‹ Les deux cochers de Québec ...: Souvenirs historiquesChapitre 11 sur 13 · POLITIQUE · texte numérisé non relu

POLITIQUE

Le chef Tory, son régime, ses disciples du jour. Notre ramollissement "politique et national. Les gazettes Les oiseaux rouges ou bleus.

Eh ! bien, Baptiste, et toi Josette, ma voisine, qui aimez tant causer politique et lire la gazette, jb vais essayer de vous

contenter et de vous amuser, jusqu'à minuit, en continuant de vous parler de no»

tories canadiens-français, et de leur meilleur et plus noble chef, mais, pour nous, notre moins bon cocher de Québec, et des gazettes tories.

Vous reconnaîtrez, aussi, beaucoup de ses amis d'aujourd'hui. Il ne faut pas les nommer tous, pas même ici, entre nous, car il faut, avant tout, respecter la vie privée et ne citer que les actes publics, et encore, avec assez de charité, et toujours d'accord, avec la vérité.

Je ne veux que vous instruire, un peu, ô vous, les plus petits de nos enfants, en vous disant, en ces jours de neige, de vous défier de tous ces gros oiseaux de proie et des loups affamés qui sortent du bois et veulent vous dévorer, tout vivants.

Voyez, si votre porte est bien fermée ; écoutez ce que votre grand-père va vous dire, sur les dangers que nous courons, en suivant toujours la route tracée pour nous, les pauvres cochers canadiens, par

notre chef politique, surnommé Sir George, notre ancien maître, aidé de ses engagés, de ses domestiques.

Voici ce que Ton dit' déjà, partout, et . tout-bas, dans nos boutiques, mais, ce que Ton dira, bien haut, plus tard, dans l'histoire de notre nationalité compromise par cet ami, trop complaisant de l'Angleterre.

Voici ce que j'en sais, du moins, et je vais vous en parler à ma façon et sans me gêner, comme de raison.

Ce grand ministre, d'une énergie indomptable, mais d'une ambition démesurée, ne voulut s'entourer que de serviteurs, bien soumis ou de nullités, complaisantes et faciles.

Il voulut toujours mener seul. Il sacrifia, tour à tour, ses collègues dont la valeur pouvait le gêner trop.

Il éloigna Drummond, Morin, Sicotte, Loranger, Cauchon, et gouverna, seul, pendant de longues années, avec ses deux moUes r doublures, Langevin-Chapais ou

son lieutenant, (SirN.) Belle&u, son con* mode président.

Il ne voulut se soumettre qu'à son maître et associé, Sir John.

Il voulut supplanter " Sir- Etienne Paschal Taché, et les témoins pour le prouver, ne sont pas encore, tous, enterrés.

Ceci est une pure vérité. Je puis le jurer devant la cour

oui, devant la " Cour des Sessions de " Quartiers."

" Sir Etienne Taché " était, voyezvous, l'un de nos chefs qui avait la foi la plus robuste en notre nationalité.

"Le dernier coup de canon, pour la défense de l'Angleterre, sera, dit-il, tiré par un canadien-français."

Et, ma foi, il parait avoir eu raison !

Mais, les tories Canadiens d'aujourd'hui, vont beaucoup plus loin !

Ils veulent que l'Angleterre, dans une plus noble ambition, fa&fcs ^eudre le der-

nier canadien-français ou le dernier métisxançais et qu'il lui serve, ainsi, de dernier imusement politique.

Çà sera son dernier trophée, pour couronner le monument et la gloire de notre

plus parfait annéantissement.

Aussi, parmi ces modernes conservateurs, quelles douces joies, déjà, en ces jojLirs de pendaisons, à la façon de Chapleau, Langevin et Caron ?

Nous en verrons bien d'autres, pourtant, si nous ne laissons pas le chemin tracée par ces champions, si avancés, de notre civilisation et de notre liberté, tant promise et tant vantée.

Ce n'est que le commencement de notre régénération nouvelle.

L'Ombre de Cartier grandit toujours et parait s'allonger, comme un nuage bien noir, pour nous, sur l'horizon de la Confédération, qu'il nous a imposée, comme un traité inviolable.

Il a laissé le Bas-Canada sans un chef capable, de nous bien diriger en bon général français.

En ce jour, de si grand danger, on ne sait encore si c'est Langevin ou Masson, Chapleau ou Mousseau, Ross ou Caron, qui peuvent nous bien gouverner.

Triste succession vacante de ce chef égoïste et de notre école tory. .

