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LES PETITES BARQUES SAUVEIVT LES GROS NAVIRES

Quand le vicomte d'Éxmès se trouva ainsi à peu près seul avec le duc de Guise, il commença en lui disant :

— Eh bieni ôtes-vous content, monseigneur î

— Oui, ami, répondit François de Lorraine, oui, content du résultat obtenu, mais, je l'avoue, inquiet du résultat à obtenir. C'est cette inquiétude qui m'a fait sortir de nia tente, errer par le camp, et venir chercher auprès de vous bon encouragement et bon conseil.

— Mais qu'y a-l-il donc de nouveau T reprit Gabriel. L'événement a, ce me semble, dépassé toutes vos espérances. En quatre jours, vous voilà maître des deux boucliers de Calais. Les défenseurs de la ville même et du Vieux-Château ne tiendront pas maintenant plus de quarante-huit heures.

— C'est vrai, dit le duc, mais ils tiendront quarante-huit heures, et cela suffit pour nous perdre et les sauver.

— Oh I monseigneur me permettra encore d'en douter, dit Gabriel.

— Noîi, ami, ma vieille expérience no me trompe point, reprit le duc de Guise. A moins d'un coup de fortune imprévu, d'une chance hors des calculs humains, notre entreprise est manquée. Croyez-moi quand je vous le dis.

— Et comment cela ? demanda Gabriel avec un sourire qui répondait mal à la tristesse d'une telle confidence.

— Je vais vous le démontrer en deux mots, et sur votre plan même. Suivez-moi bien.

— Je suis tout attention, dit Gabriel.

— La tentative étrange et hasardeuse où votre jeune ardeur a entraîné ma prudente ambition, reprit le duc, n'avait d'issue possible que par l'isolement et l'étonnement de la garnison anglaise. Calais était imprenable, soit, mais n'était pas insurprenable. C'e.^t d'après cette idée que nous avons raisonné notre folie, n'est-il pas vrai?

— Et jusqu'à présent, reprit Gabriel, les faits n'ont pas tiop dondë tort à nos calculs.

— Non, sans doute, dit le duc de Guise, et vous avez prouvé, Gabriel, que vous saviez aussi bien juger les hommes que voir les choses, et que vous aviez étudié le cœur du gouverneur de Calais aussi habilement que l'intérieur de sa ville. Lord Wentworth n'a démenti aucune de vos conjectures. Il a cru que ses neuf cents hommes et ses redoutables avant-postes suffiraient pour nous faire repentir de notre audacieuse équipée. Il nous a estimé trop peu pour s'alarmer, et n'a pas daigné appeler à son secours une seule compagnie, ni sur le continent ni en Angleterre.

— J'avais été à même, dit Gabriel, de préjuger comment son dédaigneux orgueil se comporterait en pareille circonstance.

—Ausâ, reprit le duc de Gm'se, avons-nous, grâce à cette outrecuidance, emporié le fort Saint-Agathe presque sans coup férir, et le fort de Nieullay par trois jours de lutte heureuse.

— Si bien qu'à présent, dit joyeusement Gabriel, les Anglais ou les Espagnols venant secourir, du côte de la terre, leur compatriote ou leur allié, trouveraientf au liciA

t38 LES DEUX DUNE.

des canons de lord Wentworth pour les seconder, îes batteries du duc de Guise pour les écraser.

— Ils s'en défieront et ne s'approcheront qu'à distance, reprit en souriant François de Guise, que gagnait la bonne humeur du jeune homme.

— Eh bien, n'avons-nous pas conquis là un point important 1 reprit Gabriel.

— Sans doute, sans doute , dit le duc ; mais ce n'est malheureusement pas le seul, ce n'est môme pas le plus important. Nous avons fermé aux auxiliaires extérieurs de Calais un des chemins qu'ils pouvaient prendre, une des portes de la place. Mais il leur reste une autre porte, on second chemin.

* Lequel donc, monseigneur ? demanda Gabriel, qui feignait de chercher.

— Jetez les yeux sur cette carte, refaite par le maréchal Strozzi, d'après le plan que vous nous aviez remis, dit le général en chef. Calais peut être secouru par deux extrémités : par lo fort de Nieullay qui défend les chaussées et avenues de terre.

— Mais qui les défend pour nous à présent, interromiût Gabriel.

— Sans doute, reprit le duc de Guise; mais là, du côté de la mer, protégé par TOcéan, les marais et les dunes, il y a, voyez l le fort de Risbank, ou, si vous Taimez mieux, la tour Octogone; le fort de Risbank, qui commande tout le port et qui Touvre et le ferme aux navires. Qu'un avertissement en parle pour Douvres, en quelques heures les vaisseaux anglais amènent assez de renforts et de vivres pour assurer la place pendant des années. Ainsi, le f(»rt de Risbank garde la ville, et la mer garde le fort de Risbank. Or, savez>vous, Gabriel, ce qu'après son échec de tantôt» fait à cette heure lord Wentworth î

— Parfaitement, répondit avec calme le vicomte d*Ex* mes. Lord Wentworth, sur l'avis unanime de «on conseil, expédie en toute hâte à Douvres un avertissement jusqu'ici trop retardé, et compte recevoir demain, à pareille heure, tes renforts qu'il reconnaît enfln nécessaires.

— Après ? vous n'achevez pas t dit monsieur de Guise.

— Mais j'avoue, monseigneur, que je ne vois pas beaucoup plus loin, reprit Gabriel. Je n'ai pas la prescience de Dieu.

— Il suffît" ici de la prévoyance d'un homme, reprit François de Lorraine, et, puisque la vôtre s'arrête à moitié chemin, je continuerai pour elle.

— Que monseigneur veuille donc m'apprendre ce qui, selon lui, adviendra, dit Gabriel en s'inclinant.

— C'est fort simple, reprit monsieur de Guise. Les assiégés, secourus au besoin par l'Angleterre entière, pourront, dès demain, nous opposer, au Vieux-Château, des forces supérieures, des forces désonnais invincibles. Si néanmoins nous tenons bon, d'Ardres, de Ham, de Saint- Quentin, tout ce qui se trouve d'Espagnols et d'Anglais en France va s'amasser, comme la neige hivernale, aux environs de Calais. Puis, quand ils se jugeront assez nombreux, ils nous assiégeront à leur tour. J'admets qu'ils ûe reprennent pas tout de suite le fort de Nieullay, ils finiront bien par reprendre celui de Sainte-Agathe. Ce sera assez pour nous foudroyer entre deux feux.

— Une telle catastrophe serait épouvantable en efifét, dit paisiblement Gabriel.

— Elle n'est que trop probable pourtant ! reprit le duc de Guise, qui serrait sa main contre son Iront avec découragement

— Mais, dit le vicomte d'Ëxmès, vous n'avez pas été, monseigneur, sans songer aux moyens de la prévenir, cette catastrophe terrible T

— Je ne soDge qu'à cela, parbleu ! dit le duc de Guise.

— Ah ! Eh bien T demanda négligemment Gabriel.

— Eh bien! la seule chance, chance trop précaire, hélas ! qui nous reste, c'est, je crois, de donner demain au Vieux-Chftteau, en tout état de choses, un assaut désespéré. Rien ne sera prêt comme il faut sans doute, quoique l'on doive pousser cette nuit les travaux avec toute l'activité possible. Mais il n'y a pas d'autre parti à prendre, et cela est moins fou encore que d'attendre l'airivée des renforts d'Angleterre. La furie française j comme ite disent en

Italie, viendra peut-être à bout, dans son impétuosité prodigieuse, de ces inabordables murailles.

— Non, elle s'y brisera repartit froidement Gabriel. Pardonnez-moi, moBseigneur, mais il me semble que l'armée de France n'est, en ce moment, ni assez forte ni assez faible pour l'arcnturer ainsi dans l'impossible. Une responsabilité terrible pèse sur vous, monseigneur. Il est vraisemblable qu'après avoir perdu la moitié de notre monde, nous serions finalement repoussés. Que compte faire alors le duc de Guise?

— Ne pas s'exposer du moins à une ruine totale, à un échec complet, dit douloureusement François de Lorraine, retirer de ces murs maudits les troupes qui me resteront, et les conserver pour de meilleurs jours au roi et à la patrie.

— Le vainqueur de Metz et de Renty battre en retraite ! s'écria Gabriel.

— Cela vaut toujours mieux que de s'obstiner dans la défaite, comme le connétable à la journée de Saint-Laurent, dit le duc de Guise.

— N'importe 1 reprit Gabriel, le coup serait désastreux et pour la gloire de la France et pour la réputation de monseigneur.

-^ Eh I qui le sait mieux que moi ! s'écria le duc de Guise. Voilà ce que c'est que le succès et que la fortane I Si j'avais réussi, j'eusse été un héros, un grand génie, un demi-dieu. J'échoue, et je ne serai plus qu'un esprit présomptueux et vain qui méritera la honte de sa chute. La même tentative qu'on eût appelée grandiose et surprenante, si elle eût heureusement abouti, va m'attirer les huées de l'Europe, et ajourner, ou même détruire dans leur germe, tous mes projets et toutes mes espérances. Â quoi tiennent les pauvres ambitions de ce monde !...

Le duc se tut, consterné. Il y eut un assez long silence que Gabriel, à dessein, se garda d'interrompre.

Il voulait laisser monsieur de Guise mesurer de son ceil expert les terribles dirQcultés de sa situation.

Puis, quand il jugea que le duc les avait de nouveau bien sondées, il reprit :

— Je VOUS vois, monseigneur, dans un de ces momens de doute qui, au milieu môme des plus grandes œuvres, saisissent les plus grands ouvriers. Un mot cependant. Ce n'est pas certainement un génie supérieur, wn capitaine consommé comme celui auquel j'ai l'honneur de parler, qui a pu s'engager à la légère dans une entreprise aussi grave que celle-ci. Les moindres détails, les éventualités les plus improbables en ont été prévus dès Paris, dès le Louvre. Vous avez dû trouver d'avance des dénouemens à toutes les péripéties et des remèdes à tous les maux. Comment se fait-il que vous hésitiez et cherchiez encore?

