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I^S APOTRES

Témoins de Jésus-Chnst, les apAtres reprodiûBaimt et dérelop* paient ses pensées. Ils savaient, comme il le leur avait recoin* mandé (1), € tirer de leur trésor des choses nouvelles avec In choses vieilles, b L'inspiration divine éclate à nos yeux non moins dans leur humble docilité que dans leur sainte originalité.

Trois d'entre eux, saint Pierre, saint Paul et saint Jean, nous ont légué leurs vues d'ensemble sur l'histoire universelle et leurs visions prophétiques, tandis que l'un de leurs disciples, saint Luc, est davenu le père de l'histoire ecclésiastique. Conduisant ses lecteurs de Jérusalem, la ville sainte qui déjàest rejetée, jusqu'à Rome, la capitale de l'empire païen et la métropole future des Eglises d'Occident, il nous fait assister à la création de l'humanité spirituelle par l'action toute puissante du Saint-Esprit, qui opère It synthèse de la nature divine avec la nature humaine dans les cœurs des fidèles de toute race et de toute langue.

§ 1 . — Saint Pierre.

Saint lierre, par qui Jésus-Chnst a fondé son Eglise en Judée, se distingue dans son épitre par l'équilibre qu'il maintient entre tous les dogmes et tous les préceptes moraux de l'£vangile. Le trait distinctif de sa vie spirituelle, c'est la pondération.

Dans une autre épILre dont l'authenticité est à tort contestée (i), nous trouvons un effrayant tableau, reproduit par saint Jude, des ravages que causera dans l'Eglise, ainsi que l'avait prédit Jésus- Christ, l'esprit charnel et païen des faux profrfiëtes. Puis l'auteur traite une question qui touche aux cycles cosmiques de l'antiquité païenne et aux recherches actuelles de la géolc^e. A llmmutabilité des lois de la nature, il oppose dans le passé le déluge, dans l'avenir, selon la tradition universelle, la combustion de la terre entière. Par delà cette ruine il aperçoit «de nouveaux cieux et une nouvelle terre où la justice habitera n pour l'élcinilé.

§ 2. — Saint Paul.

Saint Pierre, c'est l'Evangile dans sa totalité et sa stabilité. Saint Paul, c'est l'Evangile dans son intime essence, dans ses luttes continuelles et dans ses incessantes victoires ; c'est l'Evangile qui vit el progresse.

Saint Paul est le seul des écrivains inspirés qui dans ses méditations ait embrassé l'histoire de l'humanité depuis la création d'Adam jusqu'à cette date inconnue des temps éternels oii « Dieu sera tout en tous, n

Mais nous devons d'abord indiquer ses idées sur l'homme, Satan, la nature et l'Etat.

Le premier de tous les écrivains sacrés et profanes, saint Pau! a nettement distingué chez l'homme le corps, l'âme et l'esprit (I). Nos lecteurs savent de quelle importance est pour nous cette distinction (p. 23).

L'Apdtre complète ce que Jésiis-Christ nousaditde Satan. Le diable est non-seulement le prince, mais « le dieu de ce monde. » Ha à ses ordres toute une hiérarchie d'intelligences déchues, que ils idolâtres adorent, dont Jésus-Christ t a triomphé sur la croix, » el qui néanmoins attaquent encore son Eglise par les séductions des faux apàtres et par les persécutions des Juifs et des païens (2).

t La création, v dit saint Paul dans un passage (3) mystérieux que n'explique aucun autre, «a été soumise à la vanité contre sa volonté, à cause de Satan ou d'Adam, et elle soupire après sa délivrance qui est liée k la résurrection des chrétiens. »

L'Etat a sa place dans la sphère inférieure de la vie naturelle ou psychique. Il n'eri est pas moins d'institution divine (1). Parla volonté de Dieu et par sa providence il y a dans toute société humaine un trdne invisible cl sacré où le souverain doit s'asseoir. Il nimporte point d'ailleurs que le chef soit un roi ou un président ou deux consuls ou tout un conseil. La théorie politique de saint l^ul s'applique ii toutes les formes de gouvernement : la royauté n'est pas plus Ugitime que la république.

