Chapitre deuxième
LA. PRXHIÉRE SCIENCX RnilÉTIXHNE.
Les innombrables sectes gnostiques de la première moitié du second siècle avaient soulevé une foule de questions à la fois religicuiies et philosophiques que l'Eglise avait dû discuter, et propagé tout autant d'erreurs qu'elle combattait sans relâche. Le principal advers;iirc du gnosticisme a été, avec Irénée, hellène de naissance, évëque et martyr à Lyon, l'africain Tertullien, i te plus grand écrivain de l'Eglise primitive d'Occident (1). d
§1. — Tertullien. — Lactance, — Coiitmodim.
Tei-tullicn était né dans cette région de l'Atlas qu'avaient colonisée les Pbéi'ésiens et les Cananéens et où l'on parlait la langue de Carthagc. Il avait certainement du sang sémitique dans set veines. On reconnaît sous le Latin l'enfant de l'Orient à la vivacité de son imagination, à l'ardeur passionnée de son esprit, à son pn>- ÊDnd sentiment de l'inrinitude de Dieu, à son respect absolu pour la parole inspirée. Ame noble et généreuse, s'il s'égare, c'est toujours vers la hauteur.
En abjurant le pnganisme, Tertullien était réellement mort au péché et ne à la vie des cieux. Il vivait & la pleine luniiëre du Christ et sous la puissante efficace du Saint-Esprit. lUeo n'était pour lui plus certain que les myalères de la révélation, rien plus sage que la folie de l'Evangile. Plein d'une confiance illimitée en son Dieu Sauveur, il se riait des préjugés aveugles d'un grossier bon sens, et se plaisait à croire ce que le monde jugeait « impossible, impie, absurde (2). i>
Hais il subit le sort de i'inârmité humaine, et dans ses luîtes <:oQtre les gnostiques il poussaàl'extrâmeetaltéralesvéritésqu'il leur opposait.
Les gnostiques peuplaient le monde d'éors qui n'étaient que de vaines ombres, et méprisaient l'histoire à laquelle ils substituaient de pures fictions. Tertullien s'attache aux faits plus qu'aux idées, et pousse son réalisme jusqu'à ne plus distinguer entre malière et substance. U suppose l'âme matérielle.
Les gnostiques condamnaient l'Ancien Testament. Tertullien ne se contente point d'en maintenir t'objective inspiration; il lui attribue la même valeur qu'au Nouveau. C'était retomber dans lagrave en^ur des ébionites, qui s'est perpétuée sans contradiction dans ll^lise jusqu'à nos temps.
Les gnostiques faisaient du paganisme une phase normale du dé< reloppement de l'esprit humain. Tertullien y reconnaît l'œuvre de Satan. La prospérité matérielle du monde romain ne l'éblouît pas. Il voit la « terre sous Septimc-Sévère plus riclie et plus belle que le jardin de Mldas et le verger d'Alcinous (1). a Elle n'en est pas moins l'empire du diable et de ses anges qui s'y font adorer sous les noms des faux dieux [2). Or a l'idolâtrie est le plus grand des crimes, celui qui comprend tous les autres et qui est la cause de la condamnation du genre humain. L'esprit des ténèbres a ^nétré de part en part la société idolâtre, la famille, l'Etat, le commerce (3), les beaux-arts et les lettres, tout spécialement la philosophie, qui prétend sonder la nature de la Ûivinilé sans le Christ, sans le Saint-Esprit, sans la foi. Aussi n'est-elle qu'erreurs et contradictions et ne prései-ve-t-elle pas ses sectateurs des vices les plus honteux. > Socrate lui-même ne trouve pas gr&ce devant Tertullien : v son génie était un mauvais démon qui le portait au mal H]. B
« Les philosophes sont les patriardies des hérétiques, qui se disent croyants et ne croient pas, tandis que les païens croient en ne croyant pas. Les hérésies ont le même auteur que l'idolâtrie, le diable, qui les a faites toutes deux pour le même dessem (!t). ■
■ 11 n'y a pas d'accord possible entre Dieu et le diable, entre la lumière et les ténèbres, entre la vie et la mort, entre Athènes et
lltMpalIlD,!. -S)D4iptctaculu,i, lu, et poulm. tnOiMalgtalrlil.l, K.
