CHAPITRE TROISIÈME
LE NÉOFLàTOHTSHZ.
Le monde païen, qui galvanisait ses neilles divinités, devait, en bce du christianisme et de ses rapides progrès, ressusciter ses TielUes pfailosophies. Il le fit dans la cité de Basilide et de Valentin, de Clément et d'Origène. C'est la que vécut Ammonius Saccu, qiu étidt le contemporain de Clément, et qui doit toute sa gloire à son disciple Plotin.
La philosophie nouvelle devût concilier Platon avec Aristote et Zenon. C'étùt un dernier et suprême effort que fusait l'esprit bu- ■nain pour découvrir par lui seul la vérité. Plotin suivit une méthode tout intellectuelle, qui n'était ni celle de Socrate, ni celle de
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Msus-Cbrist, et les résultats auxquels «Ile le conduisit, furent dnntétralentent opposés aux doctrines chrétiennes.
Ici un Dieu qui aime, veut et pense ; là un Dieu qui est au-destQS de l'intelligence et même de l'être, qui ne se déRnit que par 11 négation et que l'on connaît d'autant mieux qu'on le dépouille de tous les attributs, non-seulement de Is matière, mais aussi de l'esprit. Ici un Dieu tripersonnel qui s'est révélé sur la terre, am yeux des hommes, par l'incarnation de son Fils et par l'effusion de son Esprit ; U des triades, des émanations étemelles, des génies, que chaque philosophe invente au gré de son imaginatioD. Ici un Dieu qui a créé librement et dans le temps la matière et le monde; là le monde est étemel, et la matière est la dernière des émanations divines. Ici le corps de l'homme procède de Dieu comme l'ftme; là l'àroe y est en prison. Id la providence divine bit concourir toutes choses au bien des créatures libres; là, andessous d'une providence qui a pour organes les dieux et qui gouverne lésâmes seules, est un destin, dont les génies sont les instmments, et qui régit en despote les corps et les astres ; ceux-d exerçant une action puissante sur notre terre. Ici le pécbé est nn acte de la libre volonté de la créature ; là il a sa cause dans l'union de l'&me à son corps grossier. Ici l'homme déchu ne peol rentrer dans son premier état que par la médiation et le sang da Verbe incamé et par une conversion qui n'est rien moins qu'une mort et une résurrection spirituelles ; là l'homme se détourne par lui-même des souillures de la cbair et setoume (1) vers Dieu, dont il s'approche par la voie directe de la purification. Ici le racheté se sanctifie de plus en plus par une vie toute pratique de dévouement et de charité; là le néoplatonicien se purifie en laissant derrière lui les vertus civilet ou politiques, en pratiquant les vertus purgatoires qui consistent dans la retraite et le recueillement, et en s'élevant aux vertus tout intellectuelles de l'àme purifiée,à l'amourextatique etàlavisiondeDieu. Enfin, après ta mwt, l'ftme du chrétien, à laquelle son corps est rendu par la résurrection, vit, pleine de Dieu, dans l'active jouissance des biens éter nels ; tandis que l'fime du néoplatonicien, après avoir achevé st purification par la métempsycose, perd son existence individuelle et rentre dans le sein de Dieu.
Tout opposé qu'il était de doctrines, d'esprit et de méthode i la religion chrétienne, le néoplatonisme ne l'a point attaquée
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pendant la première période de son développement. Son fondateur, Ammonius Saccas, était né de parents chrétiens, et rien ne prouve qu'il ait eu la moindre hostilité pour la foi qu'il avait dé* laissée. Plotin (mort 270) a réfuté avec beaucoup de vigueur les systèmes gnostiques; mais il garde le silence sur le christianisme, et saint Augustin, qui l'avait en très-haute estime et qui lui a (ait plus d'un emprunt, dit qu'à Rome un grand nombre des disciples de ce philosophe l'ont abandonné pour Jésus-Christ. La lutte commence avec Porphyre (mort 30i), qui avait une ardeur infatigable pour la polémique, et qui fut, après l'épicurien Celse, le [dus puissant adversaire de l'Eglise. Les succès croissants de la religion nouvelle et sou imminente victoire expliquent tes efforts désespérés des Porphyre et bientôt après des Dioclétien pour l'écraser. Jamblique, prêtre autant que philosophe, appelle k son secours la magie que ses prédécesseurs avaient sévèrement condamnée, et la théui^e dont ils ignoraient jusqu'au nom. Après lui, le néoplatonisme déserte l'école pour les temples et pour la cour, et monte avec Julien sur le trône du monde. Mais il en est bientôt précipité, et il redevient à Athènes une simple philosophie. Proclus (mort 48.1), qui s'appelait te pontife du monde entier, fut en même temps le philosophe de toutes les écoles, et l'on peut bien le nommer le dernier des païens.
Doué d'un vrai génie d'organisation, d'une grande puissance d'analyse et d'une merveilleuse souplesse d'esprit, Proclus a réduit en un système toutes les doctrines de la sagesse antique qui se pouvaient concilier avec le platonisme. Mais cette œuvre-là n'était que la moitié de la t£che que lui imposait son siècle. Les chrétiens se riaient des faux dieux des Hellènes, et pour les mettre à l'abri de ces vives attaques, Proclus eut recours avec Plutarque à la doctrine des génies ou démons. Au moyen de son grand principe de l'émanation, il créa des multitudes de triades et forma ainsi au-dessous du Dieu suprême toute une hiérarchie de divinités secondaires qui servaient àjustifîer le polythéisme. Quant aux mythes qui étaient la grande difticulté des champions de Jupiter, Proclus en créa la théorie. « Le mythe recèle une vérité divine qui a été altérée dans sa forme par des images empruntées à la nature. Plus il semble absurde, plus le sens en est profond et sublime. » Par ses divers procédés et à l'aide d'un certain ternaire avec lequel le rhythme en trois temps de Hegel a une lointaine analogie, Proclus parvint à construire un système de religion philosophique et de philosophie religieuse, qui fut comme la
ficieiioe finale de l'unité pour le monde ptien. Façonné et lulnlU parProclus, ce monde prit aux yeux de tous l'aspect le plus respectable possible : il était logique, rationnel, moral, décent; il possédait toutes les qualités imaginables; seulement, conune II cheval de l'Arioste, it était mort.
Le néoplatonisme ne fournit aucun autre contingent à la philosophie de l'histoire que sa théorie du mythe. Ses trois ordres hiérarchiques des vertus sont une intuition inexacte de la trii^ vie humaine. Son traité sur les grandes questions de la Providence, des délais de la justice divine et des malheurs des geos de bien ne fait que reproduire les idées de Plutarque. Le ftr ganisme a donc expiré saos avoir Esït la moindre tentative pour comprendre son histoire, qui était celle de l'humanité presque entière. Les néoplatoniciens y auraient réus^ moins que tous autres. Leur Dieu, étautimpersonnel, ne pouvait gouverner le monde selon un plan arrêté, et quel intérêt prendre à un monde qui est un fleuve qui s'écoule, une légion d'ombres qui passent!
Nous prenons ici congé de la [^ilosophie païenne. Elle meurt avec Proclus, mais elle renaîtra un siècle après avec Mahomet, sous la forme banale d'un dtisme fataliste.