CHAPITRE XVIII
— Mon Ame est enterrée avec ee corps.
Au même moment, un homme vêtu rie deuil et parlant anglais avec l'accent de France tendit un papier à Sidnej et lui dit :
— De la part de celui qui n'est plus, prenez ceci.
Sidney ouvrit l'enveloppe cachetée de noir.
Elle contenait une petite mèche de cheveux soyeux et lins, et un hillet où étaient écrit ces mots :
i Consolez-vous, nul ne peut prévaloir contre Dieu. N. »
Quand Sidney releva les yeux, l'homme qui lui avait remis le papier avait disparu.
Sir Arthur Sidnej s'assit sur le revers de la colline et tomba dans une rêverie profonde. Quand il se releva, sa figure avait repris une expression pi 1 1 s câline; un changement s'était opéré dans son esprit. II retourna chez Benedict et lui dit :
Cardon, o toi (pie j'ai détourné du bonheur pour t'associer à mon œuvre chimérique , je te rends ton serment. (Et il tira de son portefeuille la feuille jaunie qu'il déchira et jeta aux pmds de Benedict.) Retourne en Europe, tu es libre, aucun lien ne te rattache plus à notre association mys-
térieuse. Suis la pente de ton cœur, sois heureux ! Ne cherche pas à raturer le livre du destin; d'autres mains que les noires tiennent les lils des événements, el peut-être ce qui nous paraît injuste est-il l'équité suprême ! Quant à moi, le char de ma vie es! sorti de son ornière et ne peut plus y rentrer. Je n'étais l>on qu'à une chose; celle chose est manquée, c'est fini : que l'on m'enterre aujourd'hui ou après-demain ou plus tard, peu importe, je suis mort. Idée, sentiment, volonté, tout a fui, tout s'est évaporé. Maintenant, honne Edith, tâchez de vous trouver un motif de vivre. Peut-être est-il déjà trouvé?
Ici sir Arthur Sidney regarda fixement Edith, qui ne put s'empêcher de rougir un peu.
— Aimez quelqu'un ou quelque chose , un homme, un enfant, un chien, une espèce de fleurs, mais jamais une idée, c'est trop dangereux.
Ces paroles prononcées, Sidney serra les mains de son ami et reprit le chemin de la roche noire, où Saunders et Jack, qui avaient usé leur provision de tabac, commençaient à s'ennuyer beaucoup.
Arundcll et miss Edith, restés seuls dans l'île, ne pressèrent pas leur départ autant qu'on aurait pu le croire d'abord, bien que Sainte-Hélène soit un séjour assez maussade. Edith, jetée à la mer