LES DEDI MAI
— Je no puis rien, répondit Catherine de Médicis en déi i rnanl la tôle.
Cependant le malheureux Castelnau montait les mardi . u chaulan', :
Dieu me soit donv et l.iv :
Aie héBÏaaaBt p;ir sj '.
El de son i A/« IdïSe luire la cfa
peuple. profondf''mt'iii tombé, oublia la erahvte que lui inspiraient les espions et les mouchards, et cria tout d'une voix :
— Grâce I gr&cel
Le due de Nemoars s'efl^rçait dans le moment d'attendrir le jeui e duc d'Oi léans
— Mou- igneur, lui disait-il, avez-vous oublié que c'est Castetnaa qui, dans cette même rîtle d'Amboise, » sauvé les jours du h'u duc d'o. ins l'émeute où ils étaient
■■ni?
— le t rai, reprit lo duc d'Orléans, ce que décidera ma mère.
— Mais, dit 1^ duc de Nemours suppliant, si vous vov
z au roi? un seul mot de votre part...
— J'' vous le répète, lit sèchement le jeune prince, j'a' ■ tends [.«s ordres de ma mère.
— Ah ! prince] dit avec repr iche le duc, de Nemours. Et il Bl à Gabriel un g ste de découragement et de d
sespoir.
- relief lut alors lentement :
— M .-h I -Jean-Louis, baron de Castelnau-Chaloases, atteint et convaincu du crime de lèse majesté, d'hérésie et d'attentat à la personne du roi.
— l'atteste rues juges eux-mêmes, dit Castelnau, que l'énoncé est titux. 5 moins que ce ne soit un crime de lèsemajesté de m être oppo-é de tout mon pouvoir à la tyrannie des Guisi-. >i c'esi <*msi qu'on l'entend, on aurait dû commencer par les déclarer rois. Peut-être en viendra-ton là ; mais c'est l'affaire de ceux qui me survivi
{'adressant au bouir
— Toi, maintenant, ajouta-t-il d'une voix ferme, fais ton office.
Mais l'exécuteur , qui remarqua quelque mouvement dans les tribunes, feignit d'arranger sa hache pour gagner du temps.
— Cette hache est émoussée, monsieur le baron, lui ditil tout bas, et vous êtes digne de mourir au moins d'un seul coup... Et qui sait même si un moment de plus?... Il me semble qu'il se passe là-bas quelque chose de bon pour vous.
Tout le peuple cria de nouveau :
— Grâce ! grâce !
Gabriel, perdant tout ménagement à cette minute suprême, osa crier tout haut à Marie Stuart :
— Grâce ! madame la reine !
Marie se retourna, vit le regard navrant, comprit le cri désespéré de Gabriel, et, pliant un genou devant le roi :
— Sire ! au moins cette grâce-ci, dit-elle, je vous la demande à genoux î
— Sire ! s'écria de son côté lo eue de Nemours, assez d<* sang n'a-t-il pas déjà coulé? Et cependant, vous le savez, visage de roi porte grâce.
François, qui tremblait de tous ses membres, parut frappé de ces paroles. Il saisit la main de la reine.
— Souvenez-vous, Sire, lui dit sévèrement le nonce pour le rappeler à la rigueur, souvenez-vous que vous êtes le roi très chrétien.
— Oui, je m'en souviens, reprit avec fermeté François II. Que grâce soit faite au baron de Castelnau 1
Mais le cardinal de Lorraine, feignant de se méprendre sur le sens do la première phrase du roi, avait fait un signe impératif à l'exécuteur.
Au moment où François prononçait le mot : grâce I la tête de Castelnau roulait sur les planches de l'échafaud...
Le lendemain, le prince de Coudé partit pour la Navarre.
Al !Î\E ÉCHANTILLON PP. POLITIQUE.
Depuis celte fatale exécution, la santé chancelante do François II ne fit qu'empirer.
Sept mois après (lin novembre 1560), la cour étant à Orléans, où les états-généraux avaient été convoqués par le duc de GuNe, le pauvre jeune roi de dix-sept ans avait été obligé do s'aliter.
A coté de ce lit de douleur, où priait, veillait et pleurait Marie Stuart, le drame le plus palpitant attendait son dénouement par la mort ou par la vie du fils do Henri II.
La question, bien qu'engagée par d'autres personnages, était toute entre une femme pâle et un homme sinistre, assis l'un à côté de l'autre, dans la nuit du 4 décembre, à quelques pas du malade endormi et de Mûrie en larmes à soh chevet.
L'homme était Charles de lorraine, et la femme Catherine de Médias.
La vindicative reine-mère, qui d'abord avait fait la morte, s'était bien réveillée depuis huit mois, depuis le tumulte d'Ambois6 l
Voici en deux mots ce qu'elle avait fait, dans son animosité toujours plus profonde contre les Guise :
Elle s'était secrètement alliée avec le prince de Condé et Antoine de # Bourbon ; elle s'était secrètement réconciliée avec le vieux connétable de Montmorency. Il n'y avait que la haine qui pût lui faire oublier la haine.