— Mon Dieu ! dit le duc de Guise, votre enthousiasme et votre assurance juvéniles m'ont, je crois lasciné et aveuglé, Gabriel.

— Monseigneur !..i reprit le vicomte d'Exmès avec reproche.

— Ôh I ne vous blessez pas, je ne vous en veux point, ami I j'admire toujours voire idée qui était grande et patriotique. Mais la réalité aime justement à tueries beaux rêves. Néanmoins, je m'en souviens bien, je vous avais posé mes objections sur cette même extrémité où nous voilà, et vous aviez détruit ces objections.

— Et comment, s'il vous plaît, monseigneur? demanda Gabriel.

— Vous m'aviez promis, dit le duc de Guise, que si nous nous rendions maîtres en peu de jours des deux forts de Sainte-Agathe et de Nieullay, les intelligences que vous aviez dans la place mettraient dans nos mains le fort de Risbank, et qu'ainsi Calais ne pourrait plus être secouru ni par mer, ni par terre. Oui, Gabriel, je me le rappelle, et vous devez vous le rappeler aussi, vous m'aviez promis cela.

— Eh bien!... dit le vicomte d'Exmès, sans paraître troublé le moins du monde. ^

— Eh bieni reprit le duc, vos espérances vous ont menti, n'est-ce pas ? vos amis de Calais n'ont pas tenu parole, c'est l'usage. Ils ne sont pas encore certains de notre Victoire, et ils ont peur, et ils ne se mentreront que si nous n'avons plus besoin d'eux.

ni LES DEUX DIANE.

— Excusez-Tïioi, monseigneur ; qui vous a dit cela î demanda Gabriel.

— Mais, mon ami, votre silence même. L'instant est venu oîi vos auxiliaires secrets devraient nous servir et pourraient nous sauver. Ils ne bougent pas et vous vous taisez. J'en conclus quo vous ne comptez plus sur eux, et qu'il faut renoncer à ce secours.

— Si vous me connaissiez mieux, monseigneur, reprit Gabriel, vous sauriez que je n'aime guère parler, quand je puis agir.

— Eh quoi ? espérez-vous toujours? dit le duc de Guise.

— Oui, monseigneur, puisque je vis, répondit Gabriel «vec une expression mélancolique et grave.

— Ainsi le fort de Risbank ?...

— Vous appartiendra, si je ne suis mort, quand cela sera nécessaire.

— Mais, Gabriel, ce serait Hécessaire demain , demain au matin !

— Nous l'aurons donc demain, au matin 1 répondit avec calme Gabriel, à moins, je le répète, que je ne sucx^mbe ; mais alors vous ne pourrez pas reprocher un manque de parole à celui qui aura donné sa vie pour tenir sa promesse.

— Gabriel, dit le duc de Guise, qu'allez-vous faire? braver quelque danger mortel, courir quelque chance insensée? Je ne veux pas je ne veux pasi La France n'a que trop besoin d'hommes tels que vous.

— Ne vous inquiétez de rien, monseigneur', reprit Gabriel. Si ie péril est grand le but est grand aussi, et la partie vaut bien les risques qu'elle entraîne. Ne pensez qu'à profiter du résultat, et laissez-moi maître des moyens. Je ne réponds que de moi, et vous répondez de tous.

— Que pourrais-je faire pour vous seconder du moins? dît Je., duc de Guise. Quelle part me laissez-vous dans vas desseins ?

— Ijilonseigneur, reprit Gabriel, si vous ne m'aviez fait la gr^ce de venir ce soir sous cette tente, mon intention était ^'aller vous trouver dans la vôtre et de vous adressa une requête...

—>^ Tariez, parlez t dit vivement François de Lorraînfi»

— Dematn, 5 du mois, au point du jour, monseigneur, c'est-à-dire sur les huit heures, les nuits sont longues ea janvier, veuillez poster quelqu'un de sûr à ce promontoire d'où Ton voit le fort de Risbank. Si le drapeau anglais continue d'y flotter, hasardez l'assaut désespéré que vous aviez résolu, car j'aurai échoué, en d'autres termes je serai mort.

— Mort I s'écria lo duc de Guise. Vous voyez bien, Ga^ briel, que vous allez vous perdre.

— N'employez pas, en ce cas, votre temps à me regretter, monseigneur, dit le jeune homme. Que seulement tout soit prêt et animé pour votre dernier efl'ort, et je prie Dieu qu'il vous soit donné d'y réussir. Allez 1 que tout marche et combatte I Les secours d'Angleterre ne pourront arriver avant midi ; vous aurez quatre heures d'héroïsme pour prouver, avant do battre en retraite, que les Français sont intrépides autant que pruàens.

— Mais vous, Gabriel, reprit le duc, répétez-moi d« moins que vous avez quelques chances de succès.

— Oui, j'en ai, rassurez-vous, monseigneur. Aussi, restez calme et patient comme un homme fort que vous (es« Ne donnez pas trop vite le signal d'un assaut trop précipité. Ne vous jetez pas, avant l'ordre de la nécessité, danx cette extrémité hasardeuse. £nûn ! vous n'aurez qu'à aire continuer tranquillement par monsieur le maréchal Strozzi et ses mineurs les travaux du siège, et vos soldats et artilleurs pourront attendre l'instant favorable pour l'assaut, si, à huit heures, on vous signale sur le fort de Risbank Tétendard de France.

— L'étendard de France sur le fort de Risbank! s'écria le duc de Guise.

— Où sa vue, je pense, continua Gabriel, ferait immédiatement rebrousser chemin aux navires qui arriveraieiàt d'Angleterre.

^ Je le pense comme vous, dit monsieur de Guise. Mais^ ami, comment ferez-vousî...

— Laissez-moi mon secret, je vous en supplie, monseigneur, dit Gabriel. Si vous connaissiez mon dessein étrange, vous voudriez m'en déloumer peut-être. Or, ce n'est

m LES DEUX DIANE.

plus l'heure de réfléchir et do douter. D'ailleurs, je né compromets on tout ceci- ni l'arméo, ni vous. Les hommes qui sont là, les seuls que je veuille employer, sont tous des volontaires à moi, et vous vous êtes engagé à me laisser libre avec eux. Je désire accomplir mon projet sans aide ou mourir.

— Et pourquoi cette fierté? demanda le duc de Guise.

— Ce n'est point Gerté, monseigneur, mais je veux payer de mon mieux la grâce inappréciable que vous avez bien voulu me promettre à Paris, et que vous vous rappelez, j'espère.

— • De quelle grâce inappréciable parlez-vous, Gabriel t dît le duc de Guise. Je passe pour avoir bonne mémoire, à l'endroit de mes amis surtout. Mais j'avoue à ma honte qu'ici je ne me souviens pas...

— Hélas ! monseigneur, reprit Gabriel, la chose est pourtant pour moi bien importante I Voici en effet ce que j'avais sollicité de votre bonté :s'il vous devenait prouvé que, par l'exécution comme par l'idée, on me devait, à moi seul, la prise de Calais, je vous avais demandé, non point de m'en faire publiquement l'honneur, cet honneur vous revient à vous,chef de l'entreprise, mais seulement de déclarer au roi Henri II la part que j'aurais eue, sous ves ordres, dans cette conquête. Or, vous aviez bien voulu me laisser espérer que cette récompense me serait accordée.

— Quoi I est-ce là cette faveur inouïe à laquelle vous faisiez allusion, Gabriel? reprit le duc. Du diable si je m'en doutais t Mais, mon ami, ce ne sera pas une récompense cela, ce sera une justice ; et, secrètement ou publiquement! à votre gré, je serai toujours prêt à reconnaître et attester comme je le dois vos mérites et vos services.

— Mon ambition ne va pas au delà, monseigneur, dit Gabriel. Que le roi soit informé de mes efforts, il a dans les mains un prix qui vaudra [^our moi tous les honneurs et tous les bonheurs du monde. '

— Le roi saura donc tout ce que vous aurez lait pour lui Gabriel. Mais moi ne puis-je rien de plus pour vous î

— Si fait, monseigneur, j'ai encore quelques service» l réclamer de votre bienveillance.

— Parlez, dit le duc.

— D'abord, reprit Gabriel, j'ai besoin du mot de passe IK)ur pouvoir cette nuit, à quelque heure que ce soit, sortir du camp avec mes gens.

^— Vous n'avez qu'à dire: Calais et Charles^ les sentinelles vous livreront passage.

— Ensuite, monseigneur, dit Gabriel, si je succombe et que vous réussissiez, j'ose vous rappeler que madame Diane de Castro, la fille du roi, est prisonnière de lord Wenlworth, et a les droits les plus légitimes à votre courtoise protection.

— Je me souviendrai de mon devoir d'homme et de gentilhomme, répondit François de Lorraino. Après î '

— Enfin, monseigneur, dit le vicomte d'Exmès, Je vais contracter cette nuit une dette considérable envers un pêcheur de ces côtes appelé Anselme. Si Anselme péril avec moi, j'ai écrit à maître Élyot, celui qui a soin do mes domaines, de pourvoir à la subsistance et au bien-être de sa famille privée désormais de soutien. Mais, pour plus de sûreté, monseigneur, je vous serais obligé de veiller à l'exécution do mes ordres.

— Ce sera fait, dit le duc de Guise. Est-ce tout ?

— C'est tout, monseigneur, reprit Gabriel. Seulement, si vous ne me revoyez plus, pensez parfois, je vous prie, à moi avec quelque regret, et parlez de moi avec quelque estime, soit au roi qui sera certainement content de ma mort, soit à madame de Castro qui en sera peut-être lâchée. Et maintenant je ne vous retiens plus, et vous dis adieu, monseigneur.

Le duc de Guise se leva.

