DE LA POLITIQUE AU SEIZIÈME SIÈCLE
Il s'en fallait cependant qu'après ta r**dditioe du château de Nui/.ii et l'escarmouche de la foret de Château-Pgnault, tout fut encore terminé. • ^c
La plupart des conjurés do Nantes n'avaient averti^ des deux échecs successifs do leur parti, *ins, e' nuaiont leur route vers Amboise, toujours disposéstoutes laquer cotte nuit-là. 'onde,
Ma que, grâce aux rapports précis de LigiEP?8
ils y étaient attendus.
Aussi, le jeune roi n'avait pas voulu se coucher, mais, debout et inquiet, allait et venait d'un pas fiévreux par la vaslo salle dégarnie qu'on lui avait réservée pour chambre.
M .ne Stuart. le duc de Guise et le cardinal de Lorraine, veillaient et attendaient près de lui.
— Quelle nuit éternelle! disait François II. Je souffre, ma tôle est en feu, et ces insupportables douleurs d'oreille recommencent à me torturer. Quelle nuit I quelle nuit I
— Pauvre cher sire, reprit doucement Mario, ne vous z pas ainsi, je vous en conjure; vous augmentes par
- maux de voire corps et les maux do votre Ame. Prenez donc plutôt quelques momens de r*pos, par grâce !
— Bbl puis-je me reposer, Mario, dit le roi, puis-jo restât taraoauille quand mon peuple se rebelle et s'arme con-
oaoil Ah! tous ces soucis vont sûrement abrég [ ii de vie que m'avait accordé Dieu.
Mario ne répondit plus que par 1 s larmes qui inondèr< Dl son charmant vi>a->'.
— Votre Majesté ne devrait pas s'affecter a ce point, dit le balaire. J'ai déjà eu l'honneur do lui affirmer
nos mesures étaient prises, et que la victoire était certaine. Je vous réponds do vous à vous-même, sire.
— N'avons-nous pas bien commencé? ajouta le cardinal de Lorraine. Castelnau prisonnier, La Renaudie tué, n'est-ce pas là d'heureux augures pour l'issue de cette affaire ?
— De bien heureux augures en effet, dit François avec amertume.
— Demain tout sera fini, continua le cardinal, les autres chefs des rebelles seront en notre pouvoir, et nous pour- ~"">ns effrayer, par un terrible exemple, ceux qui oseraient
1<t de les imiter. Il le faut, sire, reprit-il en répondant
biewouvement de répulsion du roi. Un Acte de foi so- Le oomme on dit en Espagne, est nécessaire à la
prisoutragée de la religion et à la sécurité menacée du Ce>our commencer, ce Castelnau doit mourir. Mon-
nutie Nemours a pris sur lui de lui jurer qu'il serait épargné, mais cela ne nous regarde pas, et nous n'avons rien promis, nous. La Renaudie a échappé par la mort au supplice ; mais j'ai déjà donné l'ordre que demain au jour sa tête fût exposée sur le pont d'Amboise, avec cette inscription : Chef des rebelles.
— Chef des rebelles I répéta le jeune roi ; mais vous dites vous-même qu'il n'était pas ce chef, et que les aveux et la correspondance des conjurés chargent, comme le véritable moteur de l'entreprise, le seul prince de Condé.
— Au nom du ciel! ne parlez pas si haut* sire, je vous en supplie, interrompit le cardinal. Oui, cela est vrai, oui, le prince a tout conduit, tout dirigé, de loin. Ces parpaillots le nommaient le Capitaine muet, et, après le premier succès, il devait se déclarer. Mais, faute de ce succès, il ne s'est pas déclaré et ne se déclarera pas. Ne le poussons donc pas à quelque dangereuse extrémité. Ne reconnaissons pas ostensiblement cette tête puissante à la révolte. Faisons semblant de ne pas le voir afin de ne pas le montrer.
— Monsieur de Condé n'en est pas moins le vrai rebelle I dit François, dont la jeune impatience s'arrangeait
mal »1c toutes ces fictions gouvernementales, commo on les a appelées depuis.
— Oui, sire, reprit le Balafré; mais lo prince, loin d'avouer ses projets, les renie. Faisons semblant de le croire sur parole. Le prince est venu aujourd'hui s'enfermer dans Amboise, où on le garde à vue, do la même façon qu'il a conspiré, de loin Feignons de l'accepter pour allié, cela est moins périlleux que de l'avoir pour ennemi. Lo prince, enfin, va, s'il le faut, frapper avec nous ses complices
nuit, et assister à leur exécution demain. Ne subit-il pas là une nécessité mille fois plus douloureuse que celle qui nous est imposée?
— Oui, certes, dit lo roi ; mais fera-t-il cela? et s'il le fait, se peut-il qu'il soit coupable?
