CHAPITRE XVIII
par son mari, n'avait pas grande hâte de retourner en Europe ; Benediet, quoiqu'il se prétendît et se crût toujours extrêmement amoureux d'Amabel, ne s'ennuyait nullement dans ce cottage, qu'un marchand de la Cité eût trouvé inconfortable, niais qu'éclairait la présence d'Edith. La jeune femme s'étonnait, de son côté, de penser si peu à Volmerange, et tous deux faisaient des efforts incroyables pour retenir dans leurs cœurs ces amours qui s'échappaient.
Déjà Benediet ne retrouvait plus dans sa mémoire les Mails charmants de sa belle fiancée; il s"y mêlait toujours quelque chose d'Edith 5 tantôt le doux regard voilé , tantôt le sourire tendre et mélancolique : ces deux images finirent par s'embrouiller tout à fait. Il en était de même pour Edith. Dans ses rêveries, quand elle évoquait Volmerange, c'était bien souvent Benediet qui paraissait. Au bout de quelque temps même, Volmerange se refusa complètement à l'appel : Edith commençait à trouver qu'un mari qui no\ait sa femme aussi sommairement n'était peut-être pas l'idéal des époux.
Cela n'empêchail pas les deux jeunes gens de se promettre, dans leur conversation, une grande joie de leur retour à Londres, où Benediet finirait
d'épouser Amabel , et miss Edith, suffis! lent
punie, se réconcilierait avec son terrible mari.
Ces entrelions, commencés gaiement, linissaient en général d'une manière assez mélancolique. Benedicl trouvait désagréable l'idée d'Edith retournant chez Volmerange , Edith était médiocrement charmée en pensant an bonheur qui attendait son ami près de miss Vyvyan.
Telles étaient les pensées qui occupaient le jeune couple à Sainte-Hélène, et à deux pas de leur maison le saule pleurait sur la plus grande tombe du monde , si toutefois il y a une différence entre les tombeaux.
Cette nuance de sentiment les occupait bien plus que le contre-coup de cette mort sur les destinées de la terre, et même lorsque le soir ils allaient à la vallée du Fermain contempler la tombe du Titan, écouter le ruisseau bruire à l'angle de la pierre funèbre, et voir lèvent emporter les feuilles pâles de l'arbre mélancolique, c'était à eux-mêmes qu'ils songeaient. Une boucle de cheveux se déroulant sur le cou d'Edith, en faisant ressortir par son vigoureux ton châtain la pâleur rose de sa joue, distrayait Benedict des vastes pensées que doit inspirer la tombe du plus illustre des capitaines, et le regard admirai if de Benedict séchait promptement dans les beaux yeux d'Edith les larmes qu'y faisait naître le souvenir du grand captif.
Ils avaient d'abord pensé à écrire en Angle-