— Chassez donc vos tristes idées., ami, dit-il. Je vous quitte pour vous laisser tout entier à votre mystérieux projet, et je conviens que jusqu'à demain huit heures je serai bien inquiet et ne dormirai guère. Mais ce sera surtout à cause de cette obscurité qui pour moi plane sur ce que vous allez faire. Quelque chose me dit que je vous reverrai, et je ne vous dis pas adieu, moi.

— Merci de l'augure, monseigneur ! dit Gabriel ; ca^â vous me revoyez, ce sera dans Calais ville firançaise.

m LES DEOX DIANE.

— £t, en ce cas, reprit le duc de Gruise, vous pourrez TOUS vanter d'avoir tiré d'un grand péril et l'honnair de la France, et le mien propre.

-* Les petites barques, monseigneur, sauvent qudque- Ibis les gros navires, dit en s'inclinant Gabriel.

Le duc de Guise, sur le seuil de la tente, serra une der^^ nière fois, dans une accolade amicale, la main du vicomta d'Ëxmès, et rentra tout songeur à son logis.

xvn.

OBSCURI SOLÀ sus NOCTE...

Quand Gabriel revint à sa place, après avoir reconduit jusqu'à la porte monsieur de Guise, il fit de loin un signe à Martin-Guerre, qui se leva sur-le-champ et sortit, sans paraître avoir besoin d'autre explication.

L'écuyer rentra, un quart-d'heure après, accompagné d'un homme au teint hâve, et vêtu misérablement.

Martin s'approcha de son maître qui était retombé dans ses réflexions. Pour les autres compagnons, ils jouaient ou dormaient à qui mieux mieux.

— Monseigneur, dit Martin-Guerre, voici notre homme. — - Àh I bien 1 dit Gabriel. C'est vous qui êtes le pêcheur

Anselme dont Martin-Guerre m'a parlét ajouta4-il en sf^ dressant au nouveau venu.

—Je suis le pêcheur Ansehne, oui, mons^gnenr, dit l'homme.

— Et vous savez, reprît le vicomte d'Exmès, te sente que nous attendons de vous?

— Votre écuyer me Fa dit, monseignenr, et je suis prêt «- Martin-Guerre a dû cependant vous dire aus^, etmtl-

nua Gabriel, que dans cette expédition vous couriez arec nous risque de la vie.

— Oh! reprit le pêcheur, cela il n'avait pas besoin de r ID le dire. Je le savais aussi bien et mieux que lui.

— Et pourtant vous êtes venu? dit Gabriel.

— Mo voilà tout à vos ordres, repartit Anselme.

— Bien I ami, c'est le fait d'un vaillant cœur.

— Ou d'une existence perdue, reprit le pêcheur.

— Comment cela? demanda Gabriel. Que voulez-yous dire?

— - Eh I par Notre-Dame de Grâce I fit Anselme, je brave tous les jours la mort pour rapporter quelque poisson, et bien souvent je ne rapporte rien. Il n'y a donc pas grand mérite à hasarder aujourd'hui ma peau hâlée pour vous, qui vous engagez, si je meurs ou si je vis, à assurer le sort de ma femme et de mes trois enfans.

— Oui, dit Gabriel, mais le danger que vous affrontez journellement est douteux et caché. Vous ne vous embarquez jamais par la tempête. Cette fois le péril est visible et certain.

— Ah I reprît le pêcheur, il est sûr qu'il faut être un fou ou un saint pour s'aventurer sur la mer par une nuit pareille. Mais la chose vous regarde et je n*ai rien à y reprendre, si c'est votre idée. Vous m'avez payé d'avance ma barque et mon corps. Seulement vous devrez à la Sainte- Vierge une Ikmeuse chandelle de vraie cire^ si nous arrivons sains et saufs.

— Et une fois arrivés, Anselme, reprit Gabriel, votre tâche n'est pas finie. Après avoir ramé, vous devez, au besoin, vous battre, et faire œuvre de soldat après avoir fait œuvre do marin. Parlant,, il y a deux dangers pour un, ne l'oubliez pas.

— C'est bon, dit Anselme, ne me découragez pas trop. On vous obéira. Vous me garantissez la vie de ceux qui me sont chers. Je vous donne la naicnne. Marché conclu, n'en parlons plus.

— Vous êtes un bra^e homme, reprit le vicomte d'Exmès. Pour votre femme et vos enfans, soyez tranquille, ils ne manqueront jamais do rien. Tai écrit à mon intendant Élyot mes ordres à ce sujet, et monsieur le duc de Guise lui-môme s'en occupera.

lis LES DEUX DIANE.

— C'est plus qu*il ne m'en faut, dit le pêcheur, et vouf êtes plus généreux qu*un roi. Je ne ferai pas le finaud avec vous. Vous ne m'auriez donné que cette somme qui nous a, par ces temps si durs, tiré d'embarras, je ne vous aurais pas demandé mon reste. Mais si je suis content de vous, j'espère que vous le serez de moi.

— Voyons, repril Gabriel, pourrpns-nous bien tenir quatorze dans votre barque T

— Elle en a tenu vingt, monseigneur.

-— II vous faut des bras pour vous aider à ramer, n'estce pas?

— Ah I oui, par exemple ! dit Anselme. J'aurai déjà assez à faire au gouvernail et à la voile, si la voile peut tenir.

— Nous avons, dit Martin-Guerre, Ambrosio, Pille^ousse et Landry qui rameront comme s'ils n'avaient fait que cela toute leur vie, et moi-môme je nage aussi bien avec do bois qu'avec mes bras.

— Oh! bien, reprit gaîment Anselme, j'aurai l'air d'un patron huppé, j'espère, avec tant et de si bons compagnons à mon service ! Maître Martin ne m'a plus maintenant laissé ignorer qu'une chose, c'est lé point précis où nous devons débarquer.

— Le fort de Risbank, répondit le vicomte d'Exmès.

— Le fort de Risbank I vous avez dit le tort de Risbank? ' s'écria Anselme avec stupéfaction.

— Eh I sans doute, dit Gabriel, qu'avez-vous à objecter à cela?

— Rien, reprit le pêcheur, sinon que l'endroit n'est guère abordable, et que, pour ma part, je n'y ai jamais jeté l'ancre. C'est tout rocher.

— Refusez-vous de nous conduire? dit Gabriel.

— Ma foi I non, et, quoique je connaisse mal ces parar ges-là, je ferai de mon mieux. Mon père, qui était comme moi pêcheur de naissance, avait coutume de dire : H ne faut vouloir régenter ni le poisson ni la pratique. Je vous mènerai au fort de Risbank, si je puis. Une jolie promenade que nous ferons là I

— A quelle heure fa udra-t-il nous tenir prêts? demanda Gabriel.

— Vous voulez arriver à quatre heures, je crois? reprit \nselme.

— De quatre à cinq, pas plus tôt.

— Eh bien! du lieu doat nous partons aûn de n'être pas vus et do n'exciter nul soupçon, il faut compter, à vue do nez, deux heures de navigation : l'essentiel est de ne pas nous fatiguer inutilement en mer. Puis, pour se rendre d'ici à la crique, calculons une heure de marche.

— Nous quitterions alors le camp à une heure après minuit, dit GaWel.

— C'est cela, répondit Anselme.

— Je vais donc à présent avertir mes hommes, reprît le vicomte d'Exmès.

— Faites, monseigneur, dit le pêcheur. Je vous demanderai seulement la permission de dormir jusqu'à une heure un sonune avec eux. J'ai fait mes adieux chez nous ; la barque nous attend soigneusement cachée et solidement amarrée; je n'ai donc plus rien qui m'appelle dehors.

— Reposez-vous, vous avez raison, Anselme, dit Gabriel ; vous aurez assez de fatigue cette nuit. Martin-Guerre, préviens les compagnons maintenant. *

-* Hél vous autres, les joueurs et les dormeurs! cria Martin-Guerre.

— Quoi? Qu'çst-ce qu'il y a? dirent-ils en se levant et s'approchant.

-* Remerciez monseigneur. Il y a expédition particulière à une heure, dit Martin.

— Bon ! très bien I parfait I répondirent en chœur unanime les soudards.

Malemort mêlait aussi son hourrah de joie à ces marques non équivoques de satisfaction.

Mais, dans le moment, entrèrent quatre aides d'Ambroîse Paré, annonçant qu'ils venaient chercher le blessé pour le transporter à l'ambulance.

Malemort se mit à jeter les hauts cris.

En dépit de ses protestations et de sa résistance, on le plaça et on le maintint sur un brancard. Il adressa vainement à ses camarades les plus durs reproches, appelant même déserteurs et traîtres ces lâches qui allaient se bat-

tre sans lai. On ne tint compte de ses injvros, et on remporta maugréant et jurant.

— Il nous reste actuellement, dit Martin-Guerre, à régler toutes nos dispositions et à assigner à chacun son rôle et son rang.

— Quelle espèce de besogne auronsnoosàâdretde* manda Pilletrousse.

— Il s'agit d'une sorte d'assaut, répondit Bfartin.

— Oh ! alors, c'est moi qui monte le premi^! s'écria Yvonnel.

— Soit! dit l'écuyer.

— Non, c'est injuste I réclama Âmbrosio. Tyonnet accapare toujours la première place au danger. On dirait qa'ii n'y en a que pour lui, vraimenti

— Laissez faire, dit le vicomte d'Ëxmès int^rresant. Dans l'ascension périlleuse que nous allons tenter, celui qui montera le premier sera le moins exposé, je pense. La preuve en est que je veux monter le demier,-moiI

— Alors, Yvonnet est volél reprit Ambrosio en ri€nt Martin- Guerre désigna à chacun son numéro dVmfare,

soit pour la marche, soit dans la barque, soit à Tassant. Ambrosio, Pilletrousse et Landry furent avertis qu*^ auraient à ramer. On prévit enfin tout ce qui pouvait être prévu, afin d'éviter autant que possible les malentendus et la confusion.

Lactance prit un instant Martin-Guerre à part

— Pardon, lui dit-il, croyez-vous que nous ayons k tuer?

