‹ Les deux citésChapitre 74 sur 92 · X. — UistoriosoiÂie · texte numérisé non relu

X. — UistoriosoiÂie

Jésus-Christ dans les Evangiles juge le présent, prédît l'avenir et ne s'explique point sur le passé. Mais nous pouvons Stre certains qu'il portait vivantes dans son esprit toutes les vues des prophètes sur les temps écoulés. Nous le savons formellement des prédictions qui le concernaient depuis Moïse jusqu'à Malachie (5). Si MUT la croix, en rendant l'esprit, il dit : w Tout est accompli (6), d c'estqu'il voyait les temps arrivésà leur plénitude, l'œuvre de rédemption achevée, le prince de ce monde jugé, Israël rejeté et les gentils tout prêts il entrer dans l'Eglise.

Le prêtent. — Jamais prophète ne jugea son peuple avec la clarté, la profondeur, l'impartialité, la certitude de Jésus.

Jésus ne vécut pointavec les païens. Il parle fortrareinentd'oux dans les Evangiles. Tout homme se juge par ses prières : celles des païens sont de vaines redites qui n'ont pour objet que Icsbiens de celte terre (7) ; l'eudémonisme est donc le trait disfinctif des nations idolâtres. Satan est leur prince et elles enverront à la mort des multitudes de chrétiens. Néanmoins Jésus y coniple ^c nombreuses brebis, avides de pardon, de sainteté et de paix : elles ie suivront aussitôt qu'elles auront entendu sa voix, qui arrivera jusqu'à elles par les apdtres (8). L'n païen même, en Judée , a éveillé par sa foi son admiration ; il n'en avait pas trouvé une si

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grande en Israël (I). Lorsque dans letempleon lui présenta quelques prosélytes de race gi'ecque, il changea son mode d'ense^enient et, prenant celui des mystères d'Eleusis, il chercha h leur faire comprendre par l'analogie du blé qui meurt en terre pour renaître, les mystères de la vie spirituelle (3). Ajoutons qu'au pied de la croix le cpntenier païen et ses soldais furent les seuls k s'écrier: « Certainement celui-ci était le Fils de Dieu (3). o II n'est pas un de ces derniers traits qui ne soit comme une prophétie de l'histoire de l'Eglise ethno-chrétienne.

Avec quelle cerlilude de coupd'œil Jésus-Christ ne disceme-t^il pas l'hypocrisie des Pharisiens, l'adultère d'une race perverse qui se croit fidèle à son Dieu, l'inintelligence des Sadducéens, la haine secrète et mortelle du peuple à Jérusalem, le fanatisme des Galiléens, les pensées cachées de ses apôtres !

Son précurseur et son témoin prophétique, a Jean Baptiste, est le plus grand des hommes nés de femme, mais il est plus petit que le moindre des chrétiens nés de Dieu, b Tant le progrès est immense de l'alliance juive au royaume des cieux (4).

Par Moise étaient venus i la Loi s qui donne le précepte sans la force de l'accomplir, et le type ou l'ombre des biens étemels. Jésus-Christ a apporté a la vérité, d la réalité de ces biens, et a la grflce D qui pardonne et qui, nous l'avons dit (p. 344) fait de i'homme par la régénération une créature nouvelle. L'ichneumon dépose un germe de mort dans la chrysalide d'où devait sortir un brillant papillon: Jésus, a l'Esprit vivifiant (5), d est descendu do ciel pour déposer une semence de vie éternelle dans le cadavre du monde païen. Ce cadavre (le mot est de M. Vacherot) savait si bien qu'il n'avait pas produit ce germe , qu'il a fait tous ses efforts pour l'étouffer, tandis que Jésus, en se nommant la Vérité, la Vie, Celui qui est, avait la conscience non moins distincte de son œuvre spirituelle de création.

D^'Israël à l'Eglise le progrès s'opère par la communication d'une puissance de \-ie nouvelle. L'humanité a été par le Christ non pas portée en avant sur son ancienne voie, mais élevée dans une sphère supérieure, où elle a pris la forme de l'Eglise.

