‹ Les deux DianeChapitre 13 sur 27 · AMANT OU FRÈRE · texte numérisé non relu

AMANT OU FRÈRE

Quanii Jacinte introduisit Gabripl dans la chambre que Diane de Castro, comme fille légitimée du roi, occupait au Louvre, celle-ci, dans son cfTusion naïve et chaste, courut au devant du bien-aimé sans dissimuler aucunement sa joie. Elle n'eût pas même retiré son front de son baiser; mais lui se contenta de lui serrer la main.

— Vous voilà donc enfin, Gabriel ! dit-elle. Avec quelle impatienre je vous attendais, mon ami I Depuis tantôt, je ne sais où déverser le trop plein de bonheur que je sens en moi. Je parle toute seule, je ris toute seule, je suis folle I Mais vous voilà, Gabriel, et nous pourrons du moins être heureux ensemble! — Eh bien I qu'avez vous donc, mon ami ? vous avez l'air froid, grave et presque triste. Est-ce avec ce visage coniraint et ces manières réservées que vous me témoignez votre amour, et à Dieu et à mon père votre reconnaissance ?

— A votre père?... oui, parlons de votre père, Diane. Quant à cette gravité qui vous étonne, c'est mon habitude d'accueillir avec ce front sévère la bonne fortune ; car je me défie d'abord de ses dons, n'y étant pas jusqu'ici accoutumé, et j'ai éprouvé qu'elle cachait trop souvent une douleur sous une faveur.

— Je ne vous savais pas si philosophe ni si malheureux, Gabriel, reprit la jeune fille moitié enjouée et moitié pi-

quée. Mais, voyons I vous disiez que vous vouliez parler du roi ; c'est mieux cela : comme il a été bon et généreux, Gabriel !

— Oui, Diane, il vous aime bien, n'est-ce pas?

— Avec une tendresse et une douceur infmies, Gabriel.

— Sans doute, murmura le vicomte d'Exmès, il peut croire, lui, qu'elle est sa fille... Une seule chose m'étonne, reprit-il tout haut : comment le roi, ayant certainement déjà au cœur le pressentiment de cet amour qu'il vous porterait, a-t-il pu néanmoins rester douze années sans vous voir et sans vous connaître, et vous laisser reléguée à Vimoutiers, perdue et inconnue? Ne lui avez-vous jamais demandé, Diane, la raison de cette étrange indifférence ? Un oubli pareil, savez-vous ? est difficile à concilier avec cette bienveillance qu'il vous témoigne maintenant.

— Oh ! reprit Diane , c'est que ce n'était pas lui qui m'oubliait, pauvre père !

— Mais qui donc alors?

— Qui ? si ce n'est madame Diane de Poitiers, je ne sais pas si je dois dire ma mère.

— Et pourquoi se résignait- elle à vous abandonner ainsi, Diane? Ne devait-elle pas se réjouir et se glorifier aux yeux du roi de votre naissance, qui lui donnait un titre de plus à son amour ? Qu'avait-elle à craindre î son mari était mort... son père mort...

— Assurément, Gabriel, dit Diane, et il me serait difficile, pour ne pas dire impossible, de vous justifier cette fierté singulière qui fait que madame de Valentinois n'a jamais consenti à me reconnaître olficiellement pour son enfant. Vous ignorez donc, ami, quelle a obtenu du roi de cacher d'abord ma naissance, qu'elle m'a seulement rappelée à la cour sur ses instances, et presque sur son ordre, et qu'elle n'a pas même voulu être nommée dans l'acte de ma légimitation ? ie ne m'en plains pas, Gabriel, puisque, sans cet orgueil bizarre, je ne vous aurais pas connu et vous ne m'auriez cas aimée. Mais je n'en ai pas moins songé parfois avec chagrin à celte sorte d'aversion de ma mère pour tout ce qui me concerne.

— Aversion qui pourrait bien n'être que du remords.

pensa Gabriel avec épouvante; elle savait tromper le roi, et ne le taisHit pas sans hésitation et sans crainte. ..

— Mais à quoi songez-vous donc , mon ami ? reprit Diane, et pourquoi m'adressez-vous toutes ces questions ?

— Pour rien ; un doute de mon esprit inquiet. Ne vous en préoccupez pas, Diane; mais, du moins, si votre mère n'a pour^vons qu éloignement et presque haine, votre père, Diane, votre père compense cette froideur par sa tendresse ; et vous, de votre côté, si vous vous sentez timide et contrainte avec madame de Valentinois, en présence du roi votre cœur se dilate, n'est-il pas vrai, et reconnaît en lui un vrai père ?

— Oh I certainement ! reprit Diane, et, du premier jour où je l'ai vu, et où il m'a parlé avec tant de bonté, je me suis sentie attirée vers lui tout de suite. Ce n'est pas par poUtique que je suis avec lui prévenante et affectueuse, c'est d'instinct. Il ne serait pas le roi, il ne serait pas mon bienfaiteur et mon protecteur, que je l'aimerais tout autant : c'est mon père !