W Dtpraicriptlimlbiit.T; De anima, <,»; Àpoloç.,1 (^ MonlHa t,t; DimnuCirutl.it; De fr(tKrtpt.
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Jérusalem, entre l'Académie et l'Eglise, entre les hérétiques et les chrétiens (1). > Tertullien confirme ainsi par son puissant témoignage la doctrine des deux cités, dont il exagère toutefois la contradiction.
Les erreurs de détail qu'on peut reprocher à juste titre à Tertullien, sont plus que compensées à nos yeux par son intelligence de la méthode de Jésus-Christ. Le Sauveur l'a dit lui-même : seul il est la lumière du monde, seul la vérité. Aussi, v après lui toute curiosité est oiseuse et toute recherche inutile (2), On le connaît par la tradition orale plus encore que parles Ecritures dontoa discute le canon et conteste le sens (3). On ne le saisit que par la foi qui, devant la Révélation de Dieu, accepte sans choisir, et qui suffit pleinement {i}. L'Esprit-Saint donne à toute âme sincère un sens nouveau pour atteindre la vérité, et ses dons extraonfinaires d'illumination et de prophétie n'ont point cessé ayec les temps apostoliques (5). > Tertullien réagissaitavecMontanus contre le formalisme et la tiédeur qui envahissaient déjà l'Eglise.
Mais si les idolâtres sont inspirés par Satan, comment peuventils parvenir à la foi et à la vérité? Tertullien n'a-t-il point exagéré l'opposition des deux cités au point de rendre impossible tout passage de l'une à l'autre?
iiLavérité,n répond ce génie éminemment chrétien, «est toujours plus ancienne que le mensonge, qui ne crée rien et qui ne peut qu'altérer. Tout ce qui est antérieur, est la règle de ce qui suiL • Si Jésus-Christ est le Verbe éternel, la vérité est antérieure à toutes choses (6). Dans l'Eglise, le grain est semé avant l'ivraie : ce qui a été enseigné le premier est vrai et divin ; ce qui a été ajouté depuis, est faux et étranger. De même Satan avec son idolâtrie n'est que le corrupteur de la créature de Dieu, et l'âme est chrétienne de nature, dans sa primitive et plus intime essence. Ou plutôt, puisque l'homme ne naît pas chrétien, mais le devient, l'Ame sans être chrétienne témoigne en faveur des chrétiens contre le monde qui les persécute, et qui, en la possédant, possède les mêmes vérités à cause desquelles il les fait mourir (7). ■
■ Ces témoignages involontaires que l'âme, du milieu du paga-
(1) JMipfd., » d poMliR; Dejnincrtpl., I.
(H Dr yrmcript., 1. — • Ne rien HiMr ban'eta rtilede la [al, c'nl tMt nrolr. •JMA. U.
(3) M rsiurr.. ES ; De pi Œicrlrt., if; t eompléler par^^puTof,,!!.
W Adv. lutcliicoi, I ; Aav, MarcUmfwi, IV.saiilt toylbiiu, <s^ itBffatcfiyt.H. - VtduM (I, cit.. H, J. p. aa». délliilL la foL LCIle fie I^niend TernilUeD : • La innll M (4b teetMM el le ptua léôoDil de la veatie luuaalDB poariUe par TEifirit-Sakat. ■
at ÀHe.fitcUciii, I. - 1«| Aiv. Mattionrm, i.UDe vtlotin., I.