Nous ne rechercherons pas quelles leçons l'économie sociale pourrait recevoir de saint Paul sur l'usage des richesses et la bien-

i<t t TiMM. v,ii.c<iinp.Boio, Vil, wàfX. t^a nxSjua.

foisance (1), sar les devoirs des mattrea et des serviteurs (3) et sur leur égalité spirituelle (3) .

L'histoire de l'humanité se résume pour saint Paul en un double nom : le premier et le dernier Adam.

Placé en quelque sorte à mi-chemin entre l'animal et le iema Adam, le premier Adam éuit psychique [i). II était une JUneiivante capable de recevoir l'Esprit de Dieu, et prédisposée à le désirer avec une ardeur qui croîtrait sans cesse. Le dernier Adam est l'Esprit vivifiant, et par l'effusion de son Esprit il comble la capacité ou les facultés, vides encore, de l'homme psychique.

Si l'un est la plénitude de l'autre, ils se supposent nécessairement. D'oïl nous concluons, contre le sentiment presque universel des théologiens catholiques et protestants, que la venue du dernier Adam ou l'incarnation du Verbe aurait eu lieu lors même qu'Adim n'aurait pas péché.

A propos des deux Adams saint Paul donne en deux mots li grande loi de l'histoire antélapsaire : a D'abord le psychique, puis le spirituel (p. H9) (5). » Cette loi établit une différence non de degré seulement , mais de substance entre Jean-Baptiste et le moindre des vrais chrétiens; entre la justice des Israélites ou les vertus des païens, et la sainteté des régénérés; entre la piété d'un David ou d'un Esaïe, et celle d'un saint Paul; entre la vie intellectuelle d'un Socrate etd'un Platon, et celle d'un saint Jean; ^tre l'inspiration des prophètes hébreux et celledesapAtres; entrel'alliance de Moïse, que saint Paul lui-même déclare faible, rudimeataire, défectueuse, transitoire (p. 121), et l'alliance étemelle de li gr&ce et de la vérité. Psychique est toute la race d'Adam jusqu'au jour de la Pentecôte où commencel'humanilé spirituelle, l'Eglise. Que l'historien se garde donc d'exiger de la première les fruits que la dernière seule peut produire, et, surtout, que l'Eglise, catbolique et protestante, dans ses luttes spirituelles, ne commette pis le péché de saisir les armes chamelles d'Israël !

Cependant, créé en ftme vivante pour être le père d'une nw psychique, Adam, que Satan a séduit, a transgressé la loi divine, a Par l'unique désobéissance du seul Adam le péché est entré dans le monde, le jugement de condamnation a atteint tous l<^

11)1 Tlai. VI, iTt«. -iDlcar. TiiictliitCor. IYl,<*tq. ai KpbéL V], I im- 1 Col. m. B >4i- i rhiUnoD.

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bcHnines, et la mort a régné sur eux tous, n Hais Dieu a fait éclater son amour envers nous en ce que Christ est mort pour noua lorsque nous n'étions que pécheurs (1).9 Le dernier Adam, qui devait, dans notre hypothèse, transformer l'homme psychique en on Être pneumatique, est devenu le Sauveur de l'homme déchu: « Par l'obéissance d'un seul et par une seule justice, la grftce de Dieu s'est répendue avec une abondance infinie sur une race pécheresse, justifiant ceux qui reçoivent le don de Dieu, et leur communiquant avec une royale puissance la vie étemelle (2). s

Dans les siècles qui séparent Adam déchu et le Sauveur, saint Paul indique en passant deux périodes : a) le règne de la moti sans autre loi que celle de la coDScience et sans transgression d'un commandement formel, depuis la chute d'Adam jusqu'à la légialatioD du Sinai ; b) de Moise à Jésus-Christ le règne de la mort sur le» Hébreux violant comme Adam des ordres positifs avec la pleine conscience de la gravité de leur péché (3).

Mais saint Paul se platt plutât à représenter la loi de Moïse comme le pédagogue qui devait conduire les Juifs au Christ {i). Dans son intime nature l'homme est un être religieux ; il a été créé de Dieu, en Dieu, pour Dieu (5); croire, c'est sa vie. Aussi est-ce k la foi d'Abraham qu'a été faite la promesse du Messie {&), et la foi redevient avec le dernier Adam le tout du chrétien. La Loi n'est ainsi qu'une parenthèse dans la vie religieuse de l'humanité.