— Sire, dit le cardinal, nous avons dans les mains, e'. nous remettrons à Votre Majesté si elle le désire, toutes les preuves de la complicité occulte de monsieur de Condé, Mais, plus ces preuves sont flagrantes, plus nous devons dissimuler, et j'ai un vif regret, pour ma part, de quelque; paroles qui me sont échappées, et qui, si elles lui étaient rapportées, pourraient offenser le prince.
— Craindre d'offenser un coupable! s'écria François. qu'est-ce que ce bruit au dehors? Jésus ! seraient-ce
déjà les rebelles?
— J'y cours, dit le duc de Guise.
M ds avant qu'il eût franchi le seuil de la porte, Richelieu, le capitaine des arquebusiers, entra, et dit vivement au roi :
— Paraon, sire, c'est monsieur de Condé qui croit avoir entendu des paroles mal sonnanies pour son honneur, et qui der?ande avec instance à se laver publiquement, uno fois peui 'outes, en présence de Votre Majesté, de ces injurieux soupçons.
Le roi allait refuser peut ôtre de voir le prince; mais lo duc de Guise avait déjà fait un signe. Les arquebusiers du capitaine Richelieu s'écartèrent, et monsieur de Condé entra li tftte haute et le teint animé.
Il était suivi de quelques gentilshommes, et do nombre de chanoines de saint Florentin, commensaux ordinaires
du château d'Amboise, quo le cardinal a,:ait cette nuît-Ià transformés en soldats pour le besoin do la défense, el qui, chose assez commune du reste en ce temps, portaient l'arquebuse avec le rosaire et le casque sous le capuchon.
— Sire, vous excuserez ma hardiesse, dit le prince après s'être incliné devant le roi ; mais cette hardiesse est d'avance justifiée peut-être par l'audace de certaines accusations que mes ennemis portent, à ce qu'il paraît, dans l'ombre, contre ma loyauté, et que je veux contraindre à se produire au grand jour pour les confondre et les souffleter.
— De quoi s'agît-il, monsieur mon cousin? demanda le jeune roi d'un air sérieux.
— Sire, reprit le prince de Condé, on ose dire que je suis le véritable chef des rebelles dont la tentative folle et impie trouble en ce moment l'Etat et consterne Votre Majesté.
— Ah ! l'on dit cela I repartit François, et qui donc dit cela?
— J'ai pu surprendre tout à l'heure moi-même ces odieuses calomnies, sire, dans la bouche de ces révét frères de saint Florentin qui, se croyant sans doute ici chez eux, ne se gênent pas pour répéter tout haut ce qu'on leur a soufflé tout bas.
— Et accusez-vous ceux qui ont répété ou ceux qui ont soufflé l'offense? dit François.
— J'accuse les uns et les autres, sire, répondit le prince de Condé, mais surtout les instigateurs de ces lâches impostures...
Ce disant, il regardait clairement en face le cardinal de Lorraine qui, tout embarrassé de sa contenance, se dissmulait de son mieux derrière son frère.
— Eh bienl mon cousin, reprit le jeune roi, nous vou?. permettons et de contondre l'imposture et d'accuser les irn posteurs. Voyons...
— Confondre l'imposture, Sire? répéta le prince de Con dé. Eh 1 mes actions ne le font-elle pas mieux que ne pour raient le faire toutes mes paroles? Ne suis-je pas venu, au premier appel, dans ce château, y prendre ma place au mi-
LES OFl'X DIANE. 207
lieu dos défenseurs de Votre llajesl ? Bst-ee la démarche d'un cou: i ? jo vous te demande à vous-même,
Sire ?
— Accusez donc alors les impnstoursl dit François qui ne voulut pas autrement répondre.
— Je le ferai aussi, non par des mois, Sir<\ mais par des actes, dit monsieur de Condé. il faudra, s'ils ont du cœur, qu'ils m'accusent eux-mêmes et se nomment. Je leur jette ici publiquement le gant en face de mon Dieu et mon roi. L'homme, de quelque rang, de quelque qualité quSI soit, qui v. unira maintenir que jo suis l'a u leur de la conjuration, qu'il s'avance ! J'offre de le combattre quand et comment il voudra, et. là où il me serait inégal, de m'égaler à lui en toute chose pour ce combat.
Le prince de Condé jeta, en terminant, son gant à ses pieds. Sun regard n'avait pas commenter son dé-
0, en s'attachant fièrement à celui du duc de Guise qui ne sourcilla p s.
il y eut ensuite un moment de silence, chacun songeant sans doute à cet étrange spectacle de mensonge donné par un prince du sang à toute une cour où il n'y avait pas un page qui ne le sut vingt fois coupable de ce dont il se défendait avec une indignation si bien jouée.
M H-. :i vrai dire, le jeune roi était le seul peut-être qui eûHanuv ' Détonner, et personne no suspectait
pource,,i |,i bravoure et la vertu du prince.
- cours italiennes sur la politique, importées rine de Ifédicis et ses Florentins, étaient alors à la mode en France. Celui qui trompait le mieux était réputé |c p| m l i-i : i !■ ■ . Cacher ses idées ei déguiser les actions était. art- J nncérité eût passé pour de la sottise,
Les plus nobles et plus purs caractères du temps, c.oligny.r.ondé, le chancelier Olivier, n'avaient pas su se garantir de Cette lèpre.
