‹ Les deux consciencesChapitre 6 sur 7 · FE R R É O L · texte numérisé non relu

FE R R É O L

— Eh bien! petite, quoi de nouveau? Le père a-t-il cédé ?

— Complètement, avec une seule condition,

— Mécliante ! Vous ne m'avez pas prévenue?

— C'était inutile. Je me suis décidée sans l'avis de personne. Le père de mon fiancé, comme preuve d'amour, me demandait l'abandon du mariage religieux,

— Ah ! le gredin ! Il se moquait de nous l

— Pas le moins du monde. Il réclamait un^ sacrifice sans importance à ses yeux. Quant au fiancé lui-même, il déclarait ne point approuver ce tatillonnage. L^ne douzaine de cierge» en plus ou en moins est une simple vétille dansson opinion. Son père, malheureusement, lient les cordons de la bourse... Voilà ce qu'il m'a fallu entendre !

— Alors, tout est Uni entre vous deux?

— Plus j'y pense, marraine, plus je suis convaincue qu'il n'y a jamais rien eu entre nous deux — sauf un accès de folie. Une de mes compagnes, devenue amoureuse d'un Chinois, l'a épousé. Ils ont vécu ensemble huit jours. Le langage, la nourriture, le vêtement

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de chacun d'eux répugnait à l'autre. Cependant cette pauvre folle avait aimé son Chinois...

Il fallut s'interrompre, essuyer une larme. Félix, après tout, n'avait ni le teint jaune, ni les yeux hridés ; il s'habillait bien et parlait mieux encore. Et la pauvre Rosine allait avoir vingt ans ! Madame de Cussigny, au spectacle de ce chagrin, aplatit ses coques blanches d'un coup de poing furieux.

— Tout cela c'est ma faute ! Jamais — vous entendez, petite — ■ jamais plus je ne m'occuperai d'un mariage. Comment faut-il s'y prendre, Seigneur ! quand on veut faire quelque bien ici-bas ?

— Vous m'avez fait plus que du bien, marraine. Sans vous, quelle eût été mon existence ? J'avais tout contre moi !

— Et maintenant? Je vous ai fait perdre la paix en vous poussant vers cet homme. Je m'étais ligurée tant de choses : que vous le convertiriez, lui, son père, le votre !

A ces mots, la jeune iille regarda ses mains jointes.

— Mais, dit-elle, je n'y renonce pas.

— Oh! bien, moi, j'y renonce. Qu'ils aillent

OÙ ils voudront, peu m'importe ! C'est vous qui m'occupez. Si je pouvais, par quelque pénitence, me faire pardonner le chagrin dont votre cœur souffre, et dont je suis cause !...

— Vous aurez votre pénitence, marraine, et c'est moi qui la choisirai. Jusque-là, tâchons d'oublier cette mésaventure. Pour l'oublier, n'en parlons plus.

Et réduisant les proportions de cette mésaventure à un accès de folie, Rosine voulait parler de son cousin et ne lui rendait pas tout à fait justice. Véritablement, la blessure qu'il avait reçue ne risquait pas de causer la mort d'un joli garçon, entraîné pour une fois sur la rive sentimentale. Néanmoins les premières minutes furent pénibles. Sa mère, devenue sa conhdente, traita la plaie par le vinaigre, non par le baume.

— Tu vois, dit-elle, ce grand amour ! A la première concession exigée, mademoiselle te tourne le dos. Cependant on ne lui demandait pas de commettre un vol, ou d'assassiner quelqu'un. L'amour? Tu me fais rire ! L'obstination et l'orgueil, voilà ce qui la gonfle. Maintenant elle pourra dire : a J'ai envoyé paître le lils

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Pelit-Cuenot. » lion! Si je la tenais! J'espère bien que tu vas montrer que tu t'en fiches. Moi, à ta ])lace, je serais marié dans six semaines.