On attend toujours un libérateur. Dieu saura pourtant nous le donner, bientôt.

Cartier voulut aussi régner, seul, au moyen de la corruption la plus éhontée, en ramollissant les consciences et en achetant les volontés.

Il préféra toujours les candidatures des hommes ignorants, sachant à peine l'A.

B. C, aux intelligences d'élite.

Il préféra Coupai à Loranger !

Les nominations ço\\t\ç\v\fc^da sénateurs

ou de conseillers législatifs n'ont que trop prouvé son étouffement d'un, éteignoir.

Il a fait tomber ainsi la valeur des hommes, en politique. Il a fait baisser le baromètre de l'opinion publique.

La noble carrière de la politique, tombée dans la bureaucratie la plus ignoble et dans une puante boutique est devenue un trop sale métier qui répugne aux hommes bien nés.

Les achats trop patents des cœurs aplatis et les ventes à l'enchère des consciences ramollies, n'ont fait qu'attirer les brocanteurs à l'encan public.

Les hommes de caractère et qui pensent par eux-mêmes, s'éloignent naturellement, de cet agiotage véreux, de ce tripotage honteux, du soir.

On n'aime que les talents, assez vertueux et assez souples pour la trahison ; ceux qui se vendent, au retour de chaque saison, ou s'achètent sur le marché, comme des débris de veaux, de la cochonnaille ou

de la viande hachée, pour faire des tartes, ou des petits pâtés.

Aussi, le chantage écœurant des affamés et des ventrus remplacent le mérite et la vertu.

Les traînards ou les transfuges, les * jarnacs ou les judas, sont reconnus, en politique, tout comme des preux chevaliers, Bayard, " Sans peur et sans reproche." Ils sont placés aux premiers postes du gouvernement et meurent au champ d'honneur, en chantant leur propre gloire.

La conscience publique est étouffée et la probité, aussi.

Tous les signes avant coureurs des grandes révolutions européennes, commencent à se faire voir. Le règne de l'anarchie menace et le peuple est près du désespoir .et de la banqueroute' générale.

Les déserteurs, les lâches, chantent leurs propres louanges et celles des traîtres, en riant : " Oh ! grenadiers, vous avez

raison ! "

" La Tour d'Auvergne, n'est plus qu'un chapon." La lâcheté, pour vous, est donc à prime, et le courage, la ruine.

Les grands font bien piteusement la cour aux plus petits, ou au 'plus simple des parvenus, quand c'est un Roi, né de la spéculation.

Des ministres vaniteux, des députés vantards et fantasques, des hommes sans cœur et sans valeur, chantent et signent leurs propres palinodies avec un front d'airain, bravant le mépris ou les rires moqueurs du public, dédaigneux et bien ennuyé, de leurs réclames personnelles et sempiternelles.

On se fait de plus fabriquer des médailles de clinquant, chez Lahaie, ou Ton s'arroge des titres, bêtement inventés, chez Lajoie, ou trouvés, ailleurs.

C'est aujourd'hui le règne de la duplicité, du mensonge, de la forfanterie et du cynisme.

Nos institutions monétaires, de pluô, sont ébranlées.

Lange vin, voulant emprunter des millions, nous avait pourtant bien assuré que le règne des déficits était passé, pour toujours.

Les millions ont été dépensés, de nouveaux millions ont été demandés, etdëficit, il y a toujours. C'est la maladie consomptive et naturelle du régime tory. Aussi, les ' banques s' affaiblissent ( se trouvent mal, ou font faillite.

• Plus de confiance en aucune responsabilité ou comptabilité.

En notre politique, on ne vit que d'emprunt et Ton porte à notre capital, l'intérêt de nos dettes, pour enrichir les niais qui sont toujours contents d'apporter à leur avoir quelques nouvelles bêtises financières.

Les officiers trop complaisants de l'Audit ne font plus que de la drôlerie. Ils ne découvrent jamais les déficits, et tout

comme les faux dieux d'Egypte : Oculos hâtent, sed non vident ! On fait des rapports, pour rire, pour augmenter les salaires dès rapporteurs, le service public et prendre soin des enfants.

Le comptable, le plus inviolable, et même statutaire, s'il vous plait, cède, avec aise, devant les légères promesses, les assurances ou les exigences des Dansereaus, des Gales et de bien d'autres, qui savent jouer avec les chiffres, les chemins de fer, les contrats, les livres, les procès, les commissions, les terres ; aussi, pour soulager le gouvernement ou un chef en veine.