Aunm. le chsc de Guise ne méprisa pas le prince deCon-
l'.idmira. Mais il se dit h part lui, en souriant, qu'il était bien au uiuin.- au.-ai fort que
Et, faisant un pas en avant, il ôta lentement son gant et le jeta à côté de celui du prince.
Il y eut un moment de surprise, et l'on crut d'abord qu'il allait relever la provocation insolente de monsieur de Condé.
Mais il n'aurait pas été alors le grand politique qu'il se flattait d'être.
D'une voix haute et ferme, et presque convaincue, vraiment 1 il dit :
— J'approuvo et soutiens dans ses paroles monsieur le prince de Condé, et je lui suis tellement serviteur, ayant cet honneur de lui être parent, que moi-même je m'offre ici pour être son second, et prendrai les armes contre tout venant pour l'assister en une si juste défense.
Et le Balafré promena hardiment sur tous ceux qui les entouraient ses yeux inquisiteurs.
Pour le prince de Condé, il n'eut plus qu'à baisser les siens.
11 se sentait vaincu mieux qu'en champ clos.
— Personne, répéta le duc de Guise, ne relève ni le gant du prince de Condé ni le mien?
Personne, en eflet, ne bougea, bien entendu.
— Mon cousin, reprit François II avec un mélancolique sourire, vous voilà, à votre souhait, lavé de tout soupçon de félonie, ce me semble.
— Oui, Sire, dit avec une impudence naïve le capitaine muet, et je remercie Votre Majesté de m'y avoir aidé...
Il se tourna avec quelque effort vers le Balafré et ajouta :
— J'en remercie mon bon allié et parent monsieur de Guise. J'espère lui prouver et prouver à tous de nouveau, en combattant cette nuit, s'il y a lieu, les rebelles, qu'il n'a pas eu tort de me défendre.
Là-dessus le prince de Condé et le duc de Guise se saluèrent profondément l'un l'autre avec courtoisie.
Puis, le prince, bien et dûment justifié, n'ayant plus rien à faire, s'inclina devant le roi et sortit, suivi des spectateurs qui l'avaient accompagné à son entrée.
Il ne resta plus dans la chambre royale que les quatre
personnages dont cotte singulière comédie avait distrait un moment l'attento et los craintes...
Mais il apport toujours dp cette scène chevaleresque que la politique date du seizième siècle... au moins.
LE TtMULTE D AMBOISE.
ApTès la sortie du prince de Condé, ni le roi, ni Mario Stuart, ni les deux frères de Lorraine ne ramenèrent l'entretien sur ce qui venait de se passer. D'un tacite et commun accord, il semblèrent éviter ce sujet dangereux.
Dans l'impatient et morne silence de l'attente, des minu- 1 sa l 't des heures s'écoulèrent.
François II portait souvent la main à sa tête brûlante. Marie, assise à l'écart, regardait tristement la figure pâle et flétrie de son jeune époux, et essuyait de temps en temps une larmo Le cardinal de Lorraine était tout entier aux bruits du dehors. Pour le Balafré, qui n'avait plus d'ordres à donner, et que son rnng et sa charge enchaînaient auprès du roi, il paraissait cruellement souffrir de cette inaction forcée, et parfois frémissait et frappait du pied comme un brame cheval de bataille rongeant le frein qui l'arrête.
Cependant la nuit s'avançait. L'horloge du château, puis
celle de Saint-Florentin, avaient sonné six heures, puis six
demie. Le jour commençait à poindre, et nul
1 uit d'attaque, nul signal des sentinelles n'avait troublé la
nuit taciturne,
— Allons ! dit le roi en respirant, je commence à croire monsieur le'cardinal, que ce Lignières avait trompé votre
■•nce, ou bien que les huguenots ont changé d'avis
— Tant pis! en fin de compte, dit Charles de Lorraine; tar nous étions sûrs de vaincre la rébellion.
2i0 LES DEUX DIANE.
— Oh ! non, tant mieux ! reprit François; car le combat soûl était pour la royauté une défaite...
Mais le roi n'avait pas achevé de parler que deux coups d'arquebuse, >igno convenu de l'alarme, étaiont tirés, et qu'on entendit sur les remparts, répété de poste en poste, lo cri :
— Arme 1 arme 1 arme 1
— Il n'en faut pas douter, ce sont les ennemis ! s'écria !e cardinal de Lorraine en pâlissant malgré lui.
Le duc de Guise se leva presque joyeux, et, saluant le roi:
— Sire, à bientôt, comptez sur moi, dit-il seulement. Et il sortii avec précipitation.
On entendait encore sa forte voix donner des ordres dans l'antichambre quand une nouvelle arquebusade éclata.
