CHAPITRE V
de sa mère, n'avait qu'un mot à dire pour rompre cet hymen s'il lui déplaisait. Qui l'empêchait de dire ce mot? Tout autre mari proposé par elle eût été agréé de lord Harley et de sa femme, qui n'avaient d'autre hut que le bonheur de leur fille chérie, et qu'aucun préjugé de caste n'eût décidés à la contrarier dans ses inclinations. Ils eussent accepté même un poëte.
Quand les femmes d'Edith se furent acquittées de leur service , rendu plus long par l'inertie et la préoccupation de la jeune fille, qui se prêtait à peine à leurs soins , elle leur fit signe qu'elle était fatiguée et désirait rester seule quelques instants.
Aussitôt qu'elles se furent retirées, un coup porté discrètement avec le doigt, et qu'on aurait pu prendre pour ce petit bruit que fait derrière les tentures en frappant la muraille de ses antennes, pour appeler sa femelle, cet insecte vulgairement nommé l'horloge de la mort, crépita dans l'angle de la chambre, à un endroit occupé par une porte condamnée.
En entendant ce bruit, qui devait être un signal, Edith tressaillit comme si elle n'eût pas été prévenue. Une vive expression d'anxiété se peignit mu- sa figure, et elle se leva brusquement du fauteuil où elle s'était jetée.
Un second coup un peu plus fort , mais pour-
tant retenu , résonna au boul de quelques minutes.
La jeune fille fit quelques pas chancelants vers la porte, et appuya ses mains sur son cœur, dont les battements l'étouffaient.
Un troisième coup, sec, impérieux, clou le dépit semblait l'emporter sur la crainte d'être entendud'une autre personne que d'Edith, annonça l'impatience du visiteur mystérieux.
La pauvre Edith déplaça un petit meuble qui masquait à moitié la fausse porte, et tira les verrous d'une main tremblante.
Une clef manœuvrée du dehors grinça dans la serrure, et le battant enlre-bâillé et refermé aussitôt donna passage à un homme qui n'était pas M. de Volmerange.
Le personnage introduit d'une façon si singulière et si secrète chez une jeune, fille, qui, dans quelques heures , devait être la femme d'un autre, avait une physionomie dont il eût été difficile de trouver d'abord le caractère. Son teint légèrement olivâtre, d'un ton mat, faisait ressortir deux yeux singulièrement mobiles et dont l'expression était amortie à dessein ; la bouche était bien coupée, mais les lèvres minces et serrées semblaient garder un secret, et la lèvre inférieure, fréquemment mordue, indiquait des élans comprimés et des soumissions