‹ Les deux citésChapitre 80 sur 92 · CHAPITRE QUATMÈUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATMÈUE

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%l.~l'Jiraëlchrétim.

Les néoplatoniciens étaient des enfants opposant une digue de sable à la marée montante de la foi et de la vie chrétiennes, dont les persécutions elles-mêmes n'avaient fait qu'accélérer la maicbe. Dioclétien avait de sa retraite pu suivre les derniers progrès de la religion nouvelle, et peu de mois avant sa mort il l'avait vues'élever par Constantin, l'anSlS, sur le trAne des Césars. Eblotuéd'tme telle victoire, l'Eglise, qui n'attendait que deux siècles plu* tard l'établissement du règne millénaire de son Seigneur, crut assiitfr i l'accomplissement des prophéties messianiquea. Silais en cefle

Dtéms «onéo 313, un prêtre chrétien, Ariiu, tenta à» relever U paganisme au sein de l'Eglise dans cette même ville d'AlexaDdria qui avait été le foyer du {[nosticisme et de la nouTâlle philosophie pUlonicienoe. 11 ne voulait pas que le Dieu immuable fût le créaleor d'un monde imparfait etsouiUé couune l'est le odtre, et, foinnt dp Verbe la première des créatures, il lui donnait la position et les fonctions du démiurge de Platon.

Cette dangereuse hérésie, qui devint la religion nationale des Goths, fut convaincue d'erreur dès son origine et à son berceau ■aéine par l'évèque d'Alexandrie, le grand Athanase. Cet humble fidèle, ce profond penseur, ce pieux martyr qui passa vingt années dans l'exil, transforma la gnose k demi philoeophique desCléuient et des Origène en une théologie biblique. Il formula au nom de l'Eglise universelle le dogme du Dieu tripersonnel, et ses formules, qui concilient le monothéisme et la pleine divinité de Jésus-Christ, mais qui laissent dans l'ombre la subordination du Fils et de l'Esprit, furent adoptées par le premier concile œcuménique.

L'Eglise s'était constituée à Nicéé en un Etat spirituel ayant son auemblée représentative, son pouvoir législatif et ses lois univertelles.Ëlle se donnait des institutions qui lui assuraient sonindépendanoe , en même temps qu'elle attirait dans son sein les nations entières, et que les Césars se déclaraient ses protecteurs. A l'Eglise toccédait ainsi, selon les révélatîmis de Pathmos, un nouvel Istaèl, un nouveau royaume extérieur de Dieu. Le Christ, sembldt- U, allait étendre sur toute la terre sa paisible et salutaire souveraineté. Déjà la sainte et puissante action de la foi chrétienne sur le monde ancien se manifestait par l'apparition simultanée en Orient et en Occident d'hommes aussi illustres par leur haute intelligence et leurs talents variés que par leurs vertus, leur zèle et leur charité. Tandis que la société idolâtre, toute surexcitée qu'elle était par le christianisme, ne produisait que des Julien , des Eu- Dape,deBLibanius, de3Tbémi3tius(l),desSalluste, la seule Cappadoce voyait n^tre dans ses étroites limites, Basile, le sage et pratique législateur de la vie monastique, Grégoire de Nazianze le tkéologim, l'orateur abondant et facile, le poète au cœur ému, et Grégoire de Nysse, le philosophe qui était versé dans toutes les ■câences naturelles. A Antioche naissait Jean, k qui son éloquence a valu le nom de Qirysostome. Cependant les peuples de l'Occident donnûent à l'Eglise Jérôme, le traducteur et le commenta-

— sauteur de la Bibte, l'humble et ferme Ambroise, et saint Augnstis, l'auteur de ta Cité de Dieu (1).

Tous ces grands hommes furent pendant leur vie entière n guerre avec les hérétiques ou avec les païens. En Orient ils diMu* (aient el scrutaient les sublimes mystères de la Divinité. Hoiss spéculatifs et plus pratiques, ceux d'Occident se préoccupaienl de la nature de l'homme, de sa liberté, de sa corruption originellf et du mal physique et moral. Dans ces temps de luttes intellectuelles, de révolutions politiques et de guerres étrangères, mil (dirétien n'aurait eu le loisir et le goAt de se vouer tout entierain beaux arts et à la poésie, à l'étude de la nature et des sciences politiques. Seule l'histoire faisait exception.