B - nouveaux et étranges amis, poussés par elle, avaient fomenté des révoltes en diverses provinces, soulevé le Danphiné avec Montbrun, la Provence avec les frères Mouvans, et fait, par Mali0rny, une tentative sur Lyon.
Les Guise, de leur côté, ne s'étaient pas endormis. Ils avaient convoqué à Orléans les états-généraux, et s'y étaient ménagé une majorité dévouée.
Puis, à ces états-généraux, ils avaient mandé, comme c'était leur droit, le roi de Navarre et le prinre de Coudé.
Catherine de Médicis fit parvenir aux princes avis sur avis pour les dissuader de venir se remettre aux mains de leurs ennemis. Mais leur devoir les appelait, mais !•• cardinal de Lorraine leur donnait la parole du roi pour gage de leur sûreté...
Ils vinrent donc à Orléans.
Le jour même de leur arrivée, Antoine de Navarre fut consigné dans une maison de la ville où on le gardait à vue, et le prince de Condé fut jeté en prison.
Puis une commission extraordinaire fit le procès du prince, et condamna à mort, à Orléans, par l'inspiration dis Guise, celui dont, à Ambojse, le duc de Guise avait garanti l'innocence sur son épée.
Il ne manquait plus qu'une ou deux signatures, arrêtées par le chancelier L'Hôpital, pour que l'arrêt fût exécuté.
Voilà, dans cette so rée du 4 décembre, où en étaient les choses pour le parti des Guise, dont le Balalré était le bras et le cardinal la tête, et pour le parti des Bourbons, dont Catherine de Médicis était l'âme secrète.
Tout dépendait, pour les uns et pour les autres, du souffle expirant de l'adolescent couronné.
Si François II pouvait vivre encore seulement quelques jours, le prince de Condé était exécuté, le roi de Navarre tué par occasion dans quelque rixe, Catherine de Médicis exilée à Florence. Par les états-généraux, les Guise étaient maîtres, et, au besoin, rois.
Si, au contraire, le jeune roi mourait avant que ses oncles se fussent débarrassés de leurs ennemis, la lutte recommençait avec des chances plutôt inégales que favorables pour eux.
Donc, ce que Catherine de Médicis et Charles de Lorraine attendaient et guettaient avec angoisse, en cette froide nuit du 4 décembre, dans cette chambre du bailliage d'Orléans, ce n'était pas tant la vie ou la mort de le
ECS DEUX MAWE. 227
roy 1 fils et neveu, que lo triomphe ou la défaite do leur cause.
Marie Stuar» «ouïe veillait son jeune époux aimé sans songer à ce que sa mort pourrait lui fairo perdre.
Il no faudrait pas croire d'ailleurs «pio le sourd antagonisruo do la reine-mr-re el du cardinal so trahît au dehors dans leurs manières el dans leurs discours. Au contraire, ils no s'étaient jamais montrés plus confians et plus affectionnés l"un pour l'antre.
En c moment encorp. profitant de ce sommeil d<* Fran- . ils s'entretenaient à voix basse, de la meilleure amitié du mon le, <ur leurs intérêts les plus secrets et leurs plus intimes pensées.
Car, pour se conformer tous deux à cette politique italienne «i.>nt nous avons précédemment vu des échantillons, Catherine avait toujours dissimulé ses arrière-menées, et Charles ,),. Lorraine avait feint constamment do ne pas s'en apercevoir.
De sorte qu'ils n'avaient pas cessé de se parler en alliés et en .ont-. Ils étaient comme deux joueurs qui tricheraient loyalement chacun de leur côté et se serviraient ouvertement de dés pipés l'un contre l'autre,
— Oui, madame, disait le cardinal, oui, cet entêté eiier de L'Hôpital s'obstine à refuser de signer l'arrêt
de mort du prince. Ah! que vous aviez bien raison, ma-
e, il y a mx mois, .te vous opposer m ouvertement à ce
qu'il succédai à Olivier ! Que ne vous ai-je alors roowriMl
— Quoi ! ne peut-on donc absolument vaincre -a résis-
.' dit Catherine qui avait dicté cette résistance.
— J'ai employé les caresses et les menaces, reprit Charles de Lorraine, et je l'ai trouvé inflexible.
i monsieur h- dm- essayait a son tour?
— H eu ne [h.iirr.iit fore Bécbir ce mulet d'Auvergne, dit rdinal. Mon irère a déclaré d'ailleurs qu'il ne so vou-
61er en rien de cette aflaire.
— Voilà qui devient embarrassant, fit Catherine de Mé-
— Il y a pourtant, dit le cardinal, un moyon ?i l'aide duquel nous nous passerions de tousles chanceliers de monde.
— Se peut-i! I quel est ce moyen? s'écria la reine-mère inquiète.
— De faire signer l'arrêt par le roi, dit le cardinal.
— Par le roi ! répéta Catherine. Cela se pourrait-il ? Le roi a-t-il ce droit?
— Oui, dit le cardinal, nous avons déjà procédé ainsi, et dans cette affaire même, par le conseil des meilleurs légistes, lorsqu'on a déclaré qu'il serait passé outre au jugement, nonobstant le relus du prince de répondre.