— Vous voyez, Sire, dit le cardinal, peut-être pour abuser sa terreur du son de sa voix, vous voyez que Lignièros était bien informé, et qu'il ne s'est trompé que de quelques heures.
Mais le roi ne l'écoulait point, et, mordant avec colère sa lèvre blanchie, ne prêtait l'oreille qu'au bruit croissant de l'artiUerie et des arquebuses.
— Je puis à peine croire encore à tant d'audace I murmurait-il. Un tel affront à la couronne 1...
— Va se résoudre en honte pour les misérables, Sire ' dit le cardinal.
— Hé ! reprit le roi, à en juger par le bruit qu'ils font, messieurs de la réforme sont en bon nombre et ne craignent guère I
— Ce a va s'éteindre tout à l'heure comme un feu de paille, dit Charles de Lorraine.
— Il n'y paraît pas, car le bruit se rapproche, dit François, et le feu, je crois, s'allume au lieu de s'éteindre.
— Jésus 1 s*écria Marie Stuart tout épouvantée, entendez-vous les balles claquer contre les murs ?....
— Il me semble pourtant, madame... balbutia le cardinal. Je crois bien, Votre Majesté... Quanta moi, je n'entends pas que le bruit s'accroisse:..
Mais il fut interrompu par une terrible explosion.
— Voilà qui vous répondrait, lui dit le roi avec un sou-
LES DEUX DIANE. 2li
rire amor, quand même voire figure pâle et effrayée no suffirait pas à roua contredire.
— Je mm déj^j l'odeur de la poudre, reprit Marie. Et pois, roitt des cris tumultueux!
— De mieux en mieux 1 dit François. Allons, messieurs les réformés ont sans doute déjà franchi les murs do la ville, et vont, je présume, nous assiéger en ré^lo dans notre chfiteao.
— M. lis, Sin\ dit le cardinal tremblant, dons cette situation, ne vaudrait-il pas mieux que Votre Majesté se retira au donjon. Ou peut-être sûr du moins qu'ils ne s*en empareront pas.
— nui? moi! s'écria le roi, me cacher devant mes sujets', .levant des hérétiques ! Laissez-les arriver jusqu'ici, monsieur mou oncle, je suis bien aise de savoir jusqu'où
roui l'audace. Vous verrez qu'ils nous prieront de chanter avec eux quelques psaumes en français, et de faire un parécbe de notre chapelle de Saint-Florentin?
— Sire, do grûce, consultez un peu la prudence, dit Marie.
— Non, reprit le roi, je veux al'er jusqu'au bout, je les attends ici ces sujets fidèles, et. par mon nom royal! lo premier qui manque au respect qu'il me doit, verra si cette dague n'est que de parade a mon côté!...
Le> morales passaient] et les erqnebusades eonlinuaient toujours de plus en plus vives. Le pauvre cardinal de Lorraine n'avait plus la force de prononcer une parole. Le jeune roi s.rr.nt les poings de colère.
— Quoi ! dit Marie Stuart, personne ne vient nous don-
» nouvelles I li >t-il donc si grand que nul np
tter la pi ife d'un instant?.. .
— Ah ! dit enfin le roi DOIS de lui, celte attente est insupportaii'e, et tout vaudrait mieux, je rroi^ ! Mais je sais un moyen de savoir ce qui en est, c'est d'aller moi-même
la inA.ée. Monsieur le lieutenant général ne refusera pas sans doute de me recevoir comme volontaire.
nçoi-, fit deux ou trois p») pour sortir. Marie se jeta au-devant de lui.
— Sire ! y pensez-vous ? Malade comme vous l'êtes t s'écria-t-elle.
— Je ne sens plus mon mal, dit le roi. L'indignation a pris en moi la place de la souffrance.
— Attendez, Sire 1 dit le cardinal 1 il me semble, cette fois, que le bruit s'éloigne véritablement. Oui, les coups sont plus rares... Ah ! voici un page avec des nouvelles sans doute.
— Sire ! dit le page en entrant, monsieur le duc de Guise me charge d'annoncer à Votre Majesté que les réformés ont lâché prise et sont en pleine retraite.
— Enfin 1 voilà qui est heureux ! s'écria le roi.
— Aussitôt que monsieur le lieutenant général croira pouvoir quitter les murs, continua le page, il viendra rendre compte de tout au roi.
Le page sortit.
— Eh bien! Sire, dit le cardinal de Lorraine triomphant, ne l'avais-je pas bien prévu que c'était pure bagatelle, et que monsieur mon illustre et vaillant frère vous aurait bientôt fait raison de tous ces chanteurs de cantiques?
— Oh ! mon bel oncle, reprit François, comme le courage vous est subitement revenu...
Mais, dans le moment, éclata une seconde explosion bien plus effrayante que la première.
— Ou'est-ce encore que ce bruit ? dit le roi.
— En effet... cela est singulier, dit le cardinal tremblant de nouveau.
Heureusement sa terreur ne fut pas de longue durée. Le capitaine des arquebusiers, Richelieu, entra presque aussitôt, le visage noir de poudre, et une épée tailladée à la main.
