CHAPITRE V
d'abord par un charme étrange. Il était né à Chandernagor d'un père français et d'une mère indienne, et mélangeait en lui les qualités des deux races. Ses veux , du bleu le plus pur, étaient entourés de cils très-longs et très-noirs, et surmontés de sourcils d:ébène nettement dessinés sur un Iront d'une pâleur mate. Ce contraste donnait à sa tète une grâce singulière. Le regard bleu nageant entre deux sombres franges avait une teinte triste et douce que la fermeté des tons voisins empêchait de devenir féminine. Lorsqu'une émotion vive agitait M. de Volmerange , ses prunelles, ravivées par les teintes chaudes des paupières, semblaient s'illuminer et passaient du saphir à la turquoise. Ce désaccord de ton, tout agréable qu'il fût, et qu'un peintre coloriste eût étudié avec amour, était cause que cette belle figure avait quelque chose de fatal, de mystérieux , de surnaturel, pour ainsi dire. Certains anges rêveurs et sinistres d'Albert Durer ont ce regard immense comme le ciel , profond comme la mer, où toutes les mélancolies semblent s'être fondues dans une goutte d'azur. Bien que la paix de l'âme, la franchise et la bonté respirassent sur cette ligure, aucun artiste ayant a peindre le bonheur ne l'aurait prise pour modèle. M. de Volmerange était grand, et, quoique svelte, annonçait une force plus qu'ordinaire.
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Maigre- l'élégance patricienne de sa faille, la largeur de sa poitrine et les muscles de ses bras, visibles même sous le drap de ses manches, démontraient une a igueur d'athlète.
Cette nature robuste, assouplie par L'élégance et la parfaite tenue du gentilhomme, avait une grâce extrême : la grâce de la force.
On parti! pour l'église.
Cette église se trouvait être celle de Saint- Margarct, dans Palace- Yard, et sous le porche de laquelle miss Amabel Vvvyan, pâle comme une statue d'albâtre sur un tombeau, attendait son fiancé.
Les voiles d'Edith frôlèrent en passant l'épaule d'Amabel.
Quant à Volmerange, tout entier à son bonheur, il ne jeta pas même un regard sur cette jeune tille inquiète arrêtée au seuil du temple et cherchant à percer le brouillard de sa vue.
Et cependant deux destinées venaient dépasser l'une à côté de l'autre.
Amabel ne fit pas la moindre attention à cet incident. Tout entière à la pensée de Eenedict, aux angoisses de l'anxiété , à l'embarras de cette situation gênante , elle ne remarqua ni Edith, ni Volmerange ; aucun tressaillement ne les avertit.
Ceux-ci entrèrent dans la noire église, et la