— Mais que dira le chancelier ? s'écria Catherine véritablement alarmée.
— Il grondera comme de coutume, répondit tranquillement Charles de Lorraine, il menacera de rendre les sceaux...
— Et s'il les rend en effet ?...
— Double avantage ! nous serons délivrés du censeur lo plus incommode, dit le cardinal.
— Et quand voudriez-vous donc que cet arrêt lût signé? reprit Catherine après une pause.
— Cette nuit, madame.
— El vous le feriez exécuter?...
— Demain.
Pour le coup, la reine-mère frémit.
— Cette nuit 1 demain ! vous n'y songoz pas ! reprit-elle. Le roi est trop malade, trop faible, et n'a pas l'esprit assez libre pour seulement comprendre ce que vous lui demanderiez.
— Il n'est pas besoin qu'il comprenne pourvu qu'il signe, dit le cardinal.
— Mais sa main n'est même pas assez forte pour tenir une plume.
— On la conduira, reprit Charles de Lorraine, heureux de l'effroi qu'il voyait peint dans les regards de sa chère ennemie.
— Ecoutez, dit sérieusement Catherine. Je vous dois ici un avertissement et un conseil. La fin de mon pauvro fils est plus procho que vous ne croyez. Savez-vous ce que m'a dit Chapelain, le premier médecin ? qu'il ne pensai! pas qu'à moins d'un miracle, lo roi fut vivant demain soir.
- Raison do p'us pour nous rulter, dit froidement lo prêtre.
— Oui, mais, reprit Catherine, si François II n'eplus domain, Charles IX règne, lo roi de Navarre est ré peut-être. Quel compte terrible ne vousdemandera-t-il pas du supplice infamant de son frère? No serez-vous pa- à votre tour jugé, condamné?...
— Eii! madame] qui no risque rien n'a rien! sY avec chaleur le cardinal dépité. D'ailleurs, qui pn qu'Antoine de Navarre sera nommé régent Y qui prou,, que ce Chapelain ne se trompe pas? Entin ! le roi vit en-
— Plus bas ! plus bas, mon oncle ! dit en so levant Marie Stuart effrayée. Vous allez réveiller lo roi !... Ten vous L'avez réveillé.
— Marie... où es-tu ? dit en effet la voix laiblo do Fr; çois.
— Là. tout auprès de vous, mon doux Siro, répondit
— Oh ! je souffre ! reprit le roi, ma tète ost comme du feu! cette douleur d'oreille comme un éternel coup de poignard. Je n'ai dormi qu'en souffrant encore. Ah I c'est uni de moi, c'est fini !
— Ne dites pas cela ! ne dites pas cela ! ropartit Marie contenant ses larmes.
— La mémoire m" manque, reprit François. Ai-.jo reçu
mens? Je veux les avoir au plus tôt.
— Tous vos devoirs seront remplis, ne vous tourmentez cas, cher Sire.
— Je veut voir mon confesseur, monsieur do Brichan-
— Tout à l'heure il sera près de vous, dit Marie.
— .Me dit-on au moins des prières? demanda le roi.
— Je n'ai presque cessé depuis ce matin.
— Pauvre chère Marie!... et Chapelain, où est-il?
— Là, dans la chambre voisine, tout prêt à votre appel. Votre mira et mon oncle le cardinal sont aussi là, Sii voidez-vous voir?
— Non, non, toi seule Marie! dit le mourant. Tourne-
toi un peu de se côté... là... que je te voie encore une lois au moins.
— Courage ! reprit Marie Sluart. Dieu est si bon ! et je 1» prie de si grand cœur.
— Je souftre, dit François. Je ne vois plus, j'entends à peine. Ta main, Marie ?
— La 1 soutenez-vous sur moi, dit Marie, appuyant la petite tête pâle de son mari sur son épaule,
— Mon âme à Dieu 1 mon cœur à toi, Mario. Toujours ! Hélas ! hélas 1 à dix-sept ans mourir !
— Non, non ! vous ne mourrez pas! s'écria Marie. Qu'avons-no«s fait au ciel pour qu'il nous punisse?
— Ne pleure pas, Marie, reprit le roi. Nous nous rejoindrons là-haut. Je ne regrette de ce monde que toi. Si je t'emmenais avec moi, je serais heureux de mourir, le voyage du ciel est plus beau encore que celui d'Italie. Et puis, il me semble que sans moi tu ne vas plus avoir tfcs joie. Ils te feront souffrir. Tu auras froid, tu seras seule .ils te tueront, ma pauvre âmel C'est là ce qui m'afflige plus encore que de mourir.
Épuisé, le roi retomba sur son oreiller et garda un morne silence.
— Mais vous ne mourrez pas! vous ne mourrez pas, Sire ! s'écria Marie. Écoutez, j'ai un grand espoir. Une chance, en laquelle j'ai foi, nous reste.
— Qu'est-ce à dire ? interrompit en s'approchant Catherine de Médicis étonnée.
— Oui, reprit Mario Stuart, le roi peut encore être sauvé et sera sauvé. Quelque chose me criait dans mon cœur que tous ces médecins qui l'entourent et le fatiguent sont des ignoranset des aveugles. Mais il est un homme habile, savant et renommé, un homme qui a préservé à Calais îes jours do mon oncle...
