CHAPITRE QUATRIÈME
IX lUHOHÏTISME.
Au septième siècle l'Eglise d'Orient avait déjà perdu plmïAiK des nétious d'Asie et d'Afrique qu'elle avait reçues^dans son seinau temps de Théodose. Ces peuples, n'abjurant que des lèvres leur po- 1 lythéisme, l'avaient rétabli immédiatement dans lacité de Dieu soiu | la forme mitigée de l'iconola^e. De cceur et de mœurs ils app■^ I tenaient au prince de la cité du mal . Il fit valoir ses droits sur eoi par Mabomet, qui les replaça sous le joug de leur maître légitime.
Mahomet ne tenta point, comme Julien, de ressusciter le vieu polythéisme. Le monde païen lui-même , en expirant, avait déclaré par les néoplatoniciens croire ea un Dieu unique ou suprême et vouloir l'adorer par un culte de prières et de bonnes œuvres, sans cérémonies et sans sacerdoce (p. 378). Tetleétaitbieueneffet i la seule religion qui convint à l'humanité parvenue à cet flge de maturité où l'esprit a soif d'unité et où la raison prévaut sur les I sens et sur imagination. Arabe de naissance, Mahomet proclama l'antique Dieu de la race sémitique. Allah, c'est Elohim d'I&raêl. El ou Ilus de Byblos, Baal ou Bel de Sidon et de Babyloue. Il s'esl révélé à Abrdham, à Moïse, k Jésus-Christ ; mais ces trois prophètes ne sont que les précurseurs du dernier, Mabomet, qui k disait, comme Manës, le Paraclet promis par le Sauveur. AM d'ailleurs n'a pas de Fils ni d'Esprit-Saint, Sa reli^on, vnù déisnK oriental, n'a point de mystères ; elle n'impose ni repentaace, n régénération, ni poursuite incessante d'un idéal infini de saintelt. Pour tout devoir, la guerre aux incrédules et quelques vertus bciles. Un culte as.sez spirituel pour plaire à l'humanité virile, asseï < cérémonial pour permettre aux ftmes timorées de faire leur saint par quelques vaines pratiques. Point de sacerdoce s'inlerposanl
entre Heu et sea serriteors. &iGd, toutes les voluptés de la chair ugnréesdans le ciel aux croyants. Il eût été impossible d'inventer une religion mieux accommodée aux besoins de l'homme qui ne TCal ni trop ni trop peu de foi et de morale. Aussi, dans les visions de saint Jean, l'isùm sort-il des profondeurs de l'enfer, et Hahomet est-il le grand Datructewr des ftmes , Abaddon , celui qui mieux que tout autre sait les tromper sur leurs vrais besoins et îeS' détourner du Dieu Sauveur.
Allah écrase de sa puissance infinie l'homme qui s'annule de- Tant lui. 8on immuable et inintelligible volonté, qu'on pare du iKxn de prédes^nation , n'est à tout bien considérer que le vieux et aveugle deaUn du monde polythéiste. Or le fotalisrae tue avec ia liberté là science et rend ainsi l'historiosophie impossible. Dieu est Dieu, et les hoomiea doivent se prosterner en terre sans lever vers lui un seul regard. Il n'a point, dans le Coran, révélé à Mahomet le secret du gouvernement du monde : vouloir pénétrer duu les décrets divins plus avant que ne l'a fait le prophète, c'est impiété et démence. S'enquérir même avec une curiosité remuante des grands événements des siècles passés, c'est prétendre tout sa- ^(nr comme Allah.
Pendant cent cinquante ans les Arabes, fanatisés par leur foi Douvelle, n'avaient pour ainsi dire pas déposé les armes. Leurs nmquétes s'étaient étendues à droite jusqu'à l'indus, à gauche jusqu'à l'Atlantique. Mais cett« agitation fébrile n'avait point éveillé leur imagination ni leur r»3on; nul d'entre eux pendant cette période ne s'illustra dans l'histoire, ni dans la poésie, ni dans la philosophie, ni dans hi théologie.
Ils ne naquirent à La vie intellectuelle qu'à Bagdad, la ville de la poix, la capitale des califes Almansor, Haroun-al-HJaschid et Almamoun. Au pied de leur trAne naquit la littérature, en langue anbe, du monde mahométan. Elle grandit pendant les neuvième et dixième siècles qui furent pour l'Occident un temps de profondes ténèbres, atteignit à son comble de gloire aux onzième et donàème siècles et déclina avec le treizième qui est celui de notre grande scolastique.