Facilement, l'on donne l'absolution à un ami, un frère, quelquefois à un confrère, et pour pénitence, une pension viagère, qui les sauve de la misère.

" Charité de confréries,"

" Connivence ou maladresse,"

" Et complaisances de drôlesse,"

" Vous serez toujours bénies,"

" De tous les conservateurs,"

" Scrupuleux, fervents, prieurs."

Déjà, guerres de race et de religions !

Déjà, nos martyrs, et woa \,t\fc\fc& \fc\A^\*«fc&\

Demain, peut-être un déluge sanglant de toute une nationalité.

Hélas I que nous sommes en danger, Prions Dieu de vouloir nous sauver.

La révolution, la gangrène a gagné toutes les couches sociales et a pénétré jusque dans nos maisons.

Tout est bouleversé, maintenant. En ménage, tout comme en politique, on ne pense plus qu'à bien manger et à vivre dans la mollesse et dans l'orgie, amasser de l'argent, honnêtement, quand on ne peut faire, autrement, plus facilement.

On veut-être, partout,grassement nourri, richement logé, royalement paré et chaudement entretenu ; mais, un peu moins inquiet d'être bien éclairé.

Aussi, les filles, les plus jolies, trouvent plus difficilement à se marier.

Les vieux garçons, riches, et trop souvent, les plus jeunes, presqu'aussi craintifa, restent seuls à la maison.

Dans le bon vieux temps, mes enfants, il en était bien autrement.

On avait un autre Dieu que celui de l'argent.

L'amour de la patrie et de l'honneur, valait celui de nos parents.

Les filles, d'autrefois, brisaient moins de pianos, mais voyaient aux provisions et au premier soin du chaudron.

On n'avait pas d'aussi riches salons, mais on sautait, plus commodément. On dansait la belle, et sainte Catherine, sur le chant, quand on n'avait pas de violon.

Jamais, non jamais,on donnait de grands bals, avant d'avoir fait sa première communion.

Aujourd'hui, nous agissons tout autrement. Les enfants de six ans, mènent et battent les chevaux, et sont déjà de beaucoup trop grands garçons.

Les filles, vieilles comme eux, sont des maîtresses, à la maison.

Aujourd'hui, les bambins gouvernent, et les vieux, trop abrutis, n'ont jamais raison.

D'où viennent tous ces bouleversements?

Chacun se fait une conscience, une religion, pour soi. En ce temps de saints combats, et de guerre politique, déjà trop dfc " croisades " ont eu lieu, et bien d'autres se préparent, aussi ; puis, les musulmans triomphent toujours, en attendant.

Faudra-t-il reculer, toujours ? Non., il faut, enfin, triompher !

Heureusement, que nous avons, dans Israël, un roi de Jérusalem ; nos chevaliers du Bouillon, St. Bernard, et St. Louis, Barberousse, et Philippe, son ami, Cœur de Lion, le philosophe Abélard, et notre

Petit Pierre ; l'hermite puis

beaucoup. ... beaucoup trop de " pastoureaux."

N'avons nous pas d'ailleurs, nos deux anges nouveaux ? Celui de l'annonçiation f et celui de la délivrance.

Gabriel et Raphaël.

L'un, nous annonce la venue d*unt messie nouveau, et l'autre, vient donner la vue à Tobie, avec son fiel de poisson.

Deux messagers célestes et beaux Séraphins, venus de l'autre monde, mais, tous deux, de la même contrée. Ils s'offrent, bien volontiers à nous, pour nous mener, sur la bonne route, comme deux bons cochers fidèles, et.nous offrant, de plus, la Justice.

Lequel des deux prendrons nous ?

Les signes de la fin dû monde approchent, nous dit-on. Défiez-vous donc, mes enfants, de l'Antéchrist, de son étendard, et.de tous ses perfides envoyés.

Tous les juifs ne sont pas encore convertis. Prions, prions toujours, le bon Dieu et, il nous éclairera, si nous restons toujours fidèles à la bonne religion de nos premiers parents.

En attendant le jour de la résurrection pour nous, et le temps de saluer, notre

vrai Libérateur, voyons bien les événements qui se passent autour de nous.

Les avocats, trop savants, ou les docteurs licenciés, députés ou gouverneurs, font aujourd'hui, des quais ou des chemins de fer, et les maçons désœuvrés ou des forgerons, vendeurs de fer ou de chaudrons, tous, comme des héros en alphabet, font des lois et des constitutions.

