‹ Les deux étrilesChapitre 40 sur 142 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

du Parthénon et peinte on blanc, où tout le monde élégant se marie, vous n'auriez pas éprouvé cet effet prophétique, et votre avenir eût cependant été le même.

— Ah! ma tante, que vous avez une raison cruelle ! Je le sens, une main violente vient de raturer, sur le livre du Destin, la page où étaient écrites sa vie future et la mienne.

— Mais, au lieu d'aller chercher des explications surnaturelles, dussé-je affliger votre cœur, on pourrait trouver des motifs plus plausibles: un autre amour...

— Y pensez-vous, ma tante? Oh ! dans ce cas, je préférerais qu'il fût mort! Sir Benedict Arundell est incapable de mensonge et de trahison ; sa bouche dit ce que son cœur pense, et son cœur est d'accord avec ses yeux. D'ailleurs, est-ce possible de tromper? et pourquoi l'eût-il fait? N'a-t-il pas un grand nom? N'est-il pas aussi riche que moi? aussi jeune?...

— Aussi beau, dites-le ; à vous deux vous formiez un couple charmant , ajouta en soupirant lady Eleanor Braybrooke, qui ne pouvait s'empêcher de reconnaître la justesse des raisonnements d'Amabel, et dont la colère commençait à faire place à une inquiétude véritable.

Elle comprit que ce qu'elle avait pris pour une impropriété pourrait bien être un malheur, et,

du violet , son teint retomba au pourpre, puis au cramoisi, et enfin au rouge, ce qui était pour elle une pâleur relative.

Au bout de quelques minutes, la voiture s'arrêta, et miss Amabel Vyvyan remonta seule, morne et désespérée , cet escalier qu'une heure auparavant elle avait descendu la joie au cœur, le sourire aux lèvres, et le bout de ses gants blancs dans la main du bien-aimé.

La surprise de ses femmes fut extrême de la voir rentrer ainsi ; mais les exclamations de lady Braybrooke les curent bientôt mises au l'ait, et, bien qu'avec l'extrême réserve de la domesticité anglaise elles ne se permissent aucune question ni aucun commentaire sur le malheur qui venait d'arriver à leur jeune maîtresse, à l'altération de leurs traits, à la manière pleine de précautions dont elles marchaient dans la chambre, de peur d'importuner une si grande et si légitime douleur, on pouvait voir la part qu'elles y prenaient dans l'infériorité de leur sphère.

Miss Amabel s'était jetée anéantie sur un divan, en face de la glace devant laquelle tout à l'heure elle avait mis la dernière main à sa toilette nuptiale. Si les miroirs, malgré leur fidélité inconstante, avaient le moindre sentiment des objets qu'ils reflètent sans en garder aucun, celuici eût été étonné et touché de réfléchir si pâle, si

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