Quant à Claude, loin d'être blessé dans son amour-propre, il triomphait. Sans (Hre un non brutal, sans mécontenter personne, pas même son fils, il avait rendu le mariage impossible et mis les torts du côté de la jeune lille obstinée au refus d'une condition. C'était, en somme, la tactique employée trente ans plus lot pour rompre un mariage destiné à faire phis de l)ruit en ce monde : celui de hi France et du dernier Bourbon. Là aussi on avait amené la brouille en soulevant une question de cérémonial. Mais c'est sans le savoir que Claude avait copié ses prédécesseurs. Les dessous des événements, même de ceux qu'il voyait s'accomplir chaque jour, échappaient à sa compréhension.

Un temps moral s'étant écoulé depuis la catastrophe, il crut pouvoir guider son fils vers des projets nouveaux. L'union en vue réunissait toutes les garanties de bonheur pour Félix, et surtout pour Claude, à qui elle assurait des voix nombreuses, dont l'appoint devenait fort utile.

En eftet, libre de tout souci du côté réactionnaire, il se sentait menacé d'une fissure dans le bloc servant d'appui à son siège. Le premier symptôme fàcbeux était l'arrivée au Conseil Général d'un candidat ayant arboré cette étiquette de mauvaise mine : Lucien Cottard, socialiste indépendant.

— Quand je me suis présenté pour la première fois, il n'était pas si fier, soupirait Claude dans le sein de ses amis. Je l'ai eu pour un bureau de tabac qu'il désirait joindre à son débit de boissons. Maintenant son cabaret s'est transformé en maison de commerce florissante, car il est très fort. Son « indépendance », qu'il me fourre sous le nez, se traduit par ces mots : Cottard n'a plus besoin de moi et m'attend venir.

Un homme à sa dévotion, quelque chose comme le garde-chasse de son gibier électoral, lui dit un jour, en clignant de l'œil :

— Cottard a une fille unique. Ce n'est pas une beauté régulière, mais elle est gentille, bien dotée, et meurt d'envie d'habiter Paris.

Le samedi suivant, un coupé d'express, d'autant plus moelleux qu'il était gratuit, empor-

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tait vers son lief le député, infalij^able comme le mercator d'Horace, et pour la môme raison : Indocilis paii'perîein pati. Le lendemain, nn prétexte frivole et d'ailleurs aussitôt pénétré, le mettait en i)résence de ^Nfalvina Cottard. Non seulement gentille, mais coquette et délurée, avec le joli teint d'une campagnarde qui reste à l'ombre, elle annonçait 200.000 francs de dot et en avait les deux bons tiers, chose rare. C'était un beau parti pour « le lils Petitcuenot que sa cousine avait envoyé paître », ainsi que disait Virginie. Malheureusement le désir de la revanche ne bouillonnait pas en lui, malgré les exhortations maternelles. Bien plus-, après avoir déblatéré contre Rosine pendant un mois ou <leux, il ne permettait plus (ju'on en parlât devant lui.

— J'ai peur qu'il ne Fait dans la peau, disait l'ancienne lleuriste en son langage rafiiné.

Encore qu'elle exagérât fortement, on ne put obtenir que Félix allât rôder en province autour de Malvina Cottard.

— Assez d'émotions pour le moment, fut sa réponse donnée sous la forme ironique.

Le fâcheux, c'est qu'on avait causé autour

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deMalvina. Les augures lui avaient annoncé la visite d'un beau jeune homme. Celui-ci tardant à venir, elle n'avait pas été contente. Le bruit courait même que cette fille unique, très gâtée par son père, se vantait de tenir dans ses mains la réélection du député sortant.

Pendant ce temps-là, Rosine songeait à prendre sa revanche, d'une façon que certains auront prévue. Madame de Cussigny, moins clairvoyante, faillit tomber en syncope un dimanche matin aux paroles qu'elle venait d'entendre. On était en hiver ; la neige fondait dans le cloaque de la rue. Il n'était plus question de promenade autour du lac, où l'on trouve du soleil, des fleurs, des canards... et des cousins.

— Vous, religieuse! Voyons, ma chère...

Vous n'en êtes pas là! Cet affreux homme ne mérite pas un tel honneur. Songez qu'il va éclater d'orgueil. Cela seul doit vous arrêter.