— On ne se trompe pourtant pas à ces choses-là ! s'écria Gabriel ravi. Ma chère Diane ! ma bien-aimée ! c'est bien à vous d'aimer ainsi votre père, et de vous sentir émue devant lui de reconnaissance et d'amour. Cette douce piété filiale vous fait honneur, Diane.

— Et c'est bien aussi à vous de la comprendre et de l'approuver, mon ami, dit Diane. Mais, après avoir parlé de mon père, et de rafîection qu'il me porte et que je lui rendSr et de nos obligations envers lui, Gabriel, si nous parlions un peu de nous et de notre amour, hein ? Que voulez-vous ? on est égoïste, ajouta la jeune fille avec cette ingénuité charmante qui lui était propre. D'ailleurs, le roi serait là, qu'i . me reprocherait de ne pas penser du tout à moi, à nous ; et savez-vous, Gabriel, ce que, tout à l'heure encore il me répétait : — Clière enfant, sois heureuse ! Être heureuse, entends-tu bien? c'est me rendre heureux. — Ainsi, monsieur, notre dette à la reconnaissance payée, ne soyons pas non plus trop oublieux de nous-mêmes.

— C'est cela , dit Gabriel songeant » oui , c'est ceia. Soyons maintenant tout à cet attachement qui nous lie

i28 LES DEUX DIANE.

pour la vie l'un à l'autre. Regardons dans nos cœurs, et voyons ce qui s'y passe. Racontons-nous réciproquemcot nos âmes.

— A la bonne heure! dit Diane ; ce sera charmant, cela.

— Oui, chanrjant, reprit tristement Gabriel. Et voyons, vous d'abord, Viane, que sentez-vous pour moi ? dites. Ne m'aimez-vous pas moins que voSrc père?

— Méchant jaloux! dit Diane. Sachez seulement que je vous aime autrement. Ce n'est pas facile de vous expliquer cela, au moins ! Quand le roi est là, j© suis calme, et mon cœur ne bat pas plus vite qu'à l'ordinaire ; mais lorsque je vous vois, oh ! un trouble singuher, qui me fait mal et qui me charme, se répand dans tout mon être. Je dis à mon père, même devant tout le monde, les paroles caressantes et douces qui me viennent à la bouche ; mais à vous, il me semble q\ie devant quelqu'un je n'oserais jamais vous dire seulement : Gabriel ! — même quand je serais votre femme. En un mot, autant la joie que je ressens auprès de mon père est paisible, autant le bonheur que votre présence m'apporte est inquiet, j'allais dire douloureux ; et cette douleur, pourtant, est plus délicieuse que ce calme.

— Tais-toi! oh! tais-toi! s'écria Gabriel éperdu. Oui, tu m'aimes, et cela m'effraie !... et cela me ra-sure, veux-je dire, car enfln Dieu n'aurait pas permis cet amour si ta ne pouvais pas m'aimer I

— Que voulez-vous dire , Gabriel ? demanda Diane étonnée. Pourquoi mon aveu, que j'ai bien le droit de vous faire puisque vous allez être mon mari, vous metil ainsi hors de •'ous? Quel danger peut se cacher dans mon amour?

— Aucun, chère Diane, aucun. Ne faites pas a'tention. C'est la joie qui m'enivre ainsi , la joie ! Un bonheur si haut donne le vertige. Cependant, vous ne m'avez pas toujours aimé avec ces inquiétudes et ces souffrances. Lorsque nous nous promenions ensemble sous les ombrages de Vimoutiers, vous n'aviez pour moi qu'une amitié... fraternelle.

— J'étais une enfant, alors, dit Diane ; je n'avais pas rêvé à vous pendant six années de solitude ; mon amour

n'avait pas grandi avec moi-même ; je n'avais pas vécu deux mois au milieu d'une cour où la corruption du langage et des mœurs n'a pu cependant me l'aire chérir davantage notre passion pure et sainte.

— C'est vrai, c'est vrai, Diane, dit Gabriel.

— Mais TOUS, mon ami, dit Diane, à votre tour, ditesmoi donc ce qu'il y a en vous pour moi de dévoiiment et d'ardeur. Ouvrez-moi donc votre cœur comme je vous ai dévoilé le mien. Si mes paroles vous ont fait du bien, laissez-moi entendre votre voix me dire combien vous m'aimez, et comment vous m'aimez.

— O'i I moi, je ne sais pas, dit Gabriel, je ne peux pas vous dire cela ! Ne m'interrogez pas là-dessus ; n'exigez pas que je m'interroge moi-même, c'est trop affreux!

— Oh I mais Gabriel, s'écria Diane consternée, ce sont vos paroles qui sont affreuses; ne le sentez-vc / pas? Quoi I vous ne voulez pas môme me dire que vous m'aimez !

— Si je t'aime, Diane ! Elle me demande si je l'aime I Mais, oui, je t'aime, comme un insensé, comme un criminel, peut-être I

— Comme un criminel I reprit madame de Castro étonnée. Quel crime peut-il y avoir dans notre amour ? Ne sommes-nous pas libres tous les deux? Mon père ne vat-il pas consentir à notre union? Dieu et les anges se réjouissent d'un amour semblable !