— Maître Ambroise Paré ? dit lo cardinal.
— Maître Ambroise Paré ! répéta Marie. On disait que cet homme ne devait pas, ne voudrait pas lui-même avoir entre ses mains la vio royale, que c'était un hérétique et un maudit, et que, quand même il accepterait la responsabilité d'une telle cure, on ne pourrait la lui confier.
— rpla e«t <vrtain. dit dédaigneusement la reine-more.
— I h bien ! si j<" la lui confie, moi ! s'écria Mario. Est-ce qu'un homme de génie peu! être un traître? Quand ouest
. madame, on est bon !
— liais, d t le cardinal, mon froro n'a pas attendu jusqu'à ce jour pour penser à Ambroise Paré. On l'a fait déjà sonder.
— Et qui lui a-t-on envoyé 1 repril Marie, des indifférer.^ peut-être des ennemis. Moi, je lui ai envoyé un ami sûr, et il viendra.
— Il Unit le temps qu'il arrive de Paris, dit Catherine
— Il <st en route, il doit môme êlro arrivé, reprit la jeun»1 reine. L'ami dont je vous parle a promis do l'amener aujourd'hui môme.
— Et quel Mt donc cet ami, enfin? demanda la reine- :.
— Le comte Gabriel de Montjzommory, madame. Ayant que Catherine cit eu le temps de s'écrier, Dayelle,
la première femme de Marie Sluart, entra et vint dire -:i sa maîtresse...
— Le comte Gabriel de Montgomroery est là, qui altenJ 'es ordres de madame
— Ou ! qu'il eutre 1 qu'il entre I s'écria vivement Marie.
LL'El'R D ESPGIIl.
— Cn instant ! dit alors Catherine d»* Médk is, si-.-neet froide Pour que col bomme entre, madaine, attendes au moins qwjje sois sort e. S'il roua plaît de confier la vie du i.ls à celui qui s tranché II rie du père, il ne ne plaît pas,
à moi, de revoir et d'enfa r. -Ire encore le meurtrier de mon
époux. Je proteste donc contre sa présence en ce lieu, et je me retire devant lui.
Et elle sortit en effet, sans donner à son fils mourant un regard, un adieu de mère.
Etait-ce parce que ce nom abhorré de Gabriel de Montgommery lui rappelait la première offense qu'elle eût eu à supporter du roi? Cela peut être; toujours est-il qu'elle no redoutait pas autant qu'elle voulait bien le dire l'aspect el la voix de Gabriel ; car, en se retirant dans son logement, voisin de la chambre royale, elle eut soin de laisser la portière entr'ouverte, et n'eut pas plus tôt refermé la porto donnant au dehors sur un corridor désert à cette heure avancée de la nuit, qu'elle colla tour à tour à la serrure et son œil et son oreille, pour voir et pour écouter ce qui allait se passer après son brusque départ.
Gabriel entra, conduit par Dayelle, s'agenouilla pour baiser la main que lui tendait la reine, et fit un profond salut au cardinal.
— Eh bien 1 lui demanda Marie Stuart impatiente.
— Eh bien! madame, j'ai décidé maître Paré, dit Gabriel. Il est là.
— Oh ! merci, merci, ami fidèle! s'écria Marie.
— Le roi va-t-il donc plus mal, madame? reprit à voix basse Gabriel, en portant un regard inquiet sur le lit où François II était étendu sans couleur et sans mouvement.
— Hélas ! il ne va pas mieux toujours! dit la reine, et j'avais bien besoin de vous voir. Maître Ambroise a-t-il tait de grandes difficultés pour venir?
— Non, madame, répondit Gabriel. On le lui avait bien demandé déjà ; mais de façon, m'a-t-il dit, à provoquer de sa part un refus. On voulait qu'if s'engageât d'avance, sur sa tête et son honneur, à sauver le roi sans l'avoir vu. On no lui cachait pas que, comme protestant, il était suspect d'en vouloir à la vie d'un persécuteur des protestans. On lui témoignait enfin tant do méfiance injurieuse, on exigeait de lui de si dures conditions, qu'à moins de n'avoir ni cœur ni prudence, il devrait être nécessairement amené à s'abstenir. Ce qu'il a fait, à son grand regret, sans ôtro
.lès-lors autrement pressé par ceux qui lui étaient envoyés.
— Se peut-il qu'on ail ainsi interprété à maître Paré nos intentions ? dit vivement le cardinal de Lorraine. Pourtant c'est do la part de mon frère et do la mienne qu'on est a, lé le trouver à deux ou trois reprises I On nous rapportait à nous ses refus obstinés et ses doutes étranges. Et nous croyions ceux que nous lui avions députés des gens tout à tait sûrs !