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L'Eglise est la sainte et brillante Jérusalem d'Esse, centre spirituel de toutes les nations (p. 155). Nous en retrouvons l'image plus ou moins confuse et la caricature dans l'association de Pytliagore, la république imaginaire de Platon, l'universelle cité do Zenon.

Comment l'Eglise, fondée par Clirist, devait-elle après son départ s'étendre surlaterreî Non par les armesde la chair (nous ne saurions assez le répéter aux catholiques-romains], mais par n le témoignage n que le^ apôtres rendront à leur Sauveur. Il est dans scm Eglise le seul chef, le seul Seigneur : les plus grands de ses serviteurs ne sont que ses témoins et ses envoyés. Leur unique puissance, c'est sa parole qu'ils répètent aux croyants et annoncent au monde.

Uais au Dieu-bomme il faut un autre témoin que des hommes. Aussi leur témoignage est-il confirmé par celui de l'Esprit même de Dieu qui agit, invisible, surl'àme de leurs auditeurs, et qui les ■ convainc du péché, de justice et de jugement (1). ■

Ce double témoignage est la vie de l'Eglise qui est ainsi a le temple du Sdnt-Esprit ou du Dieu vivant (2), > suivant la prophétie (p. 106], et a la colonne de la vérité (3). »

ha vie de l'Eglise est mi-humaine mi-divine comme celle de son chef ou sa tête, Jésus-Chrisl. Son élément divin la rend impérissable et invincible malgré toutes les défaillances de l'élément humain. Elle régnera un jour sur la terre entière, comme l'a déclaré Jésus-Christ à ses apôtres en leur donnant au moment de les quitter l'ordre de « convertir toutes les nations, » et en leur promettant a d'être toujours avec eux (par son Esprit], jusqu'à la fin du monde [i,]. »

Cet ordre ouvrait à l'humanité un champ, tout nouveau d'activîtéf^ A la vie industrielle des descendants d'Adam, à la vie politique de ceux de Noé [p. 119), s'ajoutait la vie spirituelle des chrétiens, chargés de réunir toutes les nations en une société sainte et libre où l'Etat et le travail seront amenés à leur perfection.

Jésufr-Christ, disons-nous, est la tête de l'Eglise qui est son corps (S). Tout corps est un organisme (G), et l'organisme d'une société humaine, c'est sa constitution. Jésus-Cbrist a donc dû constituer son Eglise, et voici les trois organes qu'il lui a donnés :

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- m I Cor. 1.11,31. - m (tM.,X[I, »iqq.;Roin. IM.H.

1(*9 charges du Seigneur (I), les dons multiples de l'Esprit (2) et la foule des simples fidèles ou des brebis (3J. Les charges ou les autorités oflîcielies, qui correspondent aux sacrificateurs etaux Lévites, sont l'élément d'ordre et de stabilité ; les dons sont la condition du progrès, comme la prophétie l'était en Israël; les simples fidèles prennent une part active au culte par les répons, auxchat^ ges par les élections, aux discussions de doctrines par leur votation (4). Or, comme les charges se sont de très-bonne heure subordonnées dans chaque paroisse à un unique pasteur (5), la constitution de l'Eglise sous sa forme idéale est un compcwé de la monarchie de l'évéque, de l'aristocratie des dons et de la démocratie des simples fidèles.

Cependant l'psprit d'organisation a fait son œuvre spontanée dans la multitude confuse des primitives Eglises, toutes ^ales et indépendantes. Celles des campagnes se sont groupées d'ellesmêmes autour des villes voisines ; les Eglises des villes à leur tour se sont placées sous la direction d'un petit nombre de grandes cités, et ainsi s'est formée, dans les premiers siècles, une confédération hiérarchique de républiques spirituelles. C'est là l'idéal méconnu que l'Europe actuelle cherche à réaliser dans la sphère de la vie politique.