— Je ne sais pas au juste; mais c'est fort possible, répondit Martin.

— Merci, reprit Lactance, en ce cas, je vais lo«|onrB me mettre en avance dans mes prières pour trois on qnaitre morts et autant de blessés.

Quand tout fut réglé, Gabriel engagea ses gens à prendre une heure ou deux de repos. Il se chargeait 4e te réveiller lui-même lorsqu'il le faudrait.

— Oui, je dormirai volontiers un peu, dit Yvonnet; car mes pauvres nerfs sont horriblement excités ce soif, et j'ai tant besoin d'être dispos et frais quand jo me bats!

Au bout de quelques minutes, on n'entendit plus «Mis

la tente que les ronflemens réguliers des soudards et les monotones patenôtres de Lactance.

Encore ce dernier bruit s'éteîgnit-il bientôt. Lactance 5'assoupit aussi, vaincu par le sommeil.

Gabriel seul veillait et pensait.

Vers une heure, il éveilla sans bruit et un à un ses hommes. Tous se le^^nt et s'armèrent en silence. Puis, ils sortirent doucement de la tente et du camp.

Aux mots Calais et Charles prononcés à voix basse par Gabriel, les sentinelles les laissèrent passer sans obstacle.

La petite troupe, guidée par Anselme le pêcheur, s'avartça alors par la campagne, le long des côtes. Pas un ne prononçait un mot On n'entendait que le vent qui pleurait et la mer qui dans le lointain se lamentait.

La nuit était noire et brumeuse. Personne ne se trouva sur le chemin de nos aventuriers. Mais, quand môme ils eussent rencontré quelqy'un, on ne les eût pas vus peutêtre, et si on les eût vus, à cette heure et par cette ombre^ on les eût certainement pris pour des fantômes.

Dans rintérieur de la ville, il y avait aussi quelqu'un qui^ à ce moment, veillait encore.

C'était lord Wentworth le gouverneur.

Et cependant, comptant pour le lendemain sur les secours qu'il avait envoyé demander à Douvres, lord Wentworth s'était retiré chez lui pour prendre quelques instans de repos.

Il n'avait pas dormi, en effet, depuis trois jours, s'exposant, il faut le dire, aux endroits les plus périlleux avec une infatigable valeur, se multipliant sur tous les points où sa présence était nécessaire.

Le soir du 4 janvier, il avait encore visité la brèche du Vieux-Château, posé lui -môme les factionnaires, passé en revue la milice urbaine chargée de la facile défense du fort de Risbank. ^

Mais, malgré sa fatigue, et bien que tout fût certain et tranquille, il ne pouvait dormir.

Une crainte vague, absurde, incessante, le tenait éveillé sur son lit de repos.

Toutes SCS précautions étaient pourtant bien prises. L*en-

Dcmi ne pouvait matériellement pas tenter un assaut nocturne par une brèche aussi peu avancée que celle du Vieux Château. Quant aux autres points, ils se gardaient d'eux* mêmes par les marais et par l'Océan.

Lord Wenlworth se répétait tout cela mille fois, et cependant il ne pouvait dormir.

Il sentait vaguement circuler dans la nuit autour de la ville un danger redoutable, un ennemi invisible.

Cet ennemi n'était pas, dans sa pensée, le maréchal Strozzi, ce n'était pas le duc de Nevers, ce n'était pas même Je grand François de Guise.

Quoi ! était-ce donc son ancien prisonnier que, de loin, du haut des renH)arts, sa haine avait plusieurs fois reconnu dans la mêlée? Etait-ce vraiment ce fou, ce vicomte d'Exmès, l'amoureux de madame de Castro ?

Risible adversaire pour le gouverneur de Calais dans sa ville encore si formidablement gardée I

Cependant, lord Wentworth, quoiqu'il fît, ne pourait ni maîtriser cet effroi indistinct, ni l'expliquer.

Mais il le sentait et ne dormait pas.

xvin.

ENTRB BBUX ABIMES.

Le fort de Risbank, qu'à cause de ses huit pans on nommait aussi la tour Octogone, était bâti, comme nous l'avons dit, à l'entrée du port de Calais, en avant des dunes, et posait sa masse noire et formidable de granit sur une autre masse aussi sombre et aussi énorme de rocher.

La mer, quand elle était haute, venait briser ses lames contre le rocher, mais n'atteignait jamais aux dernières assises de la pierre.

Or, la mer était bien forte et bien menaçante dans la

nuit du 4 au 5 janvier 1558, vers quatre heures du matin. Elle poussait de ces immenses et lugubres gémlssemens qui la font ressembler à une ftme toujours inquiète et toujours désolée.

A un moment, un peu après que la sentinelle de deux à quatre heures eût été remplacée, sur la plate-forme de la tour, par la sentinelle de quatre à six, une sorte de cri humain, comme échappé à ime bouche de cuivre, se mêla, mais distinctement, dans la raffale, à la plainte étemelle de l'Océan.

Alors on eut pn voir le nouveau factionnaire tressaillir, prêter l'oreille, et, après avoir reconnu la nature de ce bruit étrange, poser son arbalète contre la muraille. Ensuite, quand il se fut assuré que nul œil ne pouvait l'observer, il souleva d'un bras puissant sa guérite de pierre, et en tira un monceau de cordes formant une longue échelle à nœuds, qu'il assm'étit fortement à des crampons de fer scellés dans les créneaux du fort.

Enfîn, l'homme attacha solidement l'un à l'autre ces divers f^agmens de cordes, puis, les déroula par dessus les créneaux, et deux lourdes balles de plomb les firent bientôt descendre jusqu'au roc sur lequel le fort était assis.

L'échelle mesurait deux cent douze pieds de longueur et le fort de Risbank deux cent quinze.

A peine la sentinelle avait-elle achevé son opération mystérieuse, qu'une ronde de nuit parut au haut de l'escalier de pierre qui menait à la plate-forme.

Mais la ronde trouva le factionnaire debout près de sa guérite, lui demanda et roQut le mot de ralliement, et passa sans avoir rien vu.

La sentinelle, plus tranquille, attendit. Le premier quart de quatre heures était déjà passé.

Sur la mer, après plus de deux heures de lutte et d'efforts surhumains, une barque montée par quatorze hommes parvint enfin à aborder au rocher du fort de Risbank. Une échelle de bois fut dressée contre le rocher* Elle atteignait à une première excavation de la pierre où cinq à six hommes pouvafent se tenir debout.

Un à un et en silence, /es hardis aventuriers de la bar-

154 US DEUK DUNE.

- ^[ue gravirent cette échelle, et.^ sans s'arrêter à Texcd vatioa,

continuèrent à grimper, s'aidant seulement «les pieds et

I des mains, eo profitant de tous les accidens du terraku

Leur but était certainement d'arriver au pied de la tour. Mais ia nuit étaii noire, la roche était glissante ; leurs ongles s'arrachaient, leurs doigts s'ensanglantaient snx la

I pierre. Le pied manqua à l'un d'eux, il roula sans poav<nr

i ae retenir et tomba dans la mer.

; Heureusement, le dernier des quatorze iiommes était

• encore dans la barque, qu'il cherchait, mais inutâemeoC

^ à amarrer avant de se confier à l'échelle*

t Celai qui était tombé, et qui d'ailleurs en tombant arti^

\ eu le courage de ne pas pousser un seul cri, nagea vigoo^*

reusement vers la barque. L'autre lui tendit la main, «t^

i malgré les impatiences de la barque mouvante sous sas

l pieds, eut la joie de le recueillir sain et aauf.

: — Quoi I c'est toi, Martin-Guerre? dit-il^ croyant le re»

l connaître dans l'ombre.

J — Moi-même, je l'avoue, monseigneur, répondit Té-

: cuyer.

' — Comment as-tu pu te laisser gliaser, maladrmt? re-

prit Gabriel.

' — Il vaut encore mieux que cela soit arrivé à moi qu'i

un autre, dit Martin.

; — Et pourquoi?

) — Un autre eût peut-être crié, dit Martin^nerre.

f — Allons I aide-moi, puisque te voilà, dit Gabriel, à pas-

ser cette corde derrière cette grosse racine. Ta! renvoyé Anselme avec les autres et j'aieu tort.

— La racine ne tient guère, monseigneur, reprit Martin. Une secousse la brisera, et la barque sera perdue et nous avec.

— Il n'y a pas mieux à faire, répondit le vicomte d*Exmès. Ainsi agissons, ne parlons pas.

Quand ils eurent fixé la barque du mieux qu'ils purent

— Monte, dit Gabriel à son écuyer.

— Après vous, monseigneur ; qui vous tiendrait Vé* cheJle?

— Monte donc, te dis-je I reprît Gabriel en frappant du f>ied avec impatience.

Le moment n'était pas propice aux discussions et cérémonies. Martin-Guerre ^impa jusqu'à l'excavation, et, arrivé là, maintint d'en haut, de toutes ses forces, le montant de l'échelle, tandis que Gabriel la gravissait à son tour.

Il avait le pied sur le dernier échelon, quand une vague violente secoua la barque, brisa le câble et emporta en pleine mer échelle et chaloupe.

Gabriel était perdu si Martin, au risque de se perdre avec lui, ne se fût penché sur l'abîme d'un mouvement ^us prompt que la pensée, et n'eût saisi son maître au collet do son pourpoint. Ensuite, avec la vigueur du désespoir, le brave écuyer ramena à lui Gabriel, sans blessure comme lui, sur le rocher.

— Tu m'as sauvé à ton tour, mon vaillant Martin, reprit Gabriel.

— Oui, maïs la barque est loin î reprit Técuyer.

— Bah I comme dit Anselme, elle est payée 1 répondit Gabriel avec une insouciance qui voulait cacher son inquiétude.

— C'est égal l dit le prudent Martin-Guerre en hochant le tête, SI votre ami ne se trouve pas en faction là-haut, si l'échelle ne pend pas à la tour ou se rompt sous notre poids, si la plate-forme est occupée par des forces supérieures, toute chance de retraite, tout espoir de salut nous est enlevée avec cette maudite barque.

