CHAPITRE IV
venaient de mettre la dernière main à sa toilette, de mariée, etFanny, par surcroît de précaution, fixait, par une nouvelle épingle enfoncée dans l'épaisse torsade de cheveux bruns enroulés derrière la tête de miss Amabel, un long voile de dentelle d'Angleterre , qui retombait en plis transparents sur la blanche toilette nuptiale.
Mary et Susannah, les deux autres caméristes, lorsqu'elles virent le voile définitivement attaché, prirent deux flambeaux qui brûlaient sur la table, et les tinrent élevés pour que leur jeune maîtresse put se contempler à son aise dans la glace ; car, bien qu'il fût près de onze heures du matin, à peine si un rayon livide de lumière pénétrait à travers les vitres et les rideaux ; un de ces brouillards jaunes, épais, suffocants, si communs à Londres , pesait sur la ville et continuait dans le jour les ombres de la nuit.
La tète, qui, illuminée de reflets soudains, se réfléchit comme entourée d'une auréole sur le fond sombre de la glace, était d'une beauté à ne le céder en rien aux plus pures créations de l'art grec.
Ce qui frappait surtout dans ce divin visage, c'était une blancheur lactée, marmoréenne, éblouissante, lumineuse pour ainsi dire, où les traits se dessinaient avec la transparence cl la finesse de ceux d'une statue d'albâtre oriental.
Quoiqu'il soit dans l'habitude des jeunes fiancées près de marcher à l'autel d'avoir les joues cou- \ crics du voile épais de la pudeur, celles d'Amabel étaient à peine colorées d'une imperceptible teinte vermeille semblable à celle qui ravive le cœur des roses blanches. Le sang d'azur de l'aristocratie veinait celle chair délicate, fleur de serre chaude que n'avaient jamais fatiguée le soleil ni la pluie, fine pulpe composée de sucs exquis et de purs éléments où la rusticité plébéienne n'avait pas un atome à revendiquer.
L'absence des soucis matériels, les recherches d'un luxe héréditaire, la confortabilité parfaite de la vie, l'habitation de vastes appartements et de châteaux aux grands parcs pleins d'ombrages et d'eaux vives, jointes à la pureté de la race, amènent souvent la beauté anglaise à une perfection inimaginable. Le marbre vivant dans lequel sont sculptés ces beaux corps n'a de rival dans aucun pays du monde, pour l'éclat, la finesse et la transparence du grain. Les carrières de Paros et de Pentéliquc humains se trouvent dans l'antique Albion, ainsi nommée plutôt à cause de ses femmes que de ses falaises.
Amabel était la plus blanche fille de ce nid de cygnes arrêté au milieu de l'Océan.
Deux fins sourcils noirs rejoignaient leurs arcs à la racine d'un nez qu'une légère inflexion aqui-