‹ Les deux DianeChapitre 6 sur 27 · LES PATENÔTRES DE M. LE CONNÉTAIÎLÎÎ · texte numérisé non relu

LES PATENÔTRES DE M. LE CONNÉTAIÎLÎÎ

Le même jour, dans l'après-midi, pendant que les carrousels et les fêtes se tenaient aux Tourneiles, le connétable de Montmorency achevait d'interroger au Louvre, dans le cabinet de Diane Je Poitiers, un de ses affidés secrets.

L'espion était de taille moyenne et brun de figure. Il avait les yeux et les cheveux noirs, le nez aquilin, le mcn'on fo\irchu, la lèvre inférieure saillante, et le dos légèrement courbé. Il ressemblait de la façon la plus frappante à Martin-Guerre, le fidèle écuyfr de Gabriel. Qui les eût vub séparés les eût pris l'un pour l'autre. Qui les eût vus ensL-mljle aurait cru avoir affaire à deux jumeaux, tant leur conformité était de tout point exacte. C'étaient les mêmes traits, le même âge, la même tournure

— Et du courrier, qu'en avez-vous fait, maître Arnauld? demanda le connétable.

— Monseigneur, je l'ai supprimé. Il le fallait bien. Mais

c'était la nuit, dans la forêt de Fontainebleau. On mettra le meurtre sur le compte des voleurs. Je suis prudent.

— N'importe, maître Arnauld, la chose est grave, et je vous blâme d'être si prompt à jouer du couteau.

— Je ne recule devant aucune extrémité quand il s'agit du service de monseigneur.

— Oui, mais une fois pour toutes, maître Arnauld. songez que si vous vous laissez prendre, je vous laisserai pendre, dit d'un ton sec et quelque peu méprisant le connétable.

— Soyez tranquille, monseigneur, on est homme de précaution.

— Voyons la lettre maintenant.

— La voici, monseigneur.

— Eh b,en I décachetez-la sans altérer le scel, et lisez Kst-ce que vous vous imaginez que je sais lire, par la mort Dieu I

Maître Arnauld du Thill prit dans sa poche une sorte de ciseau tranchant, découpa soigneusement le cachet, et développa la lettre. Il courut d'abord à la signature.

— Monseigneur voit que je ne me trompais pas. La lettre adressée au cardinal de Guise est bien du cardinal Caraffa, comme ce misérable courrier avait eu la sottise do me l'avouer.

— Lisez donc, par la couronne d'épines 1 s'écria Anne de Montmorency.

Maître Arnauld lut.

« Monseigneur et cher allié, trois mots seulement d'importance. Premièrement, selon votre demande, le Pape traînera en longueur l'affaire du divorce, et renverra de congrégation en congrégation François de Montmorency, qui nous est arrivé d'hier à Rome, pour finalement lui refuser les dispenses qu'il sollicite. »

— Pater noster... murmura le connétable. Que Satan les brûle, toutes ces robes rouges !

— « Deuxièmement, reprit Arnauld continuant sa lecture, monsieur de Guise, votre illustre frère, après avoir pris Campli, tient Civitella en échec. Mais pour nous résoudre ici à lui envoyer les hommes et provisions qu'il

demande, grand sacrifice pour nous, en somme, nous voudrions êtro du moins assurés que vous ne le rappellerez pas pour la guerre de Flandres, comme le bruit en court ici. Faites en sorte qu'il nous reste, et sa Sainteté se déterminera à une grande émission d'indulgences, quoique les temps soient durs, pour aider monsieur François de Guise à châtier efficacement le duc d'Albe et son maître arrogant. »

— Advenîat regnum tuum... grommelait Montmorency. Nous aviserons à cela , tête et sang ! nous y aviserons, dussions-nous appeler les Anglais en France; continuez donc, par la messe I Arnauld.

— a Troisièmement, reprit l'espion, je vous annonce, monseigneur, pour vous encourager et vous seronder dans vos efforts, l'arrivée prochaine à Paris d'un envoyé do votre frère, le vicomte d'Exmès, apportant à Henri les drapeaux conquis dans cette campagne d'Italie. Il part, et il arrivera sans doute en même temps que ma lettre, que j'ai préféré confier cependant à notre courrier ordinaire ; sa présence, et les glorieuses dépouilles qu'il va oftVir au roi, vous seront assurément d'un bon secours pour diriger vos négociations dans le sens qu'il faut. »

— Fiat voluntas tua ! s'écria le connétable furi-eux. Nous allons bien le recevoir cet ambassadeur d'enfer I je te le recommande, Arnauld. Est -elle finie cette damnée lettre?