— Sire, dit au roi Richelieu, les rebelles sont en pleine déroule. A peine ont-ils eu le temps de faire sauter, sans nous causer de dommage, un amas de poudre qu'ils avaient disposé auprès de l'une des portes. Ceux qui n'ont pas été pris ou tués ont repassé le pont et se sont barricadés dans une des maisons du faubourg du Vendômois. oà nous en aurons bon marché... Votre Majesté peut même voir de cette fenêtre comment on en use avec eux.
Le roi alla Yivcmcnt à la fenôtro suivi par lo cardinal et de loin par la reine.
— Oui, on effet, dit-il ; les voilà assiégés à leur tour... liais que vois-je? Quelle fumée sort de cette maison!
— Sire, on y aura mis le feu, dit le capitaine.
— Fort bien I à merveille ! s'écria le cardinal. Tenez, Sire, en voilà qui sautent par la fenêtre. Deux... trois... (juatre... Encore ! encore ! Entendez-vous d'ici leurs cris?
— Dieu 1 les pauvres gens ! dit Marie Stuart joignant les main-;.
— Il me semble, reprit le roi, que je distingue, en tête des nôtres, lo panache et l'écharpe de notre cousin de Condc Est-ce vraiment lui, capitaine !
— Oui, Votre Majesté, dil Richelieu. Il a été constamment parmi nous, l'épée à la main, à côté de monsieur de Guise.
— Bfa bien! monsieur le cardinal, dit François, vous voyez qu'il ne s'est pas fait prier.
— Il l'a certes bien fallu, Sire! répondit Charles de Lorraine. Monsieur le prince eût trop risqué à faire autrement.
— Mais, s'écria Marie, repoussée et attachée à la fois par l'horrible spectacle du dehors, les flammes redoublent I la maison va s'écrouler sur les malheureux !
— Elle s'écroule ! dit le roi.
— Vivat ! tout est fini ! s'écria le cardinal.
— Aii ' quittons cette place, Sire, cela fait mal, dit Marie en entraînant le roi.
— Oui, dit François, voici la pitié qui me prend à cette heur.-.
Et il s'éloigna de la fenêtre, où le cardinal demeura seul, fort réjoui.
Mais d se retourna bientôt en entendant la voix du duc de Guise.
Le Balafré entra, calme et fier, accompagné du prince de Condé, qui avait, lui, bien de la peine à ne point paraîtra triste et bonteuz.
— Sire, tout est terminé, dit le duc de Guise au roi, et ies rebelles ont trouvé la peino de leur crime. Je rends
grâce à Dieu d'avoir délivré Votre Majesté de ce péril ; car, d'après ce que j'ai vu, il a été plus grand qu'on ne la croyait d'abord. Nous avions des traîtres parmi nous.
— Se peut-il I s'écria le cardinal.
— Oui, reprit le Balafré ; à la première attaque, les réformés ont été secondés par les hommes d'armes qu'avait amenés La Motte, et qui nous ont attaqués en flanc. Ils ont donc été un moment maîtres de la ville.
— C'est effrayant 1 dit Marie se serrant contre le roi.
— Ce l'eût été bien plus encore, madame, continua le duc, si les rebelles avaient été secondés, comme ils devaient le croire, par une attaque que Chaudieu, le frère du ministre, devait tenler sur la porte des Bons-Hommes.
— L'attaque a échoué ? demanda le roi.
— Elle n'a pas eu lieu, Sire. Le capitaine Chaudieu, grâce au ciel ! s'est trouvé en retard et n'arrivera que pour trouver tous ses amis écrasés. Maintenant, qu'il attaque à son aisel il aura à qui parler en dedans et au dehors des murs. Et, pour le faire réfléchir, j'ai ordonné qu'on pendît vingt ou trente de ses complices au haut des créneaux d'Amboise. Ce spectacle l'avertira suffisamment, je pense.
— C'est fort bien trouvé, dit le cardinal de Lorraine.
— Je vous remercie, mon cousin, dit le roi au Balafré. Mais je vois que la protection de Dieu a surtout éclaté dans cette rencontre, puisque lui seul a permis que la confusion se glissât dans les conseils de nos ennemis. Allons donc tout d'abord lui rendre grâce à la chapelle.
— Puis ensuite, dit le cardinal, donner ordro à la punition des coupables qui survivent. Sire, vous assisterez a leur exécution avec la reine et la reine-mère, n'est-ce pas?
— Mais... sera-ce donc bien nécessaire? dit en marchant rers la porte le jeune roi contrarié.
— Sire, c'est indispensable, reprit avec insistance le cardinal en le suivant. Le glorieux roi François 1er et votre illustre père, sire, n'ont jamais manqué d'assister au brûlement des héréliques. Quant au roi d'Espagne, sire...
— Les autres rois font comme il leur plaît, dit François marchant toujours, et moi, je veux agir aussi à ma guise.