Les postillons déchargés, les députés infidèles ou renvoyés, les notaires associés ou journalistes, à la journée, maçonnent, par devant et par derrière, des murs de fortifications.

Ils font, aussi, le mortier commun des bâtisses militaire», pour driller et loger toutes les garnisons.

Etrange et triste déclassement industriel et changement de métier, abaissement professionel, dégradation morale et intellectuelle, avachissement personnel, chaos

épouvantable, mais bien naturel, de notre politique de bric à brac.

Signes des temps ! ! !

• L'histoire du grand Tronc, du chemin

du Nord, du Lac St. Jean, de Paspébiac, de la rivière du Loup, Berthier, St. Lin, et de tant d'autres ; le scandale du Pacifique et des Tanneries, les contrats de l'asile de Beauport, des bâtisses' d'Ottawa, le régime de Baby-McGrevy, Charlebois et Cimon, enfin le Sénécalisme, ne prouvent que trop la dégringolade générale et la fin du monde.

Sublime rénovation de notre indépendance politique et nationale que nous a enseignée et donnée notre école tory.

Le parlementarisme militaire de Cartier devait créer, pour se maintenir, le journalisme mercenaire

Notre presse, en général, n'est plus l'écho fidèle, de la voix du peuple ni celui de la grande armée.

Elle n'est plutôt qu'un son de trompette, de Hulands ou de brigands, chasseurs ; le bruit sauvage de " chauffeurs " ou de " pendeurs ; " un tremblement convulsif de spéculateurs éhontés ou de marchands ruinés ; trop souvent, le chant d'un vendeur de guenilles ou de bouteilles. Quelque fois, aussi, le ronflement, plus majestueux, d'un gros mangeur, bien endormi, et trop repu, qui, du matin jusqu'au soir, rêve aux carottes qu'il pourra digérer, de plus, durant la nuit, en fesant le moins de bruit possible, pour ne pas réveiller le public et crier : au voleur ! .

Servilisme partout, l'obscurité ou le silence, telle fut aussi, la doctrine parlementaire du gouvernement responsable de Cartier.

Avocat enrôlé du Grand Tronc et ministre en même temps, Cartier voulut, de plus, s'enrichir par un cumul scandaleux et régner en tyran.

Ce trafic honteux, maisinoui, jusque-là,

chez les nôtres du moins, a gâté les amis.

Aujourd'hui ses disciples, laquais, portiers, ou ministres embauchés, veulent, d'avance, posséder leurs livrées, leurs porte-feuilles de juge, ou des contrats bien signés et serrés dans leurs poches, avant de se faire élire, ministres, présidents ou députés, pour rire, en les conservant, pieusement.

Les frères échangent ou troquent entre eux, les places de gouverneur, de sénateur ou de juge, pour surnager, tous ensemble.

On a été jusqu'à créer, conseiller Législatif, d'un jour, un agent soudoyé, pour enlever, par son vote unique, deux millions d'un seul coup au coffre public, déjà presque vide.

Presque tous les députés sont aujourd'hui doublement salariés et vivent de commissions inventées, ou que l'on ne veut pas signer, quand on a été payé, bien largement.

L'indépendance parlementaire, n'est plus qu'un mot sonore et menteur.. D'ailleurs, Cartier l'avait dit : il est plus facile d'acheter le député que les électeurs !

Son ami, Sir Hugh Allan, l'avait, très bien, compris. " Pourquoi jeter, inutilement, notre poudre aux moineaux," télégraphiait-il, et " pourquoi, s'occuper de Langevin et des autres députés français ? " " Quand on a Cartier," tous les canadiens tories, sont à nous !" " Déjà, vingt sept députés sont, d'avance, enrôlés."

Aujourd'hui, c'est Johny qui rit, encore !

Hélas ! trop de juges, aujourd'hui, (nominations politiques), quelques uns trop chèrement achetés, ne pensent plus qu'à flatter les ministres qui les ont nommés. Ils n'opinent, que du bonnet politique, dont on les a coiffés.

On fait des juges !. . . avec des transfuges ! ! ! La magistrature tourne à la

camaraderie et descend, quelque fois, jusqu'à la plus triste plaisanterie. Aussi les avocats ventrus font course à toutes les jugeries et veulent des chapeaux cornue, de tous les prix.

On monte sur tous les bancs, ou Ton descend les escaliers et jusque dans la rue, pour changer, marchander et acheter les bosses.