— Oui, monseigneur, suivent les complimens et la signature.

— C'est bon, tu vois que tu vas avoir de la besogne, mon maître.

— Je ne demande que cela, monseigneur, avec un peu d'argent pour la conduire à bonne fin.

— Drôle ! voilà cent ducats. Il faut toujours avec toi avoir l'argent à la main.

— Je dépense tant pour le service de monseigneur.

— Tes vices te coûtent plus que mon service, maraud.

— Oh I comme monseigneur se trompe sur mon compte I Mon rêve serait de vivre calme et heureux, et riche, dans quelque province, entouré de ma femme et de mes en-

fans, et de couler là en paix mes jours comme un honnête père de famille.

— C'est tout à fait vertueux et bucolique, en effet. Eh bien! amende-toi, mets de côté quelques doublons, marietoi, et tu pourras réaliser tes plans de bonheur domestique. Qui t'en empêche ?

— Ah ! monseigneur, la fougue I Et quelle femme voudrait de moi ?

— Au fait, en attendant votre hyménée, maître Arnauld. recachetez toujours précieusement cette lettre, et portez -la au cardinal. Vous vous déguiserez, entendez-vous? et voU'P direz que vous avez été chargé par votre camarade mou rant...

— Monseigneur peut se fier à moi. Lettre refermée et courrier remplacé seront plus vraisemblables que la vérité elle-même.

— Ah I mort Dieu ! reprit Montmorency, nous avons oublié de prendre le nom de ce plénipotentiaire annoncé par le Guise. Comment s'appelle-t-il déjà?

— Le vicomte d'Exmès, monseigneur.

— Oui, c'est cela, maraud. Eh bien I retiens ce nom. Ehl là ! qui vient me déranger encore ?

— Que monseigneur me pardonne, dit en entrant le fourrier du connétable. C'est un gentilhomme arrivant d'Italie, qui demande à voir le roi de la part du duc de Guise, et j'ai cru devoir vous en prévenir, vu surtout qu'il voulait absolument parler au cardinal de Lorraine. Il s'appelle le vicomte d'Exmès.

— C'est très bien fait à toi, Guillaume, dit le connétable. Fais entrer ici ce seigneur. Et toi, maître Arnauld, metstoi là, derrière cette portière, et ne perds pas cette occasion de voir celui à qui tu auras sans doute affaire. C'est pour toi queje le reçois, attention 1

— M'est avis, monseigneur, répondit Arnauld, que je l'ai rencontré déjà dans mes voyages. N'importe! il est bon dj3 s'en assurer... Le vicomte d'Exmès?...

L'espion se glissa derrière la tapisserie, Guillaume inlioduisit GabrieU

— Pardon, dit le jeune homme en saluant le veillard, à qui ai-je l'honneur de parler ?

— Je suis le connétable de Montmorency, monsieur ; quo désirez-vous?

— Pardon encore, reprit Gabriel, ce que j'ai à dire, c'est au roi que je dois le dire.

— Voaî savez que Sa Majesté n'est pas au Louvre ? et en son absence...

— Je rejoindrai ou j'attendrai Sa Majesté, interrompit Gabriel.

— Sa Majesté est aux fêtes des Tournelles,et ne reviendra pas avant le soir ici. Ignorez-vous qu'on célèbre aujourd'hui le mariage de monseigneur le dauphin ?

— Non, monseigneur, je l'ai appris sur mon chemin. Mais je suis venu par les rues de l'Université et le pont au Change, et n'ai point traversé la rue Saint-Antoine.

— Vous auriez dû suivre alors la direction de la foule. Elle vous eût conduit au roi.

— C'est que je n'ai pas l'honneur d'avoir été vu encora par Sa Majesté. Je suis tout à fait étranger à !a cour. J'espérais trouver au Louvre monseigneur le cardinal de Lorraine. C'est son Éminence que j'avais demandée, et je ne sais pourquoi, monseigneur, c'est à vous que l'on m'a mené.

— Monsieur de Lorraine, dit le connétable, aime les simulacres de combat, étant homme d'église ; m.ais moi qui suis liomme d'épée, je n'aime que les combats réels, et c'est pourquoi je suis au Louvre, tandis que monsieur de Lorraine est aux Tournelles.