— Je dois enfin avertir Votre Majesté que le nonce do
Sa Sainteté compte absolument sur votro présence au premier acte de foi de voire règne, ajouta l'impitoyable cardinal. Quand tous y assisteront, même monsieur le princ do Coudé, je gage, sied-il que Votre Majesté s'en absente?
— Hélas ! m mi Dieu ? nous en reparlerons assez tôt, reprit François. Les coupables no tout seulement pas condamna.
— Oh ! si fait, Votre Majesté, ils le sonl ! dit avec conviction i.li. u-;. s de Lorraine.
— Soit ! vous imposerez donc en temps et lieu cette néé terrible à ma faiblesse, reprit le roi. Pour le moment, monsieur le cardinal, allons, je vous l'ai dit, noua^enoniller devant l'autel, et y remercier Dieu qui a dai-
tourner île nous les périls de celte conspira lion.
— Sir.', dit fc son luur le duc déduise, il ne la ut pas
et leur donner plus d'importance qu'el- ■u méritent Que Votre Majesté veuille donc n r ce i i veinent une conspiration : ce n'était en tré rite qu'un tumulte.
XTS ACTE D
D quf» les conjurés eussent inséré dans lo manifeste qu'on ^ai-it dan s les papiers de La Renaudie une. prot> tion a de n'attenter aucune chose contre la majesté du roi, ni les priners de son sang, ni l'étal du royaume, » ils n'en av t'en1 pas été moins [iris en tévolte ouverte, et de-
.' s'attendre à subir le sort des vaiucusdans les guer-
La manière dont les reli^rionnaires avaient été traité lonQu'ils sr conilui- pacifiques et soumis de-
vait leur laisser peu d'espoir de gti
En effet, le cardinal de Lorraine poussa leur jugement avec une passion toute ecclésiastique, sinon toute chrétienne.
Il chargea du procès des seigneurs impliqués dans cette funeste affaira le parlement de Paris et le chancelier Olivier. Aussi la chose alla-t-elle grand train. Les interrogatoires furent rapidement conduits, les sentences plus rapidement prononcées.
On se dispensa même de ces vaines formalités pour les menus fauteurs de la rébellion, gens de peu d'importance qu'on roua ou qu'on pendit journellement à Amboise sans vouloir en ennuyer le parlement. Les honneurs et les frais de la justice ne furent accordés qu'aux gens de quelque qualité et de quelque renom.
Enfin, grâce au zèle pieux de Charles de Lorraine, tout fut terminé pour ceux-là aussi en moins de trois semaines.
Le 15 avril fut fixé pour l'exécution publique à Amboise de vingt-sept barons, onze comtes et sept marquis, en tout cinquante gentilshommes et chefs de réformés.
On ne négligea rien d'ailleurs pour donner à cette singulière cérémonie religieuse tout l'éclat et toute la pompe désirables. D'immenses préparatifs furent faits. De Paris à Nantes, on stimula la curiosité publique par les moyens do publicité en usage à cette époque, c'est-à-dire que l'exécution lut annoncée au prône par les prédicateurs et par les curés.
Au jour dit, trois tribunes élégantes, parmi lesquelles celle du milieu, la plus somptueuse, était réservée a la famille royale, furent adossées à la plate-forme du château au pied de laquelle la sanglante représentation devait avoir lieu.
Autour de la place, des gradins en planches furent garnis de tous les fidèles des environs, que de gré ou de force on put réunir. Les bourgeois et manans qui auraient pu avoir quelque répugnance pour ce spectacle furent bien contraints de s'y rendre par menace ou corruption. On remit aux uns leurs amendes, on fit mine de reprendre aux autres leurs places, leurs maîtrises et leurs privilèges.
LES DEUX DIANE. i!7
Tous ces motifs joints à la curiosité d'une part et au fanatisme de l'autre, amenèrent à Amboise une affluence toile la veille du jour fataJ plus de dix mille personnes durent camper dans les champs.
Dèfl le matin du 15 avril, les toits de la ville furent chargés de monde, et les croisées qui donnaient sur la pLice se louèrent jusqu'à dix écus, somme énorme pour le temps.
Un va-te échafaud recouvert en drap noir était dressé au milieu de l'enceinte. On y apporta le chovquet, billot où chaque condamné devait poser sa tête en s'agenouillant- Auprès, un fauteuil drapé de noir était réservé au greffier ^ré d'appeler tour à tour les gentilshommes et de lire ix haute leur sentence.
La place fut gardée par la compagnie écossaise et les g' ii' larmes de la maison du roi.
Après une messo solennelle entendue dans la chapelle S ait-Florentin, on amena au pied de l'ëchafaud les minés. Plusieurs d'entr'eux avaient subi déjà la torture. Des moines les assistaient et tâchèrent de les faire n-noncer à leurs principes religieux ; mais pas un seul des huîcuenots ne consentit à cette apostasie devant la mort* le - refusèrent de répondre aux moines parmi lesquels ils soupçonnaient des espions du cardinal do Lorraine.
