonnaient pas la nature et l'origine, a donc pris naissance chez les chrétiens, sans bruit, sans violence, sans conquête, par la seule foi.

La fraternité, c'est la charité, a Voyei comme ils s'aiment, »

disiient les païens de ces frères en Cbmt qu'ils envoyaient i la mort. — MaU leur amour, disent les libres p^iseurs, s'arrête aux limites de leur Eglise, et il n'y a dans leur cœur qu'inimitié ou mépris pour les païens, les hérétiques et les incrédules. — 0 Jôsus-Christ, toi qui es tout charité, que de crimes oot dû commettre tes disciples pour que tes ennemis te lassent tout haine ! Ne savent-ils donc pas que tu nous commandes d'aimer nos ennemis personnels î (t) que dans l'échelle de la vie spirituelle tu cous élèves de la douceur et de la déhonnaireté, par la compassion pour les inconvertis, à cet amour actif qui leur annonce la paix? [3} que tu as ordonné à tes disciples d'amener à toi toutes les nations (3), et que sans l'amour, le lèlemëme du martyr n'estqu'un airain qui résonneY Ne savent-ils pas que la vraie foi opère par la charité et que saos les œuvres de la charité elle est un .corps sans âme T (4) Leur esl^il donc impossible de comprendre que Dieu n'élit et ne sauve une ftme que pour en sauver par elle pluâeurs outresî Fautil enfin leur rappeler que a Dieu aime le monde v ou l'humanité ealiëre, et qu'il s l'a tant aimée que de livrer pour elle à U mort son Fils unique 1(5)»

Amenés à Christ par sa parole et son Esprit, ses disciples n'ont pas d'autres armes pour lui conquérir de nouveaux serviteurs que l'Esprit et ia parole (6). a Contnûgoez, avait-il dit à ses apdtres qui n'avaient ni épée ni sceptre, contraignez par d'instantes prières les pauvres honteux à venir dans le palais s'asseoir aux nçces du fils du roi (7) . » I^ violence et l'intolérance chez le chrétien, ce seraient chez l'agneau les mœurs du tigre. Les prisons et les bûchers de lloquiùtifHi et des jésuites sont les armes de Néron et de l'Antidirist (8).

Cet amour des &mes que Jésus-Christ allume chez tous ses vrais disciples, et que dans l'antiquité ptûenne Socrate semble avoir seul connu arec Plutarque, explique, pour le dire en passant, ce célibat qui est un des principaux griefs des libres penseurs contre le christianisme. Le célibat de Jésus-Christ et de saint Paul n'est légitime * qu'en vue du royaume des cieux (9) a et de son extension

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dans le monde. On ne s'y voue que pour travailler sans partage au salut de l'bumanîté. C'est un triomphe de l'amour des ftmes sur les affections domestiques, des saintes passioas de l'esprit sur les passions moins relevées de l'âme. Qu'a de commun ce joyeux et spontané dévouement avec le célibat officiel de tous les prêtres, ou avec celui des ermites et des moines oisifs dans leurs couvents et leurs grottesî

Les libres penseurs, enSn, qui n'ont jamais rien &it et ne feront jamais rien pour l'unification de l'humanité, osent dire que le christianisme rend l'homme indifférent aux grands intérêts de la civilisation. Mais qui a donc arraché à l'idolfttrie et à sa dépravation les naUons grecques et latines du monde romain, si ce n'est l'Evangile de la primitive EgliseT Qui a fait entrer dans l'Eglise du Christ les jeunes nations germunes, si ce n'est l'Evangile des raoînea irlandais? Qui vient de transformer la Polynéàe en une terre chrétienne? qiù foit trembler sur leurs antiques fondements les temples de llnde î qui tente la conquête de la Chine T qui entame du sud, de l'ouest et de l'est le continent africain, si ce n'est l'Evangile de la Réforme? La charité dont Jésus-Christ a allumé le feu dans le cœur de ses serviteurs, est seule la mère de l'unité. Seule elle opère le grand œuvre de l'organisation des nations. Seule elle étend sous tous les cieux jusqu'aux extrémités de U terre le royaume de Dieu fondé par le Christ en Judée il y a dix-huit siècles. La voyez-vous puisant toute sa force d'action dans la seule foi personnelle ! La voyez-vous renonçant &\ix images qui flattent les yeux, aux pompes du culte qui séduisent l'imagination, aux terreurs des bûchers, aux intrigues politiques, à l'appui des canons de l'Etat, aux réformes violentes! 8on arme unique, c'est la conviction, et voilà que son influence s'étend suf l'humanité entière I Qu'on cesse donc de roprocher au christianisme de scinder le genre humain en deux cités ennemies et de rendre impossible l'unité finale. Notre religion constate, il est vrai, l'existence ici-bas de deux races contraires, et elle a vu trop longtemps celle du Christ égorgée par celle de l'adversaire, pour fermer les yeux sur leur radicale opposition. Mais elle sait que les martyrs à force de patience et d'amour triompheront de tous les antichrists, et uniront par la charité et la vérité toutes les nations en un seul corps dont le Sauveur sera la tète.

Il nous reste à résumer ce que nous savons des vues de Jésus- Christ sur l'histoire, sur ses facteura, sur sa loi du progrès et ses périodes, ainsi que sur la politique et réconomie sociale.

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