— Si mon cousin doit être fier de quelque chose, marraine, ce n'est pas de m'envoyer au couvent, c'est de m'avoir empêchée d'y aller plus tôt. Le soir où je l'ai trouvé chez mon père, j'étais, tout comme aujourd'hui, décidée à partir. Je suis restée à cause de lui, pensant

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que ma vocation n'était qu'une crise de découragement. Vous qui connaissez ma vie, mes idées, celles de ma famille, dites-moi ce qui peut me retenir dans le monde. Partout l'imjiossible m'arrête. Mon âme, pareille à l'oiseau devenu libre, se heurte aux murailles d'une chambre dont la lumière est enlevée. Mon père et moi nous nous faisons beaucoup de mal tout en nous adorant. Je tâche de ne point l'irriter par un mot, par un geste. 11 en est de même pour lui. C'est une contrainte continuelle et douloureuse.

— Le fait est que votre famille n'est pas ordinaire.

— Mais si ! Des milliers de familles toutes semblables suivent leur chemin sans qu'il y ait aucun choc entre leurs membres. C'est moi qui ne suis pas à ma place dans ce milieu dont la grâce m'a sortie, et que la prière seule peut modifier.

— Oh! si vous parlez comme les Saintes !... Mais, sainte ou non, votre père ne vous laissera jamais partir. Et que deviendra-t-il, si vous partez?

— Souvenez-vous, marraine, d'une pénitence

que je vous ai promise iin certain jour oii vous étiez fort en colère contre vous-même. Elle consistera, si vous voulez bien, d'abord à me soutenir auprès de mon père, afin qu'il consente. Puis vous le consol'erez ; vous me remplacerez auprès de lui.

La baronne leva les bras au ciel.

— Votre père va me tuer au premier mot. Peu importe ; je ne peux rien vous refuser. Mais, encore une fois, si j'en sors vivante, on pourra me prier longtemps de m'occuper d'un mariage !

L'annonce des projets de Rosine mettait à l'épreuve quelques-uns des principes de son père. Toute sa vie, ce doctrinaire convaincu et loyal avait inscrit le respect de la liberté de chacun sur son programme. En cela il suivait l'exemple de ses amis politiques; mais, toujours conséquent avec lui-même, il n'opposait pas comme eux la tyrannie dans les actes à la liberté dans les mots. L'intolérance religieuse, l'ostracisme à l'égard du parti opposé, les mesures d'exception contre une catégorie de personnes, étaient jugés par lui comme incompatibles avec la pure notion républicaine. Trop dévoué à la cause pour tirer sur ses troupes, il restait depuis quelque temps à l'écart des

grandes discussions, les mains liées, réduit aux polémiques d'incidents où les conservateurs, Dieu merci! lui faisaient la parlie belle.

Dans sa conduite .avec sa lille on avait pu, jusque-là, reconnaître une fidélité remarquable à ses principes. S'il y manqua une fois dans sa vie, on doit reconnaître que cette défaillance n'eut aucun motif méprisable. Ce ne furent ni l'ambition, ni l'amour de la popularité ou de l'argent, ni la haine du sectaire aveugle qui lui firent oublier ces mots qu'il avait admirés — et copiés — sur la Déclaration de l'Indépendance Américaine : « Les hommes sont égaux, doués de certains droits inaliénables tels que la vie, la liberté, et la faculté de poursuivre le bonheur. »

En vain sa fille lui démontra qu'elle réclamait précisément cette faculté de poursuivre son bonheur là où elle le voyait, c'est-à-dire hors du monde. Ferréol répondait :

— Faudra-t-il que je te laisse courir à la rivière si tu prétends que le bonheur ne peut exister pour toi qu'au fond de l'eau? Les principes? Ce n'est pas pour des folles qu'ils sont

])Osés. Nul droit n'existe (juand la raison le condamne.

Madame de Cussigny avait donné de sa personne courageusement, et même assez humblement, car elle disait à Ferréol :

— Vous auriez permis ce stupide mariage de mon invention. C'était pour votre fille cinquante ou soixante années d'enfer. Elle est certaine d'être heureuse là ou son désir la pousse; et maintenant elle se heurte à vos refus !