En notre politique, la vérité fait place à la ruse, la vénalité, à l'indépendance, et la vanité étouffe la modestie.

Le plus habile est celui qui se vend et le plus fin celui qui ment. Les comptes publics nous donnent les prix des veaux et des moutons. Les vantards et les bateleurs sont des héros, partout. L'intrigue est à prime, et la probité n'apporte que la

ruine.

Vols organisés, spéculations véreuses, concussions ou rapines suggérées, tolérées, encouragées, sanctionnées ou même légalisées,pour le profit personnel, des directeurs

de banques d'épargnes, d'assurances, de chemins de fer, d'accapareurs de terres ou de pillards de municipalités, par des gouverneurs, des ministres, des députés ou autres officiers publics ; bilans trompeurs, déguisés ou falsifiés du gouvernement ou par d'autres sociétés ; rien ne saurait gêner trop, de nos hommes publics. Il faut arriver, et surtout rester au poste, tant désiré, n'importe le prix coûtant.

Cependant, tout homme* public, surtout, le plus haut placé, une fois qu'il est reconnu coupable d'un délit, un homme taré, celuilà ne doit plus appartenir à aucun parti politique.

Il doit être repoussé de tous les honnêtes gens, jeté hors de toute sociétée et n'être ministre, dans aucune coalition.

Telle devrait être au moins, la morale, en action.

Les Langeliers, les Davids, comme bien d'autres et Mercier, n'y ont jamais fait assez attention, manquant d'indépendance

ou de carractère politique, ou poussés par une convoitise désordonnée pour le pouvoir, ou par un excès de libéralité ou de générosité, trop mal entendue, du cœnr.

La probité et l'honneur ne transigent point ainsi avec toute dépravation, dangereuse, scandaleuse à ce point et trop notoire.

En Angleterre, en France, et même aux Etats-Unis, les grands coupables sont bannis,ôu, plutôt, vont mourir dans les cachots. Plus d'un héros, en Canada, auraient du subir le même sort. Et cependant, ils sont des cheyaliers d'honneur, des chefs et des fétiches adorés.

Mes enfants, c'est la pure vérité.

Si j'étais curé, je ne m'occuperais guère du nom, des distinctions, des chicanes, des profits, des succès des partis ; mais je prêcherais plus fort, contre les chefs pervers, les scandales des grands, que contre les plus petits péchés dès ç&uvres 4\a<!r

teurs, dont on exploite, l'ignorance, la bonne foi, les besoins et la misère.

Je tonnerais^ beaucoup plus, là dessus !

Dans la presse, les plagiaires et les thuriféraires, ne sont plus que des savante, des philosophes profonds, des génies transcendants ou des phénomènes littéraires.

Leur vertu -nobiliaire est audessus du soupçon, et les rédacteurs, dans leur indépendance, forment une congrégation de charité et de dévouement. Malheur, à ceux qui osent discuter leur religion ou douter de leurs miracles !

% Leurs si riches vantardises, à la Robert Macaire, ou de Bertrand, son ami, leurs tours de Houdin, ne font plus rire personne.

Au contraire, Ton prend tous les farceurs et leurs arlequin ades pour des prodiges étonnants et leur monnaie de singe, pour du bon argent comptant.

La presse devient trop souvent un triste truchement. Les écrivains aux c,qtlV\ç£\wv*

sincères en sont bannis et livrés aux

sifflets de compères turbulents.

Quand donc les bons canadiens qui voient plus clair, qui lisent couramment, et, secouant leur indifférence et leur dégoût, dévoileront-ils les machinations de ces pitres de complaisances ? Renverseront-ils bientôt leurs tréteaux de pantins, et casseront-ils leurs ficelles ?

Quand serons nous donc débarrassés de ces escamoteurs aux passes antipatriotiques et, quand renverserons-nbus donc, tous les goblets mystificateurs de ces joueurs à paie ou non ?

Il faudraft, au moins, varier de mises en scènes, changer les décors, briser les lanternes magiques, chasser les singes qui éclairent un public qui est dans la noirceur, puis, casser enfin la chandelle éteinte et montrer la vérité au grand soleil.

Autrefois, les faux éclaireurs, les dupeurs, les voleurs, les concussionnaires et le» pi us pacifiques çmbm<ta<k\vTa> ^ ^ &hs»fe-

paient pas à la réprobation générale. On* déchirait les rideaux ! Les faux géants tombaient de la hauteur de leurs échasses ou de leur réputation, quand leurs méchants complots étaient les moins notoires.