— Je vais donc, s'il vous plaît, monseigneur, aller l'y rejoindre.

— Mon Dieul reposez-vous un peu. monsieur, vous paraissez arriver de loin, d'Italie sans doute, puisque vous, êtes entré par 'Université.

— D'Italie en effet, monseigneur. Je n'ai aucune raison do le cacher.

— Vous venez de la part du duc de Guise peut-être. Eh bien! que fait-il là-bas?

— Permettez-moi, monseigneur, de l'apprendre d'abord

h Sa Majesté, et de vous quitter pour aller remplir ce devoir.

— Allfe^ monsieur, puisque vous êtes si pressé. Sans doute, ajouta-t-il avec une bonhomie jouée, vous êtes impatient de revoir quelqu'une de nos belles dames. Je gage que vous avez hâte et peur à la fois. Eh I n'est-ce pas vrai, voyons, jeune homme?

Mais Gabriel prit son air froid et grave, ne répondit que par un profond salut et s'éloigna.

— Pater noster gui es in cœlis !... grinça le connétable quand la porte se fut refermée sur Gabriel. Est-ce que ce maudit muguet s'imagine que je voulais lui faire des avances, par hasard, le gagner, qui sait? le corrompre peut-être I Est-ce que je ne sais pas aussi bien que lui ce qu'il vient dire au roi? N'importe, si je le retrouve, il me payera cher ses airs farouches et son insolente défiance? — Holà? maître Arnauld. Eh bien! quoi, où est le drôle? envolé aussi 1 Par la croix I tous les gens se sont donné le mot pour être stupides aujourd'hui; Satan les confonde!... Paternosterl...

Tandis que le connétable exhalait sa mauvaise hrimeur en injures et en patenôtres, selon sa coutume, Gabriel, traversant pour sortir du Louvre une galerie assez obscure, vit à son grand étonnement, debout près de la porte, son écuyer Martin-Guerre, auquel il avait ordonné de l'attendre dans la cour.

— C'est vous, maître Martin, lui dit-il. Vous êtes donc venu à ma rencontre? Eh bien! prenez les devans avec Jérôme, et allez m'attendre avec les drapeaux bien enveloppés au coin de la rue Sainte-Catherine, dans la rue Saint- Antoine. Monseigneur le cardinal voudra peut-être que nous les présentions au roi sur-le-champ, et devant la cour rassemblée au carrousel. Christophe me tiendra mon cheval et m'accompagnera. Allez ! vous m'avez compris?

— Oui, monseigneur, je sais ce que je voulais savoir, répondit Martin-Guerre.

Et il se mit à descendre les escaliers, en devançant Gabriel, avec une promptitude de bon augure pour l'exécution de sa commission. Aussi Gabriel qui sortit du Louvre

plus lentement et comme rêvant, fut très surpris de retrouver encore dans la cour son écuyer tout effaré et tout blême cette fois.

— Eh bien I Martin, qu'est-ce donc et qu'avez-vôus? lui demanda- t-il.

— Ah ! monseigneur, je viens de le voir, il a passé là près de moi, à l'instant, il m'a parlé.

— Qui donc?

— Qui? si ce n'est Satan, le fantôme, l'apparition, lo monstre, l'autre Martin-Guerre.

— Encore cette folie, Martin 1 vous rêvez donc tout debout?

— Non, non, je n'ai pas rêvé. Il m'a parlé, monseigneur, vous dis-je ; il s'est arrêté devant moi, m'a pétrifié de son regard magique, et riant de son rire infernal : « — Eh bien 1 m'a-t-il dit, nous sommes donc toujours au service du vicomte d'Exmès? remarquez ce pluriel nom sommes, monseigneur; et nous rapporlonsd'Italie les drapeaux conquis dans la campagne par monsieur de Guise? Je réponds oui de la tête, malgré moi, car il m.e fascinait. Comment sait-il tout cela, monseigneur? — Et il a repris: —N'ayons donc pas peur, ne sommes-nous pas amis et frères! — Et puis il a entendu le bruit de vos pa«, monseigneur, il a seulement ajouté avec son ironie diabolique qui me fait dresser les cheveux sur la tête : — Nous nous reverrons, Martin-Guerre, nous nous reverrons. Et il a disparu, par cette petite porte peut-être, ou plutôt dans la muraille.

