‹ LES DEUX DIANE IIChapitre 2 sur 14 · LES RÊVES BUCOLIQUES D'ARNAULD DU THILL · texte numérisé non relu

LES RÊVES BUCOLIQUES D'ARNAULD DU THILL

Le connétable de Montmorency, revenu à Paris seulement de la veille, après avoir payé une rançon royale, s'était présenté au Louvre pour tâter tout de suite le terrain de sa faveur. Mais Henri II l'avait reçu avec une froideur sévère, et lui avait fait l'éloge de Tadminislration du duc de Guise, qui s'était arrangé, lui dit-il, de façon à atténuer, sinon à réparer, les malheurs du royaume.

Le connétable, pâlissant de colère et d'envie, avait du moins espéré trouver auprès de Diane de Poitiers quelque consolation. Mais la favorite lui avait battu froid aussi, et, comme Montmorency se plaignait de cet accueil et semblait craindre que l'absence ne lui eût fait tort, et qu'un plus heureux que lui eût succédé dans les bonnes grâces de la duchesse.

— Damel reprit impertinemment madame de Poitiers, vous savez sans doute le nouveau dicton du peuple de Paris?

— J'arrive, madame, et j'ignore... balbutia le connétable* —Eh bien I il dit, ce méchant peuple : C'est au ourd'hui

la saint Laurent; qui quitte sa place la rend.

Le connétable devint blême, salua la duchesse, et sortit du Louvre, la mort dans le cœur.

£n rentrant à son hôtel et dans sa chambre, il ^eta violemment son chapeau à terre.

— Oh I les rois et les femmes, s'écria-t-il, race ingratet cela n'aime que le^uccès.

— Monseigneur, lui dit un valet, il y a là un homme qui demande à vous parler.

— Qu'il aille au diable! reprit le connéwble; je suis bien en train de recevoir I envoyez-le chez monsieur de Guise.

.— Monseigneur, cet homme m'a prié de vous dire son nom, il s'appelle. Arnauld duThilt.

— Ârnauld du Thill I s'écria le connétable frappé, c'est différent, faites-le entrer.

Le valet s'inclina et sortit*

— Cet Arnauld, pensait lo connétable, est habile, rusé et avide, déplus, sans scrupule et sacs conscience. Oh I s'il pouvait m'aider h me venger de tous ces gens-là. Mç venger! eh! qu'y gagnerais-je ? s'il pouvait m'aider è rentrer en grâce plutôt! il sait beaucoup de choses. J'avois déjà songé à me servir de ce secret de Montgommery ; mais si Arnauld peut me dispenser d'jr avoir recours, ce sera mieux.

En ce moment Arnauld du Thill fut introduit.

La joie et Timpudence éclataient sur la figure du drôle. Il salua le connétable jusqu'à terre.

— Je te croyais prisonnier, lui dit Montmorency.

— Et je l'étais en effet, monseigneur, comme vous, dit Arnauld.

— Mais tu t'en es tiré, à ce que je vois, reprit le connétable.

«- Oui, monseigneur, je les ai payés en ma monnaie, monnaie de singe. Vous vous êtes servi de votre argent* je me suis servi de mon esprit, et nous voilà libres tous les deux.

^ Ahl çà, est-ce une impertinence, misérable ? dit le connétable.

— Non monseigneur, répondit Arnauld, c'est de l'humilité, cela veut dire que je manque d'argent, voilà tout.

— Hum ! fit Montmorency grondant, qu'est-ce que tu veux de moi î

— De l'argent, puisque j'en manque, monseigneur.

— Et pourquoi te donnerais-je de l'argent? reprit le connétable.

— Mais pour me payer, monseigneur, répondit l'espion.

— Pour te payer quoi ?

— Les nouvelles que je vous apporte.

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