VIII. — Science politique
Jéeus-Christ, en créant une société s|Hrituelle, changeait la foce du monde.
Avant lui, l'Etat embrassût la reli^on au même titre qtie les travaux manuels. Maître unique des individus, il leur imposait leurs croyances comme leurs coutumes, et la feu au grand dieu de la cité était leur premierdevoir. Rejeter c« devoir, c'était se rendre coupable de rébellion, s'exposer à une mort certaine. Israël ne faisait point exception, car le premier article du code mosaïque ordonnait de croire en l'Etemel. L'humanité en effet était alors mineure. Le temps n'était pas encore venu pour elle de se dtMm^ au vrai Dieu par un acte de foi toute individuelle.
Mais l'ère du Christ était celle de la majorité de l'homme. Aussi le Sauveur, élevant d'un étage l'édifice social, y réunit, au-dessus de r£tat, des croyants de toute langue auxquels il conununiqui de son divin Esprit. L'Etat perdait ainsi tout droit sur leurs croyances : il ne devait plus avoir de temples ni de prêtres, et les membres de l'Eglise ne Reraient plus tenus à lui obéir que pour leur vie psychique et terrestre. Si l'antique unité de la société et de la vie individuelle se trouviùttùnsibrusée, cette rupture était un grand gain, car 11 est de ces unités instinctives, immédiates, qui doivent périr pour se reproduire à la fin des temps sous leur forme parfaite par le travail eonscient de l'esprit humain.
L'Etat ne pouvait que gagner à sa séparation momentanée de l'Eglise. Il perdait un domaine sur lequel d'après son intime esB«ice il n'avait aucun droit, et il concentrerait avec d'uitant plus de succès ses efforts sur la société civile pour y faire régner l'ordre et la justice. L'Eglise, au-dessus de lui, lui livrerait des citoyens habitués à la liberté et à la soumisùon, qui s'opposeraient avec une égale énergie à la tyrannie et à la licence. Elle détruirait en outre l'esclavage par son appel à la foi personnelle de tous et par son grand devoir de la fratemilé. Enfin, par son organisme elle réaliserait devant l'Etat et pour son instruction le fameux idéal de la constitution mixte, en même temps qu'elle lui donnerait le double exemple de communautés démocratiques où les plm hautes charges sont accessibles aux pauvres comme aux riches, et d'une fédération hiérarchique de républiques indépendantes (p. 343) .
Jésus-Christ, qui ne disait jamais que ce que le moment prient lui imposait le devoir de dire, n'a point exposé en détail à ses dis-
dplen les conséquences poliUques de l'iDstitution de l'Eglise. Mais M mot de lui, d'une incommensurable portée, nous révèle tonte sa pensée : ■ Rendez à César ce qui est & César et à Keu ce qui est à Dieu (i). n
S ajouta : « Mainlenatit mon règne n'est pas de ce monde (2), a prophétisant ainsi un temps où le Christ serait roi, et où l'Etat et l'Eglise se réuniraient sans se confondre.
Le départ entre l'Eglise et l'Etat a été si bien compris des chrétiens pendant trois siècles qu'il ne se trouva jamais un seui d'entre eox dans toutes les conjurations, les séditions et lesguerresciviles de cette période. Néanmoins l'Etat païen, faisant valoir contre elle le rieux droit, voulut contraindre l'Eglise à rendre à César ce qu'elle devait à Dieu. De là de sanglantes persécutions. Puis, l'Eglise victorieuse des Césars changea de nature et, se faisant à son tour Etat païen, s'arrogea le droit d'imposer par la force ses erreurs àtous ses membres. L'Etat lui vint en aide, et ce n'est que de nos temps que le grand principe de la séparation du temporel et du sprituel est redevenu l'étoile polaire des hommes pieux de l'avejtir et le grand problème de la science politique.