— Fou que tu es! reprit Gabriel. Comment aurait-il eu le temps matériel de dire et de faire tout cela, depuis que tu m'as qk-itlé là-haut dans la galerie.

— Moi, monseigneur, je n'ai pas bougé de cette place où vous m'aviez ordonné de vous attendre.

— En voici bien d'une autre, et si ce n'est à toi, à qui ai-je parlé tout à l'heure ?

— Assurément à l'autre, monseigneur, ù mon double, à aion spectre.

— Mon pauvre Martin, reprit Gabriel avec pitié, souffres-tu? tu dois avoir mal à la tête. Nous avons peut-ôtro trop longtemps marché au soleil.

— Oai, dit Martin -Guerre, vous vous imaginez encore que j'ai le délire, n'est-ce pas? Mais une preuve, monseigneur, que je ne me trompe pas, c'est que je ne sais pas le premier mot de ces ordres que vous êtes censé m'a voir donnés.

— Tu les a oubliés, Martin 1 dit Gabriel avec douceur. Eh bienl je vais te les répéter, mon ami. Je te disais d'aller m'attendre avec les drapeaux, rue Saint-Antoine, au coin de la rue Sainte-Catherine. Jérôme t'accompagnerait et je garderais Christophe ; te rappelles-tu cela maintenant?

— Pardon, monseigneur, comment voulez-vous qu'on se rappelle ce qu'on n'a jamais su ?

— Enfin, dit Gabriel, vous le savez maintenant, Martin. Allons reprendre nos chevaux au guichet, où nos gens doivent nous les tenir, et en route promptement. Aux Tournelies !

— J'obéis, monseigneur. En somme cela vous fait à vous deux écuyers? mais il est bien heureux au moins que je n'aie pas deux maîtres.

La lice des fêtes solennelles avait été dressée à travers la rue Saint-Antoine, depuis les Tournelles jusqu'aux écuries royales. Elle formait un carré long bordé de chaque côté par des échafauds couverts de spectateurs: à l'une des extrémités se tenaient la reine et la cour; à l'extrémité opposée se trouvait l'entrée de la lice où attendaient les combattans des joutes; la foule se pressait aux deux autres galeries.

Quand, après la cérémonie religieuse et le repas qui suivit, la reine et la cour, vers trois heures de l'après-midi, vinrent prendre place aux rangs qui leur étaient réservés, les vivats et les acclamations de joie retentirent de toutes parts.

Mais ces cris bruyans d'allégresse firent précisément commencer la fête par un malheur. Le cheval de monsieur d'A vallon, un des capitaines des gardes, efîrayé de ce tumulte, se cabra et s'emporta dans l'arène, et son cavalier désarçonné alla donner de la tète contre une des barrières de bois qui garnissaient l'enceinte, et fut retiré à demi

mort et remis entre les mains des chirurgiens dans un état à peu près désespéré.

Le ro' fut fort affecté de ce déplorable accident, mais sa passion pour tii jeux et carrousels eut bientôt pris le dessus sur son chagrin.

— Ce pauvre monsieur d'Avallon, dit-il, un serviteur si dévoué ! qu'on en prenne bien soin au moins.

Et il ajouta :

— Allons! On peut toujours commencer les courses à la bague.

Le jeu de bague de ce temps-là était un peu plus compliqué et plus difficile que celui que nous connaissons. La potence où pendait l'anneau était placée à peu près aux deux tiers de la lice. Il fallait parcourir au galop le premier tiers, au grand galop le second, et enlever, en passant, dans cette course rapide, la bague à la pointe de la lance. Mais le bois ne devait pas surtout toucher le corps, il fallait la tenir horizontalement et le coude haut au-dessus de la tête. On achevait de parcourir l'arène au trot. Le prix était une bague en diamans offerte par la reine.

Henri II, sur son cheval blanc caparaçonné d'or et de velours, était le plus élégant et le plus habile cavalier qui se pùi voir. Il tenait sa lance et la maniait avec une grâce et une sûreté admirables, et ne manquait guères la bague. Pourtant monsieur de Vieilleville rivalisait avec lui, et il y eut un moment où l'on crut que la victoire appartiendrait à celui-ci. Il avait deux bagues de plus que le roi, et il n'en restait plus que trois à enlever, mais, monsieur de Vieilleville, en homme de cour bien appris, les manqua toutes les trois, par un guignon prodigieux, et ce fut le roi qui eut le prii.

