CHAPITRE XIX
convienl , dit Volmerange en rentrant dans la cabane.
Aidé par le pêcheur, il se débarrassa de son coslume guerrier et revêtil le modeste savon, sous lequel il eût été difficile de reconnaître le brillant chef de l'insurrection. Le pêcheur, par surcroît de prudence, lui conseilla de se brunir la ligure et les mains avec du jus de coloquinte, car son teint un peu blanc aurait pu le trahir.
Ces précautions prises, le pêcheur détacha sa barque, et le cheval qui s'était avancé jusqu'au bord de l'eau, voyant qu'on n'avait plus besoin de lui, s'élança, après avoir humé l'air bruyamment, du côté de la colline où se trouvait sans doute son pâturage.
Nous ne suivrons pas jour par jour Volmerange dans sa navigation, qui fut longue: bornons-nous à dire <;u"il regagna heureusement la côte, et après avoir récompensé le pêcheur avec une des pierres précieuses qui ornaient la poignée de son sabre, il monta sur un vaisseau français qui naviguait dans le golfe du Bengale et s'était arrêté à l'embouchure du fleuve pour faire <Ie l'eau.
Comme il revenait seul, ou tout au plus accompagné par le souvenir de deux femmes mortes, Edith noyée par lui, et Priyamvada tuée à ses
côtés par une balle, il ne mit pas, à beaucoup près, quoique l;i distance fût grande, le même temps à revenir en Europe qu'Edith et sir Benediel Arundell.
Une force secrète le ramenait malgré lui à Londres, d'où tant de raisons auraient dû l'éloigner. Peut-être obéissait- il à ce magnétisme singulier que les hommes ressentent comme les animaux, et qui les fait revenir au même endroit après chaque violente attaque de la destinée qui les en a fait sortir, comme des taureaux dans la place, qui retournent toujours à leur querencia jusqu'à ce qu'ils meurent.
La fin malheureuse de Priyamvada , quoique dans le tumulte des événements il n'eût pas eu le temps de la pleurer comme elle le méritait, avait beaucoup frappé le comte. 11 se voyait comme circonvenu par une espèce de noire fatalité, et se résolut à vivre solitairement, de peur de porter malheur à ceux qu'il aimerait.
Il vivait donc isolé, ne sortant que le soir, ou n'allant que dans les endroits déserts, non qu'il eût besoin de se cacher, car avant de partir pour l'Inde il avait envoyé à lord et lady Harley les lettres d'Edith , avec ces mots au bas : Justice est faite. Cette fable avait été répandue par la famille que la jeune femme, emmenée en Italie par le comte pour savourer incognito les joies de