L'histoire du monde païen occupait peu de place dans les pensées du grand prédicateur de la grftce et de la foi. Cependant nous savons par lui que l'idolfttrie est née non du fétichisme, mais de llnexcusahle oubli du vrai Dieu auquel on a cessé « de rendre (^oire et grftce. » Ce premier égarement a produit une telle perverûoD des croyances que Dieu a livré les païens à la plus infÂme pervernon des mœurs et à tous les vices qui peuvent remplir un cœur d'homme {7).

Le grand objet des méditations de saintPaul, c'était Jésus-Christ et son œuvre. Nous ne nous arrêterons pas à recueillir ses déclarations sur la divinité du dernier Adam ou du Sauveur, dont il accentue d'ailleurs fortement la subordination. VEpitre aux Epbétiena attire toute notre attention : c'est un admirable traité sur l'œuvre d'unification opérée par Jésus-Christ ici-bas et dans les cieux. Celui que Michée avait nommé la Paix, a a par son sang

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nni et réconcilié l'humanité avec Dieu, et par »on Esprit um tes Juifs et les ptdens qu'isolait l'infireDcbissable muraille des rites lévitiques. d Formée par la synthèse de ces deux éléments codtrmres, « l'Eglise est un corps duquel les oi^anesont, chacun, leurs fonctions spéciales, et oii circule la charité avec la vérité et li sainteté. Ce corps qui grandit et s'achève sur la terre, a dans Itt deux sa tête ou son chef qui lui communique sa vie diviae-i Enfin, « quand viendra l'économie de raccomplissementdeslempf, tous les hommes et tous les habitants des cieux seront unis en un corps immense duquel la tôte sera le même Jésus-Christ (1). » Il est difficile d'imaginer une conception de l'histoire plus grandioee et hardie, plus logique, plus profonde et plus simple.

L'union des. Juifs et des gentils dans l'Eglise, était le but que Dieu poursuivait depuis Abraham. Elle ne s'est opérée que d'une manière très^incomplète au temps des apAtres. Un petit nombre de Juifs a élus 1 a accepté l'Evangilej tous les autres se sont «endiB<eis. • Jésus-Christ l'avait prédit, et saint Paul, dans trois célMirea chapitres de dogmatique et d'histoire (2], traite de la rejection temporaire d'Israël et de l'entrée des gentils dans l'Eglise. 'Le peuple de Dieu a été retranché de l'olivier sacré ; les païens yonl été entés. Toutefois les dons et la vocation de Dieu sont irréro cables: Israël doit donc être un jour enlé sur son antique troncà edté des ethno-chrétiens. Il le sera lorsque l'économie de l'E^ de la gentilité aura achevé son temps. Alors la nation tout entière dlsraèl se convertira k Jésus-Christ, et sa conversion sera pour les nations chrétiennes et païennes comme une résurrection d'entre les morts. 0 C'est là que ce qu'avaient prédit entre autres Michéeet Zacharie (p. 155). L'ApOtrese tait sur le retour des Juifs dans leur patrie, parce que cet événement ne concerne pas l'Eglise.

L'unification de l'humanités'opère ainsi dans le cours des ùèdes on trois périodes parfaitement distinctes : celle dlsracl ou de II loi et de la prophétie, aboutissant à Jésus-Christ le Rédemplenr; celle de l'Eglise des gentils, aboutissante Jésus-Christ le Seigneur, et celle d'Israfl ou du royaume final de Jésus-Christ sur la terre entière.

En contemplant cette restauration finale de l'humanité, cette unité du plan divin de la rédemption et cette diversiléde moyens, cet Israël que Dieu avait élu en vue des païens, qu'il rejetle ponr un temps et qu'il sauvera pour l'étemité, et ces peuples piens

qu'UsembUilavoirrejetésetqu'ilbit tous entrer dansson royaume, saint Paul s'écrie dans un saint entiiouBiasme : « 0 profondeur de « la sagesse et de la prescience de DieuT Que ses jugements sont « impénétrables et ses voies incompréhensibles 1 d

La converâion de la nation juive (nous le savons par Daniel et Zacliarie] précédera de peu le retour de Jésus-Christ. Ce glorieux avènement du Sauveur cnidHé occupe une très-grande place dans les prophéties de saint Paul. Ce qu'il nous en révèle, n'est d'ailleurs que le commentaire des paraboles de Jésua-Christ.

