IX. .— Economie iociaU
L'Eglise, qui exerce sa bienfaisante influence sur l'Etat, réforme en même temps les mœurs et les principes de la société civile. Nous avons vu que Jésus-Cbrist, tout en donnant par sa méthode > nos facultés morales leur plein développement, remplit par son Esprit ses disciples d'un amour qui les porte à se dévouer au bien de leurs frères. Or IBastiat (p. llî) dit que a travailler les uns pour les autres, c'est la base de tout le progrès économique du genre humain, d Le principe fondamental de l'économie aodale est ainM tout semblable à celui de la morale chrétienne. Nous ne pouvons que souscrire à cette autre parole de ce même écrivain : a 11 est impossible d'admettre qu'un mortel ait pu avoir la science des lois de l'humanité, telle qu'elle se trouve dans l'Evangile.»
Jésus-Christ, en outre, a mis le doigt sur la plaie de la société humaine, quand il a opposé Dieu et Mammon et déclaré incompatibles la piété et l'amour des richesses. 11 voyait que « l'homme a son cœur où est son trésorj que la séduction dos richesses étouffe dans les ftmes la divine semence de l'Evangile, et qu'elle rend insensible aux souffrances d'un Lazare ; que les riches reçoivent
ici-baa déjà leur part de bonheur ; qu'il leur est pour ainsi dire îin> possible d'entrer dans le royaume de Dieu (1). d Aussi exhorta-t-U un jeune homme qui était fort riche, à vendre tous ses biens et k les distribuer aux pauvres : a Tu auras ainsi un trésor dans le ciel; après cela, viens et suis-moi (2) ; n c'est-à-dire, sois un des fondateurs de mon Eglise. Un mot de plus : Jésus-Christ bouleversait de fond en comble la société en ordonnant cette communauté des biens que Platon voulait établir dans sa république idéale, et que les premiers chrétiens à Jérusalem ont pratiquée dans un moment d'enthousiasme qui les emportait par delà la pensée du Seigneur.
Jésus en effet a sanctionné la richesse en déclarant que Vin lui-même la confie à qui il lui plaît, et en reconnaissant qu'il peut y avoir des < riches en Dieu» et selon Dieu (3). C'estlà, d'une part, fonder sur la volonté divine le droit de propriété; or la propriété est un fait que l'économie sociale nesait comment transformer en droit, et le solution que l'Evangile donne de cet immense problème, sera toujours la plus simple. Mais, d'autre part, le propriétaire, étant l'économe de Dieu, lui doit compte de l'usage qu'il fait de ses biens, et cet usage est réglé par la loi de la charité.
L'aumiine est pour J^us-Christ non-seulement un fruit de la vraie foi et le moyen de purifier nos richesses de leur alliage d'égoUme et d'injustice {i) , mais un acte de prudence et d'habileté qui nous ménage des amis ici-bas etdans le ciel (S). Il n'est point dans les habitudes du Sauveur de faire intervenir le calcul dans ses enseignements moraux. Peut-être un avenirpeu éloigné fera-tnl (wihprendre et aux riches de ce monde et aux riches en Dieu foui ce qu'avait de sérieux et de miséricordieux cet avertissement du f'.hrist.
La pauvreté qu'il n'a pas imposécà tous ses disciplesJU'aacoeptée pour lui-même, lui le Fils de Dieu, et i) l'a ainsi relevée et comme sanctifii'e (6). En même temps il a prémuni contre les soucis rongeurs les pauvres d'entre 1rs fidèles, en leur rappelant labonnc providence de Dieu et en leur assurant la tendre sympathie df leurs frères à qui abondent les biens de la terre fj). Quant aux utopies d'une société sans pauvres pendant l'économie présente, elles viennent se briser contre la déclaration expresse du Sauveur aux apôtres ; « Vous aurez toujours des pauvres avec vous (8). »
m .«aiili. t],ïii»i<|.iliii,ï.-; LucM'i.ivcqq. -
Enfin, lorsqu'il disait : a Donne k quiconque te demande et ne te détourne point de celui qui veut emprunter detoi(l),v Jésus s'adressait k ses disciples, auxquels il voulait faire comprendre le devoir inOni de la miséricorde etde l'aumOne. Ces préceptes IransportéR de la vraie Eglise dans lasociété civile actuel le assure* nient une prime à l'avidité et à l'escroquerie. Mais Jésus-Christ uvûl qu'un temps viendrait oii la société serait tout entière chrétienne, où son royaume embrasserait toutes tes nations (2), oii la terre serait l'héritage des humbles et des débonnaires (D). Alors les principes tout spirituels d'une économie sociale qui n'est pas faite pour « les pourceaux (A) ■ du temps présent; auront pour champ d'ai^lication l'humanité entière. 11 y a dans la morale infinie du Christ un élément prophétique dont l'avenir expliquera le vrai sens.