— L'étaient ils réellement, monseigneur? dit Gabriel. Maître Paré croit le contraire, maintenant que je lui ai dit vos véritables sentimens à son égard et les bonnes paroles de la reine pour lui. Il est persuadé, qu'à votre insu, on s'est eftorcé, dans un but coupable, de l'écarter du lit do souffrance du roi,
— La chose est à présent certaine, reprit Charles do Lorraine. Je reconnais encore en ceci, murmura-t-il, la main de la reine mère... Elle a tout intérêt, en effet, à c-î que son fils ne soit pas sauvé... Mais corrompra-t-elle donc tous les devouemens sur lesquels nous comptions? Voici encore un pendant à la nomination de son L'Hôpital I... Comme elle nous joii'
Cependant Marie Stuart, laissant le cardinal aux réfi xions sur ce qui était accompli, et toute à sa sollicitude présente, disait à Gabriel :
— I.nfin, maître Paré vous a suivi, n'est-ce pas ?
— A ma première réquisition, répondit le jeune comte.
— Et il est là?
— Attendant pour entrer votre gracieuse permission; une.
— Tout de suite 1 qu'il vienne donc tout do suite 1 s'écria Marie Sluart.
Gabriel de Montpommery alla un instant à la porto par Ile il était entré, et revint introduisant le chirurgien.
Derrière sa porto à elle, Catherine de Médicis guettait ■oujours, plu-; attentive que jamais.
Miri" Stuart courut à la rencontre d'Ambroise, prit sa ham, le conduisit elle-même au lit du cher malade, et, comme pour couper court aux complimens :
— Merci d'êlre venu, maître, disait-elle tout en marchant. Je comptais sur votre zèle comme je compte sur voire science... Venez au lit du roi, vite, au lit du roi.
Ambroise Paré obéissant, sans avoir le temps de prononcer une parole, à l'impatience de la reine, lut bientôt près du chevet où François II vaincu, pour ainsi dire, par la douleur, n'avait plus de force que pour exhaler uni gémi ocment faible et presque imperceptible.
Le grand chirurgien s'arrêta une minute à contempler debout cette petit© face amaigrie et comme rétrécie par îa souffrance.
Puis il se pencha sur celui qui, pour lui, n'était plus qu'un malade, et toucha et sonda le douloureux gonflement de l'oreille droite d'une main aussi légère et aussi douce que celle de Marie.
Le roi sentit instinctivement un médecin et so laissa faire sans mène rouvrir ses yeux appesantis.
— Oh 1 je souffre ! murmura-t-il seulement d'une voix dolente, je souffre! Ne pouvez-vous donc me soulager?...
La lumière étant un peu trop éloignée au gré d'Ambroise, il fit signe à Gabriel d'approcher le flambeau; mais sîaric Stuart s'en empara avant Gabriel, et éclaira elle-même le chirurgien, tandis qu'il examinait longuement et attentivement le siège du mal.
Cette sorte d'étude muette et minutieuse dura peut-être dix minutes. Après quoi Ambroise Paré se redressa, «rave et absorbé par un travail de méditation intérieure, et laissa retomber le rideau du lit.
Marie Stuart palpitante n'osait l'interroger de peur do troubler ses pensées. Mais elle épiait son visage avec angoisse. Quel arrêt allait-il prononcer?
L'illustre médecin secoua tristement la tête, et il sembla à la reine éperdue que c'était un arrêt de mort.
— Eh! quoi, dit-elle incapable de maîtriser plus longtemps son inquiétude ; n'y a-t i\ donc plus aucune chance de salut?
— Il n'y en a plus qu'une, madame, répondit Ambroipo Paré.
— Mais il y en a une ! s'écria la reine.
LES DEEX DIANE 235
— Oui, madame, et bien qu'hélas! elle ne soif pas sssu-
pendaut, elle existe, cl j'aurais tout espoir, si...
— - .'... demanda Marie.
— Si ct'lui qu'il tant sauver n'était pas le roi, madame...
— I h! décria Marie Stuart, traitez-le, sauvez-le comme '.
— Mais si l 'échoue ?... dit Ambroise, car enfin Dieu est seul le ri'.i tiv. Ne m'aocusora-t-on pas, moi huguenot t
lourde et terrible responsabitilé ne va-t-elle pas peser • .r ma main et la (aire trembler, alors que j'aurais besoin de tant de calme et d'assurance?
— Ecoutes, reprit Marie, s'il vil, je vous bénirai toute ■ ie, nuis si... s'il meurt, je vous défendrai jusqu'à ma
mort. Ainsi, essayez 1 essayez! je vous on conjure, je vous
en Supplie. Puisque VOUS dites que c'est I;: seule et der-
i chance, mon Dieu 1 ne nous la retirez pas; c'est 15 que serait le crime.
— Vous ares raison, madame, dit Ambroise, et j'essaierai... ti l'on me le perm t, V Htefots ; si vous me le permettez vous-même, car. je ne vous le cache pas. le moyen auquel j'aurai recours est extrême, inusité, et, en apparence du moins, violent et dangereux.
— Vraiment) dit Marie toute tremblante, et il n'y en a .'
— l'ai .l'autre, madame! Encore est-il temps <lo l'emer: dans vingt-quatre heures sûrement, dans douze
heures peut être, il serait trop tard. Un dépôt B*est formé à la tète du roi. et, si l'on ne donne pas une issue aux humeur* par une opération très prompte, l'épanchenu nt dans le cerveau doit cau-er la mort.