Telle est, dans ses traits généraux, l'Eglise du Christ, que M. Vacherot (6) reconnaît être a la première société spirituelle qui ait paru sur la terre, b et que le P. Gratry (7) dit être « la plus belle œuvre de Dieu. » Jésus-Christ la nommait le royaume des cieux sur )a terre, et, en la déposant comme un levain dans l'humanité au milieu du cours des temps, il savait qu'il luîfaudrtûtde nombreux siècles et deux milliers d'années au moins pour pénétrer de sa sainte vie la masse entière.

Voyons ce que Jésus-Christ nous a révélé de l'histoire de son Eghse et de la sienne pi-opre.

L'avenir. — Jésus-Christ lisait l'une et l'autre histoire dans celle d'Israël. Nous avons de lui une parabole à laquelle on n'a pas pris garde, et qui n'est rien moins qu'une philosophie de l'histoire juive. L'Etemel y vient en personne sur le Sinal faire des Hébreux son peuple élu, les séparer des nations païennes par la haie de la

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loi lévîtique et les confier à ses gerviteurs. Puis ï) se relire et n'apparaît plus, laissant à son peuple le temps de se plier à la loi et de produire dss fruits de sainteté. Après plusieurs siècles, lorsque l'ige de maturité fut venu, il envoya ses messagers pour réclamer des Hébreux le juste tribut de leur piété et de leurs bonnes œu- TTss. Hall ils lapidèrent les prophètes, et, lorsque enfin il leur députa son Fils même, ils le firent périr, lui aussi, dans le fol espoir >le vivre désormais au gré de leurs convoitises (1). De mfime Jésus- Christ a fondé en personne l'Eglise; puis il est remonté au ciel, <'t elle doit sans son immédiate assistance accomplir la mission qu'il lui a confiée ; mais, lorsque les temps seront accomplis et après de longs siècles (9) d'une vaine attente, il reviendra pour bire rendre compte à ses serviteurs des talents qu'il leur avait confiés (3).

Jésus-Christ i reviendra du ciel sur la terre de la même manière <nie les apAtres l'avaient vu monter de la terre au ciel (4). b 11 revendra au milieu d'effroyables convulsions de la nature (5). Il reviendra avec éclat (6), et ses élus, tranefigurés en un clin d'œil, Kront rassemblés de toutes les extrémités de la terre pour aller à SI rencontre dans les nuées (7). Cette prophétie vous scandalise- 1-eJle? Mais si le monde antédiluvien a compté un Hénoc', Israël an Elie, la loi du pr(^rès n'exige-t-elle pas que leur nombre se ■nnltiplie infinîment au terme d'une économie de relèvement fondée par le grand Hessuscité qui est la Résurrection en personne ? (8)

Ce retour glorieux du Sauveur est pour nous le phare de l'avenir. 11 clôt l'économie présente de l'Eglise et ouvre l'ère millénaire.

Entre la première venue et le retour de Jésus-Christ, l'Eglise, dans le [rian antélapsure de Dteu, aurait dû s'étendre de Jénualem et de ta Judée tout entière croyante, sur la face entière de notre globe. Mais les Juife ont crucifié le Messie, et Jésus, malgré sa douceur et sa charité, prédit, en des termes où l'on reconult la voix de l'infinie justice, « qu'il les fera égorger devant liii(9|.n Leur châtiment aura lieu du vivant des apûtres (10). Jusqu'à Titus le temple, par la splendeur de son culte, semblait nt-

tester la faveur dont le couvrait Jéhovah, tandis que l'Eglise du Christ, opprimée et persécutée, était faible, humble, chétive, honteuse (1 ). La ruine de Jérusalem est l'œuvre de Jésus lui-m&ne. 11 est venu, sans se montrer, exécuter sur les Juifs cette sentence qu'il avait prononcée contre eux quarante ans auparavant, et c'est alors seulement que a le royaume de Dieu leur a été 6lé pour étie donné (2} d à l'Eglise de la gentilité, selon les anciennes [voiriiéties de Moïse, d'Osée et d'E&aïe (3).

