VI. — Facieun de rkistoire
Jésns-Christ dans les Evangiles en mentionne trois : Dieu, Stitan et l'homme. Ce n'est pas à dire qu'il exclût le quatrième, la nature, que connaissaient fort bien les prophètes hébreux.
i" Dieu. — Le Dieu de Jésus-Christ est le Dieu créateur dlsraËl et du monde primitif, sans lequel il n'y a ni vérité, ni liberté, ni Eunteté, ni unité. Les païens, en apprenant à le connaître, voyaient s'écrouler leur reii^on, leur philosophie et jusqu'à certains principes fondamentaux de leur morale. Dieu ci^, et le mensonge de l'élemitéde la matière s'évenouissût comme un rêve. IMeu a créé le monde : le destin n'est donc que le décret de Dieu, que la vo- Iralé de celui qui est sagesse, amour, justice et puissance. Dieu compte jusqu'aux cheveux de notre tête (i) : le hasard est donc un vain mot. La matière est l'œuvre de Dieu : il n'est donc pas permis de rejeter sur elle la responsabilité de nos mauvaises passions. Dieu est le père et le sauveur des hommes qui tous sont issus d'Adam : tous donc sont égaux devant Dieu, tous sont appelés h la ■oËme vie spirituelle. Le grand dogme du monothéisme, qu'au reste les Juifs avaient propagé partout avant la venue de Jésus-Christ, Iwlayait les erreurs de tout genre qui s'opposfuent à toute réforme et à tout progrès (p. 98).
Les Israélites, par leur foi en Jésus-Christ et par les lumières du Stint-Esprit, étaient initiés aux mystères du Dieu tripersonnel (2) que Jéhovah, dans sa sagesse, avait jusqu'alors dérobé à leurs regiuda. Cette doctrine oppose une infranchissable barrière aux erreurs métaphysiques les plus spécieuses, et seule rend intelligible l'histoire du monde. Dieu crée l'univers par son Verbe, et le Verbe, eu interposant sa volonté personnelle entre l'univers et Dieu, repousse non-seulement les panthéistes, mais les partisans de l'émaustioQ et de la fulguration. L'hypothèse de l'âme du monde qui n'est ni monde ni Dieu, tombe devant l'Esprit de Dieu qui, doué,
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comme le Verbe, de sa vie propre, peuts'épancbersurlacrtetioo entière sans jamais s'identifier avec elle. Le Verbe étant de toute éternité l'objet de l'amour de Dieu et de toutes ses perfections, Platon n'a plus la moindre raison de faire du monde un second Dieu et le Fils unique de Dieu. L'historien trouve dans le V^be par qui Dieu crée, l'être par qui Dieu se révèle aux anges et aox hommes, et qui, image visible de Dieu, peut prendre la fonnebumaine. L'Esprit est le puissance consciente qui ramèoe à Heu les créatures libres sans qu'il y ait pour elles le moindre danger de x perdre et ae fondre en lui. Ausû verrons-nous saint Augustin et de nos jours l'école calbolique cbercber dans les profonds abîmes de la Trinité le dernier mot des énigmes de l'bistoriosophie.
Dans les Evangiles le Dieu de Jésus-Cbrist applique au salut individuel et i l'Eglise les lois que Jéhovah suivait dans le gouvernement des nations,
«Il y en a beaucoup d'appelés, mais peud'élus{l).» Lagrande loi de la diversité, des privilèges, de la hiérarchie que nous savons vraie de la nature et vraie des nations, s'offre ici ii nous, sous une forme nouvelle, dans une troisième sphère, celle de la vie spirituelle (p. 121).
Jéhovah avait élu Abraham pour le salut de toutes les nations. Dieu ou Jésus-Christ élit les apàtres pour qu'ils amènent toutes les nations à la vie étemelle (2). L'élection des uns a pour but le bien de tous les autres. Elle est un acte de sagesse et de chantéet f^t aboutir la diver»té à l'organisme.
Jéhovah avait choisi un peuple sans pinssance ni gloire pour faire de lui l'instrument de la rédemption du monde, et Dieu mit naître Jésus dans la maison d'un charpentier. Jéhovah s'était plu à réduire & trois cents hommes l'armée de Gédéon, à laquelle Û alUit livrer les innombrables bandes des Madianites, et Dieu envoie douze Juifs à la conquête spirituelle du monde païen. Car il aime i «confondre par les choses faibles les choses fortes» de la terre (3) (p. 122).