— Yondrirz-vous donc opérer le roi sur-le-ehanip? dit le cardinal. Je ne prendrai pas cela sur moi d'abord !
— Ah ! voilà déjà que vous doutez! dit Ambroise. Non, j'ai besoin du grand jour, et il me faut bien I'
nuit ponr (pens.r à tout cela, pour exercer ma main,
pour Taire uno ou deux expériences... Mais demain malin, demain à neuf heures, je puis être ici. Soyez-y, ma- , et vous aussi, monseigneur; que monsieur le lieu-
tonant-général y soit, que ceux dont le dévouemeni au roi est bien éprouvé y soient; mais pas d'autres. Le moins de médecins possible. J'expliquerai alors ce que je compte faire, et, si vous m'y autorisez tous, avec l'aide de Dieu, je tenterai cette unique chance que Dieu nous laisse.
— Et jusqu'à demain, pas de danger? demanda la reine.
— Non, madame, dit maître Paré. Seulement, il est essentiel que le roi repose et prenne des forces pour celte opération qu'il doit subir. Je mets dans la boisson inoffensive que je vois sur cette table deux gouttes de cet élixir ajouta-t-il en joignant l'acte aux paroles. Faites que le roi prenne cela tout de suite, madame, et vous le verrez tomber dans un sommeil plus calme et plus profond. Veillez, veillez vous-même si cela se peut, à ce que, sous aucun prétexte, ce sommeil ne soit troublé.
— Soyez tranquille 1 de cela, j'en réponds, dit Marie S'uart. Je ne quitterai pas cette place de la nuit.
— C'est très important, dit Ambroise Paré. Maintenant, je n'ai plus rien à faire ici, et je vous demanderai la permission de me retirer, madame, pour m'occuper du rai encore, et me préparer à ma grande tâche.
— Allez, maître, allez ! dit Marie, et soyez d'avance remercié et béni. A demain.
— A demain, madame, reprit Ambroise. Espérez !
— Je vais prier, toujours ! dit Marie Stuart.
— Vous aussi, monsieur le comte, je vous remercie encore, reprit-elle en s'adressant à Gabriel. Vous èles de ceux dont parlait maître Paré, et dont le dévouement au roi est éprouvé. Soyez donc ici demain, je vous prie, pour apporter à votre illustre ami l'appui de votre présence.
— J'y serai, madame, dit Gabriel en se retirant avec le chirurgien, après avoir salué la reine et le cardinal.
— Et moi aussi, j'y serai ! se dit Catherine de Médicis derrière la porte où elle guettait. Oui, j'y serai ; car ce Paré est capable de sauver le roi, l'habile homme I et de perdre ainsi son parti, le prince et moi-mAme^ i'imbécile !... Mais j'y serai.
SOMMHL TIEN GARD!:.
Catherine de Médicis resta quelque temps à épier, quoiqu il n'y eût plus dans la chambre royale que Marie Stuart cardinal. Mais elle ne vit et n'entendit plus rien d'infant. La reine fit prendre la potion calnianto à François qui, selon la promesse d'Ambroise Paré, parut aussitôt dormir plus paisiblement Tout retomba dès lors dans lo silence. Lo cardinal, assis, songeait ; Marie, agenouillée., priait.
La reine-mère se retira doucement chez elle pour songer comme le cardinal.
Si elle eût demeuré quelques instans de plus, elle eût pourtant assisté à des choses vraiment dignes d'elle.
Marie Stuart, se relevant de sa fervente prière, dit au cardinal :
— Rien ne vous relient de veiller avec moi, mon oncle, ;ue je compte roter ici jusqu'au réveil du roi. Dayelle,
I s médecins, et les gens de service à côté, suffiraient s'il était besoin de quelque chose. Vous pouvez donc aller prendre un peu de repos. Je vous ferai avertir s'il est néiire.
— Non, dit le cardinal; le duc de Guise, que nombre d'affaires à oxj édi--r a dû retenir jusqu'à présent, m'a dit qu'avant de se retirer il viendrait savoir des nouvelles du roi, et je lui ai promis qu'il me trouvera1! auprès do lui... L;t, tenez, madame, n'est-ce pas justement son pas quo j'entends ?
— Oh l qu'il no fasse pas de bruit 1 s'écria Marie, s'élan- ;>our avenir le Balafré.
Le duc de Guise entra en effet tout paie et tout agité.
Il salua la reine, mais, dans sa préoccupation, il ne demanda pas le moins du monde des nouvelles du roi, el alla droit à son frère, qu'il prit à part dans la large embrasure d'une fenêtre :
— Une terrible nouvelle ! un vrai coup de foudre ! lui dit-il pour commencer.
— Qu'y a-t-il encore? demanda Charles de Lorraine.
— Le connétable de Montmorency a quitté Chantilly avec quinze cents gentilshommes, dit le duc de Guise. Pour mieux cacher sa marche , il a évité Paris en venant d'Ecouenet de Corbeil à Pithiviers par la vallée d'Essonne, Il sera demain aux portes d'Orléans avec sa troupe. Je viens d'en recevoir l'avis.
