‹ Les deux Diane (volume 2)Chapitre 12 sur 27 · NOUVEL ETAT DES CD OSES · texte numérisé non relu

NOUVEL ETAT DES CD OSES

Pour la hvorite commi* pour le favori d'un roi, la vraie mort ce n'est pas la mort, c'est la disgrâce.

Le iil> <lu comte de Montgommery devait donc avoir suffisamment vengé sur le connétable et sur Diane dePoil'horrible murt de son père, si, par lui, !<•» uVux coupables tombaient de la puissance dans ."exil, et de l'éclat dans l'oubli.

résultat qup Gabriel attendait eneore dnns la morn" el ■ solitude de son hôtel, où il s'était en-

seveli, après if coup fatal du 30 juin. Ce n'était point son propre su p liée qu'il redoutait, si Montmorency et sa complice restaient au pouvoir, c'était leur absolution. Et il atlend. ii'.

Durant les onze jours d'agonie de Henri II, le connétable ' niinorency avait mis tout en œuvro pour conserve!

sa part d'influence dans le gouvernement. Il avait écrit aux princes du sang, les exhortant à venir prendre leur placo dans (e conseil du jeune roi. Ses instances s'étaient adressées surtout à Antoine de Bourbon, roi de Navarre, le plus proche héritier du trône après les frères du roi. Il lui avait mandé de se hâter, et que lo moindre délai allait donner à des étrangers une supériorité qu'on ne pourrait plus leur ravir. Eniin, il avait envoyé courrier sur courrier, excité les uns, sollicité les autres, et n'avait négligé rien pour former un parti capable de tenir tête à celui desGuise.

Diane de Poitiers, malgré sa douleur, l'avait aidé de son mieux dans ses efforts ; car sa fortune, à elle aussi, était maintenant attachée à celle de son vieil amant.

Avec lui elle pouvait régner encore, sinon directement, efficacement du moins.

En effet, quand, le 10 juillet 1559, l'aîné des fils de Henri II fut proclamé roi par le héraut d'armes, sous le nom de François II, le jeune prince n'avait que seize ans, et, bien que la loi lo déclarât majeur, son âge, son inexpérience et la faiblesse de santé le condamnaient à abandonner pour plusieurs années la conduite des affaires à un ministre plus puissant sous son nom que lui-même.

Or, quel serait ce ministre ou plutôt ce tuteur? Le duc de Guise ou le connétable? Catherine de Médicis ou Antoine de Bourbon?

Là était la question pendante le lendemain du jour de la mort de Henri II.

Ce jour-là, François II devait recevoir à trois heures les députés du parlement. Celui qu'il leur présenterait comme son ministre pouvait, en conscience, être salué par eux comme leur véritable roi.

Il s'agissait donc d'emporter la partie, et le matin de ce 12 juillet, Catherine de Médicis et François de Lorraine s'étaient rendus, chacun de son côté, auprès du jeune roi, sous prét-exte de lui apporter l< urs condoléances, mais, en réalité, atin de lui soulfler leurs conseils.

La veuve de Henri II avait m^me enfreint, pour ce but important, l'étiquette qui lui ordonnait de rester quarante jours sans se montrer.

Calherino de Médicis, opprimée et laissée à l'écart par son mari, avait senti, depuis douze jours, s'éveiller en elle cette vaste et profonde ambition qui remplit le reste de sa vie.

Mais, puisqu'elle no pouvait être la régente d'un roi majeur, sa seule chance était de régner par un ministre dévoué à ses intérêts.

Le connétable de Montmorency ne devait pas être ce ministre, il n'avait pas peu contribué sous le précédent règne à écarter l'influence légitime de Catherine, pour y substituer celle de Diane de Poitiers. La reine-mère ne lui pardonnait pas ces menées, et ne songeait plutôt qu'à le punir de ses procédés, toujours durs, et souvent barbares envers elle.

Antoino do Bourbon eût été dans sa main un instrument plus docile. Mais il était do la religion réformée ; mais Jeanne d'Alliret, ^a femme, était une ambitieuse, elle aussi ; niais entin son titre de prince du sang, joint à ce pouvoir effectif] pouvait lui inspirer do dangereuses velléités.

Restait le duc de Guise. Seulement, François de Lorraine allait-il reconnaître de bonne grâce l'autorité morale de la reine-mère, ou bien se refuser à tout partage de la puissance ?

