‹ Les deux étrilesChapitre 35 sur 142 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

— Vous épouserez tout à l'heure M. de Volmerange.

- Votre inconcevable refus ne peut avoir qu'une cause : alors mon malheur n'a plus de remède ; peut-être avez-vous déjà une femme en France?

— Non..., répondit Xavier d'un ton singulier, ni en France, ni ailleurs. Je suis célibataire.

Edith , qui jusque-là avait supplié , se releva , et, de l'air le plus digne et le plus majestueux, dii au jeune homme :

- Ce n'est pas par passion pour vous que j'ai mis tant d'insistance dans mes prières : j'ai été fascinée, mais non séduite; vous avez produit sur moi l'effet d'un philtre ou d'un poison, et je ne suis pas plus coupable que si un breuvage m'eût rendue folle. Je ne vous ai jamais aimé. Dieu merci ! j'en suis fière, et ce m'est une convolât ion dans mon malheur. Mes veux aveuslés un moment se sont bien vite dessillés. Quand j'ai entendu la vraie éloquence du cœur, quand je vis briller la flamme céleste dans un regard sincère, je compris aussitôt que j'avais été la proie et le jouet d'un démon , et j'aimai M. de Volmerange autant que je vous hais; je l'estimai autant (pie je vous méprise; oui, je l'aime éperdunient, de toutes les puissances de mon corps et de mon âme, ajouta miss Edith Harleyavec une

insistance cruelle en voyant verdir le visage blême de Xavier, el je voulais lui épargner celle honte d'épouser une fille souillée par vous ; mais je lui dirai tout, il me pardonnera et me vengera. Maintenant, monsieur, sortez, ou je sonne, et je vous fais jeter par la fenêtre! s'ccria-t-elle d'un ton où éclatait la révolte de son sang aristocratique.

En disant chaque mot, elle avançait d'un pas, et Xavier, comme foudroyé par les effluves d'indignation qui sortaient des yeux d'Edith, reculait en chancelant a ers la porte, qu'elle referma violemment sur lui. Ee dernier regard du misérable fut celui d'un serpent qui sent entrer dans son dos la grille d'un lion.

Elle repoussa les verrous et remit le meuble en place , et le dernier pas de Xavier résonnait encore sur l'escalier que lord et lady Harley entrèrent dans la chambre.

La colère avait ramené les couleurs de la vie sur les joues d'Edith, et le feu de l'indignation cachait toute trace, de pleurs dans ses yeux brûlants : le calme des résolutions suprêmes rassérénait son front.

Aussi, lady Harley, en attirant sa fille sur son cœur, lui dit-elle d'une voix caressante :

— Edith, mon enfant, je suis charmée de te voir sortie de l'abattement où tu étais plongée.

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Je craignais que ce mariage ne (<• déplût et qu'une vaine crainte de revenir sur ta résolution au dernier moment ne t'engageât seule à l'accomplir. Je n'aurais pas voulu qu'une considérai ion mondaine compromit le bonheur de ta vie. Lord Harley, bien qu'il trouve dans M. de Volmerange toutes les qualités qu'on peut souhaiter d'un gendre, était venu avec moi dans l'idée de t'engager à ne pas former une union qui te trouble ci t'agite à ce point. Au moment de serrer avec ton respectable père le lien qui nous rassemble , je n'éprouvai rien de pareil : une confiance inaltérable, une sérénité céleste, une joie calme et pénétrante emplissaient mon âme. Tel doit être le sentiment qui anime une jeune fille quand elle va s'unir à celui qu'elle accompagnera jusqu'au tombeau et qu'elle retrouvera dans l'éternité.

— Ma mère, répondit Edith en embrassant ladv Harley, et vous, très-cher et très-honoré père, je vous remercie avec une gratitude profonde de ce que vous venez de dire, et je ne puis exprimer à quel point ces marques d'intérêt me louchent; mais vos inquiétudes ne sont point fondées. Rassurez-vous. Votre choix est le mien. Je trouve comme vous M. de Volmerange parfaitement né, plein de sentiments nobles et généreux, d'une élégance accomplie et d'une

grâce parfaite. -Je crois fermemenl que si un homme peut sur terre rendre une femme heureuse, c'est lui...

Ici, Edith ne put tout à fait comprimer un soupir en désaccord avec le sens des paroles qu'elle proférait, et qui indiquait plutôt un regret, qu'une espérance.

— J'aime M . de Volmerange. . . , continua Edith ; je puis le dire devant vous, chers parents, et, au moment de marcher à l'autel, les larmes que j'ai pu verser, les tristesses auxquelles je me suis laissée aller, n'étaient que des mélancolies de petite fdle nerveuse, où il n'y avait de véritable que le chagrin de vous quitter.

— Tant mieux s'il en est ainsi , chère Edith ; j'avais craint qu'une aversion secrète ne se cachât sous cette déférence à nos volontés.

— Donnez-moi un baiser, mon père , dit la jeune fille en présentant son front aux lèvres de lord Harley, qui l'attira sur sa poitrine.

Puis elle saisit la main de sa mère et se pencha dessus avec effusion. Quelques sanglots étouffés firent tressaillir son corps : mais lorsqu'elle se releva, sa figure avait repris son expression de calme.

L'on annonça M. de Volmerange.

C'était un jeune homme de vingt-cinq à vingtsix ans, dont la physionomie charmante saisissait

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