‹ Les deux DianeChapitre 18 sur 27 · OU UA&TIN-GUERRE N EST PAS ADROIT · texte numérisé non relu

OU UA&TIN-GUERRE N EST PAS ADROIT

Gabriel de Montgommery s'entretint encore plus d'une heure avec l'amiral. Coligny était émerveillé de la fermeté, de la hardiesse et des connaissances de ce jeune hommt^ qui lui parlait de stratégie comme un général en chef, de travaux de défense comme un ingénieur et d'influence morale comme un vieillard. Gabriel, de son côté, admira lo noble et beau caractère de Gaspard et cette bonté, cette honnêteté de conscience qui en faisaient peut-être le gentilhomme le plus pur et le plus loyal du temps. Certes le neveu ne ressemblait guères à l'oncle I Au bout d'une heure, ces deux hommes, l'un aux cheveux grisonnans déjà, l'autre aux boucles toutes noires encore, se comprenaient et s'estimaient comme s'ils se fussent connus depuis vingt ans.

Quand ils se furent bien entendus sur les mesures à [)rendre pour favoriser dans la nuit suivante l'entrée de la compagnie de Vaulpergues, Gabriel prit congé de l'amiral en lui disant avec assurance : Au revoir! Il emportait les mots d'ordre et les sgnaux nécessaires.

Mariin-Guerre, déguisé en paysan comme son maître, l'attendait au bas de l'escalier de la maison de ville.

— Ah I vous voilà donc, monseigneur I s'écria le brave écuyer. Je suis bien aise de vous revoir enfin, depuis une heure que j'entends tous ceux qui passent parler du vicomte d'Exmès, Dieu sait avec quelles exclamation? ef quels éloges 1 Vous avez bouleversé toute la ville. Quel talisman avez-vous donc apporté, monseigneur, poui changer ainsi l'esprit d'une population entière?

— La parole d'un homme déterminé, Martin, rien de

are les deux diane.

plus. Mais il ne suffit pas de parler et maintenant il faut agir,

— Agissons, monseigneur, l'action pour ma part me va même mieux que la parole, nous allons, je vois cela, aller nous promener dans la campagne au nez des sentinelles ennemies. Allons! monseigneur, je suis prêt.

— Pas tant de hâte, Martin, reprit Gabriel ; il fait trop jour encore et j'attends la brune pour sortir d'ici, c'est convenu avec monsieur l'amiral. Nous avons donc devant nous près de trois heures. J'ai dailleurs pendant ce temps quelque chose à faire, ajouta-t-ii avec un certain embarras, oui, un soin important à prendre, quelques informalions à demander par la ville.

— J'entends, reprit Martin-Guerre ; encore sur les forces de la garnison, n'est-ce pas ? ou sur les côtés faibles des fortifications 1 quel zèle infatigable I

— Tu n'entends pas du tout, mon pauvre Martin, dit en souriant Gabriel; non, je sais tout ce que je voulais savoir quant aux remparts et aux troupes, et c'est d'un sujet plus... personnel que je m'occupe en ce moment.

— Parlez, monseigneur, et si je puis vous être bon à quelque chose...

— Oui, Martin, tu es, je le sais, un serviteur fidèle et un ami dévoué. Aussi n'ai-je de secrets pour toi que ceux qui ne m'appartiennent pas. Si donc tu ne sais pas qui Je cherche avec inquiétude et amour dans cette ville aprè^ mes devoirs remplis, Martin, c'est tout simplement parce que tu Tas oublié.

— Oh 1 pardon, monseigneur, j'y suis à présent, s'écria Martin. Il s'agit, n'est-il pas vrai, d'une... Bénédictine ?

— C'est cela, Martin. Qu'est-elle devenue dans cette ville en alarme ? Je n'ai pas osé, en vérité, le demander à monsieur l'amiral de peur de me trahir par mon trouble. Puis, aurait-il su me répondre ? Diane aura changé de nom sans doute en rentrant au couvent?

— Oui, reprit Martin, car je me suis laissé dire que celui qu'elle porte, et qui me semble charmant à moi, était païen quelque peu, à cause de madame de Poitiers, je suppose...

Sœur Diane 1 le fait est que cela jure comme mon autre moi quand il est gris.