• iependant, les tribunes de la cour se remplirent, excepté
telle du milieu. Le roi et la reine, auxquels il avait fallu
lue arracher leur consentement d'assister à l'exécu-
. avaient du moins obtenu de n'y paraître que vers la
it seulement pour le supplice des principaux chefs.
Knfin, ils devaient y venir : c'est tout ce que demandait le
cardinal. Pauvres enfansroisl pauvres esclaves couronnes!
à eux aussi, comme aux manans, on avait fait peur poui
leurs places et prfvili
4 midi l'exécution commença
Quand le premier des réiormés gravit les marches di
l'échafaud, ses compagnons entonnèrent un psaume fran-
traduit par Clément iMarot, autant pour envoyer une
dernière consolation à celui qu'on suppliciait que pour
marquer leur constance vis-à-vis de leurs ennemis et dsla mort.
Ils chantèrent donc au pied de l'échafaud :
Dieu nous soit doux et favorable, Nous bénissant par sa bon lé, Et de son visage adorahle Nous tasse luire la ciarié !
Un verset accompagnait chaque tête qui tombait. Mais chaque tête qui tombait faisait une voix de moins dans le chœur.
A une hpure, il ne restait plus que douze gentilshommes, les principaux chefs de la conjuration.
Il y eut une pause alors ; les deux bourreaux étaient las, et le roi arrivait.
François II était plus que pâle, il était livide. Marie Stuart se plaça à sa droite, et Catherine de Médicis à sa gauche.
Le cardinal de Lorraine se mit à côté de la reine-mère, et l'on mit le prince de Condé à côté de la jeune reine.
Quand le prince parut sur l'estrade, presque aussi pâle que le jeune roi, les douze condamnés le saluèrent.
Il leur rendit gravement ce salut.
— Je me suis toujours incliné devant la mort, dit-il tout haut.
Le roi fut d'ailleurs reçu avec moins de respect, pour atiisi dire, que le prince do Condé. Aucune acclamation ne s'éleva d'abord à son arrivée. 11 le remarqua bien, et, honçant le sourcil :
— Ah ! monsieur le cardinal, dit-il, je vous veux du mal de nous avoir fait venir ici...
Charles de Lorraine pourtant avait levé la main pour donner le signal du dévouement, et quelques voix éparses crièrent dans la foule :
— Vive le roi l
— Vous entendez, sire? reprit le cardinal.
— Oui, dit le roi en secouant tristement la télé, j'en*;
LES DEDI DIANE. 2i&
tands qnHqup* maladroits qui uc font que mieux remar-
de tous.
I Mips, le reste do la tribuno royale se rom-
f lissait. Les Brins du roi, le nonce du pape, la duchesse do
Guise y étaient entrés tour à tour.
Pns vint If duc de Nemours, bien défait aussi, et commo
par un remords.
En'i erenl au fond doux hommes dont la piv-
n'était peut-être pas moins étrange, en ce iieu et en ce moment, que celle du prince de tonde.
Ces deux hommes étaient Ambroiso Paré et Gabriel de Uonlgommtvy.
Un devoir dilTércnt les amenait tous deux. Ambroi it é é mandé depuis quelques jours à
Amboise par le duc de Guise, qu'inquiétait décidément la santé de son royal neveu, el Marie Stuart, non moins alarmée que son oncle, en voyant François si abattu à la seule hda-fé, pria le chirurgien do se tenir à | roi en cas de défaillance.
Quant à Gabriel, il venait tenter encre un suprême elpour sauver au moins un des condamnés, que la ! ibe dei rit frapper le dernier, et qu'il se reprochait d'à avolontairement conduit à cette extrémité par ses cou- \ savoir le jeune et brave Castelnau de Chalo Castelnau, on s'en souvient, ne s'était rendu que sur la parole écrite et signée du duc de Nemours qui lui avail ranti la liberté el la vie.
irrivée à Amboise, il avait é'.é jeté on prison, et aujourd'hui il allait être décapité le dérider comme upable.
11 i jpste néanmoins pour le duc de. Nemours.
Quand il i gentilhomme ainsi compro-
sentil plus de désespoir el de colère, et, depuis trois semaines, il allait du cardinal de Lorraine au duc • arl au roi, sollicitant, réclamant, implorant la délivrance de son créancier d'honneur. Mais le chancelier < Hivier, auquel on le renvoyait, lui déclar lit, n monsieur de Vieilleville, que: «Un Toi n'est mdlo- ' tenu de sa parole h son sujet rebelle, ni de quelcon-
que promesse qu'on lui ait faite de sa part. » Ce qui causa un grand crève-cœur au duc de Nemours, « lequel, ajoute naïvement le chroniqueur, « ne ie tourmentait que pour sa signature; car, pour sa parole, il eût toujours donné un démenti à qui eût voulu la lui reprocher, sans nul excepter, tors Sa Majesté seulement, tant était vaillant prince et généreux! »
Comme Gabriel, le duc de Nemours avait été conduit au spectacle de l'exécution, plus terrible pour lui que pour tout autre, par un secret espoir de sauver encore Castelnau à la dernière minute.
