‹ Les deux étrilesChapitre 107 sur 142 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

sensiblement, Edith prenait la place d'Amabel et Benedict celle de Volmerange.

Ils n'avaient pas, il est juste de le dire, la conscience de cette substitution , et s'abandonnaient d'autant plus volontiers au charme qui les entraînait l'un vers l'autre, qu'ils le jugeaient sans danger et se croyaient sûrs de ne pas s'aimer. Vous auriez demandé à Benedict s'il aimait toujours autant miss Amabel, il aurait répondu « Oui! » dans toute la sincérité de son cœur. Edith, interpellée, aurait juré également que sa passion pour Volmerange n'était diminuée en rien. Quelques semaines s'écoulèrent comme par enchantement. Avant de se quitter le soir, ils se donnaient fraternellement la main, et cependant chacun rentrait dans sa chambre avec un soupir et une espèce de tristesse indéfinissable. Une fois, Benedict dit en riant à miss Edith :

— Madame Smith, je réclame mes droits d'époux , et désire vous donner un baiser sur le front.

La jeune femme se pencha sans rien dire , et présenta sa tête soumise aux lèvres de Benedict; le baiser porta moitié sur la peau satinée de son front, moitié sur ses cheveux soyeux et parfumés

Puis, par un mouvement de biche effarouchée, elle renlra brusquement dans sa chambre, dont elle ferma la porte.

Cette nuit-là, Benedict dormit assez mal.

Tout ceci n'empêchait pas les instructions do sir Sidney detre suivies à la lettre. Une maison de campagne, aussi voisine (pic le permettait la sur\cillance anglaise de l'habitation de l'illustre prisonnier, avait clé louée, et la prétendue madame Smith s'y retira, prétextant que l'air lui manquait dans cette étroite résidence de James- Town.

Benedict resta à la ville quelques jours, s'occupant en apparence d'affaires de commerce.

Edith, comme Benedict le lui avait recommandé, accompagnée d'une servante mulâtresse, faisait chaque jour à la même heure une promenade qu'elle poussait aussi près que possihlc de Longwood. « Ne manquez pas surtout d'avoir à la main ou sur votre chapeau de paille un bouquet de violettes , » lui avait dit Benedict en la quittant; et comme le jardin de la maison de campagne en contenait une platc-hande, rien n'était plus facile à suivre que cet ordre.

Pendant plusieurs jours, la promenade d'Edith fut inutile. Le prisonnier, malade, affaibli, ne sortait plus.

Impatient de savoir le résultat des courses d'Edith, et peut-être aussi poussé par un autre motif, sir Benedict Arundcll était venu la rejoindre à la campagne, et, chaque fois qu'elle ren-

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