— Faitos, Seigneur, qu'elle ne blasphème pas 1 s'écria en lui-même Gabriel, comme j'ai peut-être blasphémé tantôt, en parlant à Aloyse.

— Mais qu'a-t-il donc? reprenait Diane. Mon ami, vous n'êtes pas malade, au moins? Vous, si ferme d'ordinaire, d'où vous viennent ces craintes chimériques? Oh! moi, je n'ai pas peur auprès de vous ; je snis qu'avec vous je suis en sûreté comme avec mon père. Tenez, pour vous rappi'lor à vous-même, à la vie, au bonheur, je me serre contre votre poitrine sans effroi, à mon époux bien-aimél Je pos(^ mon front sur vos lèvres sans scrupule.

Elle s'approchait de lui, souriante et charm.mle, son lu-

mineux visase levé vers le sien, et de son regard angélique sollicitant sa chaste caresse.

Mais Gabriel la repoussa avec terreur. — Non, va-t'en, lui cria-t-il, laisse-moi, fuis!

— 0 mon Dieu 1 dit Diane laissant tomber ses bras le long de son cor^s, mon Dieu I il me repousse, il ne m'aime pas!

— Je t'aime trop ! dit GabrieL

— Si vous m'aimiez, mes caresses vous feraient-elles horreur ?

— Me font-elles donc horreur, vraiment? se dit Gabriel pris d'un autre eftroi. Est-ce que c'est mon instinct qui les repousse, et non ma raison? Oh! viens! Diane, que je voie, que je sache, que je sente ! Viens, et laisse-moi en effet poser ma bouche sur ton front, baiser de frère, après tout, t." -qu'un 1ian(;é peut bien se permettre.

Il s. ira Di;ine sur son cœur, et mit un long baiser sur ses cheveux.

— Ah ! je me trompais! dit-il, ravi à ce doux contact, ce n'est pas la voix du sang qui crie en moi, c'est bien la voix de 'imour î Je la reconnais. Quel bonheur !

— Que (iis-Lii donc, ami? reprit Diane. Mais tu dis que tu m'aimes : voilà tout tout ce que je veux entendre et savoir,

— Oh ! oui, je t'aime, ange adoré, je t'aime avec désir, avec passion, avec frénésie. Je t'aime, et sentir ton cœur battre contre le mien, vois-tu, c'est le ciel... ou bien c'est l'enfer I cria tout à coup Gabriel en se dégageant de l'étreinte de Diane. Va-t'en, va-t'en, laisse-moi fuir, je suis maudit!

Et il s'enfuit éperdu delà chambre, laissant Diane muette d'épouvante et pétri tiée de désespoir.

Pour lui, il ne savait plus où il allait, ni ce qu'il faisait. Il descendit machinalement les escaliers, tout chancelant et ivre en qucli^ue sorte. C'était trop pour sa raison de ces trois épreuves terribles. Quand il arriva dans la grande galerie du Louvre, ses yeux se fermèrent malgré lui, ses ambes fléchirent, et il s'affaissa sur ses genoux auprès de ia muraille, en murmurant :

— Je prévoyais bien que l'ange me ferait souffrir encore plus que les deux démons.

Et il s'évanouit. La nuit était tombée et personne ne passait dans la galerie.

Il ne revint à lui qu'en sentant une petite main passer sur son front, et qu'en entendant une voix douce parler à son âme. Il ouvrit les yeux. La petite reine-dauphine, Marie Stuart, était devant lui, un flambeau allumé à la main.

— Heureusement, voilà un autre ange, dit Gabriel.

— C'est donc vous, monsieur d'Exmès, dit Marie. Oh 1 vous m'avez fait une peur I Je vous ai cru mort. — Qu'avez-vous? Comme vous êtes pâle ! Vous sentez- vous mieux? Je vais appeler, si vous voulez.

— Inutile, madame, dit Gabriel en essayant de se soulever. Votre voix m'a rappelé à la vie.

— Attendez que je vous aide, reprit Marie Stuart. Pauvre jeune homme I êtes-vous défait ! Vous étiez donc évanoui? en passant, je vous ai aperçu et la force m'a manqué pour crier. Et puis, la réflexion m'a rassurée, je me suis approchée, il m'a fallu johment du courage, j'espère 1 J'ai posé ma main sur votre front qui était tout glacé. Je vous ai appelé, et vous avez repris vos sens. Le mieux continuet-il?

— Oui, madame, et soyez bénie pour votre bonté. Je me rappelle maintenant. Une horrible douleur m'a tout à coup serré les tempes comme un étau de fer ; mes genoux se sont dérobés sous moi et je suis tombé le long de cette tapisserie. Mais comment cette douleur m'a-t-elle pris? Ah ! oui', je me rappelle maintenant, je me rappelle tout, ilélas I mon Dieu ! mon Dieu ! voici que je me rappelle.