(Il l>etpKMc.,i; ASol09.,n, a;DtlclUm.aMma.i.
nisme, rend à la révélation chrétienne, sont épsrs dans les livres des écrivains profanes, des poètes et des philosophes, et forment nue littérature commune k toutes les religions. Ils attestent que le sens humain est bien réellement une lumière naturelle et une autorité qui concorde avec la révélation. Le spectacle de la nature (1 ) produit instinctivement chez toute Ame d'homme des sentiments d'admiration et d'adoration. Toute ftme pareillement, quand elle ne s'observe pas, croit en un Dieu unique, présent partout, juste *tbon, et à l'existence immortelle de l'homme. Dieu a pour témoi^age tout ce que nous sommes et tout ce qui nous entoure (3). D Tertullien,en démontrant le premier la vérité du cbrislianisme par son accord avec les instincts légitimes de l'Ame et les notions universelles du sens commun, exprimait la croyance de l'Eglise primitive tout entière, telle que nous Tarons vue indiquée déjà dans la Lettre à Diognète et chez Juslin Martyr [3). Mais son écrit star le témoignage de tâme n'est qu'une rapide et grossière ébauche, et elle attend aujourd'hiû encore l'apologète qui l'achèvera.
Cependant la foi vivante en Jésus-Christ, qui est solidement assise sur la nature intime de l'Ame, ne contemple point, immobile pt paresseuse, les étemelles réalités du monde invisible. Elle veut les comprendre, et elle grandit et progresse dans cette science. £lle progresse en vertu d'une loi universelle : s il faut que tout ait son Age; il n'y a rien qui n'attende sa perfection du temps. Les plus grands arbres ne sont d'abord qu'un grain fort petit : les bourgeons deriennent des fleurs qui laissent après elles des fruits, et les fruits n'arrivent que lentement à une agréable maturité, v L'empire du mal est, lui aussi, soumis à cette loi : * le démon travùUe sans cesse à fortifier l'iniquité, » et Tertullien retrouve ici un des principes fondamentaux de saint Jean (p. 35S). «Il ne se peut donc que la grftce de Dieu ne travaille de son cdté à notre perfection, et Jésus-Christ a précisément envoyé le Paraclet, son vicaire, afin que l'homme, ne pouvant à cause de sa faiblesse comprendre tout d'an coup toutes les maximes de la perfection chrétienne, y fût conduit peu A peu par une sainte discipline (4). d Ainsi, dirons-
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noua, se fenne la science ehrétienne, science ■ efScace et forte qui renverse tontes les hérésies, qui pénètre dans les profondeurs de l'Ecriture où la raison divine aime à se cachBr, et qui donne unt explication claire et manifeste de tous les mystères [1]. e
Vraie de l'Eglise et de sa science, la notion du progrès par croissance devait l'être de l'humanité, à laquelle d'ailleurs les gnostiques l'avaient appliquée déjà. D'après Tertulllen, s l'arbre de l'humanité a produit depuis Jésus-Christ une grande abondance de fruits que le Paraclet doit amener à leur pleine maturation. > Ou en d'antres termes, et d'après l'bistoriosophie de Montaous. l'éducation divine de l'homme et de l'humanité par la révélation comprend quatre périodes et degrés, a La première enfance est caractérisée par la crainte naturelle de Dieu, qui est le commencement de la justice ; ce sont les temps du paradis et des patriarches, ou de la loi de la conscience. Dans la seconde moitié de l'enfance, la loi mosaïque et la prophétie préparent l'homme à croire en Jésus^hrist. La jeunesse commence avec l'Evangile, qui n'abroge point la loi, mais l'accomplit. I^ Saint-Esprit entin, annoncé par Jésus-Christ comme Jésus-Christ l'avait été par les prophètes, tût mûrir les fhtits de la jeunesse et donne k l'àme la parfaite stature du Sauveur, en attendant son retour et son règne de millf ans (3). D Tertullien, comme son maître Montanns, s'efforçait dr ravirer dans l'Eglise cette attente qui avait fait U consohttion etli joie des premiers chrétiens, et qui allait déjà se perdant.