C'était ce dont Catherine de Médicis était bien aise de s'assurer. Aussi accepta -t-elle avec joie l'espèce d'entrevue qu'en présence du roi, dans la matinée de ce jour déci- Mf, le hasard avait amenée entre elle et François de Lorraine.

Elle allait trouver ou créer des occasions d'éprouver la Balafré, et de sonder ses dispositions à son égard.

Mais le duc de Guise, de son côté, n'était pas moins habile en politique qu'à la guerre, et il se tint soigneusement sur ses gardes.

Ce prologue avant !a pièce se passait au Louvrs, dans la chambre royale où François II avait été installé la veille, et n'avait pour acteurs que la reine-mère, le Balafré, le jeune roi, et Marie Stuart.

François et sa jeune reine, à côté de ces ambitions déjà

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égoïstes et froides de Catherine et du duc de Guise, n'étaient, eux, que des enfaus oharmans, naïfs et amoureux, dont la confiance devait appartenir au premier venu qu. saurait adroitement s'emparer de leurs âmes.

Ils pleuraient sincèrement la mort du roi leur père, et Catherine les trouva tout tristes et désolés.

— Mon tiJs, dit-elle à François, c'est bien à vous de donner ces larmes à la mémoire de celui que, le premier i tous, vous devez regretter. Vous savez si je partage cet! amère douleur? Cependant, songez aussi que vous n'avez pas seulement des devoirs do fils à remplir. Vous êtes père à votre tour, père de votre peujlol Après avoir accordé au passé ce légitime tribut de regrets, tournez-\

nir. Souvenez-vous enQn que vous êtes roi.

plutôt Votre Majesté, pour mo conformer

qui vous rappelle en même temps et vos obligations et vos

droits.

— Hélas ! dit François ÎI en secouant la tête, c'est, madame, un bien lourd fardeau que le sceptre de France pour des mains de seize ans, et rien ne m'avait préparé a oenser qu'un tel poids dût accabler sitôt ma jeunesse si périence et sans gravité.

— Sire, reprit Catherine, acceptez, avec résignati reconnaissance à la fois, la charge que Dieu vous imj.. >se , ce sera ensuite à ceux qui vous entourent et qui vous aiment à l'alléger de tout leur pouvoir, et à joindre leurs efforts aux vôtres pour vous aider à la soutenir dignement.

— Madame... je vous rem rcie... murmura le jeune roi embarrassé de la réponse à faire à ces avances.

Et machinalement il tournait ses regards du côté du duc de Guise comme pour demander des conseils à l'oncle de sa femme.

Au premier pas dans la royauté, et même vis-à-vis dt s/\ mère, le pauvre adolescent couronné sentait déjà instinctivement des embûches sur son chemin.

Mais le duc de Guise lui dit alors sans hésiter :

— Oui, sire, Votre Majesté a raison ; remerciez, remerciez avec effusion la reine de ?es bonnes cl encourageantes piroles. Mais ne vous contentez pas de la remercier. Dites-

lui au ..i avec hardiesse que parmi ceux qui vous aiment et que vous aimez, t lie est au premier rang enfin, et que, par ainsi, vous devez compter et vous comptez sur son ef. ficace et maternel concours dans la tache difiicilo que vous êtes appelé si jeune à remplir.

—Mon oncle de Guise a été l'interprète Adèle de mes pense»-, ma iame, dit alors tout ravi le jeune roi à sa mère, et si, de pear de les affaiblir, je ne vous répète point ses expressions, lenez-les cependant pour dites par moi-même, madame>el mère bien aimée, et daignez promettre à ma failihmm vûkn précieux appui.

re irait jeté déjà au duc de Guise un coup reillance et d'assentiment.

-elle à son fils, le peu do lumières que j. j à vous, et je serai heureuse et lière chaque

: ne vous me consulterez. Mais je ne suis (prime femme, et il faut à côté de votre trône un défenseur qui puisse tenir une é bras fort, cette énergie virile, \

tuver sans doute parmi ceux-là mômes arenté font ses soutiens naturels.

is payait tout de suite au duc de Guise lions procédés.

Ce lut entre eux comme un pacte muet conclu par un seul regard, mais qui, avouons-le, n'était sincère ni d'un côté ni de l'autre, et ne devait pas, on lo verra, être fort dura:

L" jeune roi comprit sa mère, et, encouragé par un rôle Marie, tendit sa main timide au Balalré. Dans ce serrement de main, il lui donnait le gouvei ment de la Franc.'.