Le Dieu qui a voué à une ruine totale les Antédiluviens , les villes de la Plaine, les Cananéens, les Amalécites, est bien le Père de ce Jésus qui, malgré sa douceur, fera égorger devant lui les Juifs déicides, et jettera dans les ténèbres du dehorsoadans le feu de l'enfer ses serviteurs rebelles (4) (p. 149).
Le Ken de l'Ancienne Alliance, qui avait ordonné les sacrifices
d'expiation, n'a pas accordé aux instanteB prières de son Hls dans le jardin de Gethsémané le salut des hommes sans l'effusion de son sang et sans les souffrances de l'abandon (p. 410, lU).
Le Dieu que nous savons tirer le bien du mal, a fait sortir du crime des Jul& crucifiant leur Messie la rédemption de l'humanilé [p. 122).
La solidarité qui relie à Adam tous les hommes par la chaîne matérielle des générations, unit par le lien de la foi et de l'Esprit loos les fidèlesà Jésus-Christ, comme au cep les sarments (p. t3l).
&iSd, le Dieu d'Elie et d'Elisée guérissant un lépreux, multipliant le pain et l'huile, ressuscitant les morts, est bien celui de Jésus-Christ par qui le miracle a du ciel fait irruption en Judée wos la règne de Tibère, entre Tite-Live etSénëque, entre Strabon et Plutarque.
Jésus-<âirist , quoi qu'on en dise, avait d'ailleurs le sentiment très-distinct des lois de la nature et du monde moral. Car, tout eo consolant ses disciples par U pensée que Dieu sait et veut tout ce qui leur arrive et compte même les cheveux de leur tête, il leur aoncmcait qu'ils n'en seraient pas moins mis à mort pour leur foi {{). Or, si de siècle en siècle Dieu abandonne ses enfants à la haine mortelle des méchants (p. 134), il suspendra bien moins encore les lois du monde pour leur épargner les maladies, les revers et les deuils. Eux aussi gémiront donc sous le poids de ces Décessités qui sont les suites de la chute, que Dieu a voulues et ordonnées, et que les païens nommaient le destin (p. 103}. L' exaucement miraculeux de la prière ne sera jamais qu'une rare exception.
2° Satan, — Les prophètes hébreux dans leurs visions avaient de loin en loin aperçu un ange hostile aux hommes, plus haineux et rusé que puissant, et sans alliés (p. 108). Jésus-Christ ne pouvait siuver l'homme sans lui révéler la puissance de celui qui le perd, ni foire briller la lumière de la vérité sans évoquerdes ténèbres le mensonge. On a prétendu que Jésus-Cbrist en parlant du diable ne faisait que s'accommoder aux préjugés de son peuple. 11 serait plus vrai de dire que Jésus a le premier introduit le vrai Satan dans les croyances de la cité de Dieu. En effet il le dit être <■ le père dumensonge (2), d c'est-à-dire la source de tout péché et de toute erreur, l'astre unique qui projette les ténèbres et la mort dans l'univers, la cause non pas du non-être, mais de la des- IructioR de l'être (ou du contre-être). Son office estde tuer ; ail est meurtrier dès le commencement; » c'est lui qui par le serpent a
<l|llalUi.l.<«)4iI.iJ(«>IT, l*ii|ii. - HMuVra, 4*.
séduit et rendu mortels Eve et Adam; c'est lui qui par Gain iaiA les œuvres étaient nutavaises, a bit périr Abel le juste {1];c'estde lui que procèdent toutes les gaerres, ccHume tous les martyra. n est « le prince de ce monde » et « tous les royaumes de il terre lui apparUennent (3), » parce que sous tous les deux les peuples s'égorgent et les méchants frappent de lahacheoujettoil dans les bûchers les serviteurs de Dieu. Satan, n'ayant pu séduire le dernier Adam, l'a mis en croix (3). Bientôt après il a lapidé Etienne, et d'un siècle à l'autre il faitla guerre aux saints jusqu'w jour où, recueillant ses forces, il tentera de les anéantir parTADiicbrist. Voilà, certes, un Aicteur de l'histoire dont nous ne pov- TODS déda^er et passer sous silence le pouvoir et les actes.
