‹ Les deux étrilesChapitre 34 sur 142 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Mais cependant j'ai là des preuves qui pourraient vous confondre! s'écria Edith avec indignation en courant vers un petit colîrct dont elle souleva le double fond.

— Vous croyez ! répondit Xavier, dont un sourire ironique crispa les lèvres minces.

De ses mains convulsives, Edith fouilla violemment le coffre, d'où elle retira quelques papiers que la façon dont ils étaient plies indiquait avoir été des lettres.

Elle en déplia une feuille et la jeta à terre : elle était blanche. Elle en fit autant d'une seconde et d'une troisième.

Alors elle laissa tomber le paquet , et ses liras découragés s'affaissèrent le long de son corps.

Toute trace d'écriture avait disparu ! Les lettres étaient redevenues de simples feuilles de papier.

Heureusement votre encre, miss Edith, était de meilleure composition que la mienne. Les menus caractères tracés par votre jolie main sont encore parfaitement visibles sur les billets que vous avez daigné m'écrire.

— Xavier, il y a dans tout ceci une énigme que je ne puis comprendre... Je suis jeune, je suis belle ; vous me l'avez dit sur plus de tons que le serpent n'en prit pour séduire Eve; l'uni-

que faute de nia vie a été commise pour vous. Seul vous avez le droit «le me trouver innocente; ma fortune est considérable; le nom de ma famille compte parmi les plus honorables de l'Angleterre et n'a jamais été taché que par moi. Cette souillure inconnue, d'un mot vous la pouvez laver. Vous n'avez d'autres ressources que celles que vous donne votre instruction qui vous rend digne d'un rang supérieur à celui que vous occupez. En m'épousant, un monde nouveau s'ouvre devant vous; de l'ombre, vous passez à la lumière ; votre existence s agrandit; vous pouvez déployer dans une vaste sphère les talents que vous possédez. Ce qui était chimère devient désir raisonnable. La politique et la diplomatie n'ont rien de trop haut pour vous.

A mesure qu'Edith parlait, la figure pâle de Xavier se colorait; ses yeux, qu'il ne pensait plus à voiler, jetaient des étincelles. Il suivait en esprit la jeune fille dans les régions qu'elle lui montrait comme pour le tenter, et obtenir de l'ambition ce qu'elle n'avait pu arracher à l'amour; un moment même il saisit la main d'Edith, et la serra avec force ; mais ce mouvement d'enthousiasme n'eut pas de durée ; l'éclair de ses yeux s'éteignit, il ramena sur ses traits ce voile morne qui dérobait les mouvements de son âme, et il reprit d'un ton glacé :

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