Toutefois i atherine de Médias ne voulut pas laisser son s'engager trop avant, jusqu'à ce que le duc de Guise lui eût donné à elle-même des gages certains de son bon vouloir.

1 ..■■ devança donc le jeune roi, qui allait probablement confirmer par quelque promesse formelle son geste de confiante, et prit la parole la première : — En tout cas, avant que vous ayez un ministre, Sire,

dit-elle, votre mère a non pas une faveur à vous demander, mais une réclamation à vous faire.

— Dites un ordre à me donner, madame, répondit François II. Pariez, je vous prie.

— Eh bien ! mon fils, reprit Catherine, il s'agit d'une emme qui m'a fait beaucoup de mal, et en a fait plus encore à la France. Ce n'est pas à nous à blâmer les faiblesses de celui qui nous est plus que jamais sacré. Mais enfin votre père n'est malheureusement plus, Sire; sa volonté ne règne plus dans ce château , et cependant cette femme, que je ne veux môme pas nommer, ose y demeurer encore et m'inflige jusqu'au bout l'insulte de sa présence. Pendant la longue léthargie du roi, on lui avait déjà représenté qu'il n'était pas convenable qu'elle restât du Louvre. — Le roi est- il mort? a-t-elle demandé. — Non, il respire encore. — Eh bien ! personne que lui n'a d'ordre à me donner. Et elle est impudemment restée.

Le duc de Guise interrompit avec respect la reine-mère et se bâta de dire :

— Pardon, madame ; mais je crois connaître les intentions de Sa Majesté au sujet de celle dont vous parlez.

Et, sans autre préambule, il frappa sur un timbre pour appeler. Un valet parut.

— Qu'on fasse prévenir madame de Poitiers, lui dit-il, que le roi veut lui parler à l'instant.

Le valet s'inclina et sortit pour accomplir l'ordre.

Le jeune roi ne paraissait pas le moins du monde s'étonner ou s'inquiéter de cette autorité qu'on prenait ainsi de ses mains sans son aveu. Le fait est qu'il était ravi de tout ce qui pouvait diminuer sa responsabilité et lui épargner la peine d'ordonner et d'agir.

Toutefois, le Balafré voulut donner à sa démarche la sanction de l'acquiescement royal.

— Je ne crois pas trop présumer, n'est-ce pas, Sire, reprit-il, en me disant certain des désirs de Votre Mateslé sur cette question ?

— Non, certes, notre cher oncle, reprit François avec empressement. Allez 1 faites 1 je sais d'avance que ce que vous ferez sera bien fait.

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— Et es quo vous dites est bien dit, mon mignon, glissa doucement Marie Sluart à l'oreille de son mari.

François rougit de satisfaction et d'orgueil. Pour un mot, pour un regard d'approbation de sa Marie adorée, il eût, ;i vrai dire, compromis et livré tous les royaumes de la terre.

La reine-mere attendait avec une curiosité impatiente le parti qu'allait prendre le duc de Guise.

Elle crut cependant devoir ajouter, autant pour remplir le silence que pour mieux marquer son intention :

—Celle que vous venez de mander, Sire, peut bien d'ailleurs, ce me semble, laisser le Louvre sans partage à la seule reine légitime du passé, aussi bien qu'à la charmante reine du présent, ajouta-t-elle en s'inclinant gracieusement vers M irie Stuart. L'opulente et belle dame n'a-t-elle pas pour refuge et consolation son superbe château royal d'Anet, plus royal et plus superbe, certes, que ma simple maison de Chaumont-sur-Loire.

Le duc de Guise ne répondit rien, mais il nota dans son esprit cette insinuation.

Il faut l'avouer, il ne détestait pas moins Diane de Poitiers que ne le faisait Catherine de Médicis. C'est madame de Valentinois qui, jusque-là, pour plaire à son connétable, avait entravé de tout son pouvoir la fortune et les desseins du Balafré ; c'est elle qui l'eût, sans doute, à tout jamais relégué dans l'ombre, si la lance de Gabriel n'eût brisj, avec la vie de Henri II, le pouvoir de l'enchanteresse.

Mais le jour de la revanche était arrivé enfin pour François de Lorraine, et il savait aussi bien haïr qu'il savait aimer.

Dans ce moment, l'huissier annonça à haute voix:

— Madame la duchesse de Valentinois.

Diane de Poitiers entra, évidemment troublée, maishaulaine encore.

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