Mus, en révélant cette puissance de l'enfer , Jésus-Christ en triomphe et nous en annonce la dé&ite (4). Il est le héros céleste qui est entré dans la maison de son redoutable ennemi, l'a chargé de chaînes et l'a dépouillé de son riche butin qui étût des iliiM d'honmies (5). Il a communiqué de sa sainte force à ses disciples, et tandis qu'ils allaient de lieu en lieu chassant les démens dn corps des possédés , il contemplait Satan tombant du del comme un éclair (6).
Ici il n'y a entre la foi et l'incrédulité nul accord posûble. L'incrédulité se rit de la foi qui croît au diable (7), et U foi se rit àe l'incrédulité qui fait venir de Dieu le mensonge et le meurtre.
3° L'homme- — Jésus-Christ, de qui chaque mot touche à Tmflni, confirme à sa manière ce que la Genèse a dit de l'essmee de l'homme et de sa chute.
11 déclare que toute àme d'homme a plus de prix que les trésors de l'univers entier, et « qu'il y a de la joie parmi tes anges de Dieu pour un seul pécheur qui s'amende (8}. * Pour des étret d'une moindre valeur Dieu n'aurait sans doute pas livré à la mort sonisaac.
Il accuse Salan d'avoir été le meurtrier de l'homme. Avec I^* ton il voit dans l'homme un esclave du péché (9) . Il fait de notre cœur la source de tous les ciimes et de toutes les souillures (10). 11 se montre impatient de quitter une a race adultère et perverse(ll).> Puis il juge le péché et la coulpe du pécheur à une mesure infinie :
II) I }MD l[l, la. - m Ldc IV, e-, Jean Xtl, SI ; XIV. M ; I |l| IIMUl. [V, t iqq.; Lac H, U. - (4)IC4a III. Ml ITI. <i m Mtltta. m, ». - m Luc I, It.
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It haine estdéjà le meurtre et leregBrd)'adiiltàre(l);n'av<Mrpu
secoani les vrais chrétiens dans le besoin suffit pour vous iÛre condamner à d'étemels cb&timents, et avoir ganlé sans le faire valoir le talent qu'il vous avait confié, vous jette dans les ténèbres dudeborsoÙBontles pleurs et les grincements de dents (3). Aussi ponr échapper aux tourments de la géhenne faut-il s'arracher l'œil droit et se couper la main droite, lorsqu'ils vous font tomber dans le péché (3). Si tels n'étaient pas la corruption et les dangers de l'homme déchu, Jésus-Christ n'aurait pas donné sa vie pour • sauver ce qui était perdu (4) • et Dieu ne l'aurait pas exigée en ei^Mation de nos crimes.
Toutefois l'homme déchu est toujours un homme. Il y a en lui une < lumière, > une vue de l'flme, un œil invisible par lequel lui arrive la lumière spirituelle, un sens du divin, un organe de la foi qu'il peut maintenir sain ou atrophier. Aussi y a-t-il avant l'œuvre que Jésus-Christ opère dans l'ftme, a des cœurs honnêtes et bons,* des hommes a qui pratiquent et aiment la vérité. »Ces6nf ■ les brebis » qui attendent le berger, et il en compte non-seulement en Israël, mais dans tout le monde païen (S).
I^ vie spirituelle à laquelle Jésus initiait ses brebis, et qu'il dé- ^gnait par l'expression du a mystère du royaume de I^eu (6), rétablit l'Ame dans son état primordial, l'affranchit du péché l'amène à sa perfection par la communication de l'Esprit de Dieu.
Dans le champ spécial de l'histoire, Jésus voit l'homme et les nations plus puissantes pour se perdre que Dieu ne l'est pour les sauver, a Jérusalem, Jérusalem, qui tues les prophètes et lapides ceux qui te sont envoyés, que de fois j'ai voulu rassembler tes enfants comme un oiseau rassemble ses petits sous ses ailes, et «ousneFavezpas voulu CI).-» I« volonté d^ Juifs et celle du Fils de Dieu luttaient corps à corps j la suprême compassion, la divine tendresse faisait un dernier effort pour arracher tout un peuple à sa ruine, et le vaincu, c'est le Dieu. Jamais un ample homme n'aurait osé prononcer une telle parole. Elle nous donne par le comble même du péché la mesure de l'indéfinie grandeur de l'homme.