Les arguments ne pesaient pas lourd dans la balance contre l'angoisse qui étreignait le cœur du pauvre homme, à la pensée qu'il ne verrait plus sa fille. Des mois se passèrent. Chacun a pu voir qu'une vocation contrariée devient une vocation irrésistible. Ferréol, qui n'en avait pas l'expérience, le constata bientôt.

Un matin, sa fille lui rappela qu'elle avait vingt et un ans depuis la veille. 11 ferma les yeux et raidit ses muscles, sentant venir le choc final. Rosine s'était tue, la gorge serrée par l'émotion.

— Je comprends, dit le père. Tu m'adresses tes sommations respectueuses, pour parler comme le Code. Je suis prêt à les écouter.

Elle formula ses intentions. Fille du peuple, élevée au milieu des misères que propage rignorance, elle voulait suivre dans un ordre enseignant l'exemple donné par le grand ami du peuple, dont elle.était fière de porter le nom.

Un éclat de rire farouche l'interrompit :

— Beau motif d'orgueil! Je n'ai pas même pu me faire écouter de ma fille! Elle va instruire les pauvres ! Dérision ! C'est-à-dire qu'elle va, de son mieux, démolir ce que j'ai bâti! Pardieu! En ce qui te concerne, je n'aurai pas perdu mon temps. Lorsque, pendant de longues soirées, je te lisais nos chefs-d'œuvre, je ne croyais pas former la novice la moins abrutie de ton couvent... Peut-on savoir comment il se nomme?

Sa curiosité satisfaite, il continua :

— Donc la guerre est déclarée entre nous. Va pour la guerre! Je te préviens loyalement que je vais combattre. Gomment? Je ne sais pas encore. Mais ne sois pas étonnée quand tu entendras le canon... Laisse-moi maintenant.

Tout son corps frémissait — de douleur, non de colère ainsi que le croyait sa fille. Plus clairvoyante, elle se serait jetée à son cou, tandis

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(ju'elle se cruL chassée. Elle sortit pour aller reprendre couraf^e là où elle savait qu'on en trouve. Alors ('(unniença pour Ferréol Vhenre mauvaise de sa vie.

Un vieillard « Inen conservé » reçoit une blessure ou fait une chute. Le voici, en peu d'instants, passé à l'état de ruine caduque. Encore actif la veille, il devient incapable de se diriger lui-même. Son existence utile est achevée. Il n'a j)]us ([u'à attendre la mort.

Dans son être mental, Ferréol venait de subir un ciioc du même genre. Plus que par l'âge — bien qu'il eût soixante ans — il était vieilli [lar l'insucccès constant de ses elTorts, par la faillite fréquente de ses doctrines. Dégonfler son cœur eut été un soulagement presque nécessaire. Malheureusement le confident naturel de ses chagrins, devenu l'adversaire de ses principes, était la dernière personne à qui cette âme de bronze eût laissé voir son découragement. Hélas! l'ennemie bien-aimée allait disparaître! C'était pour lui, plus encore qu'il ne le croyait, le seul chagrin, si on le comparait aux autres. Le blâme qui voudra de n'avoir pas eu l'àme d'un Brutus. On offre ici

l'image d'un honnête homme, fourvoyé hors de sa sphère, qui aimait sa tille et n'avait pas autre chose à aimer. Celle-ci ne saura jamais combien il fut près de se tuer pendant cette mauvaise heure. Aussi bien,- la coupable action qu'il tâcha d'accomplir ne demandait guère moins de courage — ou guère moins de folie — de la part d'un être doué de sa nature rebelle à toute capitulation. Ayant fatigué sa pauvre tète à découvrir le moyen de garder sa fille, il n'en trouva qu'un, moyen affreusement pénible car il s'agissait de courber son orgueil devant son frère. En le voyant entrer chez lui, Claude ne put en croire ses yeux.