Ki l'Arabie ni l'islam ne doivent réclamer la gloire d'avoir prodiùt cette littérature orientale. Elle s'est développée en terre japhétique , et des trois courants d'idées différentes ou contraires qai ont circulé dans le monde musulman , il n'en est aucun qui lit sa source dans le Coran. Le principal et le mieux connu vient de la Grèce. J<e deuxième, d'Egyîptâ ; c'est celui des gnostiques de
l'iiiKO ; origiuiMs de la valUe du Ntl, ils reproduiBent, tus i^ lualrer, le* idées de Porphyre, d'Hernies Tnsmégiste,dévtle^. Le troisièaie courant vient probablement de llnde brahmanicpH il a produit le mysticisme des Sofii qui ooroptent dans leurs nnp de grands po6tes, tels que Hafiz.
De C(»iBtai)tînople les mahométans d'Aue ont reçu la iiiMecÎBt dllîppocrate et de Galien , les mathémaljques d'Euclide , l'astrenomie de Ptolémée, la philosophie d'Aiistote. Le pMpaMisiiM produisit chez les Orientaux qui t'adoptèrent, la même effetqne ohez les disciples immédiats du Stagirite : il sema des doutes mr l'immortalité de l'ftme et menaça l'existence du Dieu viTant. Atioenne (mort entre 1037 et lOHO), le plus célèbre de* philosofdM musulmans , se permit en outre d'empnmter aux néoplalonicienB leurs Emanations et leurs Sphères célestes. ■ La philosophie,* Ht l'historien arabe Hakrizi (I ) , k causait à la religion des maux plus funestes qu'on ne peut dire, o Les excès de ta libre pensée sm^ nèrent une réaction violente. Elle eut pour oi^ne Algazel (mort 1 1ST) , le Deilrvcteur de» philoiopkea. Ils ne se relevèrent pas en Aùe du coup mortel qu'il leur avait porté. I) les attaquait avec l'arme du scepticisme et par le doute ramenait les âmes i' la fui.
L« philosophie d'Aristote , qui avait péri en Orient^ reprit vie auprès des califes d'Eiipagne. Là vécut le grand Averroès (mort avant 1S17], le Commentateur par excellence, dont la gloire se coufondût avec celle de son maître aux yeux de nos théologiens scolastiquee du treizième siècle. La psychologie péripatéttcieruM l'avait conduit à un panthéisme qui effaçait l'individualité, sspjvimait la providence et la création, et posût l'évolution néoestaire d'une matière étemelle. On aurait pu supprimer Dieu sans porter atteinte au système.
Avioenne avait été le disciple de Ebn-To{diail (mml tl76), le seul des philosophes mahométans qui attirera un instant noti* attention. Il croyait que les hommes étaient autrefois sortis de terre dans les zones t«mpàrées par une génération spontanée. Mais il alliait cette opinion, tout épicurienne et athée, an mjtli* cisme des néoplatoniciens. Son système, le plus original ssU contredit de tout le monde musulman, se trouva exposé dans bd roman philosophique, dont le héros, fils de la terre, abandonné 1 lui-mémedans une tle déserte, parvient, de spéculation en spécthition, jusqu'fc la suprême oonnaissaooe de toutes choses et b II
vision de IMsu. Ce remarqutble ouvrage, dmit LeibaHi feisait un trè«-gniid cas, est Te premier où l'oo ait donna la pr«ml6re pltoe à la doctrine de la triple vie hamune. La découverte de Tophall est sans doute altérée et par son aacAtisme et par l'isolement où il place son Autodidacte. Mais il nous serait tràs-fscile de compléler et rectifier sa pensée. Il nous dit que ItiomiDe a trois ordres d'afiioités : avec les animaux, avec les corps céleetM et i?ec la Divinité ; — troli modes d'action : par les organes nutériels, par l'esprit vital (l'Ime) et par sa propre essenrse (i'esprit); — trois ordres de choses sur lesquels se dirige son action : les choses sensibles, sa propre essence et l'Ëb« absolu ; — enfln trois devoirs : étendre une protecticm bienfaisante sur les plantes et les uimaux; se {Mesurer de toute Booillure; s'identifier avec Dieu. SobatituoDs à l'intuition extatique de la Divinité la foi et l'amour da chrétien; joutons aux devoirs de l'homme envers soi seul ceux de la justice et de la charité, et nous aurons un résumé assez exact de la vie humaine.
Ebn-Tophaïl avait posé le vrai fondement de la philosophie de l'histoire. Mais nul mahométan ne tenta d'élever sur cette base le moindre édifice. L'islam, comme l'antique Orient et comme le moyen âge byzantin et occidental, n'a produit que des annalistes. On les dit inférieurs même àceux du Bas-Empire.
Ibn-Kbaldoun (mort li06], de Tunis, seul fait preuve d'un esprit ■{uelque peu philosophique. On a de lui une Histoire des Arabes et de» Berbtrs. Dans ses Prolégomènes, il traite de la critique historique, des origines de la société, de l'influence des climats, des <su5es du développement et de la décadence des nations, du travail et des différentes professions libérales et mécaniques. Il tei^ mine par une classification des sciences.