— Eh bien, tant mieux t dit Gabriel, il nous faut maintenant réussir ou mourir.

— Soit I répondit Martm avec son indifférente et héroïque naïveté.

— Allons ! reprit Gabriel, les compagnons doivent être arrivés au bas de la tour-, puisque je n'entends plus de bmil. Il faut les rejoindre. Fais attention, Martin, à bien te tenir celte fois, et à ne jamais lâcher une main que lorsque l'autre sera fixée solidement.

— Soyez tranquille» je tâcherai, dit Martin.

Ils commencèrent leur périlleuse ascension, et, au boui

de dix minutes, après avoir vaincu des difficultés et des dangers innombrables, ils rejoignirent leurs douze compagnons qui les attendaient, pleins d'anxiété, groupés sur le roc, au bas du fort de Risbank.

Le troisième quart de quatre heures s'était, et au-delà, écoulé.

Gabriel aperçut, avec une joie inexprimable, l'échelle de cordes qui pendait sur le rocher.

— Vous le voyez, amis, dit-il à voix basse à sa troupe, nous sommes attendus là-haut. Remerciez-en Dieu, car nous ne pouvons plus regarder en arrière : la mer a emporté notre barque. Donc, en avant I et que Dieu nous sauve 1

— Amen I dit Lactance.

U fallait que ce fussent véritablement des hommes déter- Hiinés ceux qui entouraient Gabriel t En effet, l'entreprise, qui jusque-là était déjà bien téméraire, devenait presque insensée ; et pourtant, à la terrible nouvelle que toute retraite leur était interdite, pas un ne bougea.

Gabriel, à la lueur noire qui tombe du ciel le plus couvert, regarda attentivement leurs mâles visages et les trouva tous impassibles.

Us répétèrent tous après lui :

— En avant l

— Vous vous souvenez de l'ordre convenu î dit Gabriel. Vous passez le premier ,Yvonnet, puis Martin-Guerre, puis chacun à la suite, à son rang désigné, jusqu'à moi, qui veux monter le dernier. La corde et les nœuds de cette échelle sont soUdes, j'espère !

— La corde est du fer, monseigneur, dit Ambrosio. Nous l'avons essayée, elle en porterait trente aussi bien que quatorze.

— Allons donc, mon brave Yvonnet, reprit le vicomte d'Exmès, tu n'as pas la part la moins dangereuse de Vert' treprise. Marche, et du courage I

— Du courage, je n'en manque pas, monseigneur 1 dit Yvonnet, surtout quand le tambour bat et le canon gronde- Mais je vous avoue que je n'ai pas plus l'habitude des assauts silencieux que de ces cordages flottans. Aussi suis-je

bien aise de passer le premier, pour avoir derrière moi les autres.

— Prétexte modeste pour t'assurer le poste d'honneur I dit Gabriel qui ne voulait pas s'engager dans une discussion dangereuse. Allons I pas de phrases I Quoique le vent et la mer couvent nos paroles, il faut faire et non dire. En avant, Yvonnet I et souvenez-vous tous qu'au cent cinquantième échelon seulement il est permis de se reposer. Vous êtes prêts I Le mousquet attaché sur le dos,répée aux dents?... Regardez en haut et non en bas, et pensez à Dieu et non au danger. En avant !

Yvonnet mit le pied sur le premier échelon.

Quatre heures venaient de sonner ; une deuxième ronde de nuit venait de passer devant la sentinelle de la plateforme.

Alors, lentement et en silence, ces quatorze hommes intrépides se hasardèrent, l'un derrière Tautre, sur cette frôle échelle balancée au vent.

Ce ne fut rien tant que Gabriel, qui venait le dernier, resta à quelques pas du sol. Mais à mesure qu'ils avançaient, et que leur grappe vivante vacillait davantage, le péril prenait des proportions inouïes.

C'eût été un spectacle superbe et terrible que de voir, dans la nuit et dans la raffale, ces quatorze hommes taciturnes, ces quatorze démons escalader la noire muraille, au haut de laquelle était la mort possible, au bas de laquelle était la mort certaine.

Au cent cinquantième nœud, Yvonnet s'arrêta. Tous en firent autant.

Il était convenu qu'on se reposerait là, le temps de réci ter chacun deux Pater et deux Ave.

Quand Martin-Guerre eut fini ses prières, il vit avec étonnement qu'Yvonnet ne bougeait pas. Il crut s'être trompé, et, se reprochant son trouble, recommença consciencieusement un troisième Pater et un troisième Âte.

Mais Yvonnet restait to^jo^^ immobile.

Alors, bien qu'on ne fût plus qu'à une centaine de pieds le la plate-forme, et qu'il devînt assez dangereux de par-

1er, Marfin-Guerre prit le parti de frapper sur les jam dTvonnel et de lui dire :

— Avance donc I

— Non, je ne peux plus, dit Yvonnet d'une voix étri giée.

— Tu no peux plus, misérable, et pourquoi? dema Hartin frémissant.

— J'ai le vertige, dit Yvonnet.

Une sueur froide perla au front de Martin-Guerre,

I II resta une minute sans savoir à quoi se résoudre. S

i vertige prenait Yvonnet et qu'il se précipitât, tous élaj

entraînés dans sa chute. Redescendre n'était pas m( chanceux. Martin se sentit incapable d'accepter une i ponsabilité quelconque dans cette effrayante coi^oncti

} Il se contenta de se pencher vers Anselme, qui le suif

et de lui dire :

i — Yvonnet a \b vertige.

Anselmo frémit comme avait frémi Martin, et dit à ; tour àScharfenstein son voisin :

— Yvonnet a le vertige.

Et chacun, retirant une minute son poignard d'entre

dents, dit ainsi à celui qui venait aprèis lui :

— Yvonnet a le vertige, Yvonnet a le vertige. Jusqu'à ce qu'enfin la fatale nouvelle arrivât à Gat»

qui pâlit et trembla à son tour en Tentendant.

ABNAULD DU THUX ABSEIVT EXEBCE SNCORB SUR CK PAU1 MARTIN-GUERRE UIVB MORTELLE INFLUENCE.

Ce fut un moment d'angoisse terrible et de crise suprêi

Gabriel se voyait entre trois dangers. Au-dessous de:

la mer mugissante semblait appeler sa proie de sa v

formidable. Devant lui, douze hommes elTrayés, immobiles, ne pouvant plus râculer ni avancer, lui barraient pourtant par leur masse le chemin vers le troisième péril,^ les piques ei les arquebuses anglaises qui les attendaient peut-être là-haut.

De toutes parts, sur cette échelle vacillante, ^'offiraient répouvante et la mort

Heureusement, Gabriel n'était pas homme à hésiter longtemps, même entre des abîmes, et, en une minute, il eut pris son parti.

Dne se demanda peint si la main n'allait point lui échapper et s'il ne se briserait pas le crâne contre les rochers d'en bas. Il se souleva, en se cramponnant à la corde sijur le côté, par la seule force de ses poignets, et passa succès* sivement par-dessus les douze hommes qui le précédaient.

Grâce à sa prodigieuse vigueur de corps et d'âme, il arriva ainsi jusqu'à Yvonnet sans encombre, et put enfin poser ses pieds à côté de ceux de Martin-Guerre.

— Ve4ix-tu avancer? dit-il alors à Yvonnet d'une voix brève et impérieuse.

— J'ai... le vertige... répondit le malheureux dont les dents claquaient, dont les cheveux se hérissaient.

— Veux-tu avancer? répéta le vicomte d'Exmès.

— Impossible I... dit Yvonnet. Je^ens... que si mes pieds et mes mains... quittent les échelons qu'ils serrent. ...je me laisserai tomber.

— Nous allons voir! dit Gabriel.

Il s'éleva jusqu'à la ceinture d'Yvonnet et lui mit la pointe de son poignard dans Le dos.

— Sens-lu la pointe de mon poignard, lui demanda-t-il.

— Oui, monseigneur, ah I grâce I j'ai peur, grâce 1

— La lame est fine et acérée, poursuivit Gabriel avec un merveilleux sang-froid. Au moindre mouvement elle s'enionce comme d'elle-même. Ecoute bien, Yvonnet. Martin- Guerre va passer devant toi, et moi je resterai derrière. Si tu ne suis pas Martin, tu m'ontends, si tu fais mine de broncher, je jure Dieu que tu ne tomberas pas et que tu ne feras pas tomber les autres; car je te clouerai avec mon

poignard contre la muraille, jusqu'à ce qu'ils aient tous passé sur ton cadaîre^

— Oh! pillé! monseigneur! j'obéirai! s'écria Yvonneti guéri d'une terreur par une autre plus forte.

— Marlin, dit le vicomte d'Exmès, tu m'as entendu. Passe devant.

Martin-Guerre exécuta à son tour le mouvement qu'il avait vu taire à son maître, et se trouva dès lors le premier.

— Marche ! dit Gabriel.

Martin se mit à monter bravement, et Tvonnet, que Gabriel, en ne se scfrant que de la main gauche et des pieds, menaçait toujours de son poignard, oublia son vertige et suivit i'écuyer.

Les quatorze hommes franchirent ainsi les cent cinquante derniers échelons.

— Parbleu! pensait Martin-Guerre à qui la bonne humeur revint quand il vit diminuer la distance qui le séparait du sommet de la tour, parbleu ! monseigneur a trouvé là un remède souverain contre le vertige!

Il achevait cette joyeuse réflexion, lorsque sa tête se trouva au niveau du rebord de la plate-forme.

— Est-ce vous? demanda une voix inconnue à Martin.

— Parbleu ! répondit I'écuyer d'un ton dégagé.

— Il était temps! reprit la sentinelle. Avant cinq minutes, la troisième ronde va passer.

— Bon ! c'est nous qui la recevrons, dit Martin-Guerre. Et il posa victorieusement un genou sur le rebord de

pierre.