Avec la ruine de Jérusalem commence pour les Jui& une longue période que Jésus-Christ nomme c les temps des gentils. • (P. 158.) Les païens e fouleront» durant ces siècles la ville sainte, et la Judée sera « déserte (i), s veuve de son peuple. Ces tempe des gentils, qui sont ceux de la présente dîsperùon des Juib, doivent finir avec le retour de ce peuple dans sa patrie. Us foc^ ment la dernière et plus longue moitié de la grande période que Daniel assigne aux monarchies universelles des païens.

Jésus-Christ a, dans sa sagesse, gardé le silence sur la restaura' lion des Juifs, Il fait en termes obscurs allusion à la joie avec laquelle ils accueilleront alors l'Evangile, à l'empressement plus grand encore qu'ils mettront à recevoir l'antichrist, ei auxapAtres qui assis sur douze trônes gouverneront les douze tribus (S). Ce sont là des énigmes dont Zacharie et saint Jean nous donneraient peut-être la clef ; mais ne nous attardons pas aux détails.

Les vues prophétiques- de Jésus-Christ sur les destinées tinales de l'Eglise des gentils semblent au premier abord inconciliables.

D'une part, il voit toutes les nations comparattre^ chrétiennes, devant son tribunal au jour du jugement (6). Ainsi donc ses disciples ont exécuté fidèlement son ordre suprême ; le levain a pénétré toute la pâte; l'arbre a étendu ses rameaux sur la terre entière ; le royaume de Dieu, c'est le monde. Sa victoire est complète; du haut de la croix il a attiré tous les hommes à lui (7), et l'empire de Satan parait être anéanti.

Mais, d'autre part, cette même Eglise est à travers tous les àècles une pauvre veuve opprimée qui nuit et jour crie à IKeu et demande justice sans l'obtenir; car Dieu diffère sa vengeance. Cette veuve figure les Ekmes nées de Dieu, toujours persécutées par le

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monde. Au retour du Christ, elles seront môme « peu nombreuses que c'est à peine «s'il trouvera la foi sur' la terre (1). > Ilappanllra donc la seconde fois, comme la première (p. 317) à l'heure de minuit, au moment où la vie ^irituelle allait dispartitre de l'humanité.

U contradiction est celle de l'apparence et de la réalité. Le monde incoaverti, irrégénéré, s'est cru, s'est dit chrétien. Comment une telle illusion est-elle possible? L'Evangile est si puissant que son filet a ramassé dans l'océan de l'humanité de bons et de mauvais poissons. La nature humaine est si inBrme, que les croj-ants redeviennent des hommes du monde : a le se) perd SI saveur, les pasteurs se mettent à manger et à boire, sur dix vierges cinq sont folles, sur trois serviteurs un est pares* Kux (2]. R Surtout Satan est là, semvit sans cesse & pleines mains l'ivraie dans le champ du Seigneur. Cette ivraie, ce sont les faux prophètes ou les prédicateurs du mensonge, vrais loups qui viennent en habits de brebis; les faux Christs qui fondent des Eglises despotiques, terrestres et chamelles. C'est aussi la foule immense de ceux qui <■ crient : Seigneur, Seigneur, et qui sont des ouvriers d'iniquité (3). > Satan et ses enfants respectent la con.stitution extérieure de l'Eglise, mais ils en chassent les fidèles ou la veuve de la parabole, et « parce que l'iniquité s'est multipliée, la charité te refroidit [4) . a La foi disparaît de la terre qui pourtant se dit et se croit chrétienne.

L'homme que trompent les apparences, peut donner le nom de i^rétien à un monde sans foi et celui d'Église à une cité des ténèbres : Jésus-Christ ne commet pas une pareille erreur. En décrivant son retour comme étant l'avénçment du Fils de l'homme prédit par Daniel, il suppose que les monarchies qu'il renverse, tout païennes, idol&tres, antichrétiennes. Or ces monarchies ne peuvent être que celles de notre Europe. Mus, s'il en est ainsi, catholiques, protestants, incrédules, tous tes historiosophes modernesdoivent jeter leurs systèmes dans le creuset de l'Evangile d'où ilssortiroDt purifiés et méconnaissables (p. 149 sqq.) (3).

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