D'autre part Jésus-Christ nous révèle chez les ànies qui croient en lui, une indéfinie capacité de forces divines. > Son Père et luimême feront leur demeure en elles par le Saint-Esprit. » ■ Le
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SdlDt-Ëflprit non-seulement les condoira en toute vérité, mais il letir anooDcera les chosesÀvenir. s Par la sève du cep, qui circule dans les sarmentR, les croyants porteront beaucoup de firuits, même ils convertiront infiniment plus d'ftmcs et fonderont plus d't^lises que leur Seigneur (1). «Qui les recevra, recevra Jésus- Chi-ist dont ils sont les ambassadeurs, et avec lui le Père même qui l'a envoyé (2).b Ils posséderont enfin la même puissance de faire des miracles que le Fils de Dieu, jusqu'à celle de ressusciter iM morts (3). C'est leur peu de foi qui neleur permet pas de ■ déraciner d'un mot ce mûrier et de transporter d'un mot cette montagne (4). > Ces dernières paroles n'ont pour nous plus de sens; peut-être s'expliqueroDt-ellefl d'elles-mêmes dans une autre éca> Domie.
Vn. — Les lois du développement des choses humaines
Nous ne pouvons pas attendre de Jésus-Christ des lumières nouvelles sur la biologie des nations. Cependant nous avons k noter deux pensées fort remarquables. Voici l'une : un peuple ouvertement dissolu et idol&tre peut réformer sa religion et ses mœurs et néanmoins tomber par le pharisaïsme dans un état moral sept fois pire que le premier. Voici l'autre : un peuple est une personne morale, les générations sontsolidaires les unes des autres et la dernière, comblant la mesure des précédentes, subit la peine pour toutes (5). Mais la vie spirituelle que Jésus apportait sur 11 terre, devait avoir ses lois spéciales de développement auxquelles il a fait plus d'une fois allusion.
11 se représentait lui-même sous l'image d'un semeur qui, venu du ciel, répand dans le champ du monde une divine semence (6). Elle est soumise, malgré sa nature céleste, aux mêmes lois que les choses humaines. Comment en serait-il autrement puisque luimême, tout Fils de Dieu qu'il est, est né et a grandi comme les enfants des hommes ?
Pareille au blé, la semence de l'Evangile et de la vie spirituelle, qu'on en suive les progrès dans le cœur de l'homme individuel ou au sein de l'humanité, dans l'Eglise, a lève, croit de nuit comme
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de jour, pendant le sommeil comme pendant la veille, sans qu'on sache comment. La terre à laquelle elle a été confiée, produit d'elle-même l'herbe, puis l'épi, ensuite le grain tout formé dans l'épi; l'éj^ mhr, on y met la fiiucille, c'est la moisson {i). p
Cette lente croissance de la vie spintuelle se retrouve exprimée dsns d'autres parole» du Seigneur. Ainsi les disciples du Christ dtrivent « devenir des petits enfants, » mais pour s'élever à la stature de leurHaltre (3). Ainsi a le royaume des cieux est un arbre qui part des plus petits commencements et qui finit par servir d'asile aux oiseaux du ciel. > Tout aussi lente et progressive est f iidloence de l'Evangile sur l'ftme persomielte ou sur l'humanité : t Le royaume de Dieu est un levain qu'on met parmi trois mesures de hrine, et qui hit lever tonte la pftte, > c'est-à-dire les trois races de Sem, Japhet et Cam (3).
Jésus admettait d'ailleurs, ainsi que le proove la parabole de l'ivraie, que Satan jetterait dans l'Eglise le trouble et le désordre. Hais ce n'est qu'au jugement dernier que se fera le choix entre les bons et lea mauvais poissons (1).
Voici donc quelles p^odes il distinguait dans l'histoire de la vie «pirituelle : une période de semailles, de naissance ou de création; une période de croissance ou de conservation; une période de moisson, on de consommation et de jugement.
Dans la période de croissance Jésus-Christ distingue trois époques selon une parole dont le P. Gratry vient de découvrir le sens profond : « Si vous demeurez dans ma parole, vous serez véritablement mes disciples', et vous connaîtrez la vérité et la vérité vous iffranchira [^}. n
Les trois termes de cette formule sont: a) foi pratique; b) science; e) liberté, non celle du premier chois, nuis celle de rime qui, par la longue pratique et la connaissance toujours plus intime de la sainte parole, se sent affranchie du péché, s'ouvre h toutes les affections de la vie spintuelle et en accomplit joyeusement tous les devoirs.
Les libres penseurs disent dans un autre esprit et à peu près dam les mêmes termes : a) religion ou foi; b) philosophie ou sûence; et g] fraternité.
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