‹ Les deux étrilesChapitre 28 sur 142 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

diate de la ville rendait encore plus morne.

La haute tour enfonçait clans la brume sa couronne de clochetons invisihles et semblait décapitée; le porche, fuligineux et sombre comme la voûte d'un four ouvrant son arcade béante, avait l'air de la gueule d'une orque ou de quelque autre bête démesurée soufflant de la fumée par les mâchoires. Le brouillard , qui baignait l'arceau gigantesque, produisait l'effet de l'haleine de ce monstre architectural .

Certes, sans être superstitieux, un jeune couple pouvait, à l'aspect de cette église lugubre, concevoir quelques craintes pour son bonheur futur. Le frisson vous tombait invinciblement sur les épaules en franchissant cette voûte plus obscure que celle de l'Érèbe, et qui ne laissait trembloter au bout de sa profondeur aucun rayon du jour, aucune étoile d'espérance.

Assurément il eût été injuste de demander à une vieille et rigide église protestante de Londres, à la fin de novembre, un jour de brouillard, l'aspect heureux et gai d'un temple antique déroulant la théorie de ses colonnes blondes sur l'azur d'un ciel athénien; mais, en vérité, ce matin-là, Saint-Margaret avait plus mine d'une crypte sépulcrale bonne à recevoir des morts que d'une église à bénir le mariage de deux époux amoureux.

Eh l>icii! disait dans la voiture sir William Bautry à son ami Benedict Arundell, c'est donc vrai, (u te maries à vingt-quatre ans, à la fleur de l 'âge, lorsqu'une si longue carrière de plaisirs et de fantaisies était encore ouverte devant toi? A vingt-quatre ans, tu l'as dit, cher William ; le mariage est une folie qu'on ne doit faire que jeune.

— Je suis assez de ton avis, et d'ailleurs Amabel justifie une résolution si prompte; mais, lorsque nous étions à l'université de Cambridge, il n'était guère facile de prévoir que tu serais le premier de notre joyeuse bande qui se laisserait prendre dans le traquenard de l'hymen.

Pendant que sir William Bautry et sir Benedict Arundell s'entretenaient ainsi en roulant vers l'église de Saint - Margaret , un homme, sorti de la rue adjacente, se glissa sous le porche sombre et se tint adossé contre la muraille entre deux colonnettes, comme la statue de pierre d'un saint.

Cet homme était coiffé d'un chapeau à larges bords enfoncé jusqu'aux yeux , et le pan d'un manteau de voyage rejeté sur l'épaule voilait le bas de sa figure. Ce qu'on en pouvait distinguer annonçait des traits réguliers brunis par le soleil d'autres cieux.

Au bout de quelques minutes d'immobilité ré-

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