Cependant il y a dans l'histoire du monde un autre mouvemenl, très-distinct de cette lente et normale croissance, a Unie à Dien avant la chute, l'humanité s'était séparée de lui par sa désobéissance, écartée toujours plus de la simplicité des mœurs antiques, et corrompue au delà de toute expression. Mais le Christ Is ramène à ses origines; elle revient à sa pureté primitive, elle rentrt dans son union intime avec Dieu; le tr^rcfe s'achève, et ce qu'on dit dn premier homme avant la chute, se dit des vrais disdples du 8auvetir(3). d
Tertullien a le premier reconnu dans l'histoire de l'homtnilé fexisteoce d'un mouvement circulaire de retour, et d'un mouvement rectiligue de croissance. Le cercle est un phénomèiM aoeîdoite! qui provient du péché ; le progrès fait patÏEe du plan anti-
lapsure du gouvemement du monde (1). Avec celte distinction i) est usé de mettre le christianisme en progrès sur le judaïsme, sans bire, avec les ^ostiques, du paganisme le premier terme de la série. Mais Tertullien n'a point assez accenlué dans son plan de l'histoire l'œuvre progressive des interventions divines aboutissant klIncamatioQ du Fils de Dieu. Nous ne pourrions donc qu'adhérer sous foutes réserves au grand principe qu'il oppose à Marcion. ■ Rien de ce qui vient de Dieu n'est subit, parce que tout rentre dans un plan bien ordonné (3). » Le même Dieu qui prépare de longue date le sol, y jette à l'improviste la semence.
^ résumé, Tertullîen a lègue à l'historîosophie une appréciation trop favorable du mosalsme et trop sévère du paganisme ; l'opposition des deux cités avec le double progrès du bien et du mat; la distinction du plan antélapsaîre et du plan infralapsaire, l'application à l'humanité de la loi des âges, qu'Ezécliiel, Cicér(»i.et S^èqne n'avaient retrouvée que chez les peuples.;
L'africain (3) Amobe et son disciple l'italien Lactance (i), a le Cicéron chrétien, s sont ausû hostiles que Tertullien aux religions et aux philosophies païennes.
Lactance, dans ses ïtutitutiont divine», sans nous offrir des vues nouvelles, traite avec éloquence, clarté, sagesse, ainsi que le fera plus amplement saint Augustin dans sa Cité de Dieu, les grandes questions de l'histoire : la création du monde (5), l'âge d'or (6), les origines humaines et infernales du polythéisme (7), les conséquences immorales du culte des faux cûeux ; les incertitudes, les contradictions, les mensonges des philosophes (8) ; la nécesùté de l'incarnation du Verbe pour restaurer l'&ge d'or et transférer des Juifs rebelles la vraie religion aux nations païennes (9); la nature de la justice et du culte nouveaux(lO) ; en particulier l'impossibilité de prcxluire chez autrui la foi par la violence (11). L'eschatologie de Lactance (12) est celle de saint Cyprien, de Grégoire de Nazianie, de saint Jean Chrysostome, de toute l'Eglise : a Le monde, vieux
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et d^à décréiHt, touche à sa An. Des 6,000 ans qu'il doit subûiter, 5,500 étaient écoulés à la nwssance de Jésus-Christ; l'Aoticbrist ne peut donc plus beaucoup tarder, et xvec l'an 6000 coco* mencera le beau règne de mille ans. L'empire des Romains périn comme ceux des Macédoniens, des Perses, des Assyiiens. Il x divisera en dix royaumes sans force. Trois seront détruits par im prince du Septentrion qui fondera en Orient une monarchie niuverselle. «C'est la petite corne de Daniel que doit briser leFilsde l'homme. .
Lactance, qui a été témoin de la dernière persécution et de la morl tragique da persécuteurs, égaré par une fausse inter]H^tati(»i de la prophétie, ne se doute pas que l'empire passera de Rome aux Germains et restera en Occident. Plus de cinquante ans avant lui, sous Dèce, vers 258, un évéque africain, Commodien, avaitélé plus clairvoyant. «LesGoths [alors païeusencore), disait-îl, sonl la race de l'avenir; vers l'an 500 ils détruiront l'empire romain el Us protégeront, pleins de joie, les chrétiens comme des frères[l).>
§ 2. — Clément d'Alexandrie et Origène.
