‹ Les deux citésChapitre 83 sur 92 · CHAPITRE PREMŒB · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMŒB

us HBMAINa.

Doiue aiècles après sa fondation, Rome, qui avait cru son empin immortel, était devenue la proie des Barliares. Avec elle péritttit la civilisation du monde ancien, à laquelle avaient travaillé Egyptiens, Babyloniens, Aasjriens et Phéniciens, Grecs et Latins, et sur le théAtre de l'histoire humanitaire apparaissait une race BouTelle, d« la &mille de Jephet, que I>ieu appelait h jouer désormus le premier rAle.

La race nouvelle des Germains avait pour mission spéciale d'Atre le principal foyer de la vie chrétienne pendant les quinze àècles qui s'écouleraient de la chute du paganisme romain à la flo de l'économie actuelle. Sans les nations teutoniques les portes de l'enfer auraient prévalu contre l'Eglise du Christ, car les vieilles nations civilisées auraient altéré la religion du Sauveur au point ■fen rendre la réformation impossible.

Dieu avait préparé de loin les Germains pour leur haute misàoD. Us étaient certainement de tous les peuples de la terre celui qai pir son caractère naturel était le mieux disposé à recevoir la bonne nouvelle du salut. Tertulllen aurait pu dire d'eux que de aainaoce ils avaient l'Ame chrétienne. Ce qui les caractérise en eSét, c'ett, d'une part, l'intimité et la profondeur de leurs aflec-

tions : le foyer domestique, le Baheim, le Borne, est leur nût patrie, et ils ont pour leurs princes un sentiment de fidélité, Trme, qui ne se retrouve nulle part ailleurs. C'est, d'autre part, la puissance avec laquelle se déploie chez eux la vie .individuelle : ils veulent se faire par eux-mêmes leurs croyances; toute hypocrisie, toute fausse apparence, toute vaine forme leur est odieuse. Mais cet esprit d'indépendance se combine avec un certwn esprit d'ordre et de soumission, de douceuret de patience, qui leur feitsupporter en silence le despotisme de l'Etat et les injustices de la société jusqu'au moment où ils se voient dépouillés de leur plus grand trésor, la vie de famille.

L'antique religion des Germains, telle que l'expose l'Edda, offre pareillement une singulière affinité avec le cbristianisme. Nous y retrouvons même , sous l'enveloppe symbolique de mythes étranges, les rudiments d'une saine et profonde philosoi*ie de l'histoire. Le dieu suprême Odin, par son nom de Père de loid, fraye la voix au culte du seul vrai Dieu, Son fils Thor, qui est presque son égal, est le sauveur du monde, le vainqueur du mal. La prophétesse Vola commence son chant par la description d'un chaos qui est celui de la Genèse. D'après la tradition les Germuns étaient issus d'un seul ancêtre , Phomme, Mann, fils de Thuislo, dieu né de la terre. Puis Vola se souvient d'un temps où la paix régnait parmi les hommes, et des pommes mystérieuses qui doD> nent l'immorlalité , sont confiées à la garde de la jeune et pure Idouna {^Ëov^, Heden] qui préside à l'inspiration poétique. Voici ie plus beau et le plus aimable des dieux, Deldur, tué, comme Abet, par son frère, la Haine, incité par Loki, le Typhon, le Satan dn Nord, Voici les géants antédiluviens avec leurs violences et leurs crimes. Voici le déluge, et Noé sous le nom de Bergelmîr. I»ki n'est point un Ahriman, mais il est assez puissant pour mettre en péril la terre et les cieux. Les Ases l'ont enchaîné pendant la durée actuelle du monde, comme Péridoun Zohak. Cependant le mal n'en fait pas moins présentement son œuvre de destruction, ainsi que le prouve le mythe du frêne Yggdrasil. Ce frêne est un de» plus magnifiques emblèmes qu'ait inventés l'esprit humain. D figure le monde plongeant par ses iscines dans l'enfer et touchant par sa cime au dieu suprême, redoutable et terrible ; rangé k sa base, dans les ténèbres et le silence, par le mal envieux et vioknt; ébranché par les fiéaux de la nature, mais alimenté sans cesse par la pluie ou la vie des cieux ; voué à la destruction, mais proirfiètiquement instruit de ses destinées futures et certain de sa pâlin-

génésie (1). Cette ruine du monde actuel, 1» sibylle la voit arriver après un temps d'extrême corruption morale , et elle décrit, en lerminant, la terre nouvelle , séjour d'abondance, de justice et de paix. Ajoutons que les Germains avaient une foi si vive en l'immortalité de l'flmtt qu'aujourd'hui encore chez certains peuples du nord de l'Allemagne elle forme la meilleure part de leurs croyances religieuses.

Pour devenir les dépositaires de la foi nouvelle, la race desGermains devait, si ce n'est pas naître dans l'Eglise, au moins y entrer de très-bonne heure. Aussi avait-elle à peine franchi les limites de l'enftnce qu'elle se trouva en contact avec le christianisme. Il lui arrivait de l'empire romain, qu'elle envahissait. On >it alors se produire un phénomène unique dans l'histoire, qui n'a point été assez remarqué de nos hlstoriosophes, et sur lequel cependant, mille ans à l'avance, Daniel avait appelé déjà leur attention. Jusqu'à l'invasion des Barbares les nations souveraines s'étaient succédé les unes aux autres sans se confondre. Chacune d'elles avait grandi dans sa patrie, développant par soi-même tous ses dons de nature, se créant une civilisation propre, n'étendant au loin ses conquêtes qu'en son âge viril, et propageant sa religion, ses lois, sa langue chez les peuples qu'elle détrânait. Les Germains au contraire n'apportaient dans les contrées qu'ils envahissaient, que des facultés incultes. Supérieurs par leur caractère naturel et par leurs armes aux peuples de l'empire romain, ils leur étaient inférieurs en civilisation ; aussi se mélèrent-ils k eux bien plus qu'ils ne se les assujettirent et qu'ils ne les remplacèrent, et leur développement moral, intellectuel, politique se fît sous l'action du vieux monde qu^ils avaient vaincu, et de l'Eglise restée debout au milieu de la ruine universelle. Cette double action s'étendit sur ceux des Germains qui n'avaient point franchi le Rhin et le Danube. Les Allemands, les Anglais, les Scandinaves se trouvèrent ainsi faire partie intégrante d'un système politique dont les peuples romaniques formaient l'autre moitié. Mais ce système était composé de deux éléments contraires. L'un était a l'argile s> germanique qui était malléable ; l'autre le u fer • romain, t L'amalgame^en était impossible. ■ Aussi voyons-nous à la Réforme les peuples de pur sang germain revenir à l'Evangile et se séparer des peuples germanotetins, qui restèrent catholiques.

«1 P«^ trlMÉUf. L L p. Ul KM.

Page 1