— Ahî s'écria tout à coup l'homme du fort en cherchant à le mieux distinguer dans l'ombre, comment t'appelles-tuî

— Ehl Martin-Guerre...

Il n'acheva pas. Pierre Peuquoy, c'était bien lui, ne lui laissa pas poser l'autre genou, et, le poussant avec fureur de la paume de ses deux mains, le précipita dans l'abSOie.

— Jésus! dit seulement le pauvre Martin-Guerre.

Et il tomba, mais sans crier, et en se détournant, par un

LES DEl'X DIANE. IM

dernier et sublime effort, pour ne pas faire tomber avec lui ses compagnons et son maître.

Yvonnet qui le suivait, et qui, en sentant de nouveau le sol ferme sous ses pas, recouvra tout à fait son sangiï*oid et son audace, Yvonnet s'élança sur la plate-forme, et, après lui, Gabriel et tous les autres.

Pierre Peuquoy ne leur opposa aucune résistance. 11 restait debout, insensible et comme pétrifié.

— Malheureuxl lui dit le vicomte d'Exmès en le saisissant et le secouant par le bras. Quelle fureur insensée vous a pris? Que vous avait fait Martin-Guerre?

— A moi? rien, répondit l'armurier d'une voix sourde. Mais à Babette I à ma sœur I...

— Ah ! j'avais oublié I s'écria Gabriel frappé. Pauvre Martin?... Mais ce n'est pas luil... Ne peut-on le sauver encore.

— Le sauve '"une chute de plus de deux cent cinquante pieds sur le roc ! dit Pierre Peuquoy avec un rire strident. Allez! monsieur le vicomte, vous ferez mieux, pour l'heure, de songer à vous sauver vous-même avec vos compagnons.

— Mes compagnons, et mon père, et Diane I se dit le jeune homme, rappelé par ces mots aux devoirs et aux périls de sa situation. — C'est égal I reprit-il tout haut, mon pauvre Martin!...

— Ce n'est pas le moment de pleurer le coupable I interrompit Pierre Peuquoy.

— Coupable I il était innocent, vous dis-je I je vous le prouverai. Mais l'instant n'est pas venu, vous avez raison. Voyons, ôtes-vous toujours disposé à nous servir? demanda Gabriel à Fârmurier avec quelque brusquerie.

— Je suis dévoué à la France et à vous, répondit Pierre Peuquoy.

— En bien ! dit Gabriel, que nous reste-t-il à faire !

— Une ronde de nuit va passer, répondit le bourgeois. Il faudra garotler et bâillonner les quatre hommes qui la composent... Mais, ajouta-t-il, il n'est plus temps de les surprendre. Les voici !

Comme Pierre Peuquoy parlait encore, la patrouille ur-

f jj LES DEUX DIANE

baine débouchait en efTot d*un escalier intérieur sur Is plate-forme. Si eUe donnait ralarme^lout était perdu peut* être.

Heureusement, les deux Scharfenstein, oncle et- neveu, qui étaient très curieux et très fureteurs de leur nature, rô* daient déjà de ce cdté-là. Les hommes do la ronde n'eurent pas le temps de jeter un cri. Une large main, fermanv tout à coup à chacun d*eux la bouche par derrière, les renversa de plus sur le dos fort vigoureusement.

Pilletroussc et deux autres accourent, et, dès-lors, purent sans peine bâillonner et désarmer le quatre miliciens stupéfaits.

— Bien engagé I dit Pi<^rre Peuquoy. Maintenant, monseigneur, il faut s'assurer des autres sentinelles, et puis descendre hardiment aux corps-de-garde. Nous avons deux postes à emporter. Mais ne craignez point d^être accablés par le nombre. Plus de la moitié de la milice urbaine, pratiquée par Jean et par moi, est dévouée aux Français et les attend pour les seconder. Je vais descendre le premier pour avertir ces alliés de votre réussite. Occupez-vous, peMdant ce temps, des factionnaires. Quand je remonterai, mes paroles auront fait déjà les trois quarts de la besogne.

— Ah I je vous remercierais, Peuquoy, dit Gabriel, si cette mort de Martin-Guerre.,. Et pourtant, ce crime n'était pour vous que justice I

— Encore une fois, laissez cela à Dieu et à ma consden* ce, monsieur d'Exmès, reprit gravement le rigide bourgeois. Je vous quitte. Agissez de votre côté, tandis que j'agirai du mien.

Tout se passa à peu près comme Pierre Peuquoy Pavait prévu. Les factionnaires appartenaient en grande partie à la cause des Français. Un seul qui voulut résister fut bientôt lié et mis hors d'état de nuire. Quant l'armurier remonta, accompagné de Jean Peuquoy et de quelques amis sûrs, tout le haut du fort de Risbank était d^à au pouvoir du vicomte d'Exmès.

Il s'agissait maintenant de se rendre maître des corpsde-garde. Avec le renfort qui lui amenaient les Peuquoy, Gabriel n'hésita pas à y descendre sur-le-champ.

LES DEUX DIANE. fÛ^

On profita habilement du premier moment de surprise et d'indécision.

A cette heure matinale, la plupart de ceux qui tenaient pour les Anglais par leur naissance ou par leurs intérêts dormaient encore, en toute sécurité, sur leurs lits de camp. Avant qu'ils no s'éveillassent, pour ainsi dire, ils étaient déjà garrottés.

Le tumulte, car ce ne fut pas un combat, no dura qu©^ quelques minutes. Les amis do Peuquoy criaient : Vive Henri n I Vive la France I Les neutres et les indifférons se rangèrent immédiatement, comme c'est la coutume, du côté du succès. Ceux qui essayèrent quelque résistance durent bientôt céder au nombre. Il n'y eut, en tout, que deux morts et cinq blessfe, et l'on ne tira que trois coups d'arquebuse. Le pieux Lactance eut la douleur d'avoir sur son compte deux dé ces blessés et un de ces morts. Par bonheur, il avait de la marge 1

Six heures n'avaient pas sonné, que tout au fort de Risbank était soumis aux Français. Les récalcitrans et les suspects étaient enfermés en lieu sûr, et tout le reste de la garde urbaine entourait et saluait Gabriel comme un libérateur, fs

Ainsi fut emporté presque sans coup férir, en moins d'une heure, par un effort étrange et surhumain, ce fort que les Anglais n'avaient même pas songé à munir, tant la mer seule semblait puissamment le défendre I ce fort qui était cependant la clef du port de Calais, la clef de Calais même!

L'affaire fût si Men et sipromptement menée que la tour de Risbank était prise et que le vicomte d'Exmès y avait placé de nouvelles sentinelles avec un nouveau mot d'ordre, sans qu'on en sût rien dans la ville.

— Mais tant que Calais ne se sera pas rendu aussi, dit Pierre Peuquoy à Gabriel, je ne regarde pas notre lâche comme terminée! Aussi, monsieur lo vicomte, je suis d'avis que vous gardiez Jean et la moitié de nos hommes pour maintenir le fort de Risbank, et que vous me laissiez rentrer dans la ville avec l'autre moitié. Nous y servirons» au besoin, les Français mieux qu'ici par quoique utile di-

version. Après les cordes de Jean, il est bon d*utiliser les armes de Pierre.

— Ne craignez-vous pas, dit Gabriel, que lord Wentworlh furieux ne vous fasse un mauvais parti?

— Soyez tranquille ! reprit Pierre Peuquoy, j'agirai de ruse : avec nos oppresseurs de deux siècles, c'est de bonne guerre. S'il le faut, j'accuserai Jean de nous avoir trahis. Nous aurons été surpris par des forces supérieures, et coii> Iraints, malgré notre résistance, de nous rendre à discrétion. On aura chassé du fort ceux d'entre nous qui se seront refusé à reconnaître votre victoire. Lord Wentworth est trop bas dans ses affaires pour ne pas paraître nous croire et ne pas nous remercier.

— Soit I rentrez donc dans Calais, reprit (jabriel, vous êtes, je le vois, aussi adroit que brave. Et il est certain que vous pourrez m'aider si, par exemple, de mon côté, je tente quelque sortie.

— Oh ! ne risquez pas cela, je vous y engage ! dit Pierre . Peuquoy. Vous n'êtes pas assez en force, et vous avez peu à gagner et tout à perdre à une sortie. Vous voilà à votre tour inattaquable derrière ces bonnes murailles. Restez-id. Si vous preniez l'offensive, lord Wentworth pourrait bien vous regagner le fort de Risbank. Et après avoir tant fait, ce serait grand dommage de tout défaire.

— Mais quoi I reprit Gabriel, vais-je rester oisif et l'épée au côté, tandis que monsieur de Guise et tous les nôtres se battent et jouent leur vie?...

— Leur vie est à eux, monseigneur, et le fort de Risbank est à la France, répondit le prudent bourgeois. Ecour tez cependant : Quand je jugerai le moment favorable et qu'il ne faudra plus qu'un dernier coup décisif pour arracher Calais aux Anglais, je ferai soulever et ceux que j'emmène et tous les habitans qui partagent mes opinions. Mots, comme tout sera mûr pour la victoire, vous pourrez sortir, pour nous donner un coup de main et pour ouvrir la ville au duc de Guise.

— Mais qui m'avertira que je puis me hasarder ? demaihda le vicomte d'Exmès.

— Vous m'aliez rendre ce cor que je vous avais confiéi

dit Pierre Peuquoy, dont le son m'a servi à vous reconnaître. Quand, du fort de Risbank, on Tenlendra de nouveau sonner, sortez sans crainte, et vous pourrez une seconde fois participer au triomphe que vous avez si bien préparé.

Gabriel remercia cordialement Pierre Peuquoy, choisit avec lui les hommes qui devaient rentrer dans la ville pour seconder les Français au besoin, et les accompai^^na gracieusement jusqu'aux portes de ce fort de Risbank dont ils étaient censés expulsés avec honte.

Quand ce fut fait, il était sept heures et demie, et le jour commençait à blanchir dans le del.