— C'est terrible, en effet ! dit le cardinal ; le vieux routier veut sauver la tête de son neveu. Je gage que c'est encore la reine-mère qui l'a tait prévenir l Et ne pouvoir rien contre cette femme 1
— Ce n'est pas le moment d'agir contre elle, mais d'agir pour nous, dit le Balafré. Que devons-nous faire ?
— Allez avec les nôtres à la rencontre du connétable, dit Charles de Lorraine.
— Répondez-vous de maintenir Orléans quand je n'y serai plus avec mes forces? demanda le duc.
— Hélas 1 non, c'est vrai, répondit le cardinal. Tous ces gens d'Orléans sont mauvais, huguenots el Bourbons dans l'aine. Mais nous avons du moins pour nous les États.
—Et L'Hôpital contre nous, songez-y, mon frère. Ah ! la position est dure 1 Comment va le roi? dit-il entin, le danger lui rappelant sa dernière ressource.
— Le roi va mal, répondit Charles de Lorraine; mais Ambroise Paré, qui est venu à Orléans sur l'invitation de la reine, je vous expliquerai cela, espère encore le sauv demain matin par une opération hasardeuse, mais nécessaire, qui peut avoir d'heureux résultats. Soyez donc ici à neuf heures, mon frère, pour soutenir Ambroise, au besoin.
— Certes 1 dit le Balafré, car là est notre unique espoir. Notre autorité mourrait du coup avec François II ; et pourtant qu'il serait bon d'épouvanter et peut-être de faire re-
culer le connétable on lui envoyant, pour sa bienvenue, la léie de Sun beau neveu de Coudé I
— Oui, ce serait éloquent, c'est bien mon avis, dit lo cardinal réfléchissant.
— Mais ce maudit L'Hôpital arrôte tout l reprit le Balafré.
— Si, au lieu de sa signature, nous avions sur l'arrêt du prince celle du roi, dit Charles de Lorraine, rien uo s'op- I .ut, en somme, D*est-ce pas vrai, mon frère?... à ce que l'exécution • ùi heu demain malin, avant l'arrivée de Montmorency, avant la tentative d'Ambroise Paré?
— Ce De serait pas très lé0ul, mais ce serait possible, répondit le Balalre.
— Lli bien : dit vivement Charles de Lorraine, laissezmoi ici, mon frère ; ii n'y a rien à taire pour vous cette
cl vous devez avoir besoin de repos ; deux heures eut de sonner à l'horloge du bailliage. 11 faut ménager forces pour demain. Retirez-vous et laissez-moi. Je
veux, moi aussi, tenter la cure désespérée de noire lor-
tUJle.
— Qu'est-ce que c'est? demanda le duc do Guise? Ne i rien de délimUÏ sans me consulter au moins, monsieur mou frère !
— Soyez tranquille ! si j'ai ce que je veux, j'irai vous
:i avant le jour pour m'enteu fre avec vous.
— A la bouu'- beurel dit le Balafré. Sur celte àssu- , je me relire ; car il est vrai que je suis épuisé. Mais
de la |
11 alla adresser à Marie Smart quelques paroles de con-
doléa i lit eu taisant le inouïs de bruit possible sur
ttodation.
L' , ... le ar linal s'assit devant uno table et écrivit
■ UTtétdelai <>umissioii dont il avait gardé
l'expédition par devers lui.
. .1 se leva et marcha vers lr lit du roi. Mjis Marte Stnart se dressa debout devant lui et l'arrêta
du g
— ou jIIpz-vous? lui dit-elle d'une voix basse et pourtant
arroutee.
i>;0 LES DEUX DIANE.
— Madame, répondit le cardinal, il est important, il est indispensable que le roi signe ce papier...
— Ce qui est important, ce qui est indispensable, dit Marie, c'est que le roi repose tranquille.
— Son nom au bas de cet écrit, madame, et je ce l'importunerai plus.
— Mais vous le réveillerez, reprit la reine, et je ne le veux pas. D'ailleurs, il est incapable en ce moment de tenir une plume.
— Je la tiendrai pour lui, dit Charles de Lorraine.
— Je vous ai dit : Je ne veux pas ! reprit arec autorité Marie Stuart.
Le cardinal s'arrêta un moment, surpris pai cet obstacle au quoi il n'avait pas songé.
Puis il reprit de son ton insinuant:
— Écoutez-moi, madame. Ma chère nièce, écoutez-moi. Je vais vous dire ce dont il s'agit. Vous comprenez bien que je respecterais le repos du roi, si je n'étais contraint par la nécessité la plus grave. C'est de notre fortune et de la vôtre, de notre salut et du vôtre qu'il est ici question. Entendez-moi bien. Il faut que ce papier soit signé par le roi avant que le jour se lève, ou nous sommes perdusl perdus, je vous l'avoue!
— Cela ne me regarde pas, dit tranquillement Marie.
— Mais si 1 mais encore une fois notre ruine est votre ruine, enfant que vous êtes !