— C'est quelque grand chagrin qui vous a accablé, n'estce pas? reprit Marie. Ohl oui, car au seul souvenir de ce que vous avez souffert, vous voilà plus pâle que jamais. Appuyez-vous sur mon bras, je suis lorte. Je vais appeler et vousdonner du monde pour vous reconduire chez vous.

— Je vous remercie, madame, dit Gabriel en rassemblant ses forcés et son énergie. Je me sens encore la vigueur nécessaire pour aller seul chez moi. Tenez, je marche sans aide et d'un pas assez ferme. Je ne vous en re-

merciei pas moins, et je me souviendrai tant que je vivrai

de votre simple et touchante bonté, madame. Vous m'êtes apparue comme un ange consolateur dans une crise de ma destinée. Il n'y a que la mort, madame, qui pourra effacer cela de mon cœur.

— 0 mon Dieu ! c'est bien naturel ce que j'ai fait, monsieur d'Exmès. Je l'eusse fait pour toute créature soulfrante, à plus forte raison pour vous que je sais l'ami dévoué do mon oncle de Guise. Ne me remerciez pas pour si pou.

— Ce peu, madame, était tout dans la douleur désespérée où je gisais. Vous ne voulez pas qu'on vous remercie, mais moi, je veux me souvenir. Adieu, madame, je me souviendrai.

— Adieu ! monsieur d'Exmès, et soignez-vous bien au moins, et tâchez de vous consoler.

Elle lui tendit la main que Gabriel baisa avec respect. Puis, elle sortit d'un côté et lui de l'autre.

Quand il fut hors du Louvre, il prit le bord de l'eau, et fut à la rue des Jardins au bout d'une demi-heure. Il n'a • vait pas dans le cerveau une seule pensée, mais une grande souflivtnce.

Aloyse l'attendait avec anxiété.

— hh bien ? lui dit-elle.

Gabriel maîtrisa un éblouissement qui voilait de nouveau sa vue. Il aurait bien voulu pleurer, mais il ne le pouvait pas. Il répondit d'une voix altérée :

— Je ne sais rien, Aloyse! Tout a été muet, ces femmes et mon cœur. Je ne sais rien, sinon que mon front est glacé et que pourtant je brûle. Mon Dieu ! mon Dieul

— Du courage, monseigneur, dit Aloyse.

— Du courage, j'en ai, dit Gabriel. Dieu merci ! je vais mourir.

Et il tomba de nouveau à la renverse sur le parquet, mais ne revint pas à lui cette lois.

lES DEUX DIANE. 13t

l'horoscope.

— Le malade vivra, dame Aloyse. Le danger a été grave, et le rétablissement sera long. Toutes ces saignées ont afifaibli le pauvre jeune homme, mais il vivra, gardez-vous d'en douter, et remerciez Dieu que l'anéanlissement du corps ait atténué le coup que son âme a reçu , car nous ne guérissons pas ces blessures- là, et la sienne aurait pu être mortelle et peut l'être encore.

Le docteur qui parlait ainsi était un homme de haute taille, au grand front bombé, aux yeux profond • et perçans. Le peuple l'appelait maître Nostredame ; il signait pour les sa vans Nostradamus. Il ne paraissait pas avoir plus de cinquante ans.

— Mais, Jésus ! voyez-le donc, messire, reprit dame Aloyse : il est là, gisant depuis le 7 juin au soir ; nous sommes au 2 juillet, et durant tout ce temps il n'a pas dit un mot, il n'a pas eu l'air de me voir ni de me connaître, il est déjà comme mort, hélas! Vous touchez sa main, et il ne s'en aperçoit même pas !

— Tant mieux, je vous le répète, dame Aloyse ; qu'il revienne le plus tard possible au sentiment de ses maux; s'il peut demeurer, comme je l'espère, un mois encore dans cette langueur, sans intelligence et sans pensée, il est sauvé tout à fait.

— Sauvé ! dit Aloyse en levant les yeux au ciel comme pour remercier Dieu.

— Il l'est d^s à présent, s'il n'y a pas de rechute, et vous pouvez le dire à cette jolie suivante qui vient deux fois par jour savoir de ses nouvelles ; car il y a sous tout ceci quelque passion de grande dame, n'est-ce pas? C'est parlois charmant, et parfois fatal.

— Oh ! ici, c'est fatal, vous avez bien raison, maître Nosredame, dit en soupirant Aloyse.

— Dieu veuille donc qu'il se tire de la passion comme de la maladie, dame Aloyse, si towtefois maladie et passion n'ont pas mêmes effets et même cause. Mais je répondrais de l'une et non de l'autre.

Noslradamus ouvrit la main molle et inerte qu'il tenait, et considéra avec une attention songeuse la paume de cette main. Il tendit même la peau au dessus de lïndex et du médius ; il semblait chercher, non sans peine, dans sa mémoire un souvenir.