§ 2. — L'kittoire chrétienne. Emèbe et Jérôme. \

L'histoire subissait une révolution complète. Il fallait faire en- | trer dans lerang des grandes nations historiques les Hébreux, dool ' Hérodote avait ignoré jusqu'à l'existence, et même placer oc peuple élu au cœur du monde ancien. Il fallait fixer la chronologie de l'Ancien Testament, et, comme elle se déduit de textes inspirés et infaillibles, l'imposer â tous les peuples païens. Il aiuut fallu déterminer quelles étaient dans le plan de la rédemplionlei fonctions de ces nations et leurs relations tant avec Israël qu'avec . l'Eglise. Mais ici régnaient deux tendances contraires qui par leur exagération rendaient impossible la solution de cegrand problème. Fidèles à l'esprit de Clément d'Alexandrie, Athanase, et après lui ; les autres Pères de l'Eglise orientale, inclinaient vers l'idée d'une éducation progressive de l'humanité par la loi juive et la philosophie grecque. Saint Augustin, au contraire, à l'exemple de sol compatriote TertuUien , d'Amobe et de Lactance , établissait une opposition absolue entre le monde polythéiste et l'Eglise.

Cependant l'Eglise réclamait une histoire nouvelle, qui fU siûte aux Actes de» Apôtres de saint Luc. Le Dieu qui gouverne k monde, habitait en quelque sorte par son Esprit dans le cœurdei fidèles; te mobile de leurs actions, c'était leur foi; leurs bén», c'étaient les martyrs; leurs guerres extérieures, les persécutioni

des Césars; leurs guerres civiles, les combats d'arguments contre les hérétiques; leur agora et leur forum, les conciles et les synodes où la tradition et la Bible faisaieot loi. Pour écrire de telles histoires il était nécessaire d'être non plus un général d'armée ou un homme d'Etat ou un rhéteur, mais un vrai croyant. II ne s'agissait fdus de dévoiler dans de belles harangues les pensées secrètes des chefs et d'exalter leur sagesse. Tout tendait k la gloire de Dieu devant qui s'éclipsaient les individus, et la pensée constante de sa proTidence devait disposer les auteurs ecclésiastiques à raconter très-simplement les événements du royaume descieux. S'ils n'en saisissaient pas l'enchaînement , ils ne doutaient pas que tout n'aboutit au triomphe final de la vérité.

Eusèbe, deCésarée, en Palestine, contemporûn d'Athanase, peut être envisagé, après Hégésippe, comme le père de l'histoire moderne. Il nous a laissé une histoire de l'Eglise, et une Hîtioire imiverselle divisée en deux parties, la Chronographit et la Chronique. \f Histoire ecclésiastigue lui fait peu d'honneur. D'un caractère aimable et paisible, mais sans énei^e, il a partagé l'illusion de son Mècle et écrit son ouvrage dans la conviction que Jésus-Christ était entré dans son règne. Si l'on ne peut l'accuser d'avoir altéré sciemment les faits, au moins a-t-il pallié les fautes des évëques, et passé sous silence les crimes de Constantin. C'est un prêtre de cour qui fait l'apothéose de l'empire.

La Chronique, qui résume en tableaux synchronistiques la première moitié de l'ouvrage, et où les poètes, les artistes et les philosophes ont leur place aussi bien que les rois, s'étend depuis Abraham jusqu'au concile de Nicée. Eusèbe l'a composée sur le modèle du Canon de Ptolémée, et il a fait entrer dans son travail celiù de son précurseur Jules l'Africain, de qui la Chronograpkîe comprenait l'histoire du monde d'Adam à Héliogabale. La Chrottâ^ est un travail de pure érudition ; c'est une concordance de toutes les dates que fournissaient à Jules et k Eusèbe non-seulement les historiens sacrés et profanes, mais les évhéméristes. Cet ouvrage, qui a bientôt été traduit en latin et en arménien, et qui conserve aujourd'hui encore sa valeur, n'a pas eu son pareil jusqu'à ceux de Scaliger, d'Usher et de Petau.

la Chronique d'Eusèbe fiit traduite en latin par Rufin ou selon

d'autres, par saint JérftRie, qui la compléta pour les siècles passés

et la poursuivit jusqu'à son temps. Le traducteur donna de l'bis-

■ loiredu monde une division par périodesplus logique et plus plau-

«ble quecelle qu'avaittracée Eusèbe. Celui-ci avulposéses jalons

tsntAt eo Judde et tanUt en Grèce (1). Le traducteur sulwrdcmni i l'histoire profiuie à l'histoire sacrée, et compta sept grandes p6- '■ riodes:

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