— Eh bienl que m'importe 1 dit la reine. Est-ce que jo me soucie de vos ambitions, moi ! Mon ambition, c'est de sauver celui que j'aime, c'est de préserver sa vie si je puis, et, en attendant, son précieux repos. Maître Paré m'a confié le sommeil du roi. Je vous défends de le troubler, monsieur- Entendez-moi bien, à votre tour. Je vous le défonds ! Le roi mort, meure ma royauté ! cela m'est bien égal ! Mais tant qu'il lui restera un souffle de vie, je protégerai co dernier soufflo contre les exigences odieuses do vos intrigues de cour. J'ai contribué, mon oncle, plus que je ne l'aurais dû, je le crois, à raffermir dans vos mair»s le pouvoir quand mon François était debout et bien portant ; mais ce pouvoir je le reprends tout entier dès qu'il s'agit
LES DEUX DIANE. 2ii
do faire respecter les dernières heures de calme que Dieu lui accorde peut-être en cette vie. Lo roi, a dit maître Paré, aura besoin demain du peu de (orces qui lui restent. Personne au monde, sans quelque prétexte que ce soit, ne lut dérobera une parcelle de ce sommeil réparateur...
— Mais quand le motil est tellement grave et urgent?... dit le cardinal.
— Sous quelque prétexte que ce soit, personne au monde ne réveillera le roi, reprit Marie
— Ah ! mais il le faut] repartit Charles de Lorraine, honteux à la fin d'être si longtemps arrêté par la seule résista nre d'un enfant, de sa nièce. Les intérêts do l'Etat, ma- !ame, ne s'accommodent point de ces choses de sentiment.
^nature du roi m'est nécessaire sur-le-champ, et je l'aurai.
— Vous ne l'aurez pas, monsieur le cardinal, dit Marie. Lr cardinal fit un pas encore vers le lit du roi.
M lis de nouveau, Marie Stuart se mit devant lui et lui ! arra fe passage.
I a reine el le ministre se regardèrent un instant face à face, aussi palpitans, aussi courroucés l'un que l'autre.
— Je passerai, dit Charles de Lorraine d'une voix brève.
— Vous osez donc porter la main sur moi, monsieur?
— Ma nièce !...
— Non plus votre nièce, voire reine!
Ce fut dit d'un ton si ferme, si digne et si royal que lo cardinal interdit recula.
— Oui, votre reine 1 reprit Marie, et si vous faites encore un pas, encore un geste, tandis mie vous irez au roi,. j'irai a cette porie, moi ; j'appellerai ceux qui doivent y veiller,
it mon oncle, tout ministre, tout cardinal que vous aies, j'ordonnerai, moi la reine, qu'on vous arrêto sur 'heure comme criminel de lèse-majesté.
— Cn (el Scan laie !... murmura le cardinal épouvan'é.
— Qui de nous l'aura voulu, monsieur?
L*0 il étincelant, les narines gonflées, le sein ému, toute l itude déterminé" de la jeune reine disait assez qu'elle terait sa menace. Et puis, elle était si belle, si fière et en mémo t rnps si t. m. 14
2v2 LES DEUX DIANE.
touchante ainsi, que le prêtre au cœur de bronze se sentit vaincu et remué.
L'homme céda à l'enfant; la raison d'Etat obéit au cri de la nature.
— Allons 1 dit le cardinal en soupirant profondément, j'attendrai donc que le roi s'éveille...
— Merci 1 dit Mario, revenant à l'accent triste et doux qui depuis la maladie du roi lui était habituel.
— Mais du moins, reprit Charles de Lorraine, dès qu'il s'éveillera...
— S'il est en état de vous entendre et de vous satisfaire, mon oncle, je n'empêcherai plus rien.
Il fallait bien que le cardinal se contentât de cette promesse. Il alla se remettre à sa table, et Marie revint à son prie-dieu, lui, attendant; elle, espérant.
Mais les heures lentes de cette nuit de veille passèrent sans que François II se réveillât. La promesse d'Ambroise Paré n'avait pas été vaine ; il y avait bien des nuits que le roi n'avait reposé d'un sommeil si long et si profond.
De temps en temps, il faisait bien un mouvement, il poussait une plainte, û prononçait un mot, un nom surtout, celui de Marie.
Mais il retombait presque aussitôt dans son assoupissement. Et le cardinal, qui s'était levé en hâte, devait retourner, désappointé, à sa place.
Il froissait alors dans sa main avec impatience cet arrêt inutile, cet arrêt fatal et qui, sans la signature du roi, devenait peut-être le sien...
Il vit ainsi peu à peu les flambeaux s'user et pâlir, et l'aube froide de décembre blanchir les vitraux...
Enfin, comme huit heures sonnaient, le roi s'agita; ouvrit les yeux et appela :
— Marie 1 es-tu là, Marie?
— Toujours, dit Marie Stuart.
Charles de Lorraine s'élança, son papier à la main. Il élait encore temps peut-être 1 un échafaud est vite dressé 1...
M lis, au même instant, Catherine de Médicis rentra, par sa porte à elle, dans la chambre royale.
— Trop lard] sn dil le cardinal. Ah! la fortune nous abandonne ! et si Ambroise no sauve pas le roi, nous sommes perdus I