— C'est singulier, dit-il à demi-voix et comme à lui-même, voilà plusieurs lois que j'étudie cette main, et il me semble toujours qu'à une autre époque je l'ai déjà examinée. Mais quels signes m'avaient donc frappé alors? La ligne mensale est favorable; la moyenne est douteuse, mais la ligne de vie est parfaite. Rien que d'ordinaire, d'ailleurs. La qualité dominante de ce jeune homme doit être une volonté ferme, rigide, implacable comme la flèche dirigée par une main sûre. Ce n'est pas cela qui m'a autrefois étonné. Et puis, mes souvenirs sont trop confus pour n'être pas anciens, et votre maître, dame Aloyse, n'a pas plus de vingt-cinq ans, n'esl-il pas vrai?

— Il n'en a que vingt-quatre, raessire.

— Il est alors né en 1533... Savez-vous le iour, dame Aloyse?

— Le 6 mars.

— Mais vous ne savez pas si c'était le malin ou le soir?

— Pardon! j'étais auprès de sa mère, que j'assistais dans les douleurs de l'enfantement. Monseigneur Gabriel est né au coup de six heures et demie du matin.

Nostradamus prit des notes.

— Je verrai quel était en ce jour et à cette heure i'état du ciel, dit-il. Mais si le vicomte d'Esmès avait vingt ans

de plus, je jurerais que j'ai déjà tenu sa main dans la mienne. Au reste peu importel ce n'est pas le sorcier, comme le peuple m'appelle quelquefois, qui a affaire ici, c'est le médecin, et, je vous le répète, dame Aloyse, le médecin répond à présent du malade.

— Pardon 1 maître, reprit tristement Aloyse, vous avez dit que vous répondiez de la maladie, mais que vous ne répondiez pas de la passion.

— La passion! Eh I mais, dit en souriant Nostradamus, il me semble que la présence de la petite suivante deux fois par jour prouve qu'elle n'est pas désespérée.

— Au contraire, maître, au contraire, s'écria Aloyse avec effroi.

— Allons donc, dame Aloy::» ! riche, brave, jeune et beau, comme l'est le vicomte d'Exmès, on n'est pas longtemps repoussé par les dames dans un temps comme le nôtre ; on e&t quelquefois ajourné, tout au plus.

— Supposez pourtant qu'il n'en soit pas ainsi, maître. Supposez que lorsque monseigneur reviendra à la vie et à la raison, la première, la seule idée qui frappe cette raison ressuscitéo soit celle-ci : La femme que j'aime est irrévocablement perdue pour moi; qu'arrivera-t-il?

— Oh ! espérons que votre supposition n'est pas fondée, dame Aloyse, ce serait terrible. Cette puissante douleur dans ce cerveau si faible, ce serait terrible I Autant qu'on peut juger d'un homme par les traits de son visage et le regard de ses yeux, votre maître, Aloyse, n'est pas un homme superficiel, et ici sa volonté énergique et puissante ne serait qu'un danger de plus, et, brisée contre l'impossible, pourrait briser îa vie avec elle.

— Jésus I mon enfant mourrait ! s'écria Aloyse.

— Il y aurait danger du moins que l'inflammation du cerveau ne le reprît, dit Nostradamus. Mais quoi 1 il y a toujours moyen de taire briller à ses yeux une lueur d'espérance. La chance la plus lointair,e, la plus fugitive, il la saisirait et serait sauvé.

— Il sera sauvé alors, dit Aloyse d'un air sombre. Je me parjurerai, mais il sera sauvé. Messire Nostredame, je vous remercie.

Une semaine s'écoula, et Gabriel sembla, sinon trouver, du moins cherclier sa pensée. Ses yeux, encore vagues et sans expression, interrogeaient pourtant les visages et les objets. Puis, il commençait à aider les mouvemens qu'on voulait lui imprimer, à se soulever tout seul, à prendre le breuvage que lui présentait Noslradamus

Aloyse, debout et infatigable au chevet du lit, attendait.

Au bout d'une autre semaine, Gabriel put parler. La lumière ne se faisait pas complète encore dans le chaos de son intelligence ; il ne prononçait que des mots incohérens et sans suite, mais qui enfin avaient trait aux faits de sa vie passée. Bien plus, Aloyse tremblait, quand le médecin était là, qu'il ne trahît quelqu'un de ses secrets.

Elle ne se trompait pas tout à fait dans ses appréhensions, et, un jour, Gabriel, dans son sommeil fiévreux, s'écria, en présence de Nostradamus :

— Ils croient que je m'appelle le vicomte d'Exmès. Non, non, prenez-y garde ! Je suis le comte de Monlgommery.

— Le comte de Montgommery ! dit Nostradamus frappé d'un souvenir.

— Silence ! dit Aloyse en posant un doigt sur ses lèvres.

Mais Nostradamus partit sans que Gabriel eût ajouté un mot, et comme, le lendemain et les jours suivans, le médecin ne reparla plus des mots échappés au malade, Aloyse craignit, en revenant là-dessus, d'attirer son attention sur ce que son maître pouvait avoir intérêt à cacher. Cet incident parut donc oublié pour tous dtsux.

