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134 LES DEUX DTANE.
Maisr, à cette voix bien connue, tous s'écartèrent respectueusement.
^ Monsieur le duc de Guise ! dit Paré en reconnaissant le général en chef.
— Oui, maître, reprit le duc, monsieur de Guise qui est stupéfait et ravi de votre savoir-foire. Par Saint-François, mon patron 1 j'ai vu là-bas tout 5 l'heure, à l'ambulance,, des ânes bâtés de médecins qui, j'en jure, faisaient plus de mal à nos soldats avec leurs instrumens que les Anglais
♦avec leurs armes. Mais vous avez arraché ce pieu, vous, aussi aisément qu'un cheveu blanc. El je ne vous connaissais pas 1 Comment vous appelle-t-on, maître?
— Ambroise Paré, ïnonseigneur, dit le chirurgien.
— Eh bien! maître Ambroise Paré, reprit le duc de Guise, je vous réponds que votre fortune est faite, à une condition toutefois.
— Et peut-on savoir laquelle, monseigneur?
— C'est que s'il m'arrive plaie ou bosse, ce qui est fbrt possible, et ces jours-ci plus que jamais, vous vous chaT'* giez de moi et me traitiez sans plus de façon et de cér^nonie que ce pauvre diable-là.
— Monseigneur, je le ferais, dit Ambroise en s'indinamt. Tous les hommes sont égaux devant la souffrance.
— Hum ! reprit François de Lorraine, vous tâchevez donc, au cas que je vous dis, qu^ils le soient aussi devant la guérison.
— Monseigneur me permottra-t-il actuellemeat, dit le chirurgien, de fermer et de band«r la plaie de cet homme. Tant d'autres blessés ont besoin de mes soins aujourd'hui 1
-—Faites, maître Ambroise Paré! reprit le duc. Faites sans vous occuper de moi. J'ai hâte moi-môme de voua renvoyer délivrer le plus de patiens possible des mains de nos Esculapes jurés. D'ailleurs, j'ai à m'entretenir avec monsieur d'Exmès.
Ambroise Paré se remit donc tout de suite au pansement de Malemort.
— Monsieur le chirurgien, je vous remerde de nouveau, lui dit le blessé. Mais, pardonnez-moi, J'ai encore un service à vous demander.
— - QuW-ceque c'est, mou vaillant? demanda Âmbroise.
— Voici, monsieur le chirurgieB, reprit Malemort. Maintenant que je ne sens plus dans ma chair cet horrible bâ*ton qui me gênait atrocement, il me $emhie que je dois être à peu près ffuérit
— Oui, h peu près» dit ÀmbriMSd Paré tout en serrant les ligatures.
— Ëh bieni alors, fit Malemort d'un ton simple et dégagé, voulez-vous avoir la boulé de dire à mon maître, à monsieur d'Ëxmès, que, si l'on se bat demain, je suis parfaitement en état de me battre.
— * Vous battre demain I s'écria Ambroise Paré. Ah çà 1 mais vous n'y songez pas 1
— Oh I si faitl j'y songe, reprit Malemort avec mélancolie.
— Mais, malheureux, dit le chirurgien, sachez que je vous ordonne huit jours de repos absolu, au moins huit jours de lit, huit jours de diète I
— Diète de nourriture, soit, reprit Malemort, mais pas diète dp bataille, je vous en prie.
— Vous êtes fou! continua Ambroise Paré; si vous vous leviez seulement, la fièvre vous prendrait, tous seriez perdu. J'ai dit huit jours, je n'en rabats pas une heure.
— Heu h I beugla Malemort, dans huit jours le siège sera bâclé. Je ne me battrai doue jamais tout mon saoul.
^ Voilà un rude gaillard! dit le duc de Guise qui ayait prêté Toreille à ce singulier dialogue.
— Mal mort est comme cela, reprit en sguriant Gabriel, et je vous prierai même, monseigneur, ue donner des ordres pour qu'on le transporte à l'ambulance et pour qu'on l'y surveille; car s'il entend le bruit de quelque mêlée, il est capable de vouloir sd lever malgré tout.
— Eh bieul rien de plus simple, dit le duc de Guise. Faites-le transporter vous-même par ses camarades.
— C'est que, monseigneur, reprit Gabriel avec quelque embarras, j'aurai peut-être besoin de mes honunes celte nuit.
— Ah! fit le duc, en regardant le vicomte d'Exmès avec surprise.
'- Si monsieur d'Exmès le désire, dit Âmbroise Paré qui s'approcha après avoir terminé son pansement, je vais envoyer deux de mes aides avec un brancard pour prendre ce blessé batailleur.
— Je vous remercie et j'accepte, dit Gabriel. Je le recom-» mande à votre attention la plus vigilante, n'est-ce pas I
— Heuh I clama de nouveau Malemort avec désespoir. Ambroise Paré sortit après avoir pris congé du duc de
Guise. Les gens de monsieur d'Exmès, sur un signe de Martin-Guerre, se retirèrent tous à l'extrémité de la tente, et Gabriel put rester dans une sorte de tête-à-tête avec le générai commandant le siège.