En recevant la bague, il hésita un moment, et son regard se porta avec regret vers Diane de Poitiers, mais le don était offert par la reinp, il dut venir le présentera la nouvelle dauphine Marie Stuart, la mariée du jour.

— Eh bien ! demanda-t-il dans l'entr'acte qui suivit cette première course, a-t-on espoir de sauver monsieur d'Avallon?

m LES DEDX DIANE.

— Siro, il respire encore, lui fut-il répondu, mais i! n'y aguères de chance de le tirer de là.

— Hélas I fit le roi, passons donc au jeu des gladiateurs. Ce jeu des gladiateurs était un simulacre de combat avec

passes et évolutions, fort nouveau et fort rare dans ce temps-là, mais qui ne frappprait pas sans doute l'imagina • don du spectateur de nos jours, et des lecteurs de notre livre. Nous renvoyons donc à Brantôme ceux qui seraient curieux do connaître les marches et contre-marches de ces douze gladiateurs « vestusde satin blanc les six, et les autres de satin cramoisi, fait à l'antique romaine. » Ce qui en effet devait paraître fort historique en un siècle où la couleur locale n'était pas encore inventée.

Cette belle lutte terminée au milieu des applaudissemens universels, on fit les dispositions nécessaires pour commencer la course aux pieux.

A l'extrémité de la lice où se tenait la cour, plusieurs pieux de cinq à six pieds étaient enfoncés en terre de distance en dislance. Il fallait arriver au galop de son cheval, tourner et retourner en tous sens autour ce ces arbres improvisés, sans en manquer et sans en dépasser un seul. Lo prix était un bracelet du plus mprveilleux travail.

Sur huit carrières fournies, l'honneur de trois revint au roi, et monsieur le colonel général de Bonnivet en gagna trois également. La neuvième et dernière devait décider; mais monsieur de Bonnivet n'était pas moins respectueux que monsieur de Vieilleville ; et, malgré toute la bonne volonté de son cheval, il n'arriva que troisième, et Henri eut encore le prix.

Le roi alla s'asseoir alors auprès de Diane de Poitiers, et lui mit pubUquement aa bras le bracelet qu'il venait de recevoir.

La reine pâlit de rage.

Gaspard de Tavannes, qui était derrière elle, se pencha h J'oreilie de Catherine de Médicis.

— Madame, lui dit-il, suivez-moi bien des yeux où je rais, et regardez-moi faire.

— Et que vas- tu faire, mon brave Gaspard? dit ia reine.

— Couper le nez à madame de Valentinois, répondit froidement et sérieusement Tavannes.

Il y allait, Catherine le retint moitié effrayée, moil; ,5 charmée.

— Mais, Gaspard, vous seriez perdu, y songez-vous?

— J'y songe, madamo, mais je sauverai le roi et b France.

— Merci I Gaspard, reprit Catherine, vous êtes un vaillant ami, aussi bien qu'un rude soldat. Mais je vous ordonne do rester, Gaspard, ayons patience.

Patience! C'était là en effet le mot d'ordre que Catherine de Médicis semblait jusqu'à présent avoir donné à sa vie. Celle qui se mit si volontiers plus tard au premier rang, ne paraissait jamais dans ce temps- là aspirer à sortir de l'ombre du second. Elle attendait. Elle était pourtant alors dans toute la puissance d'une beauté sur laquelle le sieur de Bourdeille nous a laissé les détails les plus intimes; mais elle évitait avant tout de paraître, et c'est probablement à celte modestie qu'elle dut le silence absolu de la médisance sur son compte du vivant de son mari. 11 n'y avait que ce brutal de connétable assez osé pour faire remarquer au roi qu'après dix ans do stérilité, les dix enfans que Catherine avait donnés à la France, ressemblaient bien peu à leur père. Pt'rsonne autre n'eût eu la témérité de souffler un mol contre la reine.

Toujours esl-il que Catherine, ce jour-là comme d'habitude, sembla ne pas même remarquer les attentions dont le roi entourait Diane de Poitiers, au vu et au su de toute la cour. Après avoir calmé la fougueuse indignation du maréchal, elle se mit à s'entretenir avec ses dames d(?8 courses qui venaient d'avoir lieu, et de l'adresse qu'avait déployée Henri.

Od LES DEDX DIANiS.

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