Cependant, le duc de Guise, à cheval au bas de la tribune avec ses capitaines, avait fait un signe aux exécuteurs, et le supplice et le chant des psaumes un moment interrompus recommencèrent.
En moins d'un quart d'heure, huit têtes tombèrent. La jeune reine était près de s'évanouir.
Il ne resta plus au pied de l'échafaud que quatre condamnés.
Le greffier qui faisait le cri lut à voix haute :
— Albert Edmond Roger, comte de Mazères, coupable d'hérésie, de crime de lèse-majesté et d'attaque à main armée contre la personne du roi.
— C'est faux ! s'écria sur l'échafaud le comte de Mazères.
Puis, montrant au peuple ses bras noircis et sa poitrine brisée par la torture :
— Voilà, reprit-il, l'état où l'on m'a mis au nom du roi. Mais je sais qu'il l'ignoro, et je n'en crie pas moins : Vive le roi 1
Sa tête tomba. Les trois derniers réformés, qui attendaient leur tour au pied de l'échafaud, répétèrent le premier verset du psaume :
Dieu nous soit doux et favorable, Nous bénissant par sa bonté, Et de son visage adorable Nous fasse luire la clarté 1
Le greffier continua :
— Jean-Louis Albéric, baron de Raunay, coupable d'hérésie, de crime de lèse-majesté et d'attaquo à main armée contre la personne du roi.
— Toi et ton cardinal, vous mentez comme deux croquant, dit Raunay ; c'est contre lui et son frère seul que nous nous sommes armés. Je leur souhaite de mourir tous deux aussi tranquilles et aussi purs que moi.
Puis il mit sa tète sur le billot.
Les deux derniers condamnés chantaient :
Dieu, tu nous os mis à IV preuve, Et m nous os examinés;
Comme l'arpent que l'on épreuve Par feu tu nous as afûués.
Le Greffier criminel reprit son appel sanglant :
— Ëobert-Jean-René Briquemaut, comte de Vilmongis, coupable d'hérésie, de crime de lèse-majesté et d'aUentat à l.i personne du roi.
Villemongis trempa ses mains dans le sang do Raunay, et les élevant rers le ciel :
— Père céleste ! cria-t-il, voilà lo sang do tes enfansl tu en r r :ice !
Il tomba frappé à mort.
Castelnau, resté seul, chantait:
Tu nous as fait entrer et joindre Aux pièges de nos ennemis ; Tu nous as (ait les reins astreindre D - Diète où tu nous as mis.
L^ due de Nemours, dans l'espoir de sauver Castelnau, avait répandu l'or. Le greffier, les exécuteurs eux-mêmes traient intérêt à son salut. Le premier bourreau se dit épuisé ind le remplaça. Il y eut forcément une in
t rruption.
Gabriel en profita pour exciter le duc à de nouveaux ef forts.
Jacques de Savoie se pencha donc vers la duchesse de Guise avec laquelle il était, disait-on, du dernier bien, et lui souffla un mot à l'oreille. La duchesse avait beaucoup d'influence sur l'esprit de la jeune reine.
Elle se leva aussitôt comme ne pouvant plus supporter ce spectacle, et dit assez haut pour être entendue de Marie :
— Ah! c'est trop affreux pour des femmes 1 La reine, voyez, va se trouver mal. Retirons-nous.
Mais le cardinal de Lorraine fixa sur sa belle-sœur son regard sévère.
— Un peu plus de fermeté, madame' lui dit-il durement. Songez que vous êtes du sang d'Esté, ctquevous êtes la femme du duc de Guise.
— Eh! c'est justement ce qui fait ma peine ! dit la duel lesse. Jamais une mère n'eut plus de raison de s'affliger. Tout ce sang et toutes ces haines retomberont sur nos enfans.
— Ces femmes sont timides ! murmura le cardinal, qui était lâche.
— Mais, reprit le duc de Nemours, il n'est pas besoin d'être femme pour être ému devant ce lugubre tableau. Vous-même, prince, dit il à monsieur de Condé, n'êtesvous pns ému, dites?
— Oh! dit le cardinal, le prince est un soldat habitué à voir de près la mort.
— Oui, dans les batailles, répondit courageusement leprince; mais sur l'échafaud ! mais de sang-froid !
— Un prince du sang a-t-il donc tant de pitié pour des rebelles? dii encore Charles de Lorraine.
— J'ai pitié, reprit le prince de Condé, do vaillans officiers qui ont toujours dignement servi le roi et la France.
Mais, dans sa position, que pouvait dire et faire de plus le prince soupçonné lui-même? Le duc de Nemours lo comprit, et s'adressa à la reine-mère :
— Voyez, madame, il n'en reste plus qu'un seul, dit-il sans nommer Castelnau. Ne pourrait-on au moins le sauver?