Gabriel voulut éveiller lui-même à ce que les étendards de France, qui devaient tranquilliser monsieur de Guise et épouvanter les vaisseaux anglais, fussent placés sur le fort de Risbank. Il monta en conséquence sur la plate-forme témoin des événemens de cette nuit terrible et glorieuse.

Il s'approcha, tout pâle, de l'endroit où l'échelle de cordes avait été attachée, et d'où le pauvre Martin-Guerre, victime de la plus fatale méprise, avait été précipité.

Il se pencha en frémissant, pensant apercevoir sur le roc le cadavre mutilé de son fidèle écuyer.

Mais son regard ne le trouva pas d'abord et dut le chercher, avec une surprise mêlée d'un commencement d'espoir.

Une gargouille de plomb, par au s'écoulaient les eaux pluviales de la tour, avait en effet arrêté le corps à moitié, chemin dans sa chute formidable, et c'est là que Gabriel le vit suspendu, plié en deux, immobile.

Il le crut sans vie, au premier aspect. Mais voulait du moins lui rendre les derniers devoirs.

Pilletrousse qui était là, pleurant, que Martin-Guerre avait toujours aimé, associa son dévouement à la pieuse pensée de son maître. U se fit solidement attacher à l'échelle de cordes de la nuit et se risqua dans l'abîme.

Quand il remonta, non sans peine, le corps de son ami» on s'aperçut que Martin respirait encore.

Un chirurgien appelé constata aussi la vie, et le brave écuyer reprit en effet un peu connaissance.

Mais co fut pour souffrir davantage. Martin-Guerre était dans un cruel état. Il avait un bras démis et une eaisse cassée.

Le chirurgien pouvait remettre le bras, mais il jugeait l'amputation de la jambe nécessaire et n'osait cependant prendre sur lui une opération aussi difOcâe.

Plus que jamais. Gabriel se dépitait d'être enfermé yain- <]ueur dans le fort de Rlsbank. L'att^ile, qui était dé(jà bien pénible, devenait atroce.

Si Ton eût pu communiquer avec le maître-expert Ambroise Paré, Martin-Guerre était sauvé peat-étre.

LORD WB5TWORTH AUX ABOIS.

Le duc de Guise, bien qu'avec la réflexion il ne pût croire au succès d'une entreprise aussi téméraire, vonlut cependant s'assurer par lui-même si le vicomte d'&mès avait ou non réussi. Dans la passe difficile où il se trou* vait, on espère même l'impossible.

Avant huit heures, il arrivait donc à dieval, avec one suite peu nombreuse, à la falaise que hri avait indignée Gabriel, et d'où Ton pouvait en eflët, au moyen d'une longue-vue, apercevoir le fort de Risbank.

Au premier regard que le duc jeta dans la direction dn fort, il poussa un cri de triomphe.

Il ne se trompait pas! il reconnaissait Uen fétendard et les couleurs de France I Ceux qui Fentouraient lui afBrmaient que ce n'était pas une illusion, et partageaient sa joie.

— Mon brave Gabriel ! s*écria-t41. n est vérîtaUanait venu à bout de ce prodige ! N'est-il pas supérieur à moi qui doutais? Maintenant nous avons, grflce à lui, font M-

•UBJ^ «l ap x\jaid q\ xnod ïa\ OdA« ^aouid^QJOOs ^aapsaai mb xttdo ^uiJB )9 ^;px8 'iduqi^O ^ essauiojd bs uops ')i)9A9 'snap^o^id sjuof xnap sdi ^UBpuad 'iotibna^i auai^

V *)repad);)9 iC,s an i))jOiM4naAi pioi anb iQX snid osuaj^p sops aj^iunosud isi i^ ^AiJie ^ps^^ iai)adpiAOjd sjnooas ao inaoïinod ^auap sjna|[re,p 19 uq *d9aQssi«aaoo sovs anpaa;^ sjnofno^ \ve]^ an^iQ

*ia)JOui )isqmo9 aa ap saaj^j^ipni sikI non srain sianoi saioui^; ^aaisid aji^i jna] jnod luaj^i -UBJ as 'saooJSedmoa sjnai ^a 'ionbnaa uitaf ^a auaid

*aunj aaAQ jaj ai paj^oia ^ai^ied aun ja^nore snvs 'sajpssjaÂpe xnap saq

'amigjuij janiifo ^ inas aj)9 xnaA 9| •jiuaAia^ai ^uareniff inb suais xn« lauq^f) ^tj \ ej^ijjv —

•jinaiïiBj un jns a^ssioi a^d^ uos issue ^isies 'sa^juas s)Udp sai 'q^JOiiiiudAV. pjoi

I oiqBi^sîW — : aiquia; ua un oaAV *niBui Bi jq a^d^j *qîioAiuaAi pioi iç^ubsuf »fpuoq laijqçf)

*imas ai jus )uajnied sieône^ sjaqajv aj^ -iBub no sioJî ^a Xoubuaj xnap sai 's^uixg.p a^nioau ai

•seoBJj oaAB ^TiAuOjS a^jod «l 'lUBqooiddei as a;inni -u) 8| 'puçnb 'euBia ap sa^joioo^p saxA^i sai jus aqonoq Bs jasod ap sdnia) ai na sed ^psAP.n jnaujaAuod ai siepi

•••ipiouBA^^s aiia jaiiaq doi) sa nx 'quoAnudAi pioi ;iidai •non | uo^ij —

•ajooua ajip aip-ind i aoi^jf) — •çi iiBAB A ii,nb sodaj ap ^n un jns s)iojQ[a saidoid sas jred a^uq ;a a^neia^ned e^iod q la *înBjna un,p ajrej nd ipa 11 aniinoa 'aueiQ BAainos n *aidiHaxaj pi jannop ine( i^xnanjaAnoJ^ne aioona )sa,3 i loj eui 'naiq )uoj sp^nb aAnoj) af \ )ios 'simanna sai ;nBpnd| -)e ua 'xna ajina laiiid as ^ inâanannnêa snetiqeq sai anb îjis^d ij 'lenjajm ajni un oaA9 q|joiii]naA\. %VP I ^oq —

*eaaei^sa,p nad un jns aaoana euiiuej as )niai9 \m^\ \uop 9xma tnamainas mo i qy — 'aai 9| suep oiinnini pnej^ îin ^g as n '^nanioni aa 113

'sn|d ^leAnod an aûa 'jaiJK) ^jaud irai •noA aua *n(uii)a|09 uos ap aQjnq ap nvad ^ i^vs$û\j3aim

*aima xoaa san 9U

os Qwejq ap ^uaopuçqB sdjoo nçoq oq 'qquqsjp 8îui9J]o enn.p 'xnouaJd sds i^ ^uesiâ ^oj)sb3 ep enivpeai «Aaïaj \\ •jdSudA 8s ;ndA mb )9 junoui ba pb doioioq un 'emoioq nn niaai9idnns)no)8in8 df^doiuioqinndâ un sn|d sins en ef *)ui9U8)meûi sibjv 'spsAiA af enb \u^} ^svei^soj dnb )U9| 'sœqduiou) af enb )ui?i 'aiquias aui oo 'auiuioqipueJ^ uo ^joduioosms eni ef^a auiuioqipuaJd un si9)aj 'ino 'a)^) 9i luenoaas ua q)jOM)UdAi pjoi )udaj iauiuioq[i)uaâufi —

-auiuioquiuad un sa)^ snoA anb snoA-zaudAnos \ aj^oi ejqoA xb^ 'xnouaâ i^ uopjisd )a aaçjj? epuBuiap snoA af I aaçj:9 *aua-i-BUO •pjoiiui îaoçjo —

*spaid sas i^ v^af as ana ^uareddeqa^ mi saaioj sas anb )U9)uas %9 'a^UBurej^p *siO|Y 'jisibs ^\ ininoA \i

*sed i9jaaaouaj iC,u af anb uaiq ouop zaiCoJO 'jajuaj ep 9)iuia)9j ap jaSeoiuiop^p em jnôd ajnaq a))a9 anb pB,u af t;îiai)Ji{dd9,ai aoua^spca 8J)oa ep ejnaq ai^iujap a^^aa '^uas^d i^ ajnaq aun.nb sn|d e Aji Il lea 'ajnaq ai^ioiap a);aa si^Ki 'ajqq )uaaiauii9)ja9 zajos. snoA 'ini oaAB ajAiA ap anb loui aaAit jqjnoui xneioi zemie snoA is ^;a 'zajpnoA snoA anb aa zaaaj snoA ^s^dy 'OiooÛq zaïddejj snoA snoA anb 'aniepBoi 'siird xnaA au ef 'dJiinos )^6iC6^a un aaAB qiJOM]uaAv pjoi isua^.s iaaooaa S9<i--

*aioi uaiq ^laf )ii9aisj ^a noainoa ei 9qaisiJB )T9A6 in| 'sesnaino^A suieui sas suep sai^jj soiem sa^nad sas isiiss )19A6 'eue siaA ^aui^i^ xm^^s quoiii^udAl piôi 'jaddGJj as ap sduia) ai %\^q ana^tib ;a9Ae *si9K

*n6a)noa un uias uos ap \wêii\ ua au^iQ buo^^s {sjnaui af 'lour )a —

l oâ.iza J 'snid ajoidnii.u ef \ auuopjo J 'snid eud au et 'U0S16S ep snid |uos eu suiep^p soa )a snjaj soa ^enaq «nsaonv unouie uoni )a eaucaJ^uaA eui)a ^ani^xdnsie eiqLua; ^)dniOA aun suep 'sioj i^i i^ ajiejsii^s )d ^uBUie uo} 1^ ajpnaad a) xnaA af '^uWjedne ^syejn '«laa ep s«d suO| 'XBd e^ 'n[os^j sins XJ 'leian^aui ef ejnaq aun suep \sm\ 'Vj ap asud q i^ eiAuins eninaA af anb n)-s[0J3 'ieien>. eui inb loûi îsap 'q^jLoîiîueAipioi ^ueuiapiojj ^ip 'uok —