Cependant Gabriel allait de mieux en mieux. Il reconnaissait Aloyse et Martin-Guerre ; il demandait ce dont il avait besoin ; il parlait avec une douceur triste qui laissait croira qu'il avait enfin recouvré sa raison.

Un I latin, le jour où il se levait pour la première fois, il dit à A'oyse :

— Nourrice, et la guerre?

— Quelle guerre, monseigneur ?

— Mais la guerre contre l'Espagne et l'Angleterre?...

— Oh ! monseigneur, on en fait des récits pitoyables. Les Espagnols reniorcés de douze mille Anglais sont en-

très, dit-on, on Picardie. On se bat sur toute la frontière

— Tiint minux! dit Gabriel.

Aloysp attribua cette répcase à un reste de délire. Mais le lendemain, avec une présence d'esprit parfaite, Gabriel lui dit :

— Je ne l'ai pas demandé hier si monsieur de Guise était revenu d'Italie.

— Il est en route, monseigneur, répondit Aloyse étonnée.

— C'est bien ! Quel jour du mois sommes-nous, nourrice?

— Le mardi 4 août, monseigneur.

— Il y aura deux mois le 7, repartit Gabriel, que je suis couché sur ce lit de douleur.

— Oh ! s'écria Aloyse tremblante, comme monseigneur se souvient!

— Oui, je me souviens, Aloyse, je me souviens; mais, ajouta -t-ii tristement, si je n'ai rien oublié, il me semble qu'on m'oublie, moi; personne n'est venu savoir de mes nouvelles, Aloyse?

— Si tait, monseigneur, répondit d'une voix allérée Aloyse qui suivait axec anxiété sur le visage de son jeune maître l'effet de ses paroles, si fait, une suivante du nom de Jacinthe venait deux fois par jour savoir comment vous vous trouviez. Mais, depuis quinze jours, depuis qu'un mieux sensible s'est déclaré, elle ne vient p'us.

— Elle ne vient plus 1... et sais-tu pourquoi, nourrice?

— Oui, monseigneur. Sa maîtresse, suivant ce que m'a dit Jacinthe la dernière fois, a obtenu du roi de se retirer dans un couvent, au moins jusqu'à la fin de la guerre.

— Vraiment! dit Gabriel avec un doux et mélancolique sourire.

Et tandis qu'une larme, la première qu'il ertt versée depuis d(>ux mois, coulait lentement le long de sa joue, il ajouta :

— Cl>ère Diane!

— Oh ! monseigneur 1 s'écria Aloyse transportée de foie, monseigneur a prononcé ce nom!... et sans secousse, sans défaillance. Maître Nostredame s'est trompé. Munsei-

138 I-ES DEUX DIAKE.

gneur est sauvé ! monseigneur vivra, et je n'aurai pas besoin de trahir mon serment.

On voit que la pauvre nourrice était folle de joie; mais Gabnel heureusement ne comprit pas ses dernières paroles. Il reprit seulement avec un sourire amer :

-<- Oui, je suis sauvé, et pourtant, ma bonne Aloyse, 1© ne vivrai pas.

— Comment cela, monseigneur? dit Aloyse en tremblant de tous ses membres.

-> Le corps a bravement résisté, reprit Gabriel, mais rân e, Aloysp, lame, crois-tu qu'elle ne soii pas mortellement atteinte? Je vais me relever de cette longue maladie, c'est vrai, et je me laisse guérir, comme tu vois. Mais par bonhe\ir, on se bat à la frontière, je suis capitaine des gardes, et ma place est où l'on se bat. Dès que je pourrai monter à cheval, j'irai là où est ma place. Et à la première bataille où je me trouverai, Aloyse, je m'arrangerai de façon à n'avoir pas à revenir.

— Vous vous ferez tuer! Sainte Vierge! Et pourquoi cela, monseigneur, pourquoi cela?

— Pourquoi? parce que madame de Poitiers s'est tue, Aloyse, parce que Diane est peut-être ma sœur, ft parce que j'aime Diane ; parce que le roi a peut êlre Tait assassiner mon père, et que je ne puis punir le roi sjins certitude. Or, ne pouvant ni venger mon père, ni épouser ma sœur, je ne sais pas trop ce que j'aurais à faire en ce monde. Voilà pourquoi je veux le quitter.

— Non, monseigneur, vous ne le quitterez pas, dit alors d'une voix sourde Aloyse morne et sombre. Vous ne le quitterez pas, parce que vous avez justement beaucoup à faire, et une besogne terrible, je vous en réponds. . Mais je no vous parlerai de cela que le jour où vous serez en tièrement rétabli, et où maître Nostradamus m'affirmera que vous pouvez m'entendre et que vous en avez la (orce.

Ce jour-là arriva le mardi delà semaine suivante. Gabriel sortait depuis trois jours pour faire préparer ses équipages et son départ, et Nostradamus avait dit qu'il viendrait encore voir dans la journée son convalescent, mais que ce serait pour la dernière fois.

