‹ Les deux étrilesChapitre 140 sur 142 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

des voyageurs anglais qui se rendaient à Smyrnc et visitaient les îles de la mer Ionienne prétendent avoir vu à Rhodes, dans un charmant palais de marbre bâti sous la domination des chevaliers et mêlé de fragments antiques, un jeune couple d'une sérénité grave et douce qui faisait supposer autant de bonheur que peut en permettre une vie éprouvée par de> chagrins et des vicissitudes diverses. Bien qu'ils ne fussent connus (pie sous le nom de M. et madame Smith, ils paraissaient appartenir à un rang plus haut que cet humble nom ne l'indiquait. Ils n'évitaient ni ne cherchaient leurs compatriotes. Cependant ils préféraient être seuls , ce qui indiquait qu'ils (''(aient heureux.

Sidney ne reparut plus et ne donna jamais de, ses nouvelles. Était-il mort? avait-il été enfouir dans quelque solitude le désespoir d'avoir manqué l'entreprise, but de sa vie pendant cinq ans? C'est ec que l'on n'a jamais pu savoir.

Seulement, quelques années plus tard, un navire qui revenait des Indes, et que la tempête avait poussé sur les îles de Tristan d'Aeunha , débarqua sur un îlot du groupe quelques matelots, pour prendre des tortue-, et dénicher des œufs d'oiseaux de mer, afin de varier un peu les provisions salées; un d'eux heurta sur le sable une espèce de masse couverte de petits coquillages et qui ressemblait grossièrement à une bouteille.

Enchanté de sa trouvaille, le matelot, croyant avoir mis la main sur quelque bouteille de rhum, dégagea l'objet «le sa croûte de terre et de madrépores, lit sauter la capsule de plomb, et ne trouva, au lieu de la liqueur désirée, qu'un morceau de parchemin qu'il remit à son capitaine avec une fidélité qu'il n'eût pas eue pour le spiritueux.

Le capitaine ouvrit le parchemin plié en quatre et fut très surpris d'y lire ce qui suit :

«( Au moment d'accomplir l'entreprise la

plus hardie et la plus étrange qu'un homme ait jamais tentée, moi, sir Arthur Sidney, l'esprit tranquille et la main ferme, sachant que ces vagues sous lesquelles je vais plonger peuvent m'engloutir , j'écris , pour que mon secret ne meure pas tout entier avec moi, ces lignes qui seront peut-être lues plus tard si je péris dans mon voyage sous-marin.

« Anglais, j'ai été profondément humilié de la trahison faite par l'Angleterre au grand empereur. Fils respectueux, j'ai voulu laver celte tache à l'honneur de ma mère et lui épargner devant la postérité la honte d'avoir assassiné son hôte ; je me suis mis en tète de déchirer cette page de l'histoire de mon pays; j'ai voulu qu'on dit :

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