*9jan) snoA uo 'p^iaouon^p snoA ef ^icjesnaav snoA ef )d 'aueiQ ludaj ^ejpuaiA uo ugua ainaq eun suvp S|B]| —

x^v 'aNvia xoaa sai

*ejmdq eun ^ubap scd vip ' -noiA 9U uo jib j\)s sins af ^tm) 'saj^çuaj ui s9)jod jdinja^ op aaidd B] sud doi^ui sed m,n ef : sioa 'einaq enn )ireA9 suioui np ^sud sd) i^ vjpoaiA en \n^ 'S8)j[9S8p laos seni ' sdi 'ijas^p )S8 i9iQi|tl 'dX)siais ^niinbuisji enn odAis q^JOAt -îuaA\ pjioi îîp '[«à^ uôiq ;s9.ai «po *9|pc[<^B ^9 Qury — *iojjg9,i 9p 9iqai09 ïvb Qwsiq )iid9J I9iqi9i^siui '9iouoqs^p snoA af )9 'aiidddvj ^auj af no \ SBd zaqooiddis.ui 9^ —

•9pjnOS XIOA

eun^p jn9njaAnoJ3 9] ^ip i loi i loi ap xnaA af anb ao —

;ioui ap snoA-zainoA anb 'q)iOM)uaAi pjoi a^ne^Tdped ' lUBSsnôdaj euma aiAii^d v\ i?U99,s i pjO(iui i pjonK —

i auiBpvm ^zaïqmaj) )9 siioA-z9? ' -srnof^j ^anoQ 'sms A itib low is9p ')a9aioui 90 sni^p t pi 9J9S s^mxg.p a)ûi(K>iA ai ^)jnsnb nn ajnaq ann sai^a 'aaioi n9S9)9snoA )a9sajd ^ tjiOAuodajiOA ua leaas af ^i^nb nn amaq ann supeq *)iiass)9d sa^nniai sai ipa ')x«nb an ajnaq 9an snvp )9)nid no ^aimap )à ajnaq ann swep qa^\o -saj 1BJ9S af 'ajn{isai ai sins af Hnamoai aa na 'q^JOiii^uaAi pjoi iîp 'ajpuaidraoo i^ aiiOBj uaiq isa^o jnaia now -7-

*daiuioq*)da ep pjisdai inapu» )a aiqmos ai snos xnni ni?,nbsnr)iiBina -ai aa aireiQ ^udai ^ jaiqmaj; af-siop lonbjnod sii^jf —

î zaiquiajx -assoj asscq ap ina anbpnb saisp 'lom < ja^af 9Ji«j am )a 'jnaquoq 9[ 'jnouivj '^iJaqq «i JUAnoi snoA Bipa9iA s^mx^^p a)iuo9iA ai uaïaaosudinsjasar^aajqiizaïas snoA 'saâuBqo )ttoj9s sai^i sou '9uiBpeui ^9ini9p ^a amaq annsoisa — : sip snoA ar '^aeôisaaai aiii un oaAv aa^iQ ap ^ireqooiddjBJ as aa q)jOM)aaA\. pioi )Tp iirep zass« S9d af-spns au i lonO — - 'ainessq^d acreiQ vuo^.s ^aiip snoA-zainoA anf) — I zaïqinajx *zna oaAv sQuixg.p aimooiA ai )d 'sireqdaioijq lai ^uojajqna sivônvod sai 'aimap )d amaq aonsirep 'auaBpBfi — iruipsnoA af )a ^aj^icroai aj)ni? ann lejpaaad af 'lapvnsjad snoA b saai; af lea 'q)joiii)uaAi pjoi )udai ^aaiBpBin ^lap^nsiad snoA mod sjoiv —

'aoaexAii^p ap a^suad anaa ^ ^udvsnuoABi oui -nos ai inop 'pjBJSai ai )uop ia ^lai^dsa ç ^iBÔuauiinoa \wsp -nadaa inb ^oneiQ )ip 'ajqoja snoA )top noj is sod %m an

*aKyia xnaa 8H1 oir

uo.nb *uoï PI un^p «lôo sa^ip snoA *pioiiiH *9Tib ^se.o —

I snoA-zâssmoti^H •xaa oaAV s^mxg^p aimooiA O] ^a ^i«3 saop sueqdozoui )uojaj)ad sreôoBJi sai ^dnrepQin ^aïoiep )d ojndq 91m susa 'dipuôi 06 9A 9iaiep )9 9jmoq 9an soep AqjÊdQ pjoi

1 191 SinS 9r 9nb 9199 Jnod )S9,9 9nb ^9 '9)IV|9P pi 1^ J9)SI8St

ninoA siKi iB,o 9r 9nb spd snoA-zaioA 9a 'dfiis^pqif ^ ^oq nv.nbsnf ^{svssq iioaq s^dy ; ai^ed «i ^las^p roj 9ttb s«d 8IIÛA-Z9Î0A 9a *iiiiOAL)a9A\. pioi puo^.s '9aiepeui i qa —

'9j(K)a9 9)nop a9«r 'loui ^i^ipiu ^z9jpa9idi]io» oui snoA )9 9noAej 9t 'mo ^lom ^lem '^a '9xioi9u 9| ap ai9| -199 sreuiQf 9j)9«ii )iop ab 'pjoiiai 'ojiiesiaApv jniod siim «100109 9uiaioq on 99AB,nb )sd«9 'aoPiQ ^udai | qo —

*siiOA-z9S6mor^H 'xn9 19 oaiq )Sd SfspBO ri8|nf *xn9j sioj; 9J)U9 9]|ia q[ aipodjd )a9An9d su *jiOAnod joai 09 )O0S nP9)igqo-xn9iA 9i '^ioqc^ih 9p )ioj 9| ^X9n<^d§N op

)IOJ 91 i9H113peOI '^inSSQ )OlOd IHPU9S 9a HKdOIOIO[> —

«s lainoiissip 1^ aoied ef 9p o9iq )i«ab rob 9i»fG jip i^niod 99 1^ 9jnssp )a9iiiiBJA ii-ij59 sie5oBjj S9p s^ns ai -^

I snoA-zassinof^H •s99jnossai subs ^a jiodsa sops n9oreA 'n9HieA ;ib} 1^ )oo) ^n90i9A sins 9r -otiioi» sboa spd ao ap ^soasoi on 9)U9a 09 sie^^J ^a ^ooD^tp^iBOi; ap )a aoinj ap a^aqdojd ^.oanaaxa on looi jnod ^{^ zaAV snoA JPO *aiunos jauip on 9dA« q^joMioaAi pio^ )ud9J ^ooiep -pm 'naoœA aioaoa oa sisd zaAB.oi ao snoA 9nb is9«l>—

*9SSl0âaV,P Ol9{d 9909|IS OO S^9 90910

^udai ^^luaA oa 'pjoiioi 'svd siBooodaj snoA ao af —

*}i)jos ^a^i^uuai 'd)ottAHis B7 'atqixajjai ai^sad on 99Att q^oiiioaM V^o\ )iupdax 'aoiispeoi i xnaà af : }ip lej ^ •ino; oos 1^ aoBïQ wip uiinoA ***pao|ioi '^oi^inod — I xnaA df : ^ip ipj anb npo^oa sed 9aop9noA-zoAe,o ^ajQ{00 aaAQ paid np )oeddejj oa jnaojaAnoâ ai ^lodaji \ qy -^

•a^oBAins «i B^aaîqo — pnofioi *siin —

*djnaqj jii9 )OB|iûr loasBig oa saiia.nb xnaA af anb pi luos nib saouuaj sioj) no xnap xnpsoiip ia'a)insdpino|Z9iiy *90Bid aa;oA illfSQ^.'^t^ aj^oA jL9Anojq9j Z9ny *iad^)ojd snoA 9p oaXooi 0[ |a jp

^11 wna jacassa

sdi onb %x\Qd os n i dui«q9-9i-ias zaïjos 'ihIP ^snoA —

|i,nbe)ir9Aiiis a^iaoi^ )n; oo '8|ivj^cin)s eueia jan]es saes

'saauuop \ysAy m\ \\jih sQ^irsAWs sep omi ogai» iisauoi^ es d|ia x^o aiquivip ^1 snisp 'oj){vni ua ^inainenbsEijq ii^ae ii siBui 'apn^iq -«q nos ;re)^,9 emuioo ^oobiq i^ joanouae sôd )g es aa n

*oj)SGo ep duiBp -Bin ;pe(hKK)o,iib ^namQiSq wb %iojp mQ 'Jiodsas^p dp oia{ *9)jos enb{enb ne ^9 eqgaojiod ^eojoiii qv^oM^aoAk P^oi

')pe!))Bqmoo no^f i|0 vfojpaej ^ eiSjea^ ejQiiuop Bs ^iinoouoo )ibaq ^9JI)9I es oia v\ )uop sdjoo un ^ ipiod ^siei^o ')d Mni zeqo ^nu^nei qiJOM^aeAi pJO| ep sed sei ins )joai eiuinoo ^e ^es^p )9jge ue )ie)^ )nox

'seuimej xnep no eon 38Av eines exi^t ^pAop eima "sexpio ses jjod ^uuejae ^^ %vstAiB 'oj|fie[> ep eiaepBui ep sre5aBJ^ eSed e^ ^^ipay *npBai ei sindep eqo^q «i i^ saeS ses issno jeiCoAoe.p uonnoo^d v( na )iBAtt ff xee t epiA vueioei^i^ne le^^q aos jeAnoj) %i9\is \i *'&[iQsn^ 'saxneq hap s^dtt.nb jein^idiKi ^ lUdui^inssQ uBJbepuBmep ea iCqjea pjM>i )e '81B[B0 ep non -ippei «i %wsA^ sejneq seaaoq xnep )iB)sei ini \i 'pjoqv^ • sesoqo xnep ep niv^e» neiq |i«i£aia es q^oi^ueÂl pioi

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