Dans un moment où Aloyso se trouva seule avec Gabriel :

— Monseigneur, lui dit-elle, avez-vons réfléchi à la détermination extrême que vous avez prise, et persistezvous dans cette détermination ?

— J'y persiste, dit Gabriel.

— Ainsi vous voulez vous tuer?

— Je veux me faire tuer.

— C'est parce que vous n'avez plus aucun moyen de savoir si madame de Castro est ou non votre sœur, que vous mourez ?

— C'est pour cela.

' Que vous avais-je dit cependant, monseigneur, pour vous mettre sur la voie de ce terrible secret? Vous rappelez-vous ce que je vous avais dit?

— Certes 1 Que Dieu dans l'autre monde et deux personnes dans celui-ci avaient seules possédé ce secret. Les deux créatures humaines étaient Diane de Poitiers et le comte de Montgommery mon père. J'ai prié, conjuré, menacé madame de Valentinois, mais je suis sorti d'auprès d'elle, plus incertain et plus désolé que jamais.

— Mais vous aviez ajouté, monseigneur, dit Aloyse, que Hillût-il descendre dans la tombe de votre père pour lui arracher ce secret, vous y descendriez sans pâlir.

— Ehl dit Gabriel, je ne sais seulement pas où est cette tombe.

— Ni moi, mais on la cherche, monseigneur.

— Et quand même je l'aurais trouvée 1 s'écria Gabriel, Dieu ferait-il pour moi un miracle. Les morts ne parlent pas, Aloyse.

— Les morts, non ; les vivans, oui.

— Grand Diou ! que veux-tu dire ? reprit Gahriel pâlissant.

— Que vous n'êtes pas, comme vous le répétiez dans votre délire, le comte de Montgommery, monseigneur, mais seulement le vicomte de Montgommery, puisque votre père, le comte de Montgommery, doit vivre encore.

— Ciel et terre! tu sais qu'il vit, lui ! mon père?

— Je ne le sais pas, monseigneur, mais je le suppose ot

je l'espère, — car c'était une nature vigoureuse et courageuse comme la vôtre, et qui se raidissait vaillamment aussi contre la souffrance et le malheur. Or, s'il vit, ce n'est pas lui qui vous refusera, comme madame Diane, le secret d'où dépend votre bonheur!

— Mais où le trouver? à qui le demander? Aloyse, au nom du ciel ! parle.

— C'est une histoire effrayante, monseigneur ! — et j'avais juré à mon mari, sur l'ordre même do votre père, de ne jamais vous la révéler; car. dès que vous la saurez, vous allez vous jeter dans des périls terribles, monseigneur, vous allez déclarer la guerre à des ennemis cent fois plus forts que vous. Mais le danger le plus désespéré vaut mieux encore qu'une mort certaine. Vous étiez résolu à mourir, et je sais que vous n'auriez pas faibli dans cette résolution. J"aime mieux après tout vous livrer aux chances redoutables de la lutte téméraire que votre père craignait pour vous. Au moins votre mort ainsi est moins assurée et sera toujours retardée un peu. Je vais donc tout vous dire, monseigneur, et Dieu m'absoudra peut-être de mon parjure.

— Oui, certainement, ma bonne Aloyse... Mon père! mon père vivant I... parle vite.

Mais en ce moment quelqu'un frappa discrètement à la porte, et Nostradamus parut.

— Ahl ahl monsieur d'Exmès, dit-il à Gabriel, comme je vous trouve allègre et animé 1 A la bonne heure ! vous n'étiez pis ainsi il y a un mois. Vous voilà tout prêta entrer en campagne, ce me semble.

— A entrer en campagne en effet , dit Gabriel l'œil étincelant, et regardant Aloyse.

— Je vois donc que le médecin n'a plus rien à faire ici. reprit "Nostradamus.

— Rien, qu'à rocevoir mes remercîmens, maître, et, je n'ose dire, le prix de vos services, car, en certains cas, on ne [laie pas la vie.

Et Gabriel, en serrant la main du docteur, mit dans cette main un rouleau d'or.

— Merci, monsieur le vicomte d'Exmès, dit Nostrada-

mus. Ma''s pf^rmnftez-moi, à moi aussi, de vous fdiro un présent ()uo je crois de valeur.

— Ou**''''-^"'^ donc encore, maî're?

