CHAPITRE XVI
trident, et un collier de tètes de morts lui descendait sur la poitrine. A côte de lui, Durga, sa hideuse épouse, roulait ses yeux louches , faisait grincer ses dents d'hippopotame, crispait ses mains griffues, et, tordant son corps ceint de serpents, écrasait le monstre Mahishasura, qui tâchait de l'envelopper dans ses immondes replis.
Encastrées dans les murailles, grimaçaient une foule d'images effroyables symbolisant la lutte ou la destruction. Ici le monstrueux Maha-Pralaya, à la tète bestiale, avalait une ville dans sa gueule énorme ; là Arddha-Nari , avec son chapelet de crânes et de chaînes, agitait férocement son glaive; plus loin, Maha-Kali tenait une tète coupée à chacune de ses quatre mains; Mahadcva, à qui un fleuve sort du cerveau et dont les bracelets sont faits de vipères, luttait avec le difforme Tripurasura ; Garuda faisait palpiter ses ailes, aiguisait son bec de perroquet et ses serres d'aigle.
C'était tout ce que permettait de distinguer la lampe suspendue devant la statue de Shiva : dans les profondeurs de la salle, baignées d'une ombre rougeàtre, l'œil ne pouvait, hors du cercle lumineux, saisir que des formes vagues, des enlacements inintelligibles , un mélange affreux de bras, de jambes, de tètes de dragons et de monstres de toute espèce.
Dans le disque éclaire se tenaient accroupis sur des peaux de tigres ou de gazelles des êtres bizarres et fantastiques : leurs sourcils blancs et leurs barbes blanches Taisaient ressortir la couleur foncée de leur teint. Le cordon braminique qui pendait à leur cou indiquait leur caste; quelques-uns, plus austères, le portaient en peau de serpent ; tous étaient d'une maigreur ascétique : à travers l'ouverture de leur tunique on apercevait leur poitrine sècbe et leurs côtes aussi accusées que celles d'un squelette. Ils restaient là immobiles, marmottant des prières, et paraissaient attendre avec le flegme indou quelqu'un d'important qui n'était pas encore arrive.
Derrière eux se massait une foule confuse et cuivrée, dont les premiers rangs seuls étaient visibles, ébauchés qu'ils étaient par les rayons rougeâtres de la lampe; le reste se perdait, à quelques pas, dans l'ombre dont il avait la couleur : dinstant en instant une ombre nouvelle venait se fondre silencieusement dans les groupes.
Enfin un mouvement se fit ; la foule ouvrit ses rangs, et bientôt parurent, dans l'endroit où tombaient les plus vifs rayons de la lampe, trois personnages nouveaux dont l'arrivée fut saluée par un murmure de satisfaction.
L'un était un vieux bramine sec et jaune comme une momie, à lamine inspirée et aux yeux