‹ Les deux étrilesChapitre 31 sur 142 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

A peu près à la même heure où Amabel mettait la dernière main à sa toilette, dans une autre maison de Londres, une autre jeune fille se revêtait aussi, mais lentement et comme à regret, de ses voiles blancs de mariée.

Elle était belle, mais d'une pâleur extrême; d'imperceptibles fibrilles violettes marbraient ses paupières et accusaient des larmes récemment versées, dont le coin d'un mouchoir trempé dans l'eau fraîche n'avait pu faire disparaître complètement les traces; sa bouche contractée essayait vainement un sourire; les coins de ses lèvres, remontés avec effort, s'arquaient bientôt douloureusement. Une respiration saccadée et pénible soulevait son corsage , et quand la femme de chambre s'approcha d'elle [tour poser sur son front la couronne de fleurs d'oranger, une légère rougeur couvrit ses joues décolorées.

Miss Edith Harley avait plutôt l'air d'une viciiinc que l'on pare pour le sacrifice que d'une jeune vierge marchant à l'autel pour faire un libre serment (l'amour el de fidélité. Pourtant Edith n'était pas opprimée par des parents lé-

roces. Une père barbare, une mère acariâtre ne forçaient pas son choix. On ne niellait pas d'autorité sa main pure et fine dans les griffes tordues par la poulie d'un vieillard obscène et monstrueux. Celui qu'elle allait épouser était un jeune homme, M. de Volmerange, beau , charmant, et d'excellente famille, qui réunissait toutes les conditions laites pour plaire aux parents les plus positifs et aux jeunes biles les plus romanesques.

Elle avait même paru accepter volontairement les soins de M. de Volmerange, et, dans les entrevues qui avaient précédé l'arrangement de leur mariage, souvent ses yeux se tournaient vers le jeune comte avec une indéfinissable expression de mélancolie et d'amour. Mais en général la présence de M. de Volmerange causait à Edith un malaise et une inquiétude visibles seulement pour l'observateur, qui ne s'accordaient pas avec certains regards pleins d'un feu étrange pour une jeune fille d'ailleurs si modeste en apparence.

Haïssait-elle, aimait-elle M. de Volmerange? c'était un mystère difficile à pénétrer. Si elle ne l'aimait pas, pourquoi l'épousait-elle? Si elle l'aimait, pourquoi cette pâleur? pourquoi ces larmes? pourquoi cet abattement?

Edith , enfant unique adorée de son père et

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