— Vous savez, monseigneur, reprit Nostradamus, que je ne me suis pns occupé seulement de connaître les maladies des homnieg J'ai vouiu voir plus loin et plus haut. J'ai voulu ."Wnder leurs destinées, tâche pleine de doutes et d'ombres, mais, à défaut de lunuère, j'ai par fois, ce me semble, entrrvu des lueurs. Dieu, j'en ai la conviction, a deux fois écrit d'avance le plan large et puissant du sort de chaque homme : dans les astres du ciel sa patrie, vers laquelle il lève les yeux si souvent, et dans les lignes de sa main, embrouillé grimoire qu'il porte a ver lui sans cesse, mais qu'à moins d'études sans nombre il ne peut pas même épeler. Pendant bien des jours et bien des nuits, j'ai creusé, monseigneur, ces deux sciences sans fond comme le tonneau des Danaïdes, — la chiromancie et l'astrologie. — J'ai évoqué devant moi toutes les années de l'avenir, et dans mille ans d'i'i, les hommes qui vivront alors s'étonneront peut-être parfois de mes prophéties. Mais je sais pourtant que la vérité n'y luit que par éclairs ; car si parfois je vois, plus souvent hélas I je doute. Néanmoins je suis certain d'avoir par intervalles des heures de lucidité qui vont mêmejusqu'àm'effrayer, monseigneur. Dans une de ces heures trop rares, j'avais vu, il y a vingt-cinq ans, la destinée d'un gentiltiomme de la cour du roi François, clairement écrite dans les étoiles qui avaient présidé à sa naissance et dHus les lignes compliquées de sa main. Tette destinée étrange, bizarre, dangereuse, m'avait frappé. Or, jugez de ma surprise, lorsque, dans votre main et dans les astres de votre naissance, je crus démêler un horoscope semblable à celui qui m'avait autrefois tant surpris. Mais Je ne pouvais le disiinguer nettement comme autrefois, et un espace de vingt-cinq années mettait de la confusion dans mes souvenirs. Enfin, monseigneur, le mois passé, dans votre fièvre, vous prononçâtes un nom , je n'entendis que ce nom, mais il me saisit. C'était le nom du comte de Mont^^ommery.

— Du comte de Montgommeryî s'écria Gabriel effrayé.

lîO LES DEUX DIANE.

— Je vous répète, monseigneur, que je n'ai entendu que ce nom, et peu m'importait le reste. Car ce nom était celui de l'iîomnie dont le sort m'était apparu lumineux comme le plein midi. Je courus chez moi, je fouillai mes anciens papiers, et je retrouvai l'horoscope du comte de Montgommery. Mais, chose singfulière, monseigneur, et qui, depuis trente ans que j'étudie ne m'était pas encore arrivée, il faut que vous ayez avec le comte de Montgommery de mystérieux rapports et des affinités étranges, et Dieu, qui n'a jamais donné à deux hommes deux destinées semblables, vous avait réservés tous deux, sans doute, aux mêmes événemens. Car, je ne m'étais pas trompé, lignes de la main et lumières du ciel étaient pour vous deux les mêmes. Je ne veux pas dire cependant qu'il n'y ait aucune différence dans les détails de vos deux vies, mais le fait iominant qui les caraciérise est pareil. J'ai autrefois perdu de vue le comte de Montgommery, mais j'ai su pourtant qu'une de mes prédictions s'était réalisée pour lui. Il a blessé à la tête le roi François 1er avec un tison ardent. At-il accompli le reste de sa destinée? c'est ce «jue j'ignore, je puis affirmer seulement que le malheur et la mort qui le menaçaient, vous menacent.

— Est-il possible? diiGabriel.

— Voici, monseigneur, dit Nostradamus en présentant au vicomte d'Exmès un parchemin roulé, voici l'horoscop^' que j'avais écrit dans le temps pour le comte de Montgommery. Je ne l'écrirais pas autrement aujourd'hui pour vous.

— Donnez, maître, donnez, dit Gabriel. Ce présent est inestimable en effet, et vous ne saunez croire à quel point il mest précieux.

— l n dernier mot, monsieur d'Exmès, reprit Nostradamus, un dernier mot pour vous mettre sur vos gardes, quoique Dieu soit le maître, et qu'on ne puisse guère échapper à ses desseins. La nativité de Henri II présage qu'il mourr?i en un duel ou combat singulier.

— Mais damanda Gabriel, quel rapport?...

— En lisant ce parchemin, vous me comprendrez, monseigneur. Maintenant, il no me reste qu'à prendre congé

LES DEUX DIANE. 14t

de vous, et à souhaiter que la catastrophe que Dieu a mise dans votre vie soit du moins involontaire.

Et, après avoir salué Gabriel gui lui serra encore la main et le reconduisit jusqu'au seuil, Nostradamus sortit.

Dès qu'il revint auprès d'Aloyse, Gabriel dpploya le parchemin, et, s'assurant que personne ne pouvait le déranger ou l'épier, lut à voix haute ce qui suit :

En joûto, en amour, cettuy touchera

Le front du roy, Et cornes ou bien trou sanglant mettra

Au front du roy, Mais le veuille ou non, toujours blessera

Le front du roy ; Enfin, l'dimera, puis, las! le tuera

Dame du roy.

— C'est bien ! s'écria Gabriel, le front radieux et 1© regard triomphant. Maintenant, chère Aloy^e, tu peux me raconter comment le roi Henri II a enseveli vivant le comte de Montgommery mon père.

— Le roi Henri II ! s'écria Aloyse, comment savez-vous, monseigneur?...

— Je devine ! Mais tu peux me révéler le crime, puisque Dieu déjà me lait anooi'xer la vengeance.

xvni.

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