Jésus avait comparé l'Eglise à une veuve ; saint Paul nous déclare en termes exprès « qu'elle sonfirira ici-bas avec Christ jusqu'au jour de la première résurrecUon où elle sera gloriliée avec lui, et qu'elle ne peut régner sur la terre aussi longtemps qu'il n'est pas entré lui-même dans son règne. Elle est une sociététoute 9|ùîtueile ; le Saint-Esprit habite en elle comme dansson temple, et ses armes ne peuvent être chamelles (1). »

Jésus avait vu Satan semer l'ivraie dans le champ de blé et l'Eglise compter penni ses membres d'innombrables ouvriers d'ini* quité: saint Paul nous parle d'un a mystère d'iniquité (2) » qui s'opérait déjà de son vivant au sein de l'Eglise. Il entendait par là, n<Hk les hérésies qui sont des erreurs manifestes, ni les faiblesses des vrais chrétiens, qui ne sont pas des iniquités, mais l'amour du monde s'insinuant dans l'Eglise et en rhassant l'esprit de sainteté. C'est ainsi que les chrétiens de Corinthe voulaient régner ivant le retour de Jésu^hrist (3). Saint Paul leur rappelle le chft- (iment des Hébreux qui s'étaient laissé séduire par Balaam (A). Cet esprit mondain, charnel, idolfttre, satanique, était ■ contenu* et réprimé dans l'Eglis*? par les pe^sé(^utions de César qui obligeaient les croyants à une héroïque sainteté. Mais, que l'empire romain vint à crouler, et la chaste épouse du Christ deviendrait sans changer de nom adullrrc et païenne. C'est bien là un affreux myst«>re d'iniquité. Ce mystère aboutira, nous dit saint Paul, à < l'homme de péché o qui app^rallra peu avant l'avènement glorieux de Jésus-Christ, dans a ces derniers temps oii les hommes, tout en ayant l'apparence de la piété, en auront renié laforce (5).» Il n'y aura plus alnrs de foi sur la terre, avait dit Jésus-Christ.

L'Eglise visible oii Satan faitson œuvre d'idolâtrie, dedébauche, d'ambition et de persécution, et la vraie Eglise toujours humiliée

lim.in.i.~Ccmt.lu,ri

et affligée : tel est le résumé que saint Paul dous donne, d'après Jésus-ChrÎBt, de l'histoire du inonde dirétien.

Cette histoire se termine k l'avènement de Jésus-Christ, qu'entoureront les saints transfigurés, et qui <t détruira par le souffle de sa bouche o l'homme de péché, la onzième corne de Daniel (1 ).

Saint Paul n'a point arrêté ses pensées ni reçu de révélations par> ticultères sur l'ère des mille ans pendant lesquels « le Sauveur mettra tous ses ennemis sous ses pieds» et fera enfin régner avec lui l'Ëglise, son épouse.

Mais pardeU a la destruction de la mort> et la résurrection universelle, l'ApAtre découvre ce que nul prophète n'avait encore entrevu : > Dieu tout en tous. > Le mal est vaincu et comme anéanti; la guerre est terminée ; l'harmonie, la paix et la joie qui régnaient au commencement dans la création entière, sont rétablies dans leur plénitude. Aussi le Fils à qui Dieu avait confié < U royauté s de l'univers pour le temps du combat, dépose-t-il entre les mains de son Père un pouvoir désormais inutile. Il reprend si position primordiale et « se soumet à celui qui lui avait soumis toutes diosea (2). s

Saint Paul, qui serait le plus grand hbtonoso{dte s'il n'était pas l'humble disciple du Christ, nous a esquissé l'histoire de la Ùié de Dieu. Les grandes périodes sont marquées avec une rigoureuse précision, et le caractère spécifique de chacune d'elles résumé eo quelques mots. Mais nous ne retrouvons pas dans ce tableau U Babylone symbolique d'Esaie, ni les monarchies de Daniel, ai le règne final du Mes^. 11 fallait qu'un autre apôtre reçtil de Jésus- Christ une révélation qui complétftt celle de aunt Paul, et cet apôtre, c'est saint Jean.

(tlXIlwii. ll.-m ICor. IV, M.

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