TertuUien eut pour contemporain en Orient Clément, la gloire de l'école chrétienne d'Alexandrie, qu'avait fondée Pantène.
Alexandrie était l'héritière d'Athènes. Sous les Ptolémées, elle avait été le foyer de lalittérature des Hellènes et de leurs sciences, et avait maintenu dans toute son intégrité l'esprit grec au sein d'une cité orientale. Elle était devenue vers l'ère chrétienne le rendez-vous de toutes les doctrines philosophiques et de toutes les religions. Nous avons vu les sectes gnostiques y prendre naissance ail commencement du deuxième siècle, et vers la fin de ce même siècle, cette cité était le grand laboratoire de la pensée humaine. Pantène attirait à son école les chrétiens grecs les plut distingués par leur intelligence, et bientôt après lui Ammonios Saccas fonda le néoplatonisme.
Le plus célèbre des disciples de Pantène fut Clément. Il jett les bases d'une science chrétienne dans trois ouvrages qui se coisplétaient les uns les autres. Par ses Exkortatiom, il pressait les gentil» de se convertir; le Pédagogue leur exposait la morale nonvetle, et dans ses Stromates, il recueillait les vérités qui, telles
que de belles et riches tapiueritt, étaient éparses dans les écrits des philosophes païens.
La gnose de Clémeat etd'Origène ne vaut pas, ce nous semble, la science de Tertullien. Clément etTertuUien découvrent l'un et l'autre dans la vie du chrétien un progrès incessant vers la perfection et dans l'histoire une éducation progressive du genre humain par le Dieu sauveur. Mais cette double notion de progrès et d'éducation, qui n'était pour l'uQ, suivant les Ecritures, qu'une vérité secondaire, devient pour l'autre l'essence du christianisme.
Uoins biblique que celle de Tertullien, la gnose de Clément est ce que l'a fait« sa méthode. Comme Justin Martyr, Clément croit en Jésus-Christ par son intelligence plutôt que par son cœur. Ausù son Dieu est-il vérité plus que stûnteté, amour et non justice; l'homme a été créé pour la connaissance et la contemphtion plus que pour la vie pratique et la vertu; le péché est bien moins corruption de ta volonté qu'obscurcissement de l'entendement ; Jésus-Christ, bien moins la victime expiatoire que le révéliteur et le modèle; la conversion des faux dieux au Christ, une marche ascenàonnelle d'une foi d'instinct vers la science de l'ab lolu (t), et non une mort et une résurrection spirituelles.
S'il établit fort bien en principe l'autorité absolue et unique des Ecritures, Clément, qui imposùt au vrai gnostique le devoir d'étudier les sciences profanes (3), a mêlé sans s'en douter à la pure doctrine révélée des éléments impurs pris au paganisme. C'est tinsi qu'il fait entrer dans son tableau de l'idéale perfection du chrétien l'ascèse mystique du néoplatonisme naissant et l'impassilùlité du vieux stoïcisme (3).