Sauf l'étiquette d'un parti, rien de commun n'était demeuré entre ces deux enfants sortis des mêmes entrailles. Devenu corpulent, mais toujours droit dans sa belle stature, bien nourri, bien vêtu, épanoui, haut en couleur, Claude était l'image du succès. Devant lui, le cadet faisait peine à voir dans son veston râpé, avec sa béquille et son pied difforme. Sur ses traits amaigris, l'accablement et la colère, le déh et l'humiliation formaient des contrastes douloureux à contempler. Avant qu'il eût prononcé

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une })arole, son frère aîné savait déjà qu'une catastrophe subite pouvait seule amener devant lui le révolté, qui n'avait pas l'ranchi cette porte depuis dix ans. Le nouveau venu parla sans attendre aucune question :

— Oui, c'est moi ! Vas-tu me chasser? Il est vrai que je t'ai tourné le dos parce que je désapprouve ta façon d'agir; mais j'ai gardé cette opinion pour moi sans t'attaquer jamais. Nous ne sommes pas des ennemis |)olitiques. D'ailleurs s'il dépendait d'un Bonaparte ou d'un Orléans quelconque de me conserver ma fille je serais chez lui en suppliant à l'heure qu'il est. Ne t'étonne donc pas (|ue je vienne chez toi.

— Ta fille va mourir?

— Elle va, ce qui revient au même, entrer dans un couvent. Déjà elle m'en avait parlé; je ne croyais pas ce danger sérieux... La petite a eu du chagrin...

— Par sa faute : on lui ouvrait la porte.

— Vous saviez tous qu'elle ne consentirait pas à la franchir. Quoiqu'il en soit, elle m'a dit ce matin : « Je suis majeure. » Conclusion : elle me quitte. Alors j'ai réfléchi. Le seul moyen

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de lui fermer le couvent, c'est de le démolir. Voilà ce qui m'amène chez toi.

A son tonr Claude méditait sérieusement. Bien qu'on l'eût pris de court, l'intérêt personnel se dégageait pour lui avec une claire évidence. L'entrée en religion de sa nièce était un coup de fortune. Sans doute les derniers restes de l'ancien amour allaient s'évanouir chez Félix qui, évitant de prononcer le nom de sa cousine, refusait son attention au plan matrimonial déroulé sous ses yeux. C'est pourquoi l'homme qui avait contribué à « démolir » plus d'un couvent sentait faildir son zèle en face du repaire de superstilion qui allait engloutir une ombre gênante.

— Si je comprends bien, demanda-t-il, tu veux qu'on ferme le couvent que ta fille a choisi pour sa retraite? Elle en sera quitte pour aller dans un autre ; sans compter que la chose est moins facile et moins prompte que tu ne parais le croire.

— Mes vues s'étendent beaucoup plus loin. Qu'attendez-vous, à la Chambre, pour continuer l'œuvre à peine commencée? Tu peux prendre un rôle important, et surtout profitable. Réveille

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cenx qui (loriiieiil. Remets les choses en mouvement. Ressuscite l'agitation. Ma lille n'ira pas se cacher derrière des mui-ailJcs guettées par la pioche.

— ïu n'es donc plus l'apôtre de la « paix à l'intérieur? »

— Je suis père, et non [)lus apôtre. Toi ([ui pousses l'amour de la paix des nations jusqti'à l 'antimilitarisme, que feras-tu le jour où ils auront envie, de la Comté, comme ils ont eu envie de l'Alsace?

— N'as-tu pas écrit que désarmer les nations est le meilleur moyen d'empêcher la guerre?

— J'ai eu cette naïveté — et bien d'autres. Je n'avais pas prévu Fachoda, le Maroc, et ceux qui réclament du fumier pour le drapeau. De même j'ai blâmé la persécution des catholiques, parce que je les croyais réduits au néant d'après vos chants de triomphe et les discours de vos ministres. On ne cite pas en correctionnelle des fantômes; on n'égorge pas des vaincus. Jolie victoire! Ils sont si bien vaincus qu'ils viennent nous enlever nos fdles sous notre nez !

-^Au fond tu les as toujours admirés. Tu les as reçus chez toi. Et tu te plains qu'ils en pro-

fitent? C'est très beau, la tolérance; mais ces gens-là s'en servent contre nous avec une adresse inimaginable. Dans le coin d'une porte laissée ouverte ils endoctrinent les âmes faibles. Et voilàpourquoitalille va trouver son bon Dieu, comme d'autres filent avec un simple mortel. Tu ne peux la blâmer si elle te préfère Dieu, puisqu'elle y croit.

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