On ne réinstallait pas les coupables»

dans leurs premières positions pour recommencer les mêmes supercheries ; jamais, "on ne leur donnait 'des titres honorifiques pour les récompenser de leurs méfaits.

Autrefois, on pendait pour le vol d'un mouton, mais, aujourd'hui, Ton rit du vol d'un million ! Là concussion des deniers' publics, est une opération facMe, qui eet, de bon ton, chez les hauts fonctionnaire»

de renom.

On bannissait, autrefois, les voleurs en grand, et les concussionnaires, on leur envoyait, tout simplement, au pénitei^cietf . Aujourd'hui, on les mets, ou, plutôt, on le$ remets, à la tête du pays ! on en fait deaennobïis. Le manteau po\îi\c\yj^ e%i €%it

pour couvrir le vice ou le crime et les fait «ubstituer* à la vertu : c'est ainsi que les hauts criminels, dans les scandales, si notoires du Pacifique, du chemin du Nord, des Tanneries, sont aujourd'hui, refaits nos plus nobles chefs tories et nous gouvernent en tyrans.

Dans tout autre pays, ils seraient allés mourir dans les cachots ; mais que voyons mous aujourd'hui ? Ils recommencent leurs concussions et dilapidations des deniers publics. C'est le moyen reçu, de toujours dominer et de faire fleurir la vertu.

Des députés indécis, du journaliste hermaphrodite qui veut vendre sa plume et son honneur, il suffit de chatouiller un peu au vif la conscience ramollie, gratter un peu leur démangeaison, appliquer un peu de mucilage ou de papier rigolo, sur les plaies, et les voilà tous guéris, convertis.

C'est ainsi que l'on encourage les plus grands, à voler les plus petits, pour enrichir Je pays, et le sauvât.

Remercions Dieu, dit-on, que le concussionnaire n'ait pas pris deux millions de plus ! Quel dévoué bon garçoû ? Vive le voleur ! Vive le transfuge ! Vive le ministre dilapidateur et si complaisant ! Votons confiance en lui !

La chose est faite, maintenant ! quittons le faire, tranquillement ; quitte à lui de recommencer ! et de mieux faire ! Restons conservateurs ! Çà ne vaut pas la peine de changer de gouvernement !

Telle est, vraiment (et qui peut le nier), la morale, en action, du parti régnant. ,

Les médecins, se paient d'eux mêmes* avec un peu d'eau plus sucrée, ou du thé, du Japon, que l'on fait payer, un peu plus, cher, par les électeurs, déjà malades, de ne boire que de l'eau salé des aqueducs. Les comptes des apothicaires sont, ainsi, plus facilement réglés, et doublement soldés.

C'est ce que me disait, en riant, notre

voisin, le rusé, et vigoureux charretier, qui a si bonne main ; cette mouche à feu, qui brûle encore le chemjn, comme un jeune homme, quand il est monté sur ses plus grands chevaux.

Pour s'enrichir, et monter vite, disait-il, il ne faut jamais se mater, ou faire échec *u Roi. Trop de désintéressement personnel, ou d'attachement à la patrie et à Fhonneur, et, même, à la Corporation, ne flont plus que des faiblesses, trop reconnues, pour pouvoir bien mener à la gloire, et conserver nos meilleures pratiques.

Ne voulant pas, ou, plutôt, ne pouvant pas, s'enrichir, aux dépens du public, ces •cochers, beaucoup trop niais, sont réputés de parfaites nullités.

Il faut savoir mieux profiter du tarif et de la tournée, voyager, charrier, finement; mais, surtout, porter haut et trotter moins franc ; ambler lestement, s'élever vîtement, et galoper, plus en grand.

Oh ! C'est bien là, la maxime exprimée, trop ouvertement, par trop de gens honnêtes, et ce, dans tous les rangs. C'est le règne : que voulez-vous de mieux, de ce que l'on appelle, les plus fins, des honnêtes gens.

Ainsi donc, trop de probité, nuit, pour bien mener, en politique. Aussi, les cochers, trop lents, ou trop scrupuleux, s'en vont. Dés ingénieurs, moins peureux, ' font voyager le pays, plus vite, sur des chemins d'acier, et dans des voitures bien dorées.

Hélas ! Nous allons, certainement culbuter; peut-être, prochainement! .C'est votre grand-père, Montre-œil, qui vous le dit, très charitablement.

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