Bon attrait pour la philosophie grecque ne lai permet pas de JDger aussi sévèrement que Tertullien le monde païen. Tout en dteiontrant l'absurdité ridicule et la honteuse immoralité des rehgions idolâtres, avec une verve sarcastique qui ne se retrouve à ce degré chez aucun autre Père de l'Eglise, il attribue l'origine de ces calles aux causes naturelles indiquées déjà par Prodicus et Evhémfere, etnon à la complète perversion de la nature humaine et à factioQ immédiate des démons. Puis il rapporte à Dieu la philouphie des gentils : • Dieu a donné aux hommes l'intelligence pour qu'ils recherchassent par eux-inémes la vérité, et il leur est feou en aide en la révélant aux barbares, surtout aux Hébreux, à qui les Hellènes ont emprunté, avec leurs arts (4), leur coonais-
tance ds U Divinité et les grands principei de leur mwale (1). Dieu est le père des païens comme des Juifs. La loi a brillé pour ceux-ci et la philosophie pour les Grecs jusqu'à ravéoemeat du Seigneur (S) . La philosophie est pour l'àine la purgaUon prélimi* naire et une introduction préparatoire à l'adiîiiBsioa de la fin. Elle ne donne toutefois qu'une imparfaite connaissance de Dieu, ne justiBe que d'une manière trëMucomplète, et ne sert de nat sans U foi en Jésus-Christ (3). d
Clément, qui a traité des progrès de l'fime * passant du paganisme à la foi et de la foi s'élevant par la science à la charité (4), * n'a touché qu'en passant aux grands problèmes de l'historiosophie. Nous résumerions ses vues en ces tennes : l'homme créé i l'image de Dieu (S), apte à la vertu et non pariait (6) ; déchu et idol&tre, éclairé danssesténèbresparleVerhe; instruit incomplètement de la vérité, en Judée, par les révélations de Dieu à llîûM et aux prophètes (7), en Grèce, par la philosophie; illuminé en plein par le Verbe, qui s'est incamé « quand l'humanité était mûre pour le compreiulre et l'imiter (8). ■
Clément avait construit les propylées de la gnose dont Origèna [185-3S3) a érigé le temple. Plus hardi dans ses spéculations que son maître, plus versé même que lui dans les philosoplues paienues et plus systématique dans l'exposition de ses opinions, Origène, avec ses héréùes et ses fictions platoniciennes, ne jette aucun Jour nouveau sur les grandes ques^ns de l'historiosofto. Ses erreurs sur la nature de Dieuetla trinité(9) l'obligent à admettre l'élernité et l'émanation du monde. U rejette les hiérarchies gnostiques des éons ; mais il ne sait plus comment faire découler d'un Dieu esprit la matière et d'un Dieu immuable l'ioégalilc des intelligences. La première énigme se résout par la chute de Satan ; la seconde, par celle des &mes. a Les intelligenoea, qui ont toutes failli dfms une première existence, et qui par la plus ou moios grande profondeur de leur chute sont devenues divers» tes unes des autres, sont tombées dans leurs corps qui sont leur prison. L'œuvre de la rédemption consiste k les ramener à leur
^tlîté primonlkle par la doul«ur,qui les purifie. Dieu y emploie ua Verbe, qui est l'idés totale des Atres finis. II t'est fait cliiùr pour eiueigoâr la vérité à des bommes de ctiur. L'incarnatiop-a eu lieu lorsque Dieu, pour préparer la Toia aux pacifique! dootrinet du Christ, avait cnis fin aux guerres des nations et auujdtti BUK lois de Rome tous les peuples (4). Par les progràs de l'Evangile, la paix finira par régner sur ia terre, et les Juifs se convertiront sans fitre rétablis comme nation dans leur patrie, c L'eschalolo^ biblique, qui i^éoccupaît si vivement Tertullien et Laclance, n'eijste plus en quelque sorte pour Origène et Clément.
Dana la théoso|Aie d'Origène, qui a les mêmes caractères généreuxque celle de Clément, nous retrouvons bien la destruction par le Verbe incamé du péché et de ses conséquences. Mais )a matière elle-même et la diversité des êtres étant les résultats d'une chute, le monde ne progresse plus du cbaos vers Adam et d'Adam vers Jésus-Christ d'^rës les décrets antélapsaires de la ÛiTinité; l'histoire entière n'est plus, au contraire, qu'une réactiui de Dieu contre le mal. Ûngône met d'ailleurs m peu en aaillie l'intervention miraculeuse de la Oivimté, qu'au dire de M. Laurent, son explication de l'assistance divine serait la formule I^osophique du progrès (SJ.