— Comment done faire? dit Gabriel. Le mieux serait peut-être de s'informer d'abord du couvent des Bénédictines en général?...

— Oui, dit Martin-Guerre, et puis, nous irons du général au particulier, comme disait mon ancien curé qu'on soupçonnait d'être luthérien. Eh bien I monseigneur, pour ces informations comme pour toutes choses, je suis à vos ordres.

— Il faut aller aux renseignemens chacun de notre côté, Martin, nous aurons ainsi deux chances pour une. Sois adroit et réservé, et tâche surtout de ne pas boire, ivrogne ; nous avons besoin de tout notre sang-froid.

— Oh ! monseigneur sait que, depuis Paris, j'ai retrouvé mon ancienne sobriété et ne bois que de l'eau pure. Il ne m'est pas arrivé d'y voir double une seule fois.

— A la bonne heure! dit Gabriel. Eh bien! alors, Martin, dans deux heures rendez-vous à celle même place.

— J'y serai, monseigneur.

Et ils se séparèrent.

Deux heures après, ils se retrouvaient comme ils en étaient convenus. Gabriel était radieux, mais Martin-Guerre assez penaud. Tout ce que Martin-Guerre avait appris, c'est que les Bénédictines avaient voulu partager avec les autres femmes de la ville le soin et l'honneur de panser et de garder les blessés ; que tous les jours elles étaient dispersées dans les ambulances et ne rentraient au couvent que le soir, entourées de l'admiration et du respect des soldats et des citoyens.

Gabriel, par bonheur, en savait davantage. Quand le premier passant venu l'eut informé de tout ce que Martin- Guerre avait appris, Gabriel demanda le nom de la sni)érieure du couvent. C'était, si l'on s'en souvient, la mère I\Ionique, l'amie de Diane de Castro. Gabriel s'enquit alors do l'endroit où il trouverait la sainte lemme.

— A l'endroit le plus périlleux, lui fut-il répondu. Gabriel alla au faubourg d'Isle et trouva en effet la supérieure. Elle savait déjà par le bruit public ce qu'était le

vicomte d'Exmès, ce qu'il avait dit à la maison de ville et ce qu'il venait faire à Saint-QuPDlin. Elle le reçut comme l'envoyé du roi et comme le sauveur de la cité.

— Vous ne vous étonnerez donc pas, ma mère, lui dit Grabriel, si, venant ici au nom du roi, je vous demande des nouvelles de la fille de Sa Majesté, madame Diane de Castro. Je l'ai en vain cherchée parmi les religieuses que je rencontrais sur mon passage. Elle n'est pas malade, j'espère ?

— Non, monsieur le vicomte, répondit la supérieure ; mais j'ai pourtant exigé d'elle (ju'elle restât aujourd'hui au couvent et prît un peu de repos, car nulle de nous ne l'a égalée en dévouement et en courage. Elle était partout présente et toujours prête, exerçant à toute heure et en tout lieu, et avec une sorte de joie et d'ardeur, sa sublime charité, qui est notre bravoure à nous autres pacifiques religieuses. Ah ! c'est la diurne fille du sang de France ! Et cependant elle n'a pas voulu qu'on connût son titre et son rang, et vous saura même gré, monsieur le vicomte, de respecter son glorieux incognito. N'importe ! si elle cachait sa noblesse, elle montrait sa bonté, et tous ceux qui soufi'rent connaissent cette figure d'ange qui passe comme un espoir céleste au mifieu de leurs doul^'urs. Elle s'était appelée du nom de notre ordre, la sœur Benedicta; mais nos blessés, qui ne savent pas le latin, l'appellent la sœur Bénie.

— Cela vaut bien madame la duchesse 1 s'écria Gabriel qui sentit de douces larmes mouiller ses paupières. Ainsi, ma mère, reprit-il, je pourrai lavoir demain? si je reviens, toutefois t

— Vous reviendrez, mon frère, répondit la supérieure, et, là où vous entendrez le plus de gémissemens et de cris, c'est là que vous trouverez la sœur Bénie.

Ce fut alors que Gabriel revint joindre Martin-Guerre, le cœur plein de courage, et certain maintenant, comme la supérieure, qu